ÉLOGES HISTORIQUES
V-#ET article sera court sur ce qui concerne )e cardinal Dubois , dont la vie, très-peu littéraire, fournit à peine aux annales académiques deux ou trois faits isolés et fugitifs, assez peu propres à les enrichir. Nous joindrons à ces faits, non moins brièvement, quelques légers accessoires, pour en remplir le ▼îde et y semer le peu d'intérêt que nous sommes capables d'y répandre. Puissent les accessoires obtenir grâce pour le principal, et surtout pour le ton, quelquefois peu louangeur, que nous obligera de prendre l'académicien dont nous avons à parler ! cette raison nous a déterminés, messieurs, à vous rendre juges dans une séance publique de l'article que vous allez entendre. Comme il doit être, par la nature du sujet, d'un genre à part et presque unique dans notre histoire^ il nous importe d'apprendre de vous si nous avons su- fixer équitablement , sans, blesser ni la sincérité ni les convenances , la place que le cardinal Dubois doit occuper dans le souvenir de ses confrères.
Avec quelque rigueur que l'histoire et la postérité puissent un jour apprécier ce ministre , elles feraient à l'Académie une querelle très-injuste, si elles lui reprochaient d'avoir admis parmises membres un homme que la voix publique, il est vrai, ne paraissait pas trop lui indiquer , mais que la puissance spirilaelle et la temporelle semblaient toutes deux lui recommander ponr ainsi dire, par le soin qu'elles avaient pris de le décorer comme à l'envi , des dignités les plus éminentes et des emplois les plus importans. Pourquoi une simple société littéraire , qui n'avait à lui accorder que les honneurs les plus modestes , auraitelle eu la prétention ou la mauvaise humeur d'être plus diUlcile à son égard que la cour de Rome et celle de France ?
Guillaume Dubois, né en i656, était fils, ou neveu, car on n'est pas d'accord sur fa généalogie , d'un pauvre apothi-
• Article destine, dans VHisloire de T^icadémie, à ce cardinal , premier ■ûnUire , archeréqqe de Cambrai , et membre de celte compagnie , lu h in •raoce publique du a5 août 1781.
caîre de Brives-la-Gaîllarde , eo Limosîn. Il ne put faire ses études que par le moyen d'une bourse très -modique, qu'il eut même beaucoup de peine à obtenir ; tant là fortune le traita d'abord en marâtre , et avec une rigueur que peut-être elle a trop biei^ réparée. On montrait, il n'y a pas encore long-temps, dans un petit collège de Paris, la chambre trësmesqùine .que le futur cardinal y habitait. Cette chambre n'était pas sans doute aussi révérée que l'a été celle d'Erasme au collège de Montaigu ; parce que Erasme nous a laissé dans ses ouvrages des monumens durables de ses talens, et qu'il ne reste du cardinal Dubois que son nom , qui n'est pas , il faut l'avouer, celui de Sully ni de L'Hôpital. Cependant Erasme est mort aussi pauvre qu'estimé , après avoir été outragé et tourmenté durant sa vie par les fanatiques de toutes les sectes , à qui il avait laissé voir son mépris; et Dubois, après avoir été obligé de se mettre au service du principal de son collège , parce que sa bourse ne suffisait pas pour le nourrir, sortit de là pour être précepteur du duc d'Orléans, depuis régent du royaume, confident de ses secrets de toute espèce ; archevêque de Cambrai , à qui il ne fit pas oublier Fénélon; enfin premier ministre et cardinal, double titre auquel il ne paraissait désigné ni par la France ni par l'Eglise. Mais rien e$t-il fait en ce genre pour étonner notre siècle , qui , entre autres phénomènes ue cette nature , a vu l'élévation de Menzicoff, garçon pâtissier , aux premières places de l'Empire de Russie ; et celle de Catherine , maîtresse d'un tambour, sur le trône de ce même Empire (i) ?
Notre cardinal , archevêque et ministre , eut la fantaisie , quoiqu'il ne se fût jamais piqué d'un vif intérêt pour les lettres , de joindre aux honneurs si accumulés et si briDans dont il était revêtu , la décoration très-peu fastueuse d'académicien , comme la seule, disaft-il, qui manquât à sa fortune. Ce compliment pour nous était-il ironique ou sincère ? l'amour-propre nous défend de croire le premier , et la modestie de supposer le second (2) . * Quoiqu'il en soit, son entrée dans la compagnie eut une singularité remarquable. Il est le premier , et jusqu'à présent le seul académicien à qui le directeur ait donné , en le recevant, le titre de Monseigneur^ que l'Académie , dans ses séances publiques , n'emploie pour aucun de ses membres , et qui ne lui est pas même demandé par ceux de nos confrères , dont, il est d'ailleurs la qualification distinctive , et , pour ainsi dire , le nom propre. Ce titre fut un grand objet de négociation entfe la compagnie et le récipiendaire. Il exigeait le Monseigneur, sinon comme évoque , disait-il , au moins comme cardinal , et pour ne pas contrifiter, c'étnît son expression , as^pz j>eu sérieuse , tous ses
amis et confrères du sacré collège. La compagnie ar ait peine à Inî accorder cette distinction , comme faisant nne légère brèche â régalitë académique, jus(ju*alors religieusement obserrée. Elle ci^t pourtant devoir sacrifier ses scrupules à la crainte de s^aHéner un homme puissant, de qui, è la Terité, elle ne prétendait aucune grâce , mais qui , pour lui nui^e , n'aurait pas attendu qn'elle eÀt rien k lui demander. Le philosophe Fontenelle, chargé de la réception , se sotimit, avec tme docilité qui lui coûta peu , à cette lùince prétention de la vanité humaine ; il donna en souriant et à petit bruit , le Monseigneur tant désiré au cardinal académicien, qui j mettait ou feignait d*y mettes une si grande importance.
Fontenelle avait dans son discours une difficulté plus embarrassante, soit à esquiver, soit à vaincre. Obligé , par sa place de directeur et par Tusage , de donner au cardinal Dubois la portion des louanges qui revient de droit au récipiendaire, il importait à l'honneur de la philosophie que ces louanges ne parussent pas troj/ déplacées , et que la malignité publique , toujours si avide à saisir l'aliment qu'on lui présente , ne Ht pas à l'orateur des reproches amers d'adulation. Il se tira de ce défilé avec assez de bonheur ou d'adresse , par le compliment très-mesuré qu'il fit au nouvel académicien ; mais ce compliment occasiona , de la part d'un journaliste , une plaisante sottise. FonteneHé, en parlant des instructions que le cardinal Dubois donnait à Louis XY , alors enfant , disait à ce miuistre r P^ous contmuniqvcz sans ré- Èerve à notre jeune monarque les connaissances qui le mettront un jour en état de gouverner par lui-même; vous travaillez de tout votre pom^oir à vous rendre inuUle, Un de ces écrivains qui barboaîllent en Hollairfe des feuilles périodiques, obsefva finement que ces mots vous rendre inutile, étaient une fautç d'impression , d'une absui'dité rare , dont l'auteur dVi discours avait dû rire tout le premier ; qu'il fallait évidemment lire , vous rendre utile, et avoir pitié de l'ineptie des ii^ primeurs (3).
Lé cardinal Dubois présida l'assembtée du clergé en 1723. Il pronotkçâ. dans la première séance un discours qui fht Irès-goûté de ses confrères , par tout ce qu'il contenait d'honnête et de flatteur pouf eux. Aussi se crurent-ils obligés de lui répondre par l'assuranfce , au moras oratoire , des sentimens de reconnais^ sanceei d*a'ttacfiement <^ue l'Eglise de France qvait pour lui. Le discours d^u cardinal était l'ouvrage de Fontenelle; il avait cette simplicité fine , et celte sage convenance que l'illustre philosophe savait mettre dans tout ce qui sortait dé sa plume, et plus encore horsqu'il la prêtait généreusement , Ce qui lui était assez ordinaire, au désir ou au besoin des autres (4). Mais ni cette ha-
rangue, quelque mérite qu'elle eàt, ni peut-être aucune du même genre, ne valent, à notre avis, celle que Tarchevéque de Paris, Vin ti mille , fit à Louis XY à la tête d'une autre assemblée du clergé. Ce prélat , qui ne se piquait ni d'éloquence ni de mémoire , mais de naturel et de franchise , ne voulait ni faire orner ou gâter par des mains étrangères , ni réciter par cœur en balbutiant ce qu'il sentait avec vérité , et qu'il désirait d'exprimer de même. Sire, dit-il au roi en deux xnois y je viens assurer voire majesté, au nom du clergé de France, que nous sommes ses plus fidèles sujets , et toujours prêts à faire ce que nous croi" rons lui être agréable. Je crois, sire, que cette harangue en vaut bien une autre (fi)-
Le même Fontenelle , qui avait harangué le cardinal Dubois à l'Académie , et qui baranguait le clergé par sa boucbe, passe encore pour être l'auteur de l'épitaphe également sage et ingénieuse qu'on a faite à ce ministre dans l'église de Saint-Honoré » oii se voit son mausolée. Apres avoir mis , selon l'usage , au-dessous des tristes mots , Tiic jacet , la liste pompeuse de toutes les dignités que le cardinal n'avait plus, l'auteur de l'épitaphe , sans basarder des éloges que la gravité du lieu ne comportait guère , a simplement ajouté ce peu de lignes , oii il emprunte d'une manière beureuse le langage de l'Écriture. Nous demandons permission aux dames de rapporter les mots latins avant la traduction , qui ne pourra guère en rendre toute l'énergie : Quid awtem sunt ki tituli, nisi arcus coloratus , etfumus ad modicum parens? P'iator, solidiora et stabiliora bona mortuo precare (Mais qu'esl-ce que tous ces titres , sinèn un arc-en-cicl passager, et une fumée prompte à disparaître ? Passant , demande à Dieu pour le défupt ,<les biens plus solides et plus.durables ). Cette épitaphe , par son édifiante et austère brièveté, rappelle le laconisme plus énergique encor# de celle du cardinal Barberin , aux capucins de Rome. Hic jacet cinis et nihil ( Ci gît de la cendre et rien ). Combien d'oraisons funèbres , si l'on n'y mettait que la vérité , devraient se réduire à ce peu de mots , ou tout au plus à ceuxci, qu'on lisait autrefois dans un lieu chargé d'épi taphes , et qu'on n'aurait pas dû en effacer :
Tous ces moru ont tccu ; toi qoi tîs, to mourras (6).
Dans le mausolée du cardinal Dubois, le sculpteur n'a pas été moins heureux que l'auteur de l'inscription mortuaire. On voit sur un tombeau le cardinal à genoux , ayant devant lui un livre ouvert oîi est le miserere, et tournant les yeux vers le peuple, comme pour engager les fidèles à fléchir avec lui par celte prière la miséricorde iTu souverain juge.
L'idée de ce mausole'e avait, dit-on , été donnée par ua homme que son pieux intérêt pour ]a mémoire du défunt , rendait plus digne que personne de lui consacrer un monument si religieux. C'était un parent du cardinal , ecclésiastique de mœurs au6tëre$ , et de VsL piété la plus édifiante. Né comme le premier ministre dans un état très-médiocre, il n'avait jamais voulu en sortir, plus encore par délicatesse de conscience que par principe de désintéressement et de modération ; ne possédant qu'un seul bénéfice , qui était bien moins à lui qu'aux pauvres, il gémissait sur rélévation de son parent , et sur le péril redoutable , disait-il , oii tant de devoirs à remplir exposaient son {(me. L'obscur et simple bomme de bien eut toujours sur Tbomme ricbe et puissant cet ascendant assuré à la vertu, qui ne sait ni flatter ni craindre ; il ne le voyait que pour lui donner des leçons importantes et. sévères , ne lui demanda jamais ni places ni pensions, soit pour lui-même , soit pour d'auti;es ; et peut-être a-t-il été le seul qui, à la mort de cet bomme ^ si entouré de courtisans durant sa tie, ait sincèrement imploré sur sa tombe la clémence divine.
Le rang éminent que le cardinal Dubois occupait dans l'État mettait par cela seul la littérature- dans sa dépendance. Sans doute elle crut s'en faire un appui, en lui conférant, outre le titre d'académicien français , celui d'bonoraire de TAcadémie des sciences et de celle des belles-lettres. Aucun écrivain célèbre , Fontenelle excepté , n'a réuni sur sa tête autant de décorations littéraires (7) . Il est vrai que la cendre du ministre fut bien moins chargée que sa personne d'honneurs académiques , car, à l'exception du trèsmodique éloge funèbre que ses mânes obtinrent dans TAcadémie Française, à (réception du président Hénault, son successeur, les deux autres compagnies dont il était membre furent complètement muettes à son égard (8). Elles ne lui accordèrent pas même , ou , si l'on veut, lui épargnèrent, par discrétion , la mention funéraire très-sèche et très-succincte que l'Académie des belles-lettres avait faite peu de temps auparavant d^i jésuite Le Teîlier , qui , par malheur pour elle , était un de ses honoraires. Comme ce jésuite, dont le fanatisme avait mis en feu l'Église de France , était mort chargé de l'indignation publique , le secrétaire de l'Académie des belles-lettres eut ordre du régent de Jai accorder une dose de louanges très-courte , et obéit si ponctuellement à cet ordre , qu'il se borna prudemment et laconiquement si la date de la naissance du père Le Teîlier , de ses digfiités jésuitiques , et de sa mort. Ce qui fit dire de ce secrétaire si avisé ou si docile , qu'après aVoir montré dans d'autres éloges son talent pour parler, il avait montré dans celui do jésuite son talent pour se taire (9).
FoDtenelle , qui se dispensa ou s'abstint, quoique secrétaire de l'Académie des sciences y d'y prononcer Téloge du cardinal , soa conErëre, dans les trois compagnies, ne pnt sans doute, par les difficultés qu'il trouvait è^ peindre la figure entière , profiter des avantages 'qu'il avait pour en ^es^iner siipérieurement \9tphjrsio^ norme ; car , ayant intimement connu ce ministre 9 personne n'était plus en état que lui d'en tracer un portfait intéressant, au moins par |a ressemblance, ^\> d'apprécier» dans fine assemblée de sages, la destinée si heui:^use en apparence ^u cardinal Dubois. Cet homme, que le sort avait- tiré 4e si bas, et port^, ou plut6t guindé si baut , éprouvait souvent dans son incroyable fortune les cWgfins amers que la Providence divine, par une juste ré-* partition des biens et des ma'n^ entre les haipaios^ semble avoir attachés à ces grandes pl^ces^ si désirées de l'ambition , si chéries de la vanité , et si redoutées in sage. D^s ces accès de dé* plaisance et de dégoût, le cardinal allait répandre ses douleurs secrètes au sein du paisible Fontenelle ; il cherchait d^ns les entretiens consolans du philosophe, peut-être même dans le spec-^ tacle seul de cette âme satisfaite et heureuse , quelque adoucissement aux ennuis de 1^ grandeur. Aussi Fontenelle disait-il en «'applaudissant de son état, et en le comparant k celui du ministre : Je n ai pas fait une aussi énorme fortune que le cardinal Dubois; mais aussi je n ai jamais eu besoin que le cardinal Du^ bois vînt ma consoler (10). 11 ne parlait pas de même du cardinal de Fleury , qu'il ayait copnu dès le temps ou ce ministre n'était encore qu'aumônier du roi. Le bonheur dont avak joui le jeune aumônier , plein d'esprit et d'agrémens, très-fllté à la cour, ai^ mant le monde et les plaisirs , ne se dementi^oint , lorsque chargé , à soixante-quinze ans , du gouvernement du royaume y il se vit au plus haut degré du pouvoir et des honneurs (11). Fontenelle, qui allait quelquefois le voir, ou plutôt l'observer, et qu'il recevait avec plaisir, parce que le philosophe n'avait jamais de demande à lui faire , était surpris de trouver toujours <;e ministre tranquille et serein , au milieu du tumulte des affaires et des intrigues de la cour. Quoi! monseigneur, lui dbait^il , se^ riez-^ous encore heureux 7 Au contraire , le cardinal Dubois , arrivé comme lui au ministère suprême, et parti de bien plus loin , s'écriait souvent dans l'amertume de ses dégoûts : Je vou^ drais être à un cinquième étage, as^ec une vieille servante et quitL^e centfi livres de revenu. Mais ce qui paraîtra étrange à la multitude , et qui ne le sera guère pour les appréciateurs éclairés des inconséquences humaines , c'est que «lans le même temps oii le ministre cardinal dévorait les chagrins que lui valait son élévation , elle faisait, d'une manière bien dilTcrente , le désespoir
d'un homme de beaucoup d'esprit , de mérite et de probité , l'abbé Mopgault , qui ayant été nommé par le régent précepteur de son fils , croyait avoir au moins autant de droits que le cardinal à la confiance de ce prince. Témoin de la grande fortune» et des ennuis plus grands encore, d'un homme qui n'avait eu dans la même maison qu'un titre d'abc^d trës-inférieur au sien , il se consumait de n'avoir pu obtenir au même prix ces tristes grandeurs-, et était rongé de vapeurs cruelles qui empoisonnèrent le reste de sa vie ; tant il est vrai , comme le disait encore le cardinal Dubois k Fontenelle, que l'ambition n'a de bonheur à attendre , ni avant d'être satisfaite , ni après l'avoir été.
