‹ Œuvres de CrébillonChapitre 499 sur 502 · VERS · texte numérisé non relu

VERS

récités au roi, à la suite du compliment.

' J u£ L orage soudain s'élève et m'environne ! L'épouvante et l'horreur régnent de toutes parts. Que de gémissements ! l'air mugit, le ciel tonne. Dieux! quels tristes objets s'oflrent à mes regards! Où suis-je? quoi ! je touche à l'infernale rive .' François infortunés, y portez-vous vos pas? Qui vous auïene eu foule aux portes du trépas.-* .l'entends parmi vos pleurs une bouciie plaintive Articuler des mots qui me glacenr d'effroi : O dépiorabie sang! 6 mal heure use reine ! ... La reine!... Ah! c'en est fait, notre mort est certaine:

La France va donc perdre et son père et son roi ! l'rancois , le désespoir où votre ame se livre Doit aller aussi loin que la rigueur du sort. Si Louis ne vit pins, il 'aut cesser de vivre : Pouvons-nous souhaiter une plus digne mort? Roi, notre unique bien, quoi 1 la Parque perfide Voudroit porter sur vous une main parricide !... Mais quel bruit éclatant vient agiter les airs? Quelle étrauge lueur roule dans les ténèbres? A travers tant d'objets terribles et funèbres Je vois quelque clarté pâlir dans les enfers. Est-ce le dieu des morts qui tient sa cour funeste?

Mais non, ce qui paroît n'a rien que de céleste. Mais quel est donc le dieu que je vois accourir? Il tend vers nous les bras , c'est pour nous secourii J Mille rayons brillants forment sou diadème ; Le dieu des morts n'a point ce port majestueux, Cet air noble et touchant, ni ce front vertueux : C'est, je n'en doute plus, Louis-le-Grand lui-même, Qui vient sécher nos pleurs et calmer nos regrets. Hélas ! il veille cncor sur ses anciens sujets. Ce roi, qui si loug-temps a gouverné la terre, Regne-t-il en des lieux incouhus au tonnerre? Ou diroit qu'aux enfers il va donner des lois : Voilà ses traits, ses yeux, je reconnois sa voix.

« Fermez, dit-il, fermez la retraite des ombres; n Mon fils n'entrera point dans les royaumes sombres. « S'il mouroit, que d'exploits seroient ensevelis! « Et qui pourra compter les exploits de mon llls?

« Entre César et moi le ciel marque sa place ; « Mais les dieux seront lents à terminer ses jours ; a Et si sa gloire a droit d'en prolonger le cours, « Il n'est point de Nestor que son âge n'efface. « François, vous reverrez ce roi si généreux, a Puissent le voir aussi les fils de vos neveux « ! Il dit , et tout-à-coup les enfers di.sparoissent : La mort fuit, le jour vient , et les François renaissent.

Mais quel éclat nouveau vient embellir ces lieux? Passons-nous des enfers dans le séjour des dieux? Quels feux étincelants brillent sur l'hémisphère? Ah ! si c'étoit Louis : mais en vain je l'espère ; Il est trop occupé de ses nobles travaux. Il brave également la mort et le repos. Qu'est-ce donc que je vois? c'est un autre lui-même: La gloire, je le juge à sa beauté suprême ;

C'est elle en ce moment qui vient nous l'annoncer; La gloire prend toujours soin de le devancer. Hélas ! il est donc vrai , nous allons voir paroître Ce héros, le plus grand que le ciel ait fait naître. Venez , voyez , chantez l'aimable souverain Dont nous a fait présent la faveur du destin. O l'rancois, peuple heureux, et si digne de l'être, Venez en rendre grâce à votre auguste maitre ; C'est lui , c'est sa bouté qui vous rend tous heureux. Qu'il soit après le ciel l'objet de tous vos vœux ; Qu'en vos temples pour lui sans cesse l'encens fume ; Que par le peuple épars le salpêtre s'allume ; Que le feu s'élancant par éclats dans les cieux, De Jeur reconnoissance aille instruire les dieux !

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