‹ Œuvres de CrébillonChapitre 81 sur 502 · ACTE Ilr.SCENE II. m · texte numérisé non relu

ACTE Ilr.SCENE II. m

Voyez, puisqu'il le faut, l'inexorable Atrce. Si sa flotte une fois abandonne l'Eubëe , Par quel autre moyen me sera-t-il permis De sortir désormais de ces lieux ennemis?

THÉonA-MIE.

Ne précipitez rien : quel intérêt vous presse? Pourquoi, seigneur, pourquoi vous exposer sar.s

cesse ?

A peine enfin sauvé de la fnreur des eaux, ?se vous rejetez point dans des périls nouveaux. A partir de Chalcys le tyran se prépare ; Les vents vont de cette isle éloigner ce barbare : D'un secours dangereux sans tenter le hasard , Cacbez-vous avec soin jusques à son départ.

Ma fîUe, quel conseil ! eb quoi ! vous pouvez croire Que je veuille à mes jours sacrifier ma gloire .' IN on, non, je ne puis voir désoler sans secours Des états si long-temps l'asvle de mes jours. Moi, qui ne prétendoifc m'craparer de Mvcenes Que pour forcer xitrée à s'éloigner d'Athènes, .Te l'abandonnerois lorsqu'elle va périr.' Non, je cours dans ses murs la défendre, ou mourir. Vous m'opposez en vain l'impitoyable Atrée : Peut-il me soupçonner d'être en cette contrée? Sans appui , sans secours , sans suite dans ces liens , Sans éclat qui sur moi puisse attirer les yeux, Dans l'état où m'a mis la colère céleste. Hélas ! et qui pourroit reconnoitre Thyeste? Voyez donc le tyran : quel que soit son courroux , C'est assez que mon cœur n'en craigne rien pour vous. Ma fille ; vous savez que sa main meurtrière IVe poursuit point sur vous le crime d'une mère : C'est moi seul , c'est Aerope enlevée à ses vœux ; Et vous ne sortez point de ce sang malheureux. Allez: votre frayeur, qui dans ces lieux m'arrête.

112 ATRÏE ET THTESTE.

Est le plus grand péril qui menace ma tête. Demandez un vaisseau; quel qu'en soit le danger, Mon cœur au désespoir n'a rien à ménager.

THÉODAMIE.

Ah ! périsse plutôt l'asyle qui nous reste, Que de tenter, seigneur, ijn secours si funeste î

T H YE STE

En dussé-je périr, songez que je le veux. Sauvez-moi , par pitié , de ces bords dangereux : Du soleil à regret j'y revois la lumière ; Malgré moi, le sommeil y ferme ma paupière. De mes ennuis secrets rien n'arrête le cours : Tout à de tristes nuits joint de plus tristes jours. Une voix , dont en vain je cherche à me défendre , Jusqu'au fond de mon cœur semble se faire entendre : J'en suis épouvanté. Les songes de la nuit We se dissipent point par le jour qui les suit : Malgré ma fermeté, d'infortunés présages Asservissent mon amc à ces vaines images. Cette nuit même encor, j'ai senti dans mon cœur Tout ce que peut un songe inspirer de terreur. Près de ces noirs détours, que la rive infernale Forme à replis divers dans cette isle fatale, .T'ai cru long-temps errer parmi des cris affreux. Que des mânes plaintifs poussoient jusques aux

cieux.

Parmi ces tristes voix, sur ce rivage sombre, T'ai cru d'Aerope en pleurs entendre gémirl'ombre ; Bien plus , j'ai cru la voir s'avancer jusqu'à moi , Mais dans un appareil qui me glacoit d'effroi: « Quoi ! tu peux t'arrêter dans ce séjour funeste ! <• Suis-moi, m'a-t-elle dit, infortuné Thyeste ». Le spectre, à la lueur d'un triste et noir flambeau, A ces mots, nj'a traîné jusque sur son tombeau. J'ai frémi d'y trouver le redoutable Atrée, Le geste menaçant, et la vue égarée,

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