Ces anecdotes , si propres k guérir de cette passion dévorante, < n'en guériront sans doute aucun de ceux que leur destinée con-damne à ce supplice. Qu'ils nous permettent pourtant encore de leur raconter un fait dont nous avons été témoins, et qui , sans avoir de rapport direct au cardinal Dubois , ne paraîtra peut-; être pas étranger k cet article. Un grand monarque de nos jours , iUnstre par ses victoires , par ses lois et par son génie , se promenait il y a quelques années dans un de ses jlirdins avec un homme de lettres. Ils aperçurent une ^ysanne qui venait de travailler à ce jardin , et qui , étendue sur la terre , accablée de lassitude , dormait profondément à l'ardeur du soleil . F'ous voyez ceiie pmture femme ^ dit le monarque à l'homme de Jettres, et vous la jugez sans doute fort à plaindre en comparaison de nous deux. Hé bien , croyez qu'elle est peut^tre plus heureuse que vous^ et à coup sûr plus heurçuse que moi. Il ne faut pas oublier de dire que le pnnce qui tenait ce triste discours , était alors dans un des plus mémorables instans de sa vie, et venait de terminer par une paix glorieuse une guerre ou il avait eu la moitié de l!Europe k combattre. Quoi, sire, lui dit l'homme de lettres, vous n'êtes point heureux au comble des succès et de la gloire? Qui pourra donc se flatter de Vétre? Et après avoir déploré d'un common accord l'infortune de la condition humaine dans fous les états, et dans tous les temps , le héros couronné et f homrâe de lettres obscur convinrent qu'une des pltrs grandes sources de nuilbeur pour les hommes était la vanité , et le* désir d'occuper une grande plaee dans l'opinion des autres ; désir ou travers que cette pauvre pay^fune ne connaissait pas.
Revenons, en finissant, au cardinal Dubois; et puisqu'il a si peu goûté le bonheur au latte de l'élévation la "plus inespérée , ajoutons à son épitaphe les deux mots que le célèbre comte de Tessin, premier ministre -de Suède, et mort de nos fours, a voulu qu'on gravât uniquement sur son tombeau : 'J^andemjctix! i Heureux enfin ) ! Puisse celte inscription , sinon consqlor ^ du
moins soulager un moment tant d'hommes mecontens'de leur sort dans toutes les conditions ! puisse-t-elle leur apprendre que ceux dont ils seraient tentés d'entier la fortune , partagent , au moins également avec eux , les tourmens et les pleurs auxquels tous les rangs et tous les êiges sont indistinctement et impitoyablement dévoués par la nature !
Note générale pour sentir de supplément à l* article du cardinal
Dubois,
Un homme de lettres trës-connu nous a communiqué un mémoire curieux sur ce cardinal , en nous assurant qu'il le tenait de bonne main. Ce mémoire parait avoir été écrit du temps même de ce ministre. Il contient quelques traits dignes d'éloge , et plusieurs autres qui ne sont pas aussi honorables à sa mémoire , mais que nous croyons devoir supprimer.
L'abbé Dubois était fils d'un médecin qui avait deux frères ; l'un était apothicaire dans la même ville (selon d'autres, il était ffls de l'apothicaire), l'autre a été vicaire-général des camaldules. Il fit ses études à Brives , daiis le collège des doctrinaires , jusqu'à s^ rhétorique exclt^ivement.
On donna dans ce collège la représentation d'une pièce de théâtre , mêlée de danses. Le jeune écolier était acteur dans la pièce et dans le ballet ; un de ceux qui dansaient avec lui ayant manqué à lajigure^ l'abbé Dubois s'emporta jusqu'à lui donner quelques coups de pied en présence de toute l'assemblée , qui augura avantageusement de sa vivacité. On aurait pu tirer de cette action violente, une conclusion moins favorable pour Favenir ; elle eût été confirmée par un autre acte de violence du jeune écolier. Dans une petite ]partie de chasse avec un de ws amis , âgé comme lui à peu près de dix à onze ans , ils prirent querelle ; ils avaient chacun un petit fusH ; l'abbé Dubois le coucha en joue , et sans l'extrême modération de son camarade , il serait arrivé malheur.
Il brilla dans toutes ses classes , et se portait de son propre mouvement au travail. On lui reprochait seulement ce penchant au mensonge , qui n'est que trop souvent le vice de la jeunesse , surtout dans les collèges. Un de ses maîtres disait de lui , peutêtre avec un peu d'exagération : Quand il sortira une vérité de la bouche de ce petit abbé, je la ferai enchâsser comme une relique. Destiné par le sort aux grandes places , où l'on est souvent contraint à ne pas dire la vérité, les moralistes peu sévères excuseront'peut-être l'abbé Dubois dé s'y être exercé de bonne heure.
jV l'âge de douze ans il vint k Paris. La maison de Pompadour,
qm aTait fondé le collège de Saint-Michel , rue de Bicvre, accorda pour lui , aux sollicitations de son père , une place de boursier dans ce collège ; mais il n'en eut que la promesse , et fut obligé , pour achever ses études , de se mettre au service du principal. Ce principal était M. Faure , l'un des grands-vicaires de Tarcheréque de Reims. L'abbé Dubois étant venu lui rendre visite long-temps après sa sortie du collège, lui dit en se retirant : Monsieur y je suis votre valet. Mon ami , lui répondit M. Faure , tu ne m* apprends rien de nouveau,
JLa Montre , maître de mathématiques , fut un des premiers amis qu'il eut à Paris. La Montre prit une si grande affection pour lui , qu'il l'aimait comme son frère , et qu'il l'a servi tojile sa yie avec le plus grand «èlai
Etant an collége.de Saint-Michel à l'âge de vingt ou vingt-un ans 9 dans un temps oii il n'était guère permis de se montrer partisan d'une philosophie nouvelle , il enseignait les principes de Descartes , et en débitait, pour ainsi dire , les mystères sous le manteau. Cétait à peu près dans ce ménfe temps que l'aj^bé Colbert ayant Levé le masque sur ce sujet , et abandonné Aristote pour Descartes , donna les nouvelles opinions de cette philosophie sous le nom de Duhamel.
L'abbé Dubois répétait alors la philosophie aux deux enfans que madame de Rians , femme du procureur du roi au châtelet , avait eus d'un premier lit. Il en tirait vingt francs par mois , rétribntion alors assez considérable ; et comme les enfans avaient peu de goÂt pour la philosophie , il leur apprenait en même temps l'italien, pdur gagner au moins, disait-il , leur argent.
Au sortir du collège, il fut d'abord précepteur chez Mauroy, marchand du Petit-Pont, de là chez M. de Gourgues , maitre des requêtes ; La Montre , son ami , le fit entrer ensuite chez H. le marquis de Pluvant , maitre de la garde-robe de Monsieur. Après l'avoir eu quelque temps auprès de son fils , M. de Plurant en parla à M. de Saint-Laurent , sous-gouverneur de M. le àac de Chartres, depuis régent du royaume. M. de Saint-Laumit l'agréa pour enseigner au jeune prince les premiers èlémens de la langae latine. Il avait mille livres d'appointemens. M. de Samt-Laurent avait chargé M. Fremont de l'examiner, et le mit en exercice sur son témoignage. Je serais bien aise, dit M. de Saint-Laurent à M. Fremont, que ce petit abbé n'alldt point manger m/ cabaret; cela n*est honnête ni pour lui ni pour nous. Alors M. Fremont le logea dans sa maison , et le fit même coucher long*temps avec lui. M. de Saint-Laurent le tenait fort à la gêne , et ne le laissait pas trop s'émanciper, s'ctant aperçu de son esprit intrigant.
La coonaissance qu'il avait de la langue ilalienne, fut pour lui un moyen de ge fapprocber de M. le duc de Chartre«$ M.. de Saiotr-Laurent.l'en avait écarté , soit par jalousie, soit & cause de l'ascendant que l'abbé Dubois prenait sur le jeune prince. Il parut à M. de Saint-Laurent un esprit dangereux et trop capable de plaire. Dans ce petit interrègne, Madame, è qui il avait fait sa cour à Toccasioa des principes de la langue italienne qu'il enseignait par son ordre k Mademoiselle , fut informée de sa di^iôe à la. cour du jeune prince son fils ; Aie en demanda les raisons à M. de Saint-Laurent, qui s'en expliqua avec la liberté d'qn philosophe.
Aptes la mort de M/ deSaint^Laurent, l'abbé Dubois fut fait précepteur en chef de M. le duc de Chartres , avec trois mille livrés d'appointemens , c^estrà-dire^qu'on lui continua mille livres qu'il avait auparavant, et gu'on y joign{^ les deuxjaaille livres qui avaient été dcMinées à M. FremonU cpmme lecteur de ce
pripce. . ., ,. • ' ,
La connaissance particulière que son séjour au collège de Saint- Michel lui avait procurée de tous le$ bons sujets de l'Université, lui taisait trouver , lorsqu'il en avait besoin, daus la poussière de l'école , le mérite et les talens; il les mettait en œuvre pour l'éducation de M. le duc de Chartres.
Il tenait dans une chambre inaccessible h tout au^re qu^à lui , deux ou trois écrivains qui étaient occupés puit et jour à copier tout ce que lui communiquait M. de Saint-Prés , qui était chai;gë alo(^ par la cour de faire les extraits de toutes les négociations étrangères. Il tirait à peu près les mêmes secours de M. Baluze, bibliothécaire de M. Colbert , qui avait sous sa garde une infinité de manuscrits précieux.
L'abbé Dubois fit soutenir k Saint-ClOud une espèce d'exercice public à M. le duc de Chartres sur ies intérêts des princes ^ c'était d'après les mémoires de M. dé Saint-Prés. Le précepteur eut mille écus de gratification et cinq cents .écus de pension.
En 1690, M. le duc de Chartref demanda pour lui, à M. de Harlay , archevêque de Paris, i^n cauonicat vacant de SaintiHonoré, et l'obtint : il fallait être gc^dué; oa envoya en cour de Kome pour la dispense : l'abbé Dubois ne put même £EÛre preuve d'aucune étude, et en effet son érudition était fort légère; 3 avait quelques notions générales , et avec ce faible secours il suppléait à tout par beaucoup d'esprit et beaucoup d'adresse.
L'abbé Dubois suivit M. le duc de Chartres, son élève, dans ses campagnes de Flandre. Après l'affaire deSteinkei%|ue, il en avait envoyé à monsieur une relation très-exacte et très-dékiillée, suivant l'ordre qu'il ayait eu de lui rendre compte de tout ce qui se passerait. Monsieur communiqua cette relation au roi ;
DU CARDINAL DUBOIS. \x
Fabbë Dubois j parlait avec beaucoup d^éloges de M. (c maréchal de LuxemblÉirg. Cétait bien faire sa cour au maréchal , qui lui en marqua sa reconnaissance d'une façon singulière.
On wint dire un jour au roi que l'abbé Pélisson était mort SSLUS confession : le maréchal , qui était présent, dit à ce prince : Srre , je sais quelqu'un qui a l'honneur d'être connu de votre majesté f et qui sûrement mourra de même; le roi lui demanda qni c'était : Sire y lui répondit le maréchal , c^est V abbé Dubois^ qui s'expose sans aucune réserve; car le jour de F affaire de Sieihkerque, je le irouvais partoift^
An siège de Namur , le roi , 4 son souper , demanda ce qui Tenait de se passer à la tranchée. L'abbé Dubois, qui était pré«» sent , prit la liberté de lui en rendre compte ; il venait d'en être informé par le chevalier Renau, officier de marine, qui avait demandé au roi à servir sous M. de Yauban , pour se mettre au fait de la guerre. Est-ce que vous avez été à la tranchée i dit le roi à l'abbé Dubois? iVo/i^ sire ^ lui répo^idit l'abbé ; /'ai/r^ craint d'en revenir avec un ridicule déplus et un bras de moins, m . Pourquoi un ridicule, répQndit le roi? le P. La Chaise y. a bien été, L'abné Dubois se tourna du côté de M. le duc de Chartres , et dit tout haut : Sa majesté veut s'excusefdy avoir été elle' même. * ' , ' •
Quand son altesse royale .aÛa prendre congé du roi an camp, fabbé Dubpis Ky accompagna : Bon voyage ^ M. V abLté ,^u\ à\l^ te Toi ; et se souvenant de hi conversation sur le srége de T>ïamur : Je suis convaptcu, ajouta-'^l-'il , que vous remplirez bien vos de^ voirs , non pas en brave, n$ais en- sage, et c'est ce que j* attends de v(Hts.
Après la sanglante bataille de Steiûlerque , M. le duc de Chartres, par It conseil de l'abbé Dubois, qui voulait acqoérir à ce prince tons les cœurs , envoya ses équipages pour enlever du champ de bataille le» blessés de nolrearmée éont on pouvait espérer la guérison ; le lendemain , il envoya ces mêmes équipages pour enlever les blessés des ennemis^ L'abbé Dubois fut à la tête ; il vint rendre compte à son allesse royale , et lui dii qu'en vojrant sortir <:es corps tout mft du bois où ils étaient, il lui avait semblé être au jour de la résurrection.
Il faisait en partie les honneurs de la table de son altesse royale, dans ses premières campagnes , et ayaît grand soin d'y attirer les oaBciers-généraax qn'bn estimait le plus. Il les attaquait de conversation l'un aprè^ l'autre, et tirait d^eux , par ses diâerentes questions , avec un tour d'esprit/ toujours fort leste, ce qu'ils savaient de plus particulier des ^ifTérentes actions où ils s'étaient trouvés , surtout il s'iuformait des circonstances qui avaient donné
l'y. . ARTICLE
lieu au gaiu ou à la perle des batailles , et eu geuérâl aux bons ou aux mauvais succès. '
Lorsque M. le duc de Chartres , devenu duc d'Orléans , eut , en 171S , le commandement de l'armée d'Italie , l'abbé Dubois l'ayant appris dans une de ses abbayes, oii il était, prit sur-lecbamp la poste , et se rendit auprès dé son altesse royale, pour lui offrir ses services. On l'avait desservi dans l'esprit du prince , qui avait disposé de son secrétariat en faveur de M. de Longepierre. Toute la prudence et toute la dextérité de l'abbé Dubois échoua , dans les ihouvemens qu'il se donna pour supplanter son concurrent ; il ne se rebuta point , et prit le parti de suivre le prince, au risque de tout ce qui en pourrait arriver. Il renouvela sa brigue en Italie ; un mois après , M. de Longepierre fut fait aide-de-camp du prince, et le secrétariat fut rendu à l'abbé Dubois.
Madame de Maintenon fut chargée par le roi d'engager l'abbé Dubois à disposer Fesprit de M. le duc de Chartrçs sur son mariage ^vec mademoiselle de Blois ; l'abbé fit un peu durer la négodatîon , afin d'en tirer un meilleur parti pour lui. Madame de Maintenon trouva à propos que le roi,lui parlât lui-même ; c'est ce que l'abbé alte&dait : dès ce moment , l'affaire alla plus vite , et M. le duc de Chartres fil ce qu'on voulut , quoique Madame n'oubliât rien pour l'en détourner. M, Uabbé, lui dit le roi, je suis 9 fort content de vos êenijcesf demandez-moi ce que vous imaginez quon pmsse demalulèr à quelqu'un qui est parfaitement content, de nous. Sire, lui âit-ïl ^ puisque vous' m'ordonnez de prendre cette liberté, f'ose demander à votre majesté une chose qui lui sera très-facile. Et quoi? dit le roi ; Sire, ajouta-t-il, c^est de me faire cardinal. Le rof lui tourna le dos. Quelques jours après ie P. La Chaise lui dit qu'il pouvait choisir parmi les abliayes de l'archevêque de Lyon , ^ui venait de mourir ; il demanda l'abbaye de Saint-Just , comme la plus proche de Paris.
Il ne suivit point M. le duc d'Orléans en Espagne ; la princesse des Ursins avait écrit pour empêcher qu'il n'y allât, dans la crainte oii elle était qu'il ne voulût se mçler de trop de choses.
Toute la maison de M. le duc d'Orléans savait qu'il était dans la disgrâce de ce prince , qui avait absolument refusé de l'emmener avec lui dans son voyAge. M. Doublet, secrétaire des commandemens , passant , le jour du départ de M. le duc d'Orléans , par une des cours du Palais-Royal , aperçut l'abbé Dubois à une fenêtre , et le menaça de voies de fait pour quelque sujet grave qu'il avait de s'en plaindre; un des amis de l'abbé passant un moment après , l'abbé l'appela , lui fit part de l'affront qu'il venait de recevoir, et le conjura de faire en sorte qu'il pût sa-
DU CARDINAL DUBOIS. i3
laer son altesse royale avant qu'elle partît. Ce que personne n a- Tait pa obtenir de ce prince , son a^i s'en chargea et réussit : M. le duc d'Orléans dit que l'abbé Dubois n'avait qu'à se trouver au bas de l'escalier; l'abbé ne manqua pas de s'y rendre : le prince monta dans sa chaise , appela l'abbé , qu'il cb erchait des yeux , et l'embrassa trois ou quatre fois publiquement , ce qui lui rendit la considération dont il avait joui.
Étant en Angleterre, après la paiç de Riswick, il voyait particulièrement madame la comtesse de Sandwich , célèbre par l'espèce de philosophie dont elle faisait profession ; c'est elle dont Tabbé Dubois avait dit un mot, qui a toujours été répété depuis en Angleterre. Madame de Sandwich, disait-il, est la plus belle irrégularité du monde. Elle avait un secrétaire nommé Morel , aussi singulier dans sa politique, que sa maîtresse dans ses opinions. L'abbé Dubois écoutait ce secrétaire avec complaisance , et prenait du goût à ses maximes : Gardez^wus, lui disait un jour Morel y dans le cours de votre fortune , de foire jamais de bien à personne , il en arrive toujours du mal ; et ne sojrcz jamais assez fou pour vous piquer de la gloire de foire des
ingrats.
On le pressait un jour de faire du bien à sa famille ; il se mit en colère et dit tout le mal qu'il savait de ses parens. Lprsqu^on lui parlait du maire de Brives , comme de celui de ses frères qui avait le plus de mérite : F^ous ne, le connaissez pas , disait-il , // est plus heureux que moi ; il passe toute sa vie à s'asseoir dans un fouteuil ou à foire des enfons , et c'est tout ce qu'il aime : il est vrai y ajoutait^il , que je lui ai obligation de ma fortune ; c^est lui qui m'a chassé de la maison paternelle ; ses procédés un peu trop durs ont donné lieu à mon évasion ; elle nia privé du peu de bien que je possédais , que mes parens dévorent, et dont je n'ai jamais joui.
