ACTE III, SCEr>E V. i
Ah , Sextns !
SEXTTS.
Serois-tu capable d'un remord»?
PHILIPPE
Écontez-moi, mon maître, ou me donnez la mort. Daignez vous rappeler l'histoire de ma vie ; D'aucun crime jamais elle ne fut flétrie.
s E XT c s.
Leve-toi.
PHILIPPE
Non, seigneur, souffrez qu'à vos genoux. Avant que de mourir, je m'explique avec vous.
Leve-toi.
PHILIPPE
Se peut-il que mon illustre eleve Contre un infortuné s'indigne et se soulevé? jL-t-il pu soupçonner un cœur tel que le mien De vouloir enfoncer un poignard dans le sien?
{il montre la statue de Pompée. ) Hélas I depuis la mort de ce maitre adorable Je n'ai fait que gémir de son sort déplorable. Octave, prévenu que j'avois mérité Qu'un maître put compter sur ma fidélité, Me prévint, et bientôt m'accorda son estime. On sait que ce tyran s'est fait une maxime D'attacher à son sort les hommes généreux Qui par quelques vertus se sont rendus fameux. C'est ainsi que j'ai su gagner sa confiance : Mais , dans l'art de tromper imitant sa science , Philippe n'a jamais trempé dans ses forfaits, Et Rome n'a de moi reçu que des bienfaits. Mais c'est par d'autres soins qu'un esclave fidèle Doit vous justifier son amour et son zèle. Octave ne croit plus que vous soyez Gauioi*;
ï84 LE TRIUMVIRAT. ^
Votre noble fierté, les accents de la voix, Vos soins pour les proscrits échappes vers Ostie, Et l'ardeur que pourf ous fait éclater Tullie , Alarment à tel point ce cœur né soupçonneux, Qu'il voudroit vous pouvoir sacrifier tous deux; Et, sans bien pénétrer quelle est votre origine, Il veut que cette nuit ma main vous assassine. Sans croire cependant que vous soyez vSextus : Mais il vous croit du moins un ami de Rrutus. Il vient de me quitter pour passer chez Fulvie; Je crains qu'à Cicéron il n'en coûte la vie. Les moments vous sont chers ; et c'est fait de vos
jours.
Si de ceux du tyran je n'abrège le cours. Pour sauver l'un de vous il faut immoler l'autre : Choisissez du trépas de César ou du vôtre, B.ien n'est sacré pour moi dès qu'il s'agit de vous,
s E XT u s.
L'assassinat, Philippe, est indigne de nous. Avant que d'éclater, tu pouvois l'eutreprendre; Mais, instruit du projet, je dois te le défendre, .le m'en ferois un crime après l'avoir appris. Et l'on t'eût pardonné de l'avoir entrepris.
PHILIPPE
On ne peut trop louer un soin si magnanime : Mais je vois d'un autre œil l'autel et la victime. Le destin n'a point mis des sentiments égaux Dans Tame de l'esclave et celle du héros, ^îon devoir le plus saint c'est desauver mon mai tre : Qui , d'Octave ou de vous, aujourd'hui le doit êlre.' César ne fut jamais ni mon dieu ni mou roi ; Et le plus lier tyran n'est qu'un homme pour moi. Si , pour vous soutenir, une égale fortune Rendoit entre vous deux la puissance commune, Et que de l'immoler vou* eussiez le dessein, Scxtus pourroit ailleur* chercher un assassin :