DE M. LE MARÉCHAL DE VILLARS
prononcé dans l'académie françoise , ie 9 décembre 1734.
Il n'est plus ce guerrier dont nos derniers malheura Out immortalisé la prudence et les armes. Peuples, dont sa valeur dissipa les alarmes , Elevez-lui du moins un tombeau dans vos cœurs. Toi , dont le nom préside an temple de mémoire ^om par tant de vertus à jamais consacré, rsom fameux, et toujours foiblement célébré Malgré ce que nos chants ont redit de ta gloire Louis, descends des cieux, parois sur ces autels Que la terre a dressés au plus grand des mortels • Ce fut toi : viens placer dans ce temple ou tu reines Un guerrier qui souvent eut part à tes exploits, Qui par tant de travaux justifia ton choix, Et qui sut d'un seul coup relever nos enseignes. Dans ces temps où ton peuple osa trembler pour toi Ces jours marqués de sang , où le sort iniidele Eprouvoit ton grand cœur pour en faire un modèle Ce guerrier seul ilcchit les destins de son roi. Les força de rentrer dans cette obéissance Qui les tint si long-temps soumis à ta puissance. Il ne lui restoit plus, après tant de hauts faits. Après tant de remparts qu'il réduisit en poudre, Qu'à porter aux vaincus l'oiivier de la paix, De cette même main dont il lançoit ta 'oudre. Capitaine, ministre, et soldat tonr-à-tour. Dévouant à son roi tous les temps de sa vie. L'état, le cabinet , les champs de Mars, la cour, f;p.£Bii,i.o?r. 3, tq
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Partagèrent sou cœur sans lasser son génie. Quels périls pour Louis n'a-t-il pas affrontés ! Combien pour nous venger en a-t-il surmontés! Aucun n'a triomphé de sa valeur suprême. Ces foudres que l'airain fait voler dans les airs , Ces foudres inconnus à Jupiter lui-même , N'étoient pour ce héros que de foibles éclairs : On eut dit , à le voir poursuivre la victoire , Qu'ils brilloient seulement pour annoncer sa gloire. Louis , à ce portrait tu reconnois Villars , Cet élevé , ou plutôt ce lier rival de Mars , Et peut-être le tien : sou ame généreuse (Quoiqu'il n'eut que toi seul pour but de ses travaux) De toutes les vertus étoit ambitieuse : Et les tiennes sans doute ont formé ce héros. Fridelingue , Denaiu, batailles mémorables , Quels succès glorieux m' offrez- vous à chanter ! Vous-mêmes, lieux cruels, mais pour nous
honorables , Où la mort sur ses jours osa presque attenter , Les lauriers de Villars sur vos champs redoutables Nont-ils aucun éclat que nous puissions vanter ^ Cependant quels exploits viendroient se présenter ^.i Au seul ressouvenir de ces temps déplorables ! 1 1 Déjà tous nos honneurs étoient évanouis ; L'état sur son déclin, défaite sur défaite ; ( C étoit alors le temps des revers de Louis ; ) Nos soldats accablés de honte et de disette , De désespoir, peut-être , autant que de langueur, Hommes quant auxbesoins , François pour la valeur : Leur chef, d' un seul coup-d' œil, réveille leur audace ; Tous s'offrent en héros au coup qui le menace ; Et Villars , qui bravoit la mort et le destin, Appelle, tout sanglant, l'ennemi vers Denam. C'est là que ce vendeur de la Seine et de 1 Etore , Fit voir qu'à Malplaquet il n'aroit survécu
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Que ponr rendre à Deuaîn sa valeur plus célèbre , Et qu'un foudre de moins. Eugène étoit vaincu. Ainsi , de nos destins fixant la violence y Villars humilia de superbes vainqueurs , Fit revivre en un jour leurs anciennes terreurs, Vengea son roi, soi-même, et rétablit la France. Tel, et plus grand encor, les Alpes l'ont revu, Non pas jeune , et tenté d'une fortune illustre ( Au comble des honneurs il étoit parvenu }; C' étoit Villars, bravant son dix-septieme lustre , Le premier des François , fortuné , glorieux , Qui pouvoit, de tous soins exempt par sa vieillesse. Borner tous ses devoirs aux conseils précieux (i) Dun chef dont les travaux ont formé la sagesse. Et quelle gloire encor pouvoit flatter Villars, Ou relever l'éclat d'une si belle vie .^ Mais Villars étoit né pour servir sa patrie , Et pour trouver la mort dans les champs des Césars. Guerriers, qui pour Louis signalez votre zèle, Villars n'aima jamais que l'état et son roi ; Il s'en fit un honneur , un devoir , une loi. ISe perdez point de vue un si parfait modèle. Quel roi plus digne encor de régner sur vos cccurs Doit exciter en vous la généreuse envie D'armer pour leservir ces bras toujours vainqueurs. Dont l'effort fit trembler le Rhin et l'Italie? Du siècle de Louis heureux restaurateur , Louis, nouveau soleil, paroit sur l'hémisphère Avec tons les rayons de son prédécesseur , Et toutes les vertus de son auguste père : Equitable vengeur d'un téméraire affront Que n'a point dû souffrir rhonneur du diadème, La justice du ciel semble ceindre elle-même
(i) M. le maréchal de Villars étoit chef du conseil de guerre.
