DISCOURS ACADÉMIQUES
M. DF. Crébillon avant été élu par MM. de l'acadéruie Irançoise à la place de M. DE LA Faye, y prit séance le jeudi Q7 septembre T7'ii, et pronoi^ç^ le remerciement qui suit:
REMEPvCIEME^^T.
JM USE, voici le jour si long-temps attendu , Jour dont aucun espoir ne ra'annonjçoit l'aurore , Jour heureux, qui pour nous ne luiroit pas encor« Si de nos seuls sucocs sa course eût dépendu : Muse, vous le voye», une troupe inimortello Daigne vous partager ses honneurs, ses, emplois: Parlez; et, s'il se peut, justifiez son choix; Mais ne prononcez rien qui ne soit dii^ne d'elle. Apollon , c'est ici que tu dois m avouer , Puisque ma voix t'appelle au temple de iflémoire : Je ne demande rien qui ne soit à ta gloire; Ce sont tes favoris que je voudrois louer. Aucun liel u'a jamais empoisonné ma plume; Ferois-je pour chanter des ef'orts superflus? Dieu des vers , au rayou dont brillent tes élus Souffre pour un moment que mon feu se rallume. Je les vois tout couverts de ces rayons divins ; Dans leurs mains chaque jour tu déposes ta lyre. Ma Muse, un jour de gloire est un jour de délire; Sers mon audace, et prends la lyre daui> leurs mains.
Téméraire , arrêtez, et respectez Minerve ; Elle a comme Apollon ses autels en ces lieux ; La raison y préside, et son front sérieux
at4 DISCOURS
Se rideroît aux traits d'une indiscrète verve : Je la vois qui déjà blâme nos vains efforts. Puisque du moindre excès sa dignité s'offense, Muse, ne célébrons que ma reconnoissance : La raison elle-mèmç avouera nos transports.
Mais quel éclat nouveau tout-à-coup nrenvironne? Sommes -nous sur l'Olympe ou dans le cbamp de
Ma
Quel charme vient d'unir sous mêmes étendards Les enfants des neuf sœurs aux enfants de Bellone? Pourpre, mitres et croix. Mars, Neptune, et Thémis , Tout se confond ici , s'allie , et s'humanise : Sans orgueil avec moi le héros fraternise ; Et je ne crois plus voir qu'une troupe d'amis.
Ame de Richelieu, èontemple ton ouvrage, ' ' Qui doit ainsi que toi percer la nuit des temps ; Ces illustres mortels , sans cesse renaissants. Comme pour t'assurer un éternel hommage. Dans l'art de gouverner moins ministre que roî , L'univers en tremblant adora ton géuie; Tout plia dcTant toi dans le cours de ta vie r Tu soumets l'avenir, et règnes après toi.
Cependant il n'est plus , ce mortel si célèbre Qui fît trembler Thétis et le lier dieu de l'Ebre. Quelle éclipse pour vous 1 et quel astre nouveau Ponvoit ici du jour ramener le flambeau.^ Mais en sujets la France aussi riche que Rome , En même temps regrette et produit un grand homme. Armand vous laissoit-il l'espoir d'un successeur.*' ■ Il apparut, cueillit ce sublime héritage; Et sur Armand Séguier eut même un avantage , Du plu» grand des mortels il fut le précurseur.
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Louis, ô nom chéri! souverain adorabi».
Des caprices du sort exemple mémorable, A tes mânes sacrés nous n'offrons plus de fieurs Que nos regrets profonds n'arrosent de nos pleurs. Vous , qui l'avez suivi de victoire en victoire , A la fois compagnons et témoins de sa gloire, Qui de tout votre sang sûtes la consacrer. Guerriers , qui mieux que vous pourroit la célébrer? Quel roi mérita mieux une auguste lonauge? De dons et de vertus quel précieux mélange ! C'étoit après les dieux l'ame de l'univers ; R.oi grand par ses exploits, plus grand par ses revers; La mort termine eu vain son illustre carrière; Ce demi-dieu mortel ressemble à la lumière. Qui prend de nouveauxfeux dans l'ombre de la nuit. Et semble eucor s'accroître au moment qu'elle fuit.
France, console-toi; Louis vient de renaître :
Des hommes tels que lui peuvent-ils cesser d'être?
Digne trône d'un roi fameux par ses travaux,
On diroit que le ciel te doive des héros;
Que le saug des Bourbons , tige heureuse et féconde,
Doive dans chaque enfant donner un maître au
monde.
Français, loin de gémir sous d'odieuses lois , Vous retrouvez toujours vos pères dans vos rois. Votre bonheur constant ne dépend point des Parques; A peine vous perdez le plus grand des monarques , Qu'un autre jeune encor fait briller des vertus Que Rome à quarante ans admiroit dans Titus ; Juste, clément, pieux, son austère jeunesse Semble déjà dicter les lois de sa vieillesse.
Vu. ministre attentif, prudent, religieux, Fuyant de vains lauriers l'éfclat ambitieux,
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Qui sait, du bien public sage dépositaire, User en citoyen du pouvoir ai-bitraire:
Aigle de.lupiter, mais ami de la paix.
Il gouverne la fondre, et ne tonne jamais. Louis, c'est mériter l'empire de la terre Que savoir dignement confier son tonnerre.
Tu crains après ces noms de reparoître an jour, La Faye; et que crains-tu? c'est ici ton séjour; Viens t'y montrer paré de ct-s grâces naïves Qu'Apollon dans tes vers semble tenir capJives : De ton génie heureux pr«'te-moi ia douceur; Viens toi-mènic établir ton l'oible successeur. De combien d'agréments ta raison fut ornée! Sur quels objets encor parut-elle bornée? Le goût du vrai, du beau ; censeur ingénieux. Qui sans humilier m.mtroii à faire mieux ; Le sel athcTiieTi , l'urbanité romaine ; Tour-à+tour Lelius , Malherbe , on La Fontaine : Aimable paresseux plongé dans le loisir. Quel n'eùt-il pas été? mais sa muse volage , Parmi tatt de talents qui n'avoit qu'à choisir, Aimoittrop de l'esprit le doux libertinage. Quelle perte pour vous ! quelle honte pour moi ! Apollon , je me tais ; j'espérois mieux de toi : Il faut plus de grandeur quand l'audace est extrême. Sur ta foi j'ai suivi mon orgueilleux projet; Tu ne te plaindras pas du moins de mon sujet; Et tu me le fais croire au-dessus de toi-mém».
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