‹ Œuvres de CrébillonChapitre 476 sur 502 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

cicérojS, octave.

Je le vois; terminons ma course infortunée Par l'emploi que ra'avoit commis ma destint-c. Parlons ; fassent les dieux que mes derniers accent» jVe &e réduisent point à des cris impuissants l

Cicéron en ces lieux n'a-t-il point vu Mécène?

CI c É R o N.

ffe ne l'ai que trop vu pour accroître ma peine. Mais sur un autre point , César , écoule-moi ; Cest l'unique faveur que j'exige de toi. Je vois avec pitié que ta rigueur extrême i-

Attirera bientôt la foudre sur toi-même. Si pour nous accabler de maux et de douleurs La terre a ses tyrans, le ciel a ses vengeurs. Crains , malgré ton pouvoir , que quelque main hardie Ne te punisse un jonr de tant de barbarie. Quels monstres ont jamais immolé des enfants.' Peut-on trop respecter ces êtres innocents ? Hélas I de tes fureurs victimes lamentables, Leurs mères ne çont pas pour toi plus redoutables;

Et cependant tu veux les priver de leurs biens : César leur eut plutôt prodigué tous les siens. C'étoit par des bienfaits qu'il venj.yeoit une injure; Son fils, pour se venger, détruiroit la nature. Est-ce ainsi que tu veux succéder à César, Ce héros qui traîuoit tous les cœurs à son char? Imite sa bonté; crois-moi, fais-nous connoître Que tu peux l'égaler, le surpasser peut-être.

OCTAVE

Et pourquoi n'imputer qu'à moi seul ces décrets Dont Rome a ressenti de si cruels effets ? Antoine est-il pour eux un dieu plus favorable?

CT c É R o ÎT.

Eh! qui pourroit fléchir ce tigre inexorable, Dans l'ivresse , l'orgueil , et le luxe allaité , Monstre, que le destin n'a que trop bien traité, Et qui, pour ton malheur, nourri dans le carnage, N'a pour toute vertu qu'une valeur sauvage? César, dès qu'il s'agit d'avoir recours aux dieux. Qui, d'Antoine ou (fe toi, leur ressemble le mieux? Le ciel de ses bienfaits t'enrichit sans mesure, Respecte les faveurs que te fit la nature. Que n'as-tu pas reçu de sa prodigue main ? Tous les dons d'un génie au-dessus de l'humaîn. Lorsqu'il ne tient qu'à toi d'être adoré dans Rome, Te sied-i 1 d 'être Antoine, ou den'être qu'un homme ? Sois César, sois un dieu; tu le peux, tu. le dois: Trop heureux que le «ort te laisse un si beau choix!

OCTAVE

Tu n'auras pas en vain recours à ma clémence , Ni d'un sexe timide embrassé la défense. Je souscris à tes soins ; je veux , en ta faveur. Abolir ces décrets qui te font tant d'horreur. An sort des malheureux une ame si sensible Pour moi seul aujourd'hui sera-t-elle inflexible? Je viens sur ta fierté faire un dernier effort.

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