Les jeux de spn étoile ont été si bizarres , que Mauroy , dont il avait été précepteur , est devenu son courrier. Ayant emprunté, pour quelques jours , le carrosse et les chevaux de M. de Noce , il prit la liberté de s'en servir pour un voyage de près de trois cents lieues, et à son retour, il se tira d'affaire en plaisantanL M. de Noce lui demanda un jour son carrosse pour aller jusqu'à Gonesse ; il le lui refusa , apparemment pour continuer la plaisanterie.
Il avait un cocher qui faisait un journal de toutes les actions de son maître. Xie cocher étudiait le visage qu'il avait en descendant de carrosse et en y remontant ; et combinant cette obseï)^ vation avec ce que l'abbé Dubois venait de faire , il eu concluait à sa façoi>lous les projets de l'abbé Duljoi'i; 1^ maître trouva le
i4 ARTICLE
journal , et mit son cocher dehors, en avouant que le coquin avait souvent rencontré juste.
Quand il priait ses amis de lui chercher un domestique et qu'ils voulaient faire Téloge de celui qu'ils présentaient, il leur disait : Ne vous arrêtez point sur ses bonnes qualités, dites^moi seulement ses défauts.
Il avait quelquefois recours à des raisons singuliëres pour éluder )e payement de certains créanciers. On le sollicitait un jour en faveur de Tun d'eux : Moi^ disait-il , je payerais cet homme^là ! c*est un malheureux qui en a mal usé avec son père, je n'en fo.vai rien / son procédé crie vengeance. Il refusait , quoique sollicité par un de ses amis , d'en payer un autre , sous prétexte que c'était un ivrogne , et qu'il porterait son argent au cabaret au lieu d'en faire un meilleur usage ; et comme le solliciteur paraissait ne pas goûter ses raisons : J^oudriez-vous , lui dit-il , mettre des armes entre les mains d*unjuri€ux ?
Jamais il n'entretenait personne, sans faire tomber la conversation sur les talens de ceux à qui il parlait ; c'était une façon détournée de tirer d'eux des lumières et des instructions qu'il puisait dans les sources.
H parlait de tout avec beaucoup de justesse et de précision ; mais il parlait aussi toujours froidement des talens les plus marqués et des productions d'autrui les plus brillantes ; rien ne l'é- 'tonnait, ni ne lui causait d'enthousiasme.
On ne Faurait peut-être pas surpris , si , des qu'il entra auprès de M. le duc de Chartres , on lui eût dit qu'il serait archevêque de Cambrai , cardinal et premier ministre. Étant à une maison de campagne , chez le chevalier de Longueville , gentilhomme qui avait été page de Monsieur, il lui fit part d'un songe dont il avait été occupé toute la nuit; il avait rêvé qu'il était cardinal , et ce songe était accompagné d'une infinité de circonstances qui u'avmentrien de la confusion des rêves ordinaires. Le chevalier de Longueville a raconté ce fait à qui a voulu l'entendre.
Au comencement de Ja régence, l'abbé Dubois était disgracié; il alla troiiver le régent , et lui dit : Monseigneur, dans un temps oh votre fortune a si heureusement changé de face , laisserez^ vous , dans la Iwnte et dans V inaction , un homme qui a été votre précepteur? je vous conjure de m* employer. Est-ce fna faute, lui répondit le régent, si je ne fais plus rien pour toi ; et à quel usage puis^je te mettre, étant aussi mécontent de toi que je le iw75/^ Ospendant , au bout de quelques jours , le prince l'envoya chercher, pour lui dire qu'il le faisait conseiller d'État ; et il ajouta, en l'embrassant: ISobbé, un ffcu de droiture, je Cen prie. L'abbé Dubois" alla de ce pas chez Madame ^ pour la remer-
DU CARDINAL DUBOIS. i5
tier , disait-il , d'one grâce qa'il devait à sa recommaâdâlîon ; mais lorsipi'elle Irii eut demandé de quoi il était question , et qu'elle eut appris ce que son altesse royale venait de faire pour lai , elle lui redit trois fois : f^ous , conseiller d*Etat !
Cette princesse y d'une hauteur qui allait souvent à l'excès , trouvait ce titre trop relevé pour le fils d'un petit bourgeois de Brives. Elle ne voyait pas plus loin, et ne s'informait pas si le petit boorgeois était digne ou non de cette place.
n proposa au régent de faire deux choses pour lui ; la première , de le nommer secrétaire du cabinet de la régence ; la seconde , de l'envoyer en Angleterre continuer le traité de la. quadruple alliance qu'avait commencé M. d'Iberville : il ofirit f alleraalive , et le régent le fit partir pour l'Angleterre.
ici se termine le ntanusôrit , qui paraît n'oi^oirpas étéacheué.
Dans Hn o«vrage in*-iâ, imprimé à Paris, en 1761 , sous le litre de pièces intéressantes et peu connues pour sennrà rSfis-^ iûire, ouvrage qui a eu beaucoup de lecteurs , on trouve plusieurs autres anecdotes trës-curieuses sur le cardinal Dubois , recueillies par Dnclos , et auxquelles nous renvoyons : on y voit entre autres qu'il dut , en partie, l'archevêché de Cambrai à la reeommandatîos da roi d'Angleterre (étrange voie pour obtenir les honneurs de l'ÉgKse catholique) , et le chapeau de cardinal aux intrigues da cardinal de Tencin , qui , dans le conclave de tfjT, t , oii fut éla Innocent XlII, mit cette condition à l'élection du pontife.
NOTES
^i) Lj^abbé Dubois, qui passait pour avoir des mœurs peu sévères, mmt demandé au régent rarchevéché de Cambrai , un des plus riches du royaume : Je le veups bien y lui dit le prihce;^ mais parmi tant ^évéques qui vous décrient, en trouverez'-vous un sçul qui se charge de vous sacrer? J'en trouverai trente, répondit Tahbé Dubois : il ne M trompa point f plusieurs évêques s'offrirent pour cette cérémonie , ce cn>vant trop heureux de faire leur cour au prince, et d'obliger le mnibtre qui âait en faveur. tJn des prélats les plus distingués par sa Baissanoeet par son siège , demanda la préférence et Tobtint.
(-s) 'Vûkî ta lettre que le cardh^l Dubois éciirit à FonteneDe , pour demanda' une place dans TAcadémie Française.
« H.îe cardmardeilobân et M>-f évéque de Fréjus m^ont demandé, » monsieur , s*il ne flie conviendrait point d'accepter une pkçe dans » TAcadémle Française. Je leur ai répondu que c'était la seule dignité » cfoi pouvait huée ajootée J^ mu for lune. Voilà mes sentimem , sur les-
» quds 1* Académie peut régler les siens sans aucune contrainte et saû^ » aucune condition. Je bornais mon ambition k être TOtre ami , roon- » sieur, on m*a tenté ; et je la laisse aller jusqu'à ne pas rougir d'être » votre confrère. »
Celte dernière phrase est équivoque, au moins dans les termes ; car elle peut signifier ou que le cardinal regardait le titre ^f académicien comme au-dessous de sa dignité, ou qu'il le croyait au^iessus de ses talens : mais ce dernier sens est le seul vraisemblable, C était à coup sûr un compliment que le cardinal voulait faire à Fontenelle, et non une injure qu'il prétendait lui dire.
Ce fut le 5 décembre 1 722 que le cardinal Dubois fut reçu , à la place d'André Dacier , secrétaire de TAcadémie. fontenelle se trouva pour lors directeur , et n'avait encore été chargé d'aucune réception. Il tira parti assez heureusement de cette circonstance, dans sa réponse au récipiendaire. « Depuis plus de trente ans , lui dit-il , que l'Académie » m'a fait l'honneur de me recevoir , le sort l'avait asSez bien servie , » pour ne me charger jamais de parler en son nom 4 aucun de ceux » qu'elle a reçus après moi ; il me réservait k une occasion singulière , 9 où les sentimeps de mon cceur pussent suffire à une fonction si noble » et si dangereuse, »
(3) A l'occasion de cette faute d'impression prétendue , nous remarquerons que les auteurs en ont souvent hasardé par malice , et pour se ménagçr dans Verrala des plaisanteries , quelquefois bonnes , quelquefob insipides , quelquefois même indécentes ; espèce de finesse qui , dans tous les cas , nous semble petite et mesquine. Tels sont les errata
suivans : péché original, lisez originel Ce jésuite attaque dans ses
ouvrages l'kypocHsie, P ambition, P orgueil, vices communs dans sa société, lisez dans la société, et plusieurs autres semblables, qu'il serait inutile de citer ici , parce qu'il y a trop de facilité k les trouver, et trop peu de mérite k se les permettre * . Les seules fautes d'impression vraiment plaisantes, sont celles qu'on a faites de bonne foi, et d'où résulte dans Verrata une épigramroe d'autant plus piquante , que l'auteur n'y a poifit pensé. Nous citerons pour exemple Verrata d'un gazetier, qui est encore un Hollandais ; car cette nation est heureuse en errata. Ce gazetier ayant mal lu la lettre de son correspondant , qui lui annonçait un ouvrage de M, de Réaumur, annonça que ce savant venait de publier le premier volume de son Histoire des Jésuites ; dans l'ordinaire suivant , il eut soin d*avertir qu'au lieu de jésuites , il fallait lire insectes *.
' On peut mettre d«n« celte dasse d'errata ëpigrammartiiues la remarque plof gaie que descente de Richelet , qaW ne faut pas , avec quelques auiehrt , écrire jésuite avec une s , comme caatiiste , rigoriste , mais jésuite sans s , cjmme sodomite, hypocrite, eto. Le mauTais poÊ'tc Qacon, dans d^ mauvais vers latins, avait fait brève au gifnitjf la sccomlc syUabe da mot Gaconis ; qnelquVii lui dit que celte seconde syllabe devait être longue , comme dans l^nonis, nebuUnis, •
* 11 est d^endu par la sainte inquisition d'entf l<îyer dans les livres le moi
no CARDINAL DUBOIS. 17
011 académicien encçre Tiraût Toulait, dans son discourt de rëc€p«* tioa , louer le cardinal de Richelieu d*une manière nouvelle ; entreprise ambitieuse et difficile. S'il eût suivi la première idée qu'il avait eue pour cet éloge, il eut, k coup sûr, dérouté de même quelques lecteurs aussi •m^ que le journaliste batave , qui se savait si bon gré d'avoir lu dans le 4iscoura de Fontenelle , utile au Iku d^inutile. Cet académicien se "proposait de dire que les adulateurs qui auraient k louer des ministres , accorderaient toujours à Richelieu la seconde place , tant il était sûr de la première , À peu près comme on a été si souvent chercher Trajan et Titus , pour mettre au-dessus d'eux tant de monarques , qui sûrement ne les ont pas déplacés. L'académicien avait donc projeté de donner à Téloge du cardinal la tournure suivante : Ce ministre, au-^ssus du'* quel on mettra toujours les ministres qv^on voudra exalter. Quelque périodiste plein d'esprit, car il y en a plus d'un qui entèhd à demi-mot 1 n'aurait pas manqué de dire o^ au-dessus était une faute d*impression , et qu'il fallait lire au^ssous. Ce ne fut pourtant pas un motif de charité pour les journalistes qui détermina Tacadémicien à supprimer cette phrase ; c'est qu'en y réfléchissant , elle lui parut avec raison trop sub* tOement épigrammatique ; ceux de ses auditeurs qui à^raient le mieux entendu finesse, auraient jugé , non sans fondement, que cette manière de s'exprimer , si curieusement éloignée de la forme ordipaire , ren*» fermait implicitement un trait de satire trop aiguisé pour être senti par k multitude , et qui par cela même perdi*ait une grande partie de son c0êt ; trait d'ailleurs trop peu séneux , pour êtr^ à sa place dans un discours académique , qui doit être froid à force d'être grave.
(4) Le discours que le cardinal Dubob prononça à la premi^e séance de l'assen^lée du clergé, \ laquelle il présida en 1723, était, comme ■cas l'avons d^à dit , l'ouvrage de Fontenelle , et son discours de réceptiim 4 r Académie 'fut TodlVrage de La Motte. Nous mettrons ^ ces deux ercePens discours ^ l'un et l'autre peu connus ; et nous marquerons en italique V dans IjC second , les traits qui décèlent évidemment la main de Fontenelle , dont ils sont , pour ainsi dire , le cachet et la signature. 11 BOUS semble que dans le discours fait pçr La Motte , la finesse a un» expression plus naturelle , et que dans l'autre elle s'exprime avec une simplicité plus recherchée , mais toujours avec la décence et la mesure convenables au lieu , à l'auditoire , et même à l'orateur.
Discours de réception du auxÛuai Dubois à F Académie Française '. « Mi88iBUi^,je n'avais pas besoin de la reconnaissance que m'im-
^ fatum (destin) , parc« qn^dk eroit c« mot injarieox à la Providence. Un •oicar qui avait besoin de ce mot imprima pârtoat dans son onvragey^c<a au lien àtfaUiy et fit mettre dans la table des corrections ,yà<rra, \\&ezjata% tin inqnisitenr, chargé d'examiner nn livre que Nande' voulait faire imprimer k Rome, y ayant In ces mots : F'irgofatà est (la Vierge dit) , écrivit à la marge : Propositio ïu^reticn^ nùm non datur ^Eitam (Proposition hére'tiqoey car à B^ a point dejatum), ' Onvrage de La Motte,
i8 NOTES SUR L'ARTICLE
y> ytose aujourd'hui l'honneur que vous me faites , pour donner aux » intérêts de cette illustre compagnie toute Tattcntion et tout le zèle » qu'elle mérite. Mon amour pour les lettres a prévenu dès long-temps » en moi ce nouveau motif de service et d'attachement.
» Votre établissement, messieurs , est une partie considérable de la » gloire d'un grand ministre', dont vous me permettrez de n'entre- » prendre l'éloge que par mes efibrts pour l'imiter , quoique soutenus » de peu d'espérance.
» Il prévit bien sans doute le succî^^ de son ouvrage ; et tel en a été » le progrès Ct l'éclat , que nos rois , après lui , se sont réservé le titre de » voire protecteur, et que , pour un successeur de celui qui vous a fon- » dés , c'est désormais un digne objet d'ambition que le titre de votre » confrère,
» Je le reçois aujourd'hui , ce titre flatteur, avec un plaisir sensible. » Je remplace parmi vous un homme d'une vaste érudition ( M. Dacier) , » qui a enrichi la langue des plus précieuses dépouilles de l'antiquité , et » qui , fidèle interprèle du plus judicieux des écrivains , vient d'étaler à » nos yeux, dans ses f^ies des Hommes illustres , les plus grands prin- » cipes et les plus grands exemples. * ,
y> C'est à moi , dans la place où je suis , d'en faille une étude sérieuse , » d'y puiser , s'il m'est possible , de quoi justifier le choix du prince à » qui JQ dois tout, et les dignités et les lumières même ; de quoi secon- » der avec succès Içs desseins d'un jeune roi , destiné , par ses inclina- » tions , à remontrer au monde toute la gloire de son auguste bisaïeul.
» Je m'estimerai heureux, messieurs , à proportion que j^ mériterai » une approbation d'aussi grand prix que la vôtre , et que je signalerai » ma reœnnaissance pdur vous , non-seideçient par mes soins pour ce M qui vous regarde , mais en procurant de tous mes efibrts la félicité » pubhque , qui vous touche encore plus qU% vos avantages particu- » liers. »
Discours dit cardinal Dubois à Vassenîbléedu clergé '.
tt Messieurs, j'ai attendu avec impatience lé jour où je pouvais » marquer à cetlQ auguste assemblée la vive reconnaissance que je sens » de la grâce que vous m'avez faite : vous avez bien voulu m'associer au » clergé de France , et je sais à combien de mérit^ et à quelle gloire » vous m'associez; mais j'ose dire jtie ce qui est si glorieux pour » moi, Vest aussi pour vous-mêmes; vous auriez pu craindre un » ministre qui, quoique honoré du sacerdoce, eût pu être disposé, » dans quelques occasions, à le sacrifier à VEtnpire ; Ite penchant n*esi 3» que trop grand à' croire les intérêts de l'un plus importons et plus » pressons que ceux de l'autre^ mais votre zèle pour l'Etat ne vous a » pas permis une crainte qui pouvait paraître légitime ; et en m^ad- M mettant dans l'intérieur de vos délibérations , vous prouvez , de la « manière la plus authentique , la droiture et la sincérité de vos intea-»
' Ouvrage de FonlcncUe.
tions pour le service du rôi. Je lens , de mon côté , k quoi m'engage cette confiance; il faut qu*un ministre , à qui le clergé yâ/V l'honneur de ne ie redouter pas, s'en rende digne en redoublant ses soins pour les avantages du clergé ; tout ce que peut Fautorité du ministre , je le dois à vos intérêts : ainsi , loin que les devoir^ dont j'étais chargé , et ceux que tous m'imposez de nouveau , viennent jamais à se combattre, la place que j'occupe dans l'État me fburfih*a les moyens do satisfaire à celle que vous me donnez dans l'Eglise. Je suis sûr, mes^ sieurs, et je vous outragerais par le moindre doute, que vous ne me donnerez à porter au roi , dans le cours de cette assemblée , que d'anciennes ou plutôt d'étenielles preuves le l'altacbemenl des égli^s du royaume pour leur protecteur, que des gages nouveaux et certains du dévouemeni du clergé k la couronne , et de sa tendresse respectneose pour la personne de sa majesté , tandis que je ne vous poMerai que les précieuses assurances, de l'attacl^roent du roi à la religion; que les maximes dont jl est instruit et pénétré sur le respect dû au sanctuaire ; que ses sentimei» en laveur de la plus illustre portion de rËglise universelle ; q|te des témgignages de la préférence qu'il lui donne , au-dessus de touHes autres objets de son affection. Je n'aurai rien ni de part ht douite à dissimuler^ ni à affaiblir ^ ni à exagérer : je ne dois m'étudier t^à être précis, et à É*ansmettre si Jîdèlemefit les sentimens du rof et de son clergé , qu'il ne reste aucun doute sur ce que le souverain doit attendre du zèle et de la fîdéltt^ de ses sujets , eC sur ce que le clergé peut espérer de lateligion , de la prudences t de Taffection dû roi. »
Le cardinal Dubois employait , dit^on , La Motte «t Fonten^e à d#s ouvrages plus séreux que de simples discours académiques. On assure qa^en 17 18, lorsque la France déclara la guerre i l'Espagne^ le nftinifeste fat fait par Fontenelle , sur les mémoires du ministre , pt revu par La Motte. Nous n'avons point ce manifeste sous les yeux ; mais il serait curieux de voir quel tpn Fontenelle y avait pris. Son style, or8inaire n'était pas celui qui doit caractériser de pareils ouvrages ;'on y dçmaBde une simplicité noble, une force qui n'excède point la^^esuro, et' plus de dignité que de finesse. LHUustre acadéii(}icien avait sans doute bien senti ces convenances , et sans doute aussi avait eu le soin et l'espiit de
s*y confirmer.
