‹ Œuvres de CrébillonChapitre 500 sur 502 · SECOIVDE PIECE DE VERS · texte numérisé non relu

SECOIVDE PIECE DE VERS

préseutée au roi, le jeudi 26 novembre i744'

xJiEV desrimeurs, crois-moi, point de querelle,

Ou soutiens mieux tes airs de protecteur.

Qui mieux que moi, ton ancien serviteur,

Dut espérer une grâce nouvelle.'*

Mais qu'as-tu fait de ce jour le plus beau,

Le plus brillant, le plus doux de ma vie. ^

Je l'avouerai, j*ai manqué de génie :

Mais nous pouvons faire un effort nouveau.

Chanter son roi, c'est chanter sa maîtresse :

Il faut toujours la louer bien ou mal ;

C'est d'un seul trait signaler sa tendresse.

Et désoler celle de son rival.

Nommer Louis est un préliminaire

Qui va d'abord gagner tous les François ;

2a8 DISCOURS

Ce nom si ciier vaut lui seul l'art de plaire : Ainsi chantons, je réponds du succès.

D'autres que nous dans la mrme carrière Eussent été siiilés sans la matière ; Tous cependant ont trouvé des lecteurs, Tant le sujet iutéressoit les cœurs !

Disons que Mars, d'accord avec Minerve.. Le beau début ! ô la sublime verve !

Laisse-moi dire , écoute jusqu'au bout"; Amour nous aide, et Louis sur le tout. A ses conseils la justice préside , Et la sagesse y recueille les voix.

Mars exécute, et Minerve décide ; Mais c'est Louis qui leur dicte ses lois , Qui tour-à-tour tient le glaive et l'égide. Père , soldat , et monarque à la fois.

Disons qu'il fait honneur à notre espèce , Grand sans orgueil, redoutable et charmant. Est-ce-là tout? Pauvre dieu du Permesse , Sans tes leçons j'en dirois bien autant.

Va , laiss^moi , j e te tiens quitte

De l'avenir et du présent.

Tu m'as donné pour tout mérite

Le cruel et morne talent

De hurler dans la tragédie :

Tu diras de plus que c'est toi

Qui m'as mis à l'Académie ;

Moi, je t'ai fait parler au roi.

ACADÉMIQUES. 22g

Réponse aux discours prononcés par 31.

l'abbé Girard et M. l'abbé de Bemis.

OIÎSIEUR (l),

"Vous avez recherclié avec empressement l'académie ; c'étoit faire son éloge : elle vous reçoit ; c'est faire le vôtre. Heureux si , en nous associant des honrmes célèbres qui nous sont indiqués par les suffrages du public , nous n'avions pas de si grandes pertes à déplorer 1 Celle que nous venons de faire dans la personne de votre illustre prédécesseur nous coûtera des regrets éternels. En vain nous retrouverons en vous ses vertus et ses talents : les mêmes charmes ne font pas la même personne ; et il est souvent plus aisé d'être dédommagé que consolé : d'ailleurs l'estime , l'amitié et la reconnoissance perdroient trop de leurs plus belles fonctions si l'on pouvoit oublier les morts. Un souvenir durable est le plus digne monument que nous puissions ériger aux hommes vertueux. Eh I que ne devons-nous point à la mémoire de M. l'abbé de Rothelin.^ Ce fut un des plus. grands sujets que l'académie ait jamais eus ; recommandable par sa naissance, par son attachement à ses devoirs, par

(i) A M. l'abbé Girard.

CRF.BirtOX. 3.

23o DISCOURS

ses liaisons, par ses mœurs ; l'esprit orué, mais naturel , et qui ne connut jamais d'autre art que celui de dire son avis sans humilier celui des autres.

