ACTE I, SCE^E II. ag
SOPHRONYME
Quoi ! seigneur, VOUS seriez Tautenr de tant de maui' Et de vous seul la Crète atteudroit son repos ! Quoi ; des dieux irrités ce peuple la victime...
IDOMÉXÉE.
L'est moins de leur courroux, qu'il ne l'e&t de mon
crime.
Cet aveu te surprend. A peine croirois-tu, Sophrouvme, à quel point j'ai manqué de vertu; Mais telle est désormais ma triste destinée...
SOTHROXYME.
Quel crime a donc commis le sage Idoménée.' .
FjIs de Deucalion, petit-fils de ]Minos,
Vos vertus ont passé celles de ees héros :
Nous trouvions tout en vou3 , un roi , les dieux . un
père.
Seigneur, j>ar quel malheur, à vous-même contraire, Avez-vous pu trahir des noms si glorieux.'* Qui fit donc succomber votre vertu.-*
inOMÉNÉE.
Les dietix.
SOPHROXTME.
Quel forfait peut sur vous attirer leur colère?
IDOMÉNÉE
On n'est pas innocent, lorsqu'on peut leur déplaire: Les dieux sur mes pareils font gloire de leurs coups ; D'illustres malheureux honorent leur courroux. Entre le ciel et moi sois juge , Sophronvme : 11 prépara da moins, s'il ne iit pas mon crime. Par vingt rois dès long-temps vainement rassemblés Les Troyens à la fin se virent accablés ; De leurs bords désolés tout pressoit la retraite : Ainsi , loin de nos Grecs , je voguai vers la Crète. Le prince Mérion, prompt à m'y devancer , Sur mon trône peut-être auroit pu se placer. Si mon fils n'eût domté l'orgueil de ce rebelle.
3o ÎDOMÉNÉE.
A Samos , par tes soîus , j'en reçus la nouvelle. Je peindrois mal ici les transports de mou cœur, Lorsque j'appris d un traître Idamaale vainqueur r La gloire de mon lils me causa plus de joie, Que ne lir-^nt lamais les dépouilles de Troie. Après dix a'^s d'absence, empressé de revoir Cet appui de nuku troue, et mon unique espoir, A regag'ier la Crète aussitôt je m'apprête, Ig'.iorant le péril qui menacoit ma tête. Sans que je te rappelle nn honteux souvenir, Ni que de nos affronts je taille entretenir, Tu sais de quels forfaits ma race s'est noircie. Couimt^ Pasiphaé, Phèdre au crime endurcie, Ts'c signale que trop et Mines et Vénus. Tous nos malheurs, enfin, te sont ar-.sez connus. !lNé de ce sang fatal , à la déesse en proie , .Tavois encor sur moi la querelle de Troie : Juge de la vengeance, à ce titre odieux. O fut peu ; de sa haine elle arma tous les dicnx, La Crète paroissoit, tout flalloit mon eovie; Je disiinguois déjà le port de Cydonie; Mais le ciel ne m'offroit cos objets ravissants, Que pour rendre toujours mes désirs plus pressants. Lue effroyable nuit, .sur les eaux répandue. Déroba tout-à-coup ces objets à ma vue ; La mort seule y parut... Le vaste sein des mers Nous entr'ouvrit cent fois la route des enfers. Par des vents opposés les vagues ramassées , De l'abyme profond jusques au ciel poussées. Dans les airs embrasés agitoient mes vaisseaux. Aussi prêts d'y périr qu'à fondre sous les eaux. D'un déluge de feux l'onde comme allumée Sembloit rouler sur nous une mer enflammée; Et 'Neptune en courroux à tant de malheureux IN'offroit, pour tout salut, que des rochers affreux. Que te dirai-je enliu.^.,. Dans ce péril extrême,