• (5) Nous tenons d'un évéque qui était présent, le discours i^ue le prélat TintimiUe fit à Louis XY. La nécessité d'abréger, dans ime lecture publique , le récit d'un fait étranger à l'article du cardinal Dubois , nous a obligés d'en supprimer quelques circonstances, qu'on sera peutr^irc bien aise de rétrouver ici. L'afebcvcque avait. en effet préparé, ou avait fait composer par un autre le discours qu'il devait prononcer ; il apprit ce discours comme il put , et tant bien que mal ; sa mémoire le servit ti'èsinfidèlement dès les premiers mots ; un souffleur, qu'il avait chargé- de le suppléer, les lui suggéra ; il ne les entendit pas , le fit répéter , cOnlinna encore à dire quelques mots, toujours mal soufflés ou mal entendus,
flo NOTES StR L'ARTICLE
et tDajour» itud rMt» ; en nn root , il jena è peu prèi, éeflMI 1» ib<hnarque et & la tète du clergé de Franee , tmm sans se dêœfcceiicr , ft» acène que dans la cornée nfef Plaideurs, nn de» arocats jeue a?ec eduî qui lui soaffie s» harangue; las eii£n de ce diilogae entre son souileur et kii , H s*arrêta tool à'coup , et se tonma vers ce maladroit on 'malheareuk souffleur : Si nous eonûmtons'de la sorte, hrir dit-â , ni t^us ni moi ne nous en UreHfAs en cent ans ; puis se reteamant ters le roi, il lut fit impromptu , et pour akisi dire bmsqnement, la harangue très-iaeo— ^qve et très-^fi-ançaise que ndta» arrODB rappelée.
I^\ Dans k J^eseripiion defPanis, par Pîganiol de La Force» Tëpi* tapbe du cardinal Quhois est attribuée à Tabbé Coutnre , de TAcadémi* des Belles-Lettres , et professeur d'éloquence au coUége royaL II se peul que Tabbé Cottture Tait mise en latin; mais nous sarôns de Fontenelle lui-même qu'il en avait fourni Tidée , et c'est assez pour le regarder comme Fauteur de Tépitaphe. L'idée une fois donnée , le premier prêtrede {iaroisse l'eût exécutée comme l'abbé CoutQre«
Le beau .yers que nous avons rapporté» et^qui se trosMI pkoé au milieu d'un grand ^omfare d'épitaphcs ,
Tent ces morts ont Técji $ tôt qm vis , ta mourra» ,
se lisait autrefois dans le cimetière d'tme église ^e Pans ; il ne fallait effiaicer que le second vers , faible et commun en comparaison du pre--
mier :
Ci^nttant fatal approche , et ta ii*j penses pas. '
JNotre cardinal archerâque et faiinistre^ mourut le lo août 1723 , & peu près Coiiihie François I*', d'une maladie'invétérée , causée par quel-» que» égarémens très-excusables de sa première jeunesse, et que txmk Fart de la médecine n'avait pu guérir. Quelque empressé qu'il fut , au moins nous devons le présumer » de satisfaire , dans ses derniers mo-* mens, aux devoirs que la religion impose, il «e crut oMigé, conuBa prii»ce de l'église , de le» concilier avec ce qu'il devait à cette dignité. Il prétendis qu'il y "avait un cérémonial particulier pour donner le viatique jijm cardinal. Cette étiquette,. qu'il jugeait si importante, exigea de» mfbljnations que la aoort n'attendit pas ; et par ce scrupule , un^ peia déplacé dans une occasion si urgente , le cardinal fut privé , à ses der^ niers momens , des' prières et des secours de l'Église , qu'il aurait sans doute reçus avec l'édification dont il devait l'exemple. •
On assure que le pape Léon X mourut comme le cardmel Dubois, sans sacremens, et de plus Avec l'intention de ne les point recevoir. Les protestans qui se souvenaient de l'histoire des indulgences vendues par les jacobins au préjudice des augustins , et devenues l'origine du luithéranisme , firent \ ce sujet une épigramme très-oonnue , dont le sens était , que le pontife ayant vendu les sacremens , n*avait pu lei pTenai^-
'Sacra sùb extremd sifortk requiritU horé, Cw Léo non potuit samert ? Vendidenu
DU CARDIM AL DUBOIS. it
f 7} La i^BM d'inooraire que le cardinal Biixiif «fait eae dan» TAca- 4éaue des Scmdom el dans 'Oette ^ei Bdlat-Lettras, -était me mile de J'uaage «à ron est , daw cet deox cotnpagmes ; d*j deoner «ntrëe 4 la ^apart des Qihiistres , usage au Ibnd plas raisonnable que des censeucts MMxmn ne poMmaoBt le pens»* ; car des sociétés savantes qui se sont aouniscs à yeoeyoh' des hênoraireé, -doiv^t au moins ohoisir des hono- «dres utflca, ou par les lumières qu^ils peuvent quelquefois y porter, comme le marquis de L'Hôpital , le »aré(Àal de Vauban , Turgot , et qndques autres , ou du moins par les secours matériels dont ib peuvent accélérer le progrès des sciences et des lettres ; et c^est un bien que les hommes en place aont plus que d'autres â portée de leur faire. Le car^ dinal Dubois , qui se piquait peu de savoir» n'a pu être itfile de lapremière manière è ces deiâ: compagnies ; nous ignorons sH Ta été de la seconde : il est sûr au moins qu'elles ne s'euf sont guère souvenues , car on ne trouve point son éloge dans leur histoire.
Nous avons remarqué qu'un seul homme de lettres , F6nt6ndle » appartenait ,• comme le cardinal Dubois , à toutes les Académies de la capitale 9 konneur^dont Fontenelle. était bien digne '. Nous disons ua seul homme de lettres; car nous ne rechercherons pas st 0es lauriers académiques ont été accumulés sur d'autres tètes que sur celles qui sont réellement faites pour les recevoir. Ces titres multipliés d'académicien , qui étaient pour IFontenelle une décoration vraiment flatteuse , en seraient une bien futile pour des hommes en place méprisés ou médiocres ; ridicule même s'ils avaient mis une ambition puérile à la rechercher , en crojant par oette Taine distinction ajouter quelque chbse à leur exis* lenoe.
Nous sommes très-éloignés de faire une application injuste et indé- •eente de ces réflexions , à quelques personnes distinguées par leur rang , qui ont été membres des troi^ académies. Nous ne parlons ici qu'en général de ceux qui aspireraient à cette distinction sans la mériter ; mais nous nous faisons un devoir et un j^laisir d'avouer ici que plusieurs de ceux qui l'ont obtenue en étaient très-susceptiBles. ^
(S) Fonlendle , qui frustra les mânes du cardinal .BsubotB de l'éloge académique qu'il leur devait , s'était permis quelquefois le kn^m» siléboe aur d'autres académiciens ; par exemple, sfur le fameux Law, queaa qua-r lifté «le coatrdleur-général avait aussi fait honoraire de rAcadémie des ScieaccB , et dont la fortune aurait pu fournir au secrétaire phiioio.jhe «a obiet mtéreasant de réflexions ; mais les mêmes raisoÉs qui lui avaient fermé la bouche sur le cardinal Dubois , la lui Jermèreot aans dmite^ur l'ex-ministre écossais^
n s'était aussi dispensé de l'éloge du P. Gouye , jésuite « et membre honoraire de l'Académie des Sciences , qui avait néanmoini rendu , par ion crédit , quelques services à cette compagnie , mais dont la^mémoîre n'y était rien OMnos que révérée , par|6e qu'il y avait voulu porter l'esprit
' M. BaiJIy a obtcau de nos jours le même honneur , et la voix jmblique Vj appelé.
de despotisme , tant reproché à la société dont il était membre. Aussi £t-on , après sa mort , un règlement qui exclut k Tavenir les réguliers des places d'honoraires , et ne leur laisse que celle d'associé libre , ou , n'ayant point de sufirage, ils intrigueraient et cabaleraient en pure perte : bornés , par cette sage précaution , à Tavantage si noble de n^ porter dans les sociétés savantes que leurs connaissances et leurs talens , ils se voient dans l'heureuse impuissance d'y être dangereux par leur crédit , (et nuisibles par leurs manœuvres .
(9) Cet éloge du P. Le Tellier, si Ton doit lui donner ce nom , mérite d*être transcrit ici par sa singuUère brièveté.
■ « Michel Le Tellier naquit auprès de "Vire , en Basse-Normandie , >» le 16 décembre i643 , et fit ses études àCaen , au collège des jésuites , » qui en jugèrent si favorablement , qu'ils le reçurent parmi eux dès » Tâge û% dix--5ept & dix-buit ans. Après y avoir régenté avec succès la 9 philosophie et les humanités , ses supérieurs parurent le destiner uni- » quement aux lettres. Il fut chargé de travailler sur Quinte-Curce ,, » pour l'usage de Monseigneur ; et l'édition qu'il en donna en 1678, le » fit choisir, avec quelqtlcs autres pères distingués par de semblables » travaux", pour établir à Paris, dans le collège de Clermont, une » société de satans , qui succédât aitx Sirm«nd et aux "Petau : mais ce y» projet , dont Texécution était naturellement assez difficile , fut encore » dérangé par le goût que le P. Le Tellier prit pour un genre d'écrire » tout différent , qui le conduisit par degrét aux premiers emplois de sa » compagnie. Il y fut successivement reviseuf , recteur, provincial. » Enfin le P. de La Chaise étant mort en 1709, le P. Le Tellier fat » nommé confesseur du roi, et académicien honoraire de cette Acadé- » raie, n est mort à la Flèche , le a du mois de septembre dentier , âgé » de soixante-«eize ans. »
On peut regarder oe soi-disant éloge Cbmme une espèce d'épitaphe assez £«mblable k celle du cardinal Dubois, mais d'un laconisme plus aride encore at plus affecté. Cependant le jésuite si sobrement loué n'était pas , h beaucoup près , sans mérite , au moins comme homme de lettres ; son Quinte^Curce , dont il est parlé dans cet éloge , passe pour un des meilleurs onvrages de la dbllection des Dauphins. Si le secrétaire de l'Académie des Belles-Letti^s n*eàt pas eu la bouche fermée par des ordres «upérieurs, peut-^tre assez mal entendus, il €iit mieux fait de louer, comme il le devait, les talens du P. Le TcUier, sans dissimuler le mal qu'il avait caus^ par son fanatisme et ks intrigues. Un tel éloge eût été k \k fois une leçon et un acte de justice ; celui qu'on vient de lire n'est c^'une satire déguisée , sans utilité comme sans sel.
(10) Un écrivain célèbre, qui av«it fon connu le cardinal Dubob , assure qu'un jour on l'entendit se .disant k lui-même : Tue^ioi donc , tu n'ositmis» C'était sans doute danj» un de ces momeus où il éprouvait avec tant de désespoir les dégoûts attachés k sa situation.
(1 1) n s'en fallait beaucoup que le poids cl les orages du raimstère
fissent regretter au cardinal de Fleury la petite église de Fréjus , dont il aTait d'abord été évéque. Le cardinal Quiriuî, dont la vanité a ramassé dans ses Mémoires toutes les lettres qu'il avait reçues , nous en a laissé deux Irés-curieuses , que le cardinal de Fleurj^lui écrivit , Tune quand il eut Tévêché de Fréjus , et Faulre quand il fut nommé précepteur du roi. Dans la première, Tévêque de Fréjus dit qu'il vient d'arriver dans le triste diocèse qu'on lui avait donné ; que dès qu'il avait vu sa femme, il avait été débuté de son mariage ; et il signe sa lettre , Ffeury^ évéque. de Fréjus par P indignation divine. Dans la seconde, 51 proteste au même cardinal , quVY regrette, bien vivement la^ solitude de Fréjus , dont on vient de V arracher pour.le charger de l'éducation du jeune héritier de la couronne. « Louis XIV, dit-il , était à l'extrémité quand il m'a fait » llionûeur de me donner cette place. S'il -avait été en état de^m'en- » tendre , je l'aurais supplié de me décharger d'un 'fardeau qui me fait » trembler ; mais, après sa mort , on n'a pas voulu m'écouter ; j'en ai été » malade , et je ne me console point de la perte de lÂa liberté, » Il paraît cependant qu'il se consola , du moins à la longue , et qu'il trouva enfin des forces pour supporter le malheur de n'^c plus cou fine au foud de la Provence, et d'avoir ^gouverner le royaume au lieu du diocèse de Fréjus.
I^ cardinal de Fleury ne fut malheureux' que le^ deuit dernières années de sa vie, par le mauvais succès d'une guerre ayssi injustement entreprise que mal conduite. Ce ministre, disait à cette occasion le pape Benoît XTV, est né à propos pouf sa fortune , et mort à contretemps pour sa gloire. * *
Jl baiïçois-Timoléon de Ch«isy naquît à Paris le iG août i644* Son përe , chancelier de Gaston y duc d'Orléans , servit l'Etat avec zèle et avec succès dans quelques négociations inTportantes , dont il fut chargé auprès des cours étrangères. Mais ajant dédaigné , à son retour en France , de faire sa cour au cardinal Mazann , alors tout-puissant dans le royaume, et si peu fan pour l'être , il çut le malheur honorahle de- déplaire à ce ministre, et fle s'en voir négligé , comme il devait s'y attendre. Il avait appris d'un politique philosophe , que les grandes places sont comme les rochers escarpés , qu'il n*jr a que les aigles et
■ Prieur de SaiDl-LA de Hopea et de Saint-Gelaîs , né à Péris, le i6 août 1644 ) reçu le a5 août 1687, & la placojde François dcvlkauviJlicrs, duc de Saïut'Aignan \ mort le a octobre 172^.
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îes reptiks qui y parViehnéot ; et la nature ne l^yail £ût ni aigle y ni reptile. Aussi , bien loin â'obtehir les ^r^tei àii "plotdt les distinctions qu'il méritait , il vît même s'évanouir une partie considérable de son^patrimoine par les injustices et les pertes qu'il essuya des qu'il fut sans crédit (i). L'aïeul paternel de l'abbé 4e Cboisy s'était montré plus fin courtisan. Il avait la réputation de joujer supérieurement ^ux écbecs ; le marquis d'O, surintendant dés finances , qui avait aussi la prétention d'être fort habile au même jeu , voulut essayer ses forces contre ce redoutable adversaire ; et celui-d eut non-senlement l'adresse de se laisser gagner, mais l'adresse plus grande encore de paraître se bien défojdre ; le ministre ,* fier de son^ucoës, daigna conV^rrsér an jortir dii combat avec celni qu'il avait eu tant de peine et éurtout tant de gloire à vaincre; il Idi trbnva, aitesi qu'on le peut penser , toute la capacité possible pour îeis affaire^ > se l'attacha , l'employa dans plusieurs intrigues secrëtes , et fit ^a Ybi^ne , et celle de sa Camille ; lâais cette fortune , comme Oh vient de le dire , ne fut pas de loftgue durée , et la^oîdeur du fils détruisit l'ouvrage de la souplesse du père, •
Madame dé Choisy , mère de notre* académicien , et arrièrepetite-fille dh chancelier de L'Hôpital, ét^it unefenune de beaucoup d'dsprit ; Louis XIY l'honorait de ses bontés , et elle en profitarpour oser lui dire un jour : Sire, vaulèz'^ous devenir hon'^ nête homme ? ayez souvent des conversations avec moi. Le roi la crut , lui donna deux ^is par semaine des audiences réglées, et récompensa en roi , c'esw-dire d'une ^nsien considérable , les avis, souvent très-utiles, qu'il recevait d'elle dans ces entretiens secrets? Si les princes me pajraient^ue les vérités » qu'on leur dit , ils ne' se plaindraient pas si souvent du dérangement de leurs finances. Madame de Choisy fut si reconnaissante de la faveur du monarque, -«qu'elle recommanda toujours k sesenfans de préférer le roi à tout autre protecteur : CrqyeZ''moi, leur disait-elle souvent , il n'est rien de tel que Je tronc de Varbre^ Cette leçon pouvait être bonne à la cour d'un souverain qiii gouvernait par lui-même; elle ne' l'eût pas été à celle de tant d'autres princes, qui, comme l'a dit un [îulosophe , ont ed bien peu de crédit auprès de leurs itiinistres (2). Cependant m&éame de Choisy, en conseillant à ses enfans de ne s'attaeher réellement qu'au roi , ne négligeait pas de leur donner des avis salutaires pour se rendre favorables les courtisans les plus accrédités ; elle leur inspirait pour les grands seigneurs le plus profond respect , en leur répétant tous les jours cet appphthègme de la vanité gothique , quen France on. ne connaît de noblesse que cette de Vépée; maxime que Torgueilleuie ignorance avait consacrée ches
DE L'ABBÉ OE CHOISY. a5
BOi «binrdet tfeax , «l qu'à là bonté tntme ^e notre tiède , qui prëtettd «Tèir secoue tant èe prëfti^ , o4n trouverait encore leCf cteiuefft y mitts fortemenlt établie dans imis d one tête itzrpor* tante. Cétait en conséquence de ce grand principe , que ma-^ dame de Cboisjr ^xbortait n^ etifans ^ ne voir ^fue des gens de qaaliié,pùurn'étre point glorieux, dis«it**elle , et pour s'accoMf fumer de bohne heure à cette complaisance qui fait aimer de tout lé monde, EUe aurait dA ajotftet à ce conseil celui de ne patt confdndre atuprès des grands les ^rds qu'où ne doit jamais leur refuser , arec l'adulation qu'on' ne doit à personne ; mais fl est à |>résutti€fr que cette mère «i peu glorieuse, n'ëtait pas ibrt dâicate sur là ftbtinction de là dëfAience et de hi bassesse ; dis^ tinction que 'les âmes éleyëes sentent d'ellles-mémeii , et qu'en ▼aîn'on Tondrait' apj^rendre aux uutres.
