ACTE II, SCENE IV. ii
théodamie.
P'èîc à tenter, seigneur, la loate du î'osphore, Souffrez qu'une étrangère aujourd'hui vous implore. .J'éprouve dès long-temps qu'un roi si généreux ]N"e voit point sans pitié le sort des malheureux. Sur ces hords échappée au plus cruel naufrage, Les flots de mes débris ont couvert ce rivage. Sans appui, sans secours, dans ces lieux écartés, J attends tout désormais de vos seules bontés. Vous parûtes sensible au destin qui m'accable: Puis-je espérer, seigneur, qn'un roi si redoutable Daigne , de mes malheurs plus touché que les dieux , M'accorder un vaisseau pour sortir de ces lieux ?
AT F. É E
Puisque la mer vous laisse une libre retraite ,
Ordonnez, et bientôt vous serez satisfaite ;
Disposez de ma flotte avec autorité.
Un vaisseau suffit-il pour votre sûreté?
Pr^te à sortir des lieux qui sont scas ma puissance,
Où vous condaira-t-il.^
TKÉODAMIE,
Seigneur, c'est à P)yzance Que je prétends bientôt , au pied de nos autels , Du prix de vos bienfaits charger les immortels.
ATK É K.
Mais P>yzance, madame, est-ce votre patrie.'
THÉODASIir.
Î^Ton; j'ai reçu le jour non loin de la Phrvgie.
Par quel étrange sort, si loin de ces climats, Vous retrouvez-vous donc dans mes nouveaux états.* Ce vaisseau, que les vents jetèrent dans l'Eubée, Sortoit-il de Byzance , ou du port de Pyrée ? En vous sauvant des flots , mon fils ( je m'en souviens) Ne trouva sur ces bords que des Athéniens.
ii6 AÏREE ET TIIYESTE.
THÉODAMIE.
Peut-t-tre, comme nous le jouet de l'orage, Ils furent comme nous poussés sur ce rivage : Mais ceux qu'en ce palais a sauvésvotre fils Ne sont point nés, seigneur, parmi vos ennemis.
AT R É E
Mais, madame, parmi cette troupe étrangère, Plisthene sur ces bords rencontra votre père : Dédaigne-t-il un roi qui devient son appui? D'où vient que devant moi vous paroissez sans lui?
Mon perc infortuné, sans amis , sans patrie. Traîne à regret, seigneur, une importune vie, Et n'est point en état de paroitre à vos yeux.
AT R É E
Gardes, faites venir l'étranger en ces lieux. ( quelques gardes sortent. )
THÉODAMIE.
On doit des malheureux respecter la mlserc.
Je venx de ses malheurs consoler votre perc ; •le ne veux rien de plus. Mais quel est votre effroi ? Votre père, madame, est-il connu de moi? A-t-il quelques raisons de redouter ma vue? Quelle est donc la frayeur dont je vous vois émue?
T H É o P A MI E.
Seigneur, d'aucun effroi mon cœur n'est agité :
Mon perc peut ici paroitre en sûreté.
Hélas ! à se cacher qui pourroit le contraindre?
Étranger dans ces lieux, th ! qu'auroit-il à craindre?
A ses jours languissants le péril attaché
Le retenoit, seigneur, sans le tenir caché.