Les lauriers destinés à couronuer son front. Il est d'autres bieufaits, et qu'uu bon roi préfère A toutes les faveurs qu'il tient des immortels; C'est un sujet doué des dons du ministère, Qui partage avec lui ses devoirs paternels ; Un ministre éclairé, qui, clément et sévère, Soutienne également le trône et les autels; Qui suit tel que Tleury , dont les soins éternels îSous représentent moins un ministre qu'un père. Règne heureux et brillant, tu nous rends à la fois Nos plus vaillants guerriers, nos plus sages ministres; Tu nous rends avec eux le plus grand de nos rois. France, tu ne crains plus d'événements sinistres: Du plus hardi soldat rivaux et compagnons. Deux soldats, adoptés par le dieu de la Thrace, Héritiers des vertus et du sang des Bourbons, Signalent à l'envi leur zèle et leur audace. Le vainqueur de Kocroi, fécond en successeurs. Coudé, qui, pour le nom, la gloire et les honneurs, IN'eut au-dessus de lui que les dieux et son maître. L'intrépide Coudé vient encor de renaître. Vous qui, formé dun sang et si noble et si beau , Joignez à sa splendeur la valeur la plus ficre. Qui d'un sentier pour vous étranger et nouveau Trouvez du premier pas la route familière ; Clermont, tous vos aïeux, héros dès le berceau, ]N''ont pas plus dignement commencé leur carrière : Poursuivez ; votre cœur est fait pour les hasards ; Qu'avec vous et Conti , déjà plus redoutables. Nos guerriers, sur vos pas, soient toujours indom-
tablcs ; "Vous devez cette gloire aux mânes de Villars ; Ce héros qui , pliant sous le faix des années , Eût cru voir au mépris les sienues condamnées , Et que de ses lauriers il eût flétri l'éclat, Si son dernier soupir n'eût été pour l'état.
Cinquante ans après la réception de M. de FoNTENELLE, l'académie françoise, ayant jugé à propos de célébrer une époque si rare, et de donner des marques particulières de son estime à cet illustre académicien, le nomma directeur, par acclamation, et M. nE CRÉBiLLon lui adressa ces vers, le jour de la séance publique du 25 août
± oi (i) qui fus animé dun souffle d'Apollon, Dépositaire heureux de sou talent suprême , Esprit divin qui n'eut d'autre pair que lui-même, Héros de Melpomene et du sacré vallon, Parois ; nous consacrons une fête à ta gloire , A ce nom qui sufiit pour nous illustrer tous : Viens voir un héritier digne de ta mémoire Une seconde fois renaître parmi nous.
Louis, ton règne fut le règne des merveilles ; L'univers est encor rempli de tes hauts faits ; Mais les lauriers cueillis par l'aîné des Corneilles Font voir que tu fus grand jusque dans tes sujets. Si ton auguste fils n'a point vu le Permesse Enfanter sous ses lois ce mortel si fameux , Il a dans ses neveux un sujet que la Grèce Eût placé des l'enfance au rang des demi-dieux. Jeune eircot ses écrits excitèrent l'eu vie ; Mais il en triompha par leur sublimité.
(i) Le grand Corneille.
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A peine il vit briller l'aurore de sa vie
Qu'il vous parut déjà dans sa maturité.
S'il cueillit eu ?s'estor les fruits de sa jeunesse,
Dix-sept lustres n'ont point ralenti ses talents;
L'âge qui détruit tout rajeunit sa vieillesse;
Son génie étoit fait pour braver tous les temps.
Albion (i), qui prétend nous servir de modèle,
Croit que Locke et iVewtou n'eurent jamais d'égaux ;
Le Germain , que Lelbnitz compte peu de rivaux ;
Et nous, que l'univers n'aura qu'un rontenelle.
Prodigue en sa faveur, le ciel n'a point borné
Les présents qu'il lui fit au seul don du génie ;
Minerve linstruisit, et son cœur fut orné
De toutes les vertus par les soins d'Uranie.
Loin de s'enorgueillir de l'éclat de son nom,
ISIodeste, retenu, simple, même timide.
On diroit quelquefois qu'il craint d'avoir raison ,
Et n'ose prononcer un avis qui décide.
Illustres compagnons de ce nouveau Nestor,
Assemblés pour lui ceindre une double couronne,
Pour la rendre à ses yeux plus précieuse encor,
Pare/.-la des lauriers que votre main moissonne.
C'est ici le séjour de l'immortalité.
En vain mille ennemis attaquent votre gloire ,
Ces auteurs ténébreux passeront l'onde ïioire ;
C'est vous qui tiendrez lieu de la postérité.
Si les écrits pervers, la noirceur, l'impudence,
Out ferme votre temple aux hommes sans honneur ,
Les talents, le génie, et la noble candeur.
Ont toujours parmi vous trouvé leur récompense.
Le soin de célébrer le plus grand des mortels
IS'est pa-*, quoique constant, le seul qui von.s anime ,
Quelquefois des mortels d'un ordre moins sublime
(i) L'Angleterre.
Ont vu brûler pour eux reucens sur vos autels : Daij.'nez doue souteuir le zcle qui miuspire; Pour chanter Fontanelle il faut plus d'une voix ; Pvanimer les accents d'un vieux chantre aux abois, Ou du moins uu moment prêtez-moi votre lyre. Assidu parmi vous, dix lustres de travaux <~)nt déjà signalé sa brillante carrière ; Mais ce ne fut pour vous qu'un instant de lumière: Condamnez Fontenelle à dix lustres nouveaux. Pour pénétrer le ciel en ses routes profondes , Destin, accorde-lui des jours sains et nombreux. Il en fallut beaucoup pour parcourir les mondes ; Il en faut encor plus pour contenter nos vœux.