Le jeune labbié deChoisy , car sa ûnnille à vint résolu de bonne betùre d'en fidré un prédis , profita si bien des conseils de sa mère , qu'il w vàntàit de ti'avoir jàmSiis vu'un bomme de robe y excepté ses parenis^ qu'il ne voyait même que par bienséance, et en ëe reprochait les momens qu'il leur donnait.- Il passait sa vie , nou^ empruntons ici ses propres paroles , ou dati^'son cabinet avec ses livres , «tu à la cdur avec ses amis, car il croyajc qu'on avait âie^ amfs ti la cotir. Iflais (juelque à plaindre qu'il ttt dans son erreur , il avait tant fie phdsir à se dire Vomi d'un mii&tre ou d'un courtisan , et ce titre , quand on le lui donnait , chatouillait si agréablement ses oreilles , qu'il j aurait eu de la cruauté à troubler son amour-propre dans cette chétive jouissance , et & lui envier une satisfaction qui ne faisait de ma! k personne.
Quoiqu'il tneniît dabs le monde une vie assez dissipée , il se cmtobligéy d*après la décision de sa famiflè, de remplir sa vocation ecclésiastique , qui néanmoins ne paraissait pas fort clairement indiquée , soit'par son goût , soit par sa manière de vivre et de penser. Il se mit donc énr les bancs Se Sorbonne , et y fit avec distinction les exercices ordinaires ; Tabbé Le Tellier, depuis ârâievéque de Reims, se trouvait en licence dans le même temps f et venait argumenter à tbutes les thèses, où, par l'opiniâtreté de son ergoiisme, il se rendait la terreur du Soutenant, et souvent Ihéme du docteur qi\i présidait. L'archevêque de Paris, Péréfite , devait présider à une thèse de l'abbé de Choisy ; et ne voulant pas courir le risque du combat avec le redoutable abbé Le Telli^r , prévint le soutenant qu'il n'ouvrirait pas la bouche , et le laisserait se défendre comme il pourrait. Le jeune bachelier y consentit , se battit a outrance contre l'intrépide argumentateur, lui disputa jusqu'à la force des poumons, et^jouit
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enfin de la gloire si recherchée sur les bancs , non pas d'avoir raison , c'ej/ rarement ce qu'on ambitionne dans cette guerre de mots et de chicane , mais de réduire au silence son orgueilleux adversaire.
Sa mëre, dont il était adoré , car son esprit et sa figure étaient également aimables, avait cru augmenter les agrémens de cette figure y en lui donnant dans son enfance des habits qui n'étaient pas ceux de son sexe ^ encore moins de son état , et que la frivole indulgence de la nation française l'accoutuma trop à porter (3). L'espèce de goût qu'il conserva trop long-temps pour un travestissement si étrange et si blâmable , est une triste preuve du malheureux empire que conservent sur certains esprits les preniières sottises dont une mauvaise éducation les a infectés. Nous épargnons là-dessus un plus long détail à sa mémoire y et surtout à la grave assemblée qui nous écoute * ; mais plus les écarts qu'il s'est permis à ce sujet ont été publics , plus nous sommes obligés d'en eSacer l'impression affligeante par un fait moins connu que sa faute , par l'aveu consolant des regrets qu'il en témoigna dans ses derniers momens. En écrivant cet endroit de sa vie , nous avons cru voir son ombre cotlstemée demander grâce à son historien , et lui répéter ces paroles de repentir et de douleur , qu'il adressait en mourant au souverain juge : De^ licta juvçntutis meœ et ignorantias meas ne memineris (Ne vous ressouvenez point des égaremens et des erreurs de ma jeunesse).
L'abbé de Choisy , parvenu à l'âge de trente ans , et un peu confus de la vie qu'il avait menée jusqu'alors , car ses remords se bornaient encore ^ la honte , résolut de passer quelque temps hors de France , pour effacer le souvenir de ses premières années. 11 alla en Italie , comme conclaviste du cardinal de Bouillon , après la mort de Clément X. Il se trouva à l'élection de son successeur, le cardinal Odescalchi , Milanais, qui prit le nom d'Innocent XI ; ce fut même en partie ^ l'éloquence de l'abbé de Choisy que ce pape dut son exaltation. Louis XI Y s'y était d'abord fortement opposé , et l'événement fit voir qu'il aurait eu raison de ne point changer d^'ûvis , Innocent XI ayant marqué, lorsqu'il fut pape , le dévouement le plus servile pour la maison d'Autriehe, alors notre implacable rivale. Le roi de France n'accorda son consentement à f élection que dans un moment de piété ou de scrupule ; les^ cardinaux français , qui connaissaient l'esprit souple et insinuant de l'abbé de Choisy , se servirent de lui pour écrire à leur souverain une lettre pressante , oii ils représentaient au fils aîné de l'Église les grandes vertus d'Odes-
t Gel ^oge a iii lu le ^ %oùt i777'
calchi , et le besoin que le saint-siége avait d'un tel pontife. Le religienx monarque se rendit à ces remontrances , plus épisco* pales qne politiques, et laissa mettre la tiare sur la tête de son ennemi. L'abbé de Choisj , pour toute récompense de la lettre €jui avait produit un si bon ou si mauvais eflet , eut l'honneur stérile de baiser le premier les pieds du nouveau pape ; mais il se repentit bientôt , comme il n'hésita point à l'avouer, d'avoir été l'instrument faible ou efficace de cette élection. Avant même de quitter l'Italie, il fiit témoin avec la douleur d'un chrétien et d'un Français, de la conduite peu mesurée du chef de l'Église, d'ob il pensa résulter , au grand malheur de la religion , un schisme entre le saint-siége et le clergé de France. L'abbé de Choisy, se reprochant le succès de sa lettre , ajoutait que si Timprudent Innocent XI s'était exposé à causer un tel scandale, ce n'était pas faute d'avoir reçu , au moment même de son exaltation , des conseils aussi sages qu'inutiles : notre académicien racontait avec plaisir que, dans l'instant ou le pontife venait d'être porté sur l'autel , pour la cérémonie qu'on appelle assez improprement adoration dupapfi, le cardinal Grimaldi,qui était en possession de ne le point flatter , s'était approché de son nou- Tean maître , et avait osé lui dire , assez haut pour être entendu de ses voisins , mais assez bas pour ne pas paraître manquer de respect au chef de l'Église : Souvenez^-vous que vous êtes igno* rant et opiniâtre ; voilà la dernière vérité que vous entendrez de moi ; je vais vous adorer.
A peine de retour en France , l'abbé de Choisy fut attaqué d'une dangereuse maladie , qui lui fit faire de terribles réflexions ; il crut voir, comme il le raconte lui-même , la Justice éternelle coupant le Jîl de ses jours , en lui demandant compte de sa vie. Cette frayeur salutaire , qui amëde à sa suite la foi et le repentir , fit tout à coup de l'abbé de Choisy un chréjtien persuadé ; les mystères les plus sublimes de la religion , c'est toujours lui qui parle, lui parurent clairs et sans nuages ^ Une désira de vivre que pour les croire , et pour faire pénitence. Un ecclésiastique de ^e% amis , qui ne l'avait point quitté pendant le danger ou il était , avait fortifié par ses instructions la foi tremblante du malade ; il continua cfis salutaires instructions au néophyte convalescent ; et le premier usage que l'abbé de Oioisy fit de sa santé , fut de publier le résultat de l^urs conversations , en quatre dialogues , sur Vimmortalilé de l'dme , sur r existence de Dieu, sur le- culte qu^on lui doit j, et sur la Providence (4).
L'ouvrage eut beaucoup de succès , et fut lu avec plaisir par ceux même qu'il ne convertit pas ; il ne déplut guère qu'au fou-
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gueax nûaistre Jurieo. Ce {irëdioaHt luMttqiie f«|>oaMa arec Tiolence et son tdMvrdîlë ordmaipeles trtte tfm VM^é de Choisy «vak cm fleroir laacertidiilreia sede protaftamte ; «ecle înfor— tttnée , qui , d^à trop faible contre la réumioa ^'on a^ait faite ^es nmsiomiaires »oldats mot misBionaanreB pnétres peur la xé— daire «t la confondre , jûignait encore 4 -ce malheur cekiî d'avoir tin visionnaire pour d^entenret'poiir apôtre. L'amteurcrf tiqué, et , ce qui était plus f&cheux pour ce censeur atrabilaire , 4e puf— blic des deux religions 'laissa Jurien enhaler sona 4lel et débiter «es foUes , et Tabbé deChoisy eut le bonheur de n*^oir point <d'antre adrenaire.
L'incrédule, revenu de ses erreun , efxécata le* préoepte de rÉvangile : Quand wms serez ccnveniy gongez à corweru'rvos Jrèrcs. 11 se sentit animé du «ële le plus ardent pour la propagatiDn de la foi, et Toccasiett vint heureusenaent s'offrir à son "xële. Les jéstilte^ ,qui , comme l'on sait, gouvernaient alors la conscience du roi , et qui ne gonvement plus celle de personne , profitant , pour l'avantage de 4eur société., de l'amour sincère que Louis XIV marquait pour la religion , persuadèrent & ce prince que le roi de Siam ^montrait le phw grand déar de se faire chrétien , et proposèrent d'emplc^er à cette abonne œuvre un de leurs pères , nommé Tachard , missionnaire , à ce qu'ils disaient , des plus habiles , mais , ce qu'ils ne disaient pas , in«» trigant pW habile encore. Pour- donner à ce triomphe de ']& religion , dont ils se rendaient garans , tout TéchA que méritak un si grand intérêt , ils engagèrent le monarque français à envoyer au monarque asiatique une ambassade solennelle, k la suite de laquelle le père Tachard se trouverait , pour catéchiser et convertir le prince. L'abbé de Ghoisy , dont la ferveur était -sincère, et qui crut de bonne foi cette mission sérieuse , désira de contribuer k une conversion si éclatante , et de partagea l'honneur de cette brillante victoire ; il demanda instamment d'élre envoyé à Siam , pour expier , disait-il , par la conquête de l'auguste prosélyte , les écarts de sa vie passée. Le roi très-chrétien se prêta è des désirs' si louables ; et comme le cfaevilier de C!haumont était déjà nomme ambassadeur, Tàbbé deChoisy lui 'fut adjoint avec le titre , jusqu'alors incomm, de coadjùteur d'tmtbassade.
Pendant la route il essaya de se distraire de l'oisiveté du navire, en écrivant ce journal de son voyage qu'on Kt encore tous les jours nvec plai^ (5). Cet ouvrage néanmoins, si même il mérite ce nom , n'est ni instructif , ni utile , ni intéressant par son objet \ l'auteur n'y parle guère que du temps qu'i^fait chaque )our , des v^ents qui souiRe^t , des tempêtes ou des calmes qu'il
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eisuîe , et jte qoelcyuei i%imemMm tf^pe» importoM arrWéa sur U T«ifMM : cif«iid«Bi il plah« it MBote, il atlach# même quelquefois: on voyage avec loi, on est présent à tout ce qu'il rachat»; ef qoand k lecture est achevée ^ om regrette que cette lon^^ roofte ne Taîl pas été davantage. Cest que Tauteuf a ua ■aérite in&illiblQ pour être la, le mérite rare de faire couversatîott arec se» kctaui , d'être pour lui , si oa peut parler de la sorte^ «M CQBDpagme de réserve» teujeiurs prête à lui servir d^ ressource en quelque situalioa qu'il s» trouve , eouteut ou mal- Wotevx t gai ou triste , malade on eu saaté. Cest surtout une leciuae de couvalesceat y parce qu'elle donne à l'âme ou plutôt à Teqirtt y le degié de mcNiveiuent eécessaire peur le bercer légtremeni taua le .(atiguer. Vu roaiau , un* tragédie touchent , ■MÎs agitent ; use hàteîre afflige souvent ; un bon ouvrage de Uttératove instruit et platt, maia applique; te jeumal de l'abbé de Cboisj n'occupe jimais et réveille toujours » sans qu'il en reste néanmotas aucune impression forte ni durable. Le ca*ractëre propre des bons écrivains est de fiiire penser beaucoup^» criai de l'abbé de Clmsy est. d'eu distraire, et presque d'en eaipécber ; mais on lui sait gré de cette distraction , si favorable à la paresse natueeUe , el à ee plaisir de végéter doucement ,, auquel presque tous les hommes se berneraient , s'ila ne crai* guaieat de sentir d'une manière trop pénible l'insipidité de l^ur existence. On peut comparer k livre dont nous parlons , à cea îeux d'enfant qui kisaient , dit-on l k divertissement du père Maiebranche , par cette raison bien digne d'un philosophe , qu'ils lui offraient un délassement nécessaire , sans laisser dana son kne aucune trace dès qu'ils étaient cessés.
Arrivé k Siam , k«élé vojageur sut bientôt k quoi s'en tenir sur le projet de conversion du roi indien « qui u'avaii joud' celte comédie , dont le père Tachard s'était fait k docteur y que pour attirer dans ses États une embassade utile k quelques vue» de commerce , que les jésuites se promettaient bien de rendre utiles pour eux (6). L'abbé de Choisy ^t une autre découverte y, beaucoup plus mortifiante pour' son ampur^opre. Il vit qu'il n'était, ainsi que le chevalier de Chauraont , qu'un personnage de théâtre, et que ces pères avaient tout le secret de l'aaibassade, secret qui était bien plus telui de la sociétécque de la cour de France; car Louis XTV désirait bien plus réellement de voir k roi de Siam chrétien, que le .père Xachard ne songeait h y travusDer. Ces fâcheuses dûervations ne rendirent pas le séjour de Skm fort agréabk à l'abbé de Ghoisy , il ne soupira pins qu'après le moment de aon défNVt. H ne fut néenmoint pkiue^ ment instruit qu'à son arrivée en France, de tous les tours que
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le jésuite lui avait ]Oués. Mais quand je me vis , âitait-il , dans mon bonpajrs , je fus si aise y que je ne voulus de mal à personne.
Ne pouvant à Siam être apôtre comme il le désirait , et ne se sentant pas le courage d'y être martyr , il crut au moins sanctifier le séjour qu'il y fit , en l'employant à se faire prêtre , car il ne rétait pas encore ; il n'avait même que la tonsure lorsqu'il arriva à Siam ; mais il se félicite dans son journal d'avoir bien réparé le temps perdu ; car il nous apprend qu'il reçut les quatre mineurs le 7 décembre , fut sous "diacre le 8 , diacre le 9 ^ et prêtre le 10 (7). Nous ne rapportons cette circonstance singulière que pour lui tenir compte des réflexions édifiantes qu'il fait dans le même journal sur cette ordination , et de la frayeur religieuse avec laquelle il en parle. Le nouveau prêtre était si pénétré de la sainteté de son état , qu'il n'osa dire sa première messe qu'au bout d'un mois sur le vaisseau qui le reportait en France. jCe délai , qui lui avait semblé très-long pour sa ferveur, aurait pu paraître à un directeur sévère , un peu court pour sa préparation. Il remplit d'ailleurs très-assidûment sur ce vaisseau les fonctions de son ministère , par les fréquentes prédications qu'il faisait à l'équipage ; son journal nous assure qu'il y réussissait k merveille , et que ses exhortations produisaient beaucoup de fruit parmi les matelots. Il se consola le mieux qu'il put, par ce petit succès , d'un autre dégoût qu'il avait encore essuyé avant son départ. Il avait espéré un moment d'être chargé par le roi de Siam de quelques complimens pour le pape , et de porter aux pieds du pontife des hommages dont le saint-siége et l'Église auraient pu tirer quelque gloire ; mais cette espérance s'évanouit encore ; il y fallut renoncer, et se résoudre à n'apporter de complimens du roi de Siam qu'au cardinal de Bouillon. Pour comble de malheur, ces complimens causèrent un nouveau chagrin k l'abbé de Choisy , qui s'en était chargé avec empressement , et les avait même assez vivement sollicités ; il connaissait ce cardinal , son ancien bienfaiteur , pour un homme vain et glorieux ; et la reconnaissance du protégé croyait s'acquitter avec usure en caressant l'amour-propre du protecteur par des témoignages d'estime venus de si haut et de si loin. Mais pendant son voyage , le cardinal deBouillon^sibien traité àlacotirdeSiam,avattété exilé decelle de France ; on persuada à Louis XIY que son ambassadeur aurait dû savoir ce qui se passait à Versailles pendant qu'il était à Siam ; le monarque trouva très - mauvais que l'abbé de Choisy eût ménagé cette petite distinction à un sujet disgracié par son maître , et s'en expliqua avec assez de mécontentement , pour que l'ambassadeur effrayé se pressât de quitter la cour ; il vint
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se îeter à Paris dans le sëminaire des Missions étrangères , oii il nous assure qp* après une demi'-heure d^ oraison au pied des autels , il eut le bonheur d^ oublier sa disgrâce.
Néanmoins , quelque bonne contenance qu'il s'efforçât d'op^ poser â l'infortune, il sentait trop pour son malheur que la faveur était le seul bien qui pût le rendre heureux , et que la religion ne faisait tout au plus que le consoler ; il était donc toujours secrètement tenté de retourner à Versailles , et ne cherchait qu'an prétexte pour y reparaître avec décence. Ce fut pour remplir cette vue qu'il fit dans son séminaire uite Vie de David et nne traduction des Psaumes » qu'il avait dessein de présenter à Louis XIY; il la présenta en effet , et il eut même la douce satisfaction d'être assez bien reçu. Il est vrai qu'il avait pris une trës-sage précaution, celle de se faire introduire par le P. de La Chaise, qui jouissait alors du plus grand crédit, et dont la faveur était trcs-recherchée non - seulement par tous les dévots de la cour , mais par ceux qui , comme l'abbé de Chpisjr, désiraient ay moins de le paraître.