Critique sage, profond et poli, mais ferme lorsqu'il s'agissoit de sacrifier ces endroits défectueux que les auteurs , soit dégoût , soit paresse, ou vanité, si l'on veut , cherclient toujours à justifier. Ce seroit peu de dire qu'il aima IcvS lettres, il les protégea ; et plusieurs d'entre ceux qui les cultivent ne le désavoueront point pour protecteur, ni même pour bienfaiteur. Magnifique, libéral, il ne lui manqua , pour être un second Mécène , que les trésors du favori d'Auguste; mais s'il ne les eut pas dans les mains , il les eut dans le cœur. L'air de dignité, qui donne du relief aux plus grandes vertus, ou qui sert du moins à les faire respecter; la décence , qui les décore , si elle ne les suppose pas toujours, régQoit dans les moindres actions de M. l'abbé de Rotbeliu,non comme des ornements empruntés pour parer les dehors , mais à titre de qualités personnelles et nées avec lui. Enfin il fît honneur à sa naissance, à son état, et à l'académie. Les louanges que jo donne à votre prédécesseur, monsieur , sont d'autant moins suspectes , que je suis peut-être de tous les académiciens celui qui ai le moins profité du bonheur de l'avoir pour confrère.

Puisque nos usages, monsieur (i), et la fatalité de mon ministère , me forcent , pour ainsi dire , de

(i) A. M. l'abbé de Eemis.

rendre anjourd'liui les derniers devoirs au mort que vous remplacez, et que d'ailleurs il est naturel d'entretenir de nos pertes ceux que nous avons choisis pour les réparer , je viens à M. l'abbé Gédoyn. Si le genre de vie qu'il avoit embrassé ne lui permit point de se dévouer au service de l'état, ainsi que ses ancêtres, il n'eu fut pas moins utile à ad patrie par le désir ardent qu'il avoit pour l'accroissement des lettres, auquel il contribua si longtemps par lui-même. Son assiduité parmi nous, son attachiementponrla compagnie, non seulement nous le rendirent infiniment cher, mais lui avoient gagné toute notre confiance : et nous regretterons toujours cette aimable franchise avec laquelle il nous disoit si souvent et si bien nos vérités ; talent désirable dans la société, mais quelquefois dangereux, à moins qu'il ne soit soutenupar les qualités qui brilloient dans M. l'abbé Gédoyn , beaucoup de probité , beaucoup d'esprit, beaucoup d'érudition, et un grand usage du monde. Te ne dirai rien de ses ouvrages : ce ne seroit qu'une répétition de ce que vous en avez dit ; et il seroit diflîcile de rien ajouter au tour ingénieux que vous avez pris pour louer votre prédécesseur. Votre génie a paru jusqu'ici tourner du côté de la poésie : mais vous avez généreusement sacrifié votre goût particulier à celui que M. l'abbé Gédoyn avoit pour l'histoire, en nous donnant vous-même celle du progrès des lettres en Prance, et qui amenoit si naturellement l'éloge de notre fondateur ; éloge tant de fois entrepris , et avec si peu de succès , que l'on pourroit nous re-

carder moins conuiie ses panégyristes que comme

un monument tacite de sa gloire.

Mais c'est le sort de ces mortels fameux que la vertu élevé au-dessus des autres hommes, de ne pouvoir être loués que par leur réputation. En vain les murs de ce palais retentissent du nom de Louis-le-Grand : après beaucoup de louanges, et multipliées presque à l'infini, qui de nous pourra se flatter de lui en avoir donné qui fussent dignes de lui? Et que n'auronsnous pas à craindre si nous osons célébrer les vertus de son successeur; de ce roi l'objet de notre admiration , mais trop souvent le douloureux obj et de nos larmes ; de ce père aimable , qui fait voir chaque jour avec tant d'éclat , et à la gloire de la nation , que l'amour prodigieux des François pour leur souy cra in n'est pas un amour de caprice ? Avec quelles couleurs enfin peindre un héros que l'on vient de voir, jeune encore, et à peine échappé au danger qui menaçoit sa vie; que dis-je? presque mourant, se frayer tout-à-coup un chemin des bords de l' Achéron au faîte de la gloire? Ce dernier trait paroitra sans doute trop poétique dans un discours en prose ; mais , monsieur, en vous adressant la parole, il étoit bien juste de vous parler un moment votre langue maternelle.

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