Cette heureuse démarche le fit si pleinement rentrer en grâce, que l'Académie Française , qui n'eût osé faire un choix peu agréable à son protecteur , l'élut au bout de quelques mois pour un de ses membres^ Son discours de réception fut trës-goûté. L'éloge du cardinal de Richelieu , qu'il fit dans ce discours, suivant l'usage , eut surtout beaucoup de succès. Ce cardinal , si nous en croyons le P. Boubou rs , n*a jamais été mieux loué , et le jésuite nous assure que du vivant de ce grand ministre , une telle louange n* aurait pas été perdue y mais le grand ministre était mort : le monacque qui lui avait succédé ne payait de louanges que celles qu'il recevait^ et il fallut que l'abbé de Ckoisj., si applaudi par ses auditeurs et par le P. Bouhours, se contentât de celte fumée pour toute récompense.
Le nouvel académicien se rendit trës-utile à la compagnie , en partageant avec assiduité et avec ardeur le travail dont elle était alors occupée. Il rédigea même par égrit une espèce de journal de ce qui $e passait dans les assemblées, des questions grammaticales qu'on y discutait , et des décisions qui en résultaient (8) ; FAcadémie ne jugea pas à propos de publier dans le temps ce petit journal , parce (Ju'il lui parut écrit avec trop peu de grarité. Cependant un grave académicien , mais apparenmient moins grave encore que nos prédécesseurs ' , le mit, au jour fl y a environ vingt années , et long-temps après la mort de fabbé de Choisy. La lecture de cet écrit , qui semble ne pro-
' L*abbc d^OIÎTCt, qui a imprima ce joornal de Tabbc^ de Choisy daos nn recueil intitold : Opuscules sur la Langue française. Paris, 1754.
3a ÉLOGE #
niettM que des diiciigsioBs arides et eno^eiM^ » est heayoeoup plus agréable qu'on ne devrait s'y atteadre. L'auteur a tempéré la sécheresse du sujet par la légèreté du style « par l'espèce de vie et d'intérêt qu'il donne k son récit , enfin par quelques traits et par quelques anecdotes qui y répandent du mouvement et de la variété. Cest neuU-étve le seul ouvrage de grammaire dont on puisse dire qu'il instruit et qu'il amuse tout à la fois ; et ce n'est pas un petit éloge dans un genre d'écrire ou souvent le lecteur 4e trouve tres-fatigué sans avoir rien appris.
La F'i'e de Dai4d , que l'abbé de Cboisv avait présentée à Louis Xiy 9 n'était proprement qu'un panégyrique du roi de France sous le nom du roi d'Israël. On imagine aisément tous les traits de ressemblance que l'auteur trouve entre les deux princes. L'écrivain courtisan ne s'en tînt pas là ; il fit une vie de Sahmoay qui lui fournit encore un nouveau parallèle k la louange du roi j principalement lorsqu'il parle de la magnificence da monaraue juif y de la richesse de ses maisons royales ^ de sa pro^ fonde sagesse , et de la majesté avec laquelle // donnait audience aux ambassadeurs des rois des Indes.
De l'histoire de David et de Saîomon , l'abbé de Choisy passa à celle de Philippe de Valois et du roi Jean > qui ne ressem— blaient guère l'un et l'autre à Salomon ni à David ; il écrivit ensuite Ja vie de Charles Y , dit /e Sage , le vrai Salomon de la France; et enfin celle de Charles YI, époque bien remarquable , mais en même temps bien affligeante dans nos annales , époque qui ne doit^u'aux larmes de nos pères le triste droit qu elle a de nous intéresser, et à laquelle , comme dit très-bien Yoltaire , il faut renvoyer les honnêtes gens qui regrettent toujours lea temps passés. Nous ne devons pas oublier , pour l'honneur de l'abbé de Choisy , un trait dé franchise et presque de courage ^ qui lui échappa pendant qu'il travaillait à la vie de cet infortuné mona;*q|ie. M. le duc de Bourgogne lui demanda un jour comment il ferait pour dire que Charles YI était fou : mon— seigneur y répondit-il sans hésiter y je dirai quil était fou (^. Le petit-fils de Louis XIY, tout élevé qu'il était 'par Fénélon , par Beauvilliers et par l'abbé Fleury , n'avait pu se persuader sans doute que l'historien d'un roi ne doit à sa mémoire que la vérité , tant les funestes impressions que les princes ont le 'malheur de recevoir dès le berceau-^ résistent aux leçons des plus vertueux instituteurs. L'ab|>é de Choisy , tout glorieux de sa réponse , aimait k la raconter comme le plus beau trait de sa vie* Il la rapprochait avec complaisance de celle du caustique Méte^ rai à Louis XIY» qui lui demandait pourquoi il avait fait de Louis XI un tyran ; Pourquoi tétait'' il? répondit l'historien.
Sî les souTerains ne permettent pas qu'après trois on quatre siècles, et même beaucoup plus tôt , l'histoire dise qu'un prince a été imbécile ou méchant , il faut on renoncer à écrire l'histoire ^ ou se sentir assez de courage pour ne pas sacrifier l'histoire aux princes,
Qam qu'il en soit y ces différentes histoires de l'abbé de Choî^ sont écrites avec le même agrément , le même naturel , la même fiKÎlilé de style qui caractérisent tous ses ouvrages. On prétend , il est vrai , qu'elles ne sont pas fort exactes , et rien n'est plus aisé k croire ; mais elles ont du mouvement et de la vie; elles se font lire , et sont du moins supérieures , par cet avantage , à beanconp d'autres histoires , qui , tres-ennuyeuses sans en être plus vraies , n'ont ni le mérite d'amuser , ni celui d'instruire , et qu'on peut appeler les derniers des mcntvais romans ; celles de l'abbé de Choisy méritent an moins d'être placées parmi les bons*
Nous en dirons autant de la Vie de S. Louis , qi^e notre académicien donna quelques années après (lo) ; cette vie , quoique composée en trois semaines , fît presque tomber celle qu'avait écrite le pieux M. de La Chaise , sous les yeux des solitaires de Porfc-Royâl ; ouvrage exact et véridiqae , mais dont le style faible et languissant fut effacé par la plume élégante et superfi-délie de l'abbé de Choisy , quoique cette plume ne f&t ni assez grave poar écrire la vie d'un Saint sur le tr6ne y ni assez philosophique pour tracer le portrait d'un prince , dont le règne offre partout le contraste piquant de la simplicité de sa dévotion avec l'élévation de son âme , de l'éducation que lui donna l'ignorance avec celle qu'il ne dut qu'à son génie , et des erreurs qu'il tenait de son siècle , avec des lumières qu'on croirait du n^tre.
Si l'abbé de Choisy n'était pas savant , il était au moins trèséloigné de vouloir le paraître. On en voit la preuve dans le compte naïf qu'il rend à un ami de ses conversations , ou plutôt de son silence avec les savans missionnaires qu'il avait trouvés dans son ambassade de Siam. Tai , dit-il , une place d'écoutant dans leurs assemblées , et fe me sers sous^ent de votre méthode ; une grande modestie y point de démangeaison de parler. Quand la balle me vient bien naturellement , et que je me sens instruit à fond de la chose dont il s'agit , alors je me laisse forcer , et je parle à demi'bas , modeste dans le ton de la voix aussi bien que dans les paroles. Cela fait un effet admirabk ; et souvent, quand je ne dis mot , on croit que je ne veux pas parler ; au lieu que la banne raison de mon silence est une ignorance profonde , qu'il est ban de cacher aiux yeux des autres. On voit par ce modeste aven , que du moins l'abbé de Choisy ne ressemblait pas à tant 3. 3
d'hommes qui , toajours presse» de parler de ce qu^ils ignorenl , mériteraient la réponse qu'on artiste grec fit dans son atelier aux raisonnemens ridicules d'un amateur : Prenez garde que mes élèves ne vous entendent.
La F'îe de S, Louis fut suivie d'une traduction de rinutation de Jésus^Christ^ que l'auteur dédia à W pieuse madame de Maintenon , quoiqu'il eût fait sans piété ^ comme il l'avoue luimême 9 la traduction de ce pieux ouvrage. La première édition est remarquable par un verset dn psaume 44 » pl^cé an bas d'une estampe 011 madame de Maintenon est représentée aux pieds du crucifix , qui semble lui adresser les paroles de ce verset : Audi, Jilia y et vide , et inclina aurem iuam , et obliviscere domumpatris lui, et concupiscet rex décorent tuum. Ecoutes , ma fille , voyez et prêtes l'oreille ; oublies la maison de votre përe, et votre beauté touchera le cœur du roi (i i). Ce passage a été retranché dans la seconde édition , à cause de la ^malignité du commentaire qu'on en avait fait ; il n'était pas difficile de le prévoir ; un courtisan moins empressé , mais plus fin , ne s'y serait pas trompé , et n'aurait pas commis cette faute. U parait que l'abbé de Choisy , peu fait par sa naissance pour vivre à la cour , était plus flatté du plaisir de s'y voir , qu'occupé du soin d'en étudier les habitans ; sa vanité offusquait ses lumières , qai d'ailleurs peu étendues et peu actives , même pour ses propres intérêtSi n'avaient jamais un pressant besoin de s'exercer.
Voué y pour ainsi dire , aux ouvrages de dévotion , depuis la J^ie de S. Louis , il donna un volume êî! Histoires édifiémtes , .mais qu'il rendit en même temps les plus agréables qu'il lui fut possible ; il voulait, disait-il y par cet innocent artifice, engager les femmes de la cour k préférer cette lecture à celle des contes de lees , qui les occupaient tellement alors , que V Oiseau Meuy si on en croit l'abbé de Choisy , faisait disparaître les ouvrages les plus solides , et que Bourdaloue cédait la place à madame d'Aulnoy.
Les Histoires édifituites de notre académicien eurent le succès qu'il en avait attendu , et l'encouragèrent à entreprendre une autre histoire plus édifiante encore , mais plus longue et plus sérieuse, Y Histoire de l'Église, depuis la naissance du Christianisme jusqu'à la fin du règne de Louis XIY. Il exécuta et termina même en onse volumes une entreprise si laborieuse , surtout pour un écrivain tel que lui (12). Le plus grand mérite de cet ouvrage est , comme dans tous ceux de l'abbé de Choisy , l'agrément et la vivacité de la narration ; il n'y faut pas chercher la profondeur des recherches ni l'exactitude des faits ; aussi prétend-on que l'auteur disait en riant, quand il eut fini son dernier
^ame: Toi achevé, grâce à Dieu , l'Histoire de l'Eglise; ye "Vais présenument me meure à V étudier.
Cette production , tout è la fois volumineuse et légère , fut la dernière qu'il donna au public; car les Mémoires pour seruir à VHistoire de Louis XIV ^ qu'il avait aussi écrits dans ses momens de loisir , n'ont paru que depuis sa mort ; ces mémoires , quoique fort négligés pour le style, sont peut-être le plus agréable de ses ouvrages. Louis XIY, ses ministres , ses courtisans ,y sont peints d'une manière d'autant plus piquante , que l'auteur ne paraît pas avoir songé à les peindre ; vraisemblablement il ne s'est pas douté des réflexions intéressantes que font naître les faits qu'il raconte , et du portrait qu'on peut se tracer , d'après ces éûts 9 de ce monarque si flatté , mais assez digne d'estime pour mériter de ne pas l'être /dont l'esprit naturellement juste et droit, etle^xenr aussi noble que vertueux, pouvaient quelquefois être séduits par les préjugés de la grandeur et de la fausse gloire , mais n'avaient pu être étoufies par ces préjugés funestes ; qui récompensait et employait le mérite dans ceux même qu'il n'aimait pas; qui écoutait avec plaisir l'adulation, et voyait avec mépris les adulateurs. On accuse cependant l'abbé de Choisy , et ce serait dommage si l'accusation était fondée , d'avoir été aussi peu véridique dans ses mémoires que dans ses autres ouvrages bistoriques , et de les avoir remplis d'anecdotes fausses où tout au moins hasardées. Le goût du roman semble le poursuivre lors même qu'il écrit ce qui s'est passé sous ses yeux. Mab ce roman, si c'en est un , est le meilleur de tous ceux qu'il a faits.
U mourut le 2 octobre 1724 9 à l'âge de quatre-vingts ans révolus ; peu de temps auparavant , il avait fait encore les fonctions de directeur à la réception de l'abbé d'Olivet son ancien ami , et le discours plein de sensibilité qu'il prononça en cette occasion , fut comparé par ses confrères au chant du cygne. Il avait été plus aimé d'eux pendant sa vie , qu'il n'en fut regretté après sa mort ; c'est qu'étant doyen de l'Académie lorsqu'il mourut , il eut malheureusement pour successeur dans le décanat un luHBme bien plus fait pour honorer ce titre , l'illustre Fontenelle , qui en a joui plus de trente années, et trop peu de temps encore an gré de nos vœux ; digne Nestor d'une compagnie littéraire , rendant les lettres également respectables par ses ouvrages et par tes mœnrs ; objet de l'estime de la nation , et connaissant le prix de cette estime ; jouissant enfin de cette considération personnelle , qui ne s'accorde ni au rang , ni au génie même , mais à la vertu seule , et dont on doit être d'autant plus jaloux , qu'on est plus exposé par ses talens ou par ses dignités au jugement de ces contemporains. Il eût été à souhaiter pour Tabbbc de Choisy ,
qu'il se fàt montré aussi digne de cet éloge; mais avec des qua^ lilés aimables pour la société , il lui manqua la plus essentielle pour lui-même , la seule qui donne du prix à toutes les autres , la dignité de son état , sans laquelle les agrémens n'ont qu'un éclat frivole , et ne sont guère qu'un défaut de plus. Toujours plongé dans les extrêmes , oii la décence , comme la vérité , ne se trou-^ vent jamais, il joignit à l'amour de l'étude trop de goût pour les bagatelles , à l'espèce de courage qui mène au bout du monde , les petitesses de la coquetterie , et fut dans tous les momens entraîné par le plaisir et tourmenté par les remords.
Jl avait d'ailleurs le cœur bon et les mœurs douces, mais de cette douceur qui tient plus à la faiblesse et à l'amour du repos y qu'à un fond de bienveillance pour ses semblables. Grdce à Dieu , dit-il dans ses mémoires , je rt ai point d'ennemis ; et si je savais quelqu'un qui me voulût du mal y j'irais tout à l'heure lui faire tant dhonnéietés, tant d'amitiés y qu'il deviendrait mon ami en dépit de lui. Avec ce naturel facile , il ne devait pas en effet avoir d'ennemis, et n'en eut pas. Il se flattait même d'avoir des amis; mais on n'en a point , si l'on ne sait l'être ; et pour être digne et capable d'aimer , il faut avoir dans le caractère une consistance et une énergie dont l'abbé de Choisy ne se piquait pas. La vé-^ ritable amitié , dit un philosophe , eçt un sentiment profond et durable , qui ne peut ni être gravé dans un cœur de sable , ni se conserver dans une âme d'argile.
La manière de vivre de notre académicien avait été trop peu sévère , pour qu'il pàt ni désirer , ni espérer les dignités de l'Église. Aussi se console-t-il dans ses mémoires de l'espèce d'oubli oii les distributeurs des grâces ecclésiastiques semblaient l'avoir laissé. Dieu ne Fa pas permis, disait-il , je me serais 'perdu dans les grandes places; et d'ailleurs à la mort j'aurais eu un plus grand compte à rendre; je n'aurai à répondre que de moi. Peutêtre le sentiment religieux que l'abbé de Choisy exprime par ces paroles était-il plus commandé par les circonstances qu'inspire par un vrai détachement des honneurs et des biens de ce monde: mais sa résignation est au moins trèsnligne d'un prêtre repentant et modeste ; heureux d'avoir accepté dans cette louable disposition quelques mortifications passagères, en expiation des fautes qu'il s'est si souvent reprochées. Ne soyons pas plus sévères à son égard que la bonté suprême , qui sans doute aura reçu de lui avec indulgence cette pénible expiation , en lui pardonnant même les regrets involontaires que pouvait laisser dans son cœur un sacrifice si douloureux.
NOTES
(1) XJ018QUI Monsieur Be retira à Blois, dit Fabbë de Choisy daus ses Mémoires, mon père pensa être chassé. Le cardinal Mazarin Taccusait
d^aToir Tonla faire révolter le Languedoc H avait pourtant toujours
été dans les intérêts du roi préférablement à ceux de Monsieur ; mais il n*avait pas cultivé le cardinal. Chargé d'une négociation qui exigeait de Targent (et le roi n^en avait pas) , il alla en Hollande emprunter deux cent mille écus sur son crédit , et n*en fut remboursé que six ans après. Cés^Xe petite injustice {si pourtant f ose parler ainsi ' ) , qu*on a faite à mon père , révolta ma mère à Texcès ; et son dépit fut poussé à bout lonqu'à la mort de Monsieur elle perdit la charge dé diancelier qui valait cent mille écus. *
(a) C*est ce qu*on a dit en particulier du roi d*Espagne , ChaHes II , gouvemé par les jésuites et par des ministres vendus k la cour de Vienne. (Tétait ce pauvre roi qui , apprenant la prise de Mous par Louis XIV, et ^Dorant que cette ville était à lui , disait en soupirant : Voilà une grande perte pour le roi éPAn^eterre ! et ce priàcc était le maître d'une grande monarchiie ! Malheureuse espèce humaine , par quels hommes tous êtes souvent gouvernée !
(3) Il prit tant de goût pour cet habillement, qu'il ne le quitta presque pas jusqu*à la fin de ses jours ; mais caqui n est pas moins afiBigeant , et œ qni prouve la frivole indulgence de la nation Trançaise pour les choses même les plus ridicules, c'est qu^aprci s'êtie n.oqué d'abord d'une si étrange mascarade, en peu de temps 00 s'y ar^vituma si bien, qu'on le recevait ptu'tout en habit de femme , ssus presque y faire attention : il ne craignait pas même de se montrer à Versailles avec ce singulier travestissement ; malheureusement il fut un jour rencontré dans œt état tu jea de la reine , par le sévère duc de Montausier , qui , oubliant la présence de cette princesse et des femmes de la cour, dit au jeune her^ maphrodite, avec la nidesse un peu brutale dont il faisait profession : monsieur ou mademoiselle , car je ne sais comment vous appeler, vous devriez mourir de honte tT aller de la sorte habillé en femme , lorsque Dieu vous ajait la grâce de ne le pas être. Allez vous cacher;
monsieur le Dauphin vous trouve très^mal ainsi Pardonnez^moi ,
monsieur^ répondit le jeune prince , je la trouve belle comme un ange.
Cette espèce de démence (car pourquoi ne pas l'appeler par son nom?) n^efit été, après tout, qu'une fohe sans conséquence, si l'abbé de Choby n'en avait pas abusé dans uae circonstance très-gi'ave ; l'histoire n'en est que trop connue , nous ne la répéterons point , par mena-
' Moot pricroo* le lecteur d'obicrTcr la bassesse de celte pareuthèse, jt ce style de valet , ou platôt detclave, n'eût ëtc alors le style Ik la mode. ^
gement pour un confrère. Les détails de cette aTenture , qui n'était faite que pour Foubli , ont été conservés dans Touvrage très-peu édifiant qui a pour titre : Histoire de la œmiesse des Barres, espècoi^de roman par la singularité des faits , mais histoire par la vérité. Cet ouvrage fut attribué , lorsqu'il parut, à un ami de Fabbé de Chois j^ qui a toujours nié d'en être Fauteur, et d'avoir rendu un si mauvais service à sa mémoire.
(4) On ne sera peut-être pas fâché de trouver ici en détail les expressions plus qu'énergiques par lesquelles l'abbé de Choisj exprimait sa frayeur religieuse dans la maladie mortelle dont il fut atteint.
<c La mort de la reine , diù4l dans la peinture qu'il nous a conservée de cette maladie , m'avait fait faire à peine quelques réflexions, quand tout à coup je me sentis accablé par une fièvre violente. Mes forces , au bout de trois jours , furent perdues, mon cœur abattu. J'envisageai la mort , que j'avais cru si éloignée. Bientôt après j'en vis tout l'appareil efiroya— ble. Je me vis dans un lit entouré de prêtres , au*milieu des cierges funèbres, mes parens tristes , les médecins étonnés ; tous les visages m'annonçant l'instant fatal de mon éternité. Oh ! qui pourrait dire ce que je pensais dans ce moment terrible ! car si mon corps était abattu , si je n'avais quasi phis de sang dans les veines , mon esprit en était phis Ubre et ma tête plus dégagée. Je vis donc, ou je crus voir les deux et les enfers. Je vis ce Dieu si redoutable sur un trône de lumière environné de ses anges. H me semblait qu'il me demandait compte de toutes les actions de ma vie , des grâces qu'U m'avait faites , et dont j'avais abusé ; et je n'avais rien à lui répondre, rien à lui ofirir pour satisfaire â sa justice. Je voyais en même temps les abîmes ouverts prêts à ro*engloutir ; les démons prêts à me dévorer ; les feux éternels destinés â la punition de mes crimes. Non , on ne saurait s'imaginer ce que c'est que tout cela , si on n'y a passé. Car ne croyez pas , dans cet état, quand l*âme est prête à se séparer du corps , ne croyez pas qu'on voie les choses comme nous les voyons présentement ; les mystères les plus incompréhensibles pal'aissent clairs comme le jour ; l'âme , quasi dégagée de^on corps , a des clartés nouvelles ; nous voyons la justice de Dieu qui nous va punir, et nous ne présumons plus de sa miséricorde. Pour moi , je vous avoue que j'eus grande peur. Je demandai pardon â Dieu de tout mon cœur. J'aurais bien voulu avoir le temps de faire pénitence , mais la mort me talonnait de près. J'avais entendu les médecins dire : // ne sera pas en vie dans deux heures. Que ftkt/e donc? quel parti prendre? Je ne sentais rien , je ne me souvenais de rien qui pût me donner la moindre espérance. Je ne me voyais aucun moyen de racheter mes péchés par l'aumône ; enfin, toutes les portes du ciel me paraissaient fermées. J'avais pourtant reçu tous mes sacremens , et m'étais préparé le mieux que j'avais pu & ce passage si terrible. Mais qu'est-ce qu'une préparation précipitée? et que peut penser dans ces derniers momens, au milieu d'une mort presque inévitable , un cœur tout terrestre, nourri dans les plaisirs du siècle , et si peu accoutumé aux pensées de l'autre vie ? Je «erais tombé dans le désespoir, si j'étais demeuré plus long-temps dans
m état si capiMe d*effirayer les plus d^tenmaés. Mon corps , abattu par la rioleiioe de la maladie , tourmenté par Tagitation de mon esprit , demandait du rêjpos. Je m*endormis , et me réveillai plus trancpiille. J a¥Ms cm , pendant mon sommeil , me toît à h porte d*une galerie toute éclatante de lumières , mai» d^une lumière douce , et (pii , sans m^éblonir , me paraissait plus brilhmte que toutes les autres lumières. Je me sentais bien ferme dans la résolution de me convertir si je revenais en santé « et je commençai à croire qu'il n*était pas impossible que Dieu me Ht miséricorde. Une pensée si consolante me donna courage. L^e^nrit en repos contribua à ma guérison autant et plus que le quin- <piina; et je me vis bientôt en état de jouir encore une £cm5 de la vie , que je n avais soubaitée cpie pour Caire potence. »
Nonobstant des dispositions si ÎDuables , il avait besoin , pour être tout-4-fait éclairé , d We espèce de rechute qui fut encore longue et dangereuse , et ^ meheva heureusement en hà, disait-il « ^opération de la grâce.
Cette conversion, néanmoins, ne Taveat guère corrigé. Passant un jour avec un ami pi^ d'une terre considérable que le dérangement de sa condoite Tavait obligé de vendre , il poussait de profonds soupirs ; son ami , édifié de sa douleur, louait de son mieux, pour la consolation de 1 affligé , un repentir cpii paraissait si profond et si sincère. Ah ! s'éaia Tabbé de Cboisj, que je la mangerais bùn musore!
(5) Pour donner une idée de ce journal, nous en rapporterons quelques passages singuliers ou curieux. Ils feront connaître le gem« d'esprit de Tabbé de Gboisj, sa manière de voir, de juger et d'écran , et le réle mi peu mesquin qu'il a joué dans sa sous^vnbiusade. Le journal est adressé A M. TabbédeDangeau, à qui Fauteur rend compte, pour ainsi dire, de tous les momens de son voyage.
« M. Basset , Fun de nos missionnames , a fait cette après-dinée une exbortation aux matelots , où d'bonnétes gens auraient pu prendre leur part. Ob ! qu'aisément tout nous porte à Dieu , quand on se voit au milieu des mers , sur cinq ou six planches , toujours entre la vie et la mort ! Cette consolation solide ne se peut trouver que dans les pensées <rune autre vie , cent fois plus heureuse que celle-ci ; et il faut bien que nous les ayons , ces pensées de Tétemité , car sans cela nous serions bien sols d'aller passer la ligne
j» BL Yacbet , autre roissionnaûhe , dira demain la messe. Je suis tout plein des joies du paradis. Je viens de lire le paradis de Nicole : qu'il en donne une belle idée ! en vérité , il faut être fou pour ne pas avoir envie d'aller là. L'enfer ne m'a pas semlrfé si bien traité ; et l'un m'a fait plus de plaisir que l'autre ne m'a fait de peur. Je crois avoir enfilé le bon cfaeiiiin , et j'espère beaucoup de la miséricorde de Dieu. Que je suis heuretord'avotr entrepris ce voyage-ci 1 je sentais bien que la main de Dieu y était ; et j'y étais poussé avec trop de violence pour que cela fût naturel. Je n'aurai guère offensé Dieu pendant deux ans. Hélas ! ce seront
fo NOTES SUR L'ÉLOGE
les deux plus belles annto de ma vie ! les tentations sont à trois oit quiitre mille lieues d*ici. Franchement nous n^avons pas grand mérite à Tivre dans Tordre '
M II vient de renir un yent si furieux , que nous nous sommes tous regardés : et cependant , à la bonne chose , que la bonne oonsdenoe ! nous n'ayons pas trop peur. Sur cette mer qui a un minois si terrible , et ou j'entends les gens du métier dire , cela ne vaut rien , il rCenjaudrail pas beaucoup comme celui-^à, je suis tranquille. D'où vient cela? je ne joue plus ; la bassette ne m'est plus de rien : je songe un peu à l'autre vie. Je ne tuab personne , mais à grand'peine disai»-je mon bréviaire ; et plus d'une fois j'ai quitté le jeu pour aller débrider vêpres , et puis re-tourner quêter un sonica. Quand on en use ainsi , on doit craindre les dangers. £n vérité » la' mer en colère est un prédicateur pathétique ; et le P. Bourdaloue se tairait devant elle
» Oh le beau sermon que vient de faire le P. Le Comte ! H se bour^ dalise beaucoup : en voilà deux de suite de la même force. U est éloquent , familier et touchant ; et je vois que nos autres prédicateurs ne sont plus si empressés. Ils voient au moins la plupart , qu'après qu'ils «mt bien crié , bien sué , on ne leur dit rien ; on commence vêpres. Mais ce P. Le Comte n'est pas de même : chacun l'embrasse , chacun l'essuie ; on ne veut pas qu'il s'enrhume, parce qu'on veut l'entendre encore
» Le P. Gerb^llon a prêché sur l'enier avec beaucoup d'e^nrit. H dit de fort belles choses ; mais avec un peu trop de véhémence , qu'il saura bien modérer à la Chine : car on n'y prêche point, on parle de bon sens , on raisonne juste ; et quand les CÛnois voi^it un prédicateur tout hor» de lui, qui crie du haut de la tête, ils se mettent à rire, et disent : A gui en a^UM, ? contre qui veut^ se battre ? et croit~tl me persuader en me montrant qi/il se laisse aller à ses passions , et que la colèro le transporte ?.....
» A la fin, la grande partie d'échecs vient d'être déeidée. Nous jouions en vingt parties liées , le chevaher de Fourbin et le P. Gerbillon contre moi. L'émulation s'y était mise ; un mauvais coup nous faisait pâlir. L'auditoire ou plutôt les spectateurs attentifs par dessus l'épaule, gar* daient un profond silence , qu'ib ne rompaient de temps en temps que par des cris d'admiration. Ils ne pouvaient comprendre comment le roi ne nous donnait pas ses armées à commander , et ne comp^ient pour rien le maréchal de Créqui. Voilà qui est beau. Mais à la fin j'ai perdu ^ et j'ai eu besoin des Essais de morale pour m^empêcher d'être fâché. Par bonheur j'avais lu depuis peu le Traité de Vamour^ropre , et j'ai trouvé une belle occasion de m'humilier. Le soir, en Ikisant mon petit examen de la journée , je tombai sur les échecs , et examinai bien sérieusement d'où venait que j'avais si grande envie de gagner ; et après avoir bien retourné mon cœur, je trouvai que c'était par Vanité. Alors je demandai à Dieu la grâce de me faire perdre , si cela pouvait être bon à m'humilier. Qu'arriva-t-il? nous jouâmes le lendemain, et depuis ce moment-U je be lae suis point défendu. Je fus asses fâché dans le mo»
DE L'ABBÉ DE CHOISY. 4i
ment ; mais depuis la-réflezioo , j^ai eu beaucoup de consolation de rotr ma prière exaucée
» J*ai été ce matin rendre yisite, à Siam, à M. Constance, commissaire^ général. La conversa tion a presque toujours roulé sur le roi , dont il connaft toutes les grandes qualités, comme sll avait passé sa vie à Versailles. Voire roi, mVi-^l dit, parle comme la Sainte Écriture : il dit^ et iout est /ait. Vous me dites qiiil est tous les jours quatre ou cinq heures au conseil, et moi je crois qu'il j- est toujours, à voir de quel mir il mène ses voisins
» ÂTanU-faier , un des Siamois , nommé Antonio Pinto , soutint dans le palais de M. Fambassadeur des thèses en théologie , dédiées au roi : c*est an nôtre. Nos jésuites disputèreût ; mais il y eut un diacre cochinchinois qui fit des raerreilles , et qui ne voulait point se taire ; on avait beau battre des mains. L^archevêque talapoin de Siam y vint , et se mit via-à-vis du répondant. Il nous aurait fait grand plaisir de disputer, mais sa gravité Ten empêcha. Il est assez beau à nos missionnaires de faire des écoliers capables de répondre en Sorbonne. Pour moi , je voudrais qa*ils en envoyassent qudqu'un en France , pouf faire une expectative à Paris. Gela ferait grand plaîsii* à notre célèbre professeur de thé(^ogie , M. Grandin , de voir une face noire parler si juste : De Deo uno et trino. »
(6) Un jésuite plus zélé que le P. Tachard , mais beaucoup moins au fait dea dispositions du roi de Siam , voulant convertir un jour ce prince , hâ disait que^ « pour entendre tous nos mystères , il fallait être éclairé » par Tespnt de Dieu , et qu'on obtenait cette grâce par la prière. Eh M Inen ! répondit le monarque , vous n'avez qu'à , de votre côté , invoa qœr noa dieux » après quoi vous entendrez et approuverez tout ce qui M VOUS paraît extravagant dans notre religion et dans notre culte, n Un prmœ , qui raisonnait de la aorte , était bien loin des portes de FEglise que Louis XTV désirait tant de lui ouvrir.
Yoici de quelle manière Tabbé de Ghoisy s'exprime dans son journal sur le prétendu prejet de conversion dont il fut d'abord la dupe , et bientôt attiré» trop détrompé.
« M. l'ambassadeur (le jour de son audience) a dit au roi de Siam, que le roi son maitre, si fameux par tant de victoires, lui a commandé de venir pvuver sa majesté aux extrémités de l'univers, pour lui pré" setUer des marques de son estime et l'assurer de son amitié. Mais que rien /détail plus capable d'unir ces deux grands princes , que de vivre dans les sentimens é^une même croyance; que le roi le conju" rail, par F intérêt qi^il prend à sa véritable gloire, de considérer que cette suprême majesté dont il est revêtu sur la terre , ne peut venir que du vrai Dieu, c^estràrdire d^un Dieu tout-puissant^ étemel, infini, tel que les chrétiens le reconnaissent, qui seul fait régner les rois, et règle la fortune de tous les peuples ; que c'était à ce Dieu du ciel et de la terre qi/il fallait soumettre toutes ces grandeurs , et non à ces faibles divinités qu^on adore dans l'Orient, et dont sa majesté, qui a
4t* NOTES SUR L'ÉLOGE
tant de lumière et de pénétration, ne peut manquer de voir asse^ l'impuissance.
I» Le roi de Siam , après avoir lu la lettre du roi, dit à M. Constance : Je vois bien que le roi de France me veut/aire chrétien , et lui dit ces paroles d'un ton à faire beaucoup espérer. Je crois que c'est pour me tenir toujours en haleine , afin que jusqu'au départ de M. Famlrâtsadeur je ne sadie point ma destinée.
» M. Constance est renu voir M. l'ambassadeur, et lui a ctit que le roi , en plein conseil , lui avait dit ces paroles : Le roi de France a pour moi une amitié désintéressée. Il m^emfoie proposer de me faire chré^ tien : quel intérêt y a-^tnil ? Il demande que Je m'instruise de sa reti'^ gion : il ne faut pas le méconienier , il faut le faire et voir. Grande parole pour un roi des Indes qui ne sait point dissimuler, et qui croit qu'il y va de son honneur de ne dire que ce qu'il pense ! La même chose a été rapportée à un missionnaire par le Barkalon , qui dit que la religion des pagodes était près de sa fin. Nous ne sommes pas asses imioœns pour croire cela tout droit.
« On dit que le roi a donné à M. Yacbet une audience de trois heures ; et qu'après l'avoir fort remercié , il a ajouté ces paroles dignes d'un roi chrétien : N'en soyez pas plus orgueilleux, P. Vachet; ce iCest pas vous qui avez fait de si grandes choses en si peu de temps : c^est le Dieu du ciel et de la terre qui fa permis pour sa gloire , et c'est lui ^ue nous en devons remercier.
n Oh ! M. l'abbé de Dangeau, la belle chose que la reKgkm chrétienne ! que Timoléon a d'obligation à Théophile de lui avoir ouvert l'esprit * ! Aussi vous puis-je assurer que, dans la Jérusalem céleste, Timoléon s'écriera : Seigneur, si je chante vos louanges , si je vous vois , si je vous aime, c'est à Théophile, après twus. Dieu de miséricorde, à
qui f en ai la première obligation
» Ce prince , le roi de Siam , ne sera point dunné , il connaît à demi ]a vérité : Dieu lui donnera la force de la suivre. H a un crucifix dans 5a chambre : il lit l'Évangile ; il parle de notre seigneur Jésus-Christ avec grand respect : tout cela ne suffit pas pour me faire demeurer ici <x>mme ministre du roi ; mais cela suffit pour nous donner une grande
consolation. Prions bien Dieu pour ce bon roi de Siam
« Le roi me demanda hi^ s'il était vrai que je connusse le pape. Je lui répondis qu'oui, et que même j'étais le premier homme du monde qui lui eut baisé les pieds un peu avant son exaltation. Puisque cela est, me dit-il , je vous prierai défaire à Rome quelques commissions pou^ moi. n n'en dit pas davantage ; et œ sera à l'audience de congé qu'il ine parlera en forme. Oh ça , avouons la vérité : ne suis-je pas bien heul'eux ! et , ne pouvant demeurer ici , pouvais-je retourner en Europe d'une manière plus agréable et plus convenable à un ecclésiastique? J'ai en le service de Dieu en Tue en venant , et je l'aurai encore en retour-
' L*abbé de Dangeau «vait fort contribmf à la conrertioiT de Tabb^ de Clioiij.
nant. Il eit beau pour notre religion , qa*an roi idolâtre témoigne du respect pour cdui qui en est le chef en terre , et lui euToie dès présens des extrémités du monde ; et je crob que le roi ser^ bien aise de voir le TÎcaîre de Jésus-Gbrist honoré par le roi de Siam , et qu'un de ses sujets soit chaiigé d'une pareille commission. »
, (7) Le noorean prêtre était aussi novice dans le sacrement de Tordre , qu'un certain ahhé de Comac, dont il a écrit très-plaisamment Hiistoire.
Cet abbé « qui venait d'être nommé à l'évêché de Valence , avait prié un arcfaevêcpie de ses amis de faire la cérémonie de son sacre. L'arche- Téqoe lui ayant demandé quel jour il avait choisi pour cette cérémonie : // est nécessaire, répondit l'abbé , que vous me fassiez prêtre aupa" ravaiUy car je ne le siits pas.^»,. Je vous ferai prêtre , répondit le
ooDsécrateur MeUs , dit l'aUbé, il faudra que , vous me fassiez
diacre Diacre soit^ répondit l'archevêque un peu surpris Je
vous dirai tout bas , reprit l'abbé , que je ne suis même pas encore
sous'-diacre Ohl pour le coup, répliqtia Tardievêque, dépêchez-'
vous de me dire que vous êtes tonsuré, de peur que dans cette disette de sacremens , vous ne remontiez jusque au baptême,
Yoici les réflexions de l'abbé de Choisy, sur les diffib^ens ordres dont ^ Tenait d'être honoré.
7 décembre.
» J'ai reçu ce matin les quatre mineurs , et demain , s'il platt à Dieu , je m*engagerai pour toute ma vie dans l'état ecclésiastique. Il y a deux ans et demi que j'y songe. Je me suis abandonné à M. de Métellopolis i, ainsi, j'ai la conscience en repos, et crob prendre le bon parti »
8 décembre.
c Je sois présentement sous-diacre ; il n'y a plus moyen de reculer^ voiU qui est fait. Je ne sais si je serai assez malheureux pour me re-^ pentir ; mais je n^en crois rien »
9 dcfcembre.
« Je suis diacre : c'est bien marcher à pas de géant ; et qui plus est,» demain , s'il plaît à Dieu , je serai prêtre. 11 n'y avait pas moyen de fak'e autrement »
10 d^embre*
« Ble voici donc prêtre. Quel terrible poids je tne sub mb sur le dos ! . n faudra le porter ; et je crob que Dieu , qui connaît ma faiblesse , m'en diminnera la pesanteur, et me conduira toujours par ce chemin dé roses que j'ai trouvé si heureusement chez vous, au sortir des bras de la mort..... »
6 janvier.
« Dieu m'a lait la grâce de dire aujourd'hui ma première messe !
Oh ! le boD séminaire , la bonne retraite qu*un navire ! on est en paix dans sa petite chambre : personne ne vient vous interrompre «
« Croiriez-Yous que je viens de faire un sermon , et que peut-être je le dirai ? cela ^t un peu téméraire : commencer à prédier à quarantedeux ans ! nous verrons comment cela se passera : je sentirai bien si je ne fais rien qui vaille, et je me le tiendrai pour dit. J'ai eu toute ma vie la fantaisie de prêcher, dans des temps où je préchab fort peu d'exemple : maintenant , que Dieu m'a fait la grâce de rentrer en moi-même , et que je me vois prêtre pour toute Téternité , je veux au moins essayer, et jamais je ne trouverai une plus belle occasion. Si je pouvais parvenir à faire un bon prône à Goumaj > , ce serait là toute tnon ambition , car je ne crois pas que je me serve du a*édit de M. le grand-aumônier pour prêcher à Versailles
» J'ai fait aujourd'hui mon coup d'essai : j'ai prêché pour la première fois de ma vie. Ce ne sera pas la dernière : c'est vous dire assez nettement que je ne suis pas rebuté de moi. Je n'ai rien à vous dire sur la composition : comment faire sur un navire , sans livres et sans secours ? J'ai dit ce que j'ai pu ; et de bons matelots sont contens de peu. Mais ce qui m'a plu , t:'est que je n'ai point eu peur, et je n'ai point dit servilement mot à mot ce que j'avais écrit
M Je ne prends plus la peine de vous dire quand je prêche ou quand je ne prêche pas ; quand on est rompu à un métier, on ne s'en fait plus de fête. Cependant , à dire le vrai , j'ai pensé manquer aujourd'hui. J'ai oublié tout-à-fait le commencement de mon premier point. Qu'ai-je fait? j'ai battu la campagne; j'ai redit en autres termes un peu plus familiers ce que je venab de dire d'un style sublime ; et ainsi , en pelotant , j'ai rattrapé ce que j'avais à dire. Je crois que le pauvre P. Tachard a sué pour moi; mais peu de matelots s'en sont aperçus »
(8) Nous avons dit que ce journal était écrit avec une gaieté dont le sujet ne paraissait pas trop susceptible. En voici un exemple sur cette phrase : Sifflais que de vous, je ferais telle chose. — Il faut, mes-sieurs , dit le président Rose , que Je vous fasse à ce propos une petite historiette. Au voyage de la paix des Pyrénées , un jour le maréchal de Glerembault , le duc de Gréqui et M. de Lyonne causaient , moi présent , dans la chambre du cardinal Maluirin. Le duc de Créqui , en parlant au maréchal de Clerembault, lui dit dans la chaleur de la conversation : M. le maréchal, si fêtais que de vous, j'irab me pendre tout-à-l'heure. Eh bien ! répliqua le maréchal , s(^ez que de moi.
Dans un autre endroit , l'abbé de Choisy parle d'un académicien qui trouvait alternativement des raisons pour des opinions contraires. // ressemble, dit l'abbé de Choisy, à feu M, de Marca, qui, dans les assenUflées au clergé^ soutenait tantôt un avis, tantôt un autre, selon les circonstances , et avait toujours à nous alléger quelque'canon qui paraissait fait exprès pour lui,
■ Celait le prieure de M. Tabbc de Dangean.
(9^ La question du duc de Bourgogne à Fabbé de Ghoisy sur ce malbeureux monarque proure que , malgré la plus excellente éducation « le caractère de prince est trop souient indélébile.
On prétend que le duc de Blontausier, quand il eut appris la réponse de Tabbé de Gboisy, et de quelle boucbe la yérité était partie , s'écria comme Molière : Oà va^i^^Ue se rucher ? On dit même qu'il ajouta : je suisJSché de ne pouvoir demander à cet hermaphrodite son amitié»
(10) Ce prince, grand dans ses vertus et petit dans sa dévotion, ferme et faible tout à la fois , moitié au-dessus , moitié au niveau de ses contemporains , résistant et cédant tour à tour à la barbarie de son siècle ; enfin qu^on nous permette cette expresaion ^moitié saint et rnoitié roi, résistait au pape et tremblait devant s^ mère, abandonnait des sujets qu'il rendait beureux, pour aller se faire battre en Afrique dans deux croisades successives, mal babilement entreprises et plus mal habilement exécutées, où périrent avec lui des milliers de Français ; il joignait à toute la dureté de rintolérance reUgieuse , la sagesse et l'équité la plus rare dans celles de ses lois qui n'avaient pas l'hérésie pour objet ; à la bienfaisance la plus lendre pour les malheureux , un zèle si peu éclairé et même si cruel , qu'd ne Jallait, disait-il, répondre aux objections des hérétiques y qiien leur enfonçant Vépée dans le corps jusque à la garde : avec les plus rares talens poiu* gouverner, il eut la fantaisie , par le conseil d'un jacobin son confesseur, d'abdiquer la royauté pour se faire moine ; fantaisie cpii, pour son honneur, ne dura pas , et qui fit dire à Philippe le Hardi son fib : Que si Dieu le Jaisait jamais roi, il ferait justice de tous ces prêcheurs. C'est ce contraste qu'il faut surtput faire sentir dans rhistoire de S. Louis ; aussi cette histoire , quoique si souvent écrite , est pourtant encore à faire.
On dit que l'abbé de Choisy avait formé le projet d'écrire la vie de deux autres princes bien différens de S. Louis , Dioclétien et Théodoric; mais il aurait fallu un historien plus exact, et surtout plus éclairé, pour apprécier deux monarques que leurs actions ont placés an rang des souverains les plus illustres et dont la calomnie a trop long-temps persécuté la mémoire : vrais sages sur le trône , mais déoriés par la superstition et le fanatisme. -
(il) Lorsque Elisabeth de France , fiUe de Henri II , destinée, pour son malheur, à épouser Philippe II , roi d'Espagne , fut remise entre les mains des commissaires espagnols envoyés par ce monarque pour la recevoir , un de ces commissaires adressa gravement à la princes^ une partie de ce même passage : Audi, Jilia^ et vide, et inclina aurem iuam, et obUviscere domum patris lui, (Écoutez, ma fille , et voyez; prêtez l'oreille , et oubUez la maison de votre père ). Un autre de ces commissaires , l'évéque de Burgos , ajouta plus gravement encore le reste du passage : Et concupiscet rex decorem tuum (et votre beauté inspirera des désirs au roi), la malheureuse princesse, qui entendait je latin, e^t qui n'épousait qu'avec répugnance le vieux et odieux monaixpie espa-
46 NOTES SUR L'ÉLOGE, etc.
gnol , tomba éranouie entre les bras de la reine de Navarre qui ra^com-' pagnait.
(iq) Cette histoire se ressent beaucoup de TJbabit sous lequel Tauteiir Ta composée , car ces ajustemens de femme , qu*il n'osait plus porter dans le monde , par la juste crainte d'y causer trop de scandale , il ne pou- Tait se résoudre k s'en priver quand il était seul , ne songeant pas assez qu'il lui restait dans cette solitude même un témoin plus redoutable c{ue les hommes. Peut-être suffirait-il, pour apprécier la valeur de ces annales ecclésiastiques , de se représenter un moment ce prêtre septuagénaire , sous un habit si peu fait pour son âge et pour son état , travaillant à Thistoire des martyrs et des anachorètes , et se mettant des ajustemens profanes de la même main dont il écrivait les décisions des conciles. Aussi , interrompant quelquefois son travail pour jeter un moment de tristes regards sur lui-même , il s'écriait avec la sincérité la plus naive-^ Qua/ peintre pour les Antoine et les Pacômes , pour les Augustins et les Athanase !
L'abbé Fleury qui , comme nous Ijavons dit dans son éloge , avait mis trente ans à composer son Histoire ecclésiastique , en avait donné les derniers volumes à peu près dans le même temps que Tabbé de Choisy fit paraître la sienne. H était bien difficile que la frivolité française se refusât le jeu de mots que lui offiraient les noms de Choisy et de Fleury sur ces deux histoires , Tune si légère et l'autre si grave. On disait donc que l'abbé Fleury était choisi dans son ouvrage , et que raU>é de Choisy étslijleuri dans le sien. Mais l'ouvrage superficiel et frivole n'effiiça pas en cette occasion l'ouvrage exact et utile ; et l'historien véridique , quoique bien moins philosophe dans son histoire que dans ses discours , fut préféré par le pubUc à l'historien qui n'était qu'agréable et nullement philosophe.
L'abbé de Choisy a imprimé que c'était par le conseil de Bossuet qu'il avait entrepris d'écrire V Histoire ecclésiastique, H paraît difficile à croire que Bossuet lui ait donné ce conseil, dans un temps où l'on avait d^jâ celle de Tillemont , et eu Fleury écrivait la sienne. Peut-être l'évéque de Meaux, en conseillant à l'abbé de Chojsy d'écrire cette histoire, n'avait-^ tTaiitre objet que de t engager à C apprendre.
XL avait pour oncle un antre abbé de Roquette , évéqne d'Anton , qui , par son Eèle de commande et sa dévotion politique ,
' Henri-Emmanuel de Roquelte , doclenr de Sorbonne , abbé de Saint- Gil^as de Rais, xeca à la place d^Éusèbe Renaudot, le la décembre 1720 j mori le 5 mars 1725*
eut rhonneur , dît-on , de fournir à Molière l'heureux original d'après lequel il a peint le précieux tableau du Tartufe. Cet évéqoe d'Autun, qui se mêlait de prêcher, et qui mettait dans sa prononciation et dans ses gestes autant d'affectation et de grimaces que dans sa conduite , se plaignait à M. de Harlai de ce que les officiers municipaux de la ville d'Autnn avaient quitté son sermon pour aller à la comédie. En effet , dit M. de Harlai , ces gens'là étaient de bien mauvais goût , de vous quitter ainsi pour des comédiens de campagne (i). C'était sur les sermons de ce prédicateor saltimbanque que Despréaux avait fait cette ép\gramme :
~ On dît que Ythhé Roqaette Préch« les Mrmons d'antrai ; Moi qui «ai< qu'il les achète , Je soutiens qu'ils sont h lui. '
Neveu de ce prélat hypocrite et intrigant, l'abbé de Roquette ne lui ressembla pas ; à une doctrine saine et à des mœurs sans reproche , il joignit un caractère vrai et une conduite simple ; cette candeur et cette simplicité , déjà ai estimables par ellesmêmes , augmentaient encore de prix, parle talent distingué qu'il avait pour l'éloquence, talent qu'il cultiva long-temps avec succès , et qui lui mérita les honneurs académiques.
On voit , par les discours prononcés à sa réception et à celle de son successeur, qu'il eut l'honneur de haranguer souvent leroi, k la tête de la députation des États de Bourgogne ; qu'il fit plusieurs fois , dans ces mêmes États , l'usage le plus heureux du don de la parole , .pour démêler et concilier les intérêts de la province et ceux du monarque; qu'il consacra enfin ce don si rare au plus digne emploi qu'un ecclésiastique en puisse faire , celui d'annoncer "dans la chaire de vérité les maximes du christianisme, n s'exerça même dans tous les genres d'éloquence dont la chaire est susceptible; il prononça l'oraison funèbre de Jacques II,. roi d'Angleterre; sujet d'autant plus fécond pour un orateur chrétien , qu'il eût été plus épineux pour un orateur philosophe. Car si le prédicateur religieux pouvait offrir dans ce prince si catholique et si dévot , le plus édifiant émulateur des héros monastiques, l'appréciateur éclairé ne pouvait guère trouver en lui qa'nn souverain peu digne de l'être , dédaigné et proscrit par sa nation, pour l'aveuglement et le fanatisme de son zèle. L'oraison funèbre que l'abbé de Roquette consacra à sa mémoire , fut trèsgoÂtée dans le temps à la cour de Louis XIY , oii les jésuites , alors tout-pnissans , protecteurs et protégés du roi Jacques , décidaient sans appel de ce qu'il fallait croire et approuver ; elle est oubliée aujourd'hui, et nous sommes forcés de convenir
qu'elle devait Tétre, moins à la vérité par la faute cle Toavra^e que par celle de la matière ; les malheurs trop mérités du in€>narque ont répandu contre sa personne des préventions peut-être^ exagérées , mais excusables, qui ont rendu inutile tout l'art que le panégyriste avait pu employer pour répandre quelque éclat sur les talens militaires de ce malheureux prince , et sur ses pieux et vains efforts pour ramener son royaume au sein de l'Église. Mais l'Académie , en mettant le roi Jacques à sa place , mit aussi l'orateur à la sienne, et récompensa de ses suffrages l'éloquence dont il avait fait preuve en cette occasion et en beaucoup d'autres. En rendant cette justice k l'abbé de Roquette , la compagnie fit de plus une acquisition très-nécessaire. Parmi les differens genres d'orateurs qu'elle doit renfermer , un orateur chrétien est pour elle d'un besoin indispensable. Elle peut avoir le malheur de perdre ou son respectable protecteur, ou quelqu'une des personnes augustes qui tiennent de près au trône ; dans ces tristes circonstances , elle doit à leur cendre un tribut d'éloge et de douleur à la face des autels ; il serait indécent et honteux pour elle de garder le silence , dans un moment oii toutes les chaires retentissent de ces noms révérés; il ne le serait pas moins que l'Académie fût obligée d'aller chercher hors de soa seiu un interprète de ses sentimens pour les protecteurs qu'elle a perdus. Elle a donc besoin de trouver, parmi seis propres mem» bres , cet interprète éloquent. Des raisons très-sages ne lui per^ mettent pas d'admettre des orateurs liés par des vœux k une société religieuse ; les prélats , d'ailleurs très-respectables , qu'elle renferme , souvent occupés d'affaires importantes, et quelquefois peiî exercés à l'art de la paroIe,ne sont pas toujours assezpropres ouassez prêts à seconder ses vues et son zèle. Il est donc nécessaire qu'elle s'assure un prédicateur d'un mérite reconnu et distingué , capable d'acquitter dans l'occasion ce qu'elle doit à la mémoire de ses bienfaiteurs , et de répondre à l'attente de la nation , qui , dans ce^ momens , a les yeux sur elle. La compagnie avait dans l'abbé de Roquette un orateur tel qu'elle pouvait le désirer pour cet objet, et tel que les circonstances pouvaient alors le lui fournir. Elle en possède un aujourd'hui (l'abbé de Boismont), que le siècle précédent aurait pu envier au nôtre ; qui , dans son orai* son funèbre du dauphin , de I9 reine , du roi , et de l'impératrice et reine de Hongrie , a rempli nos justes espérances, et a laissé bien loin derrière lui tous ses concurrens ; qui a répandu dans ces quatre ouvrages des traits d'une éloquence sublime , dont Bossuet se serait fait honneur , et des traits d'une sensibilité touchante et simple, que Massillon n'aurait pas désavoués (2).
NOTES
(1) v^iTTB épigramme de M. de Harki sur TéTêque d*Autun est bien supérieure à one réponse du même genre , que lit D^court au P. de La Roe^ dont il arait été le disciple. Ce jésuite reprochait à son élère Me s'être (ait comédien : Mon père, lui répondit Dancourt , ne nous fai^ sons point de reproche Vun à Vautre ; je suis comédien du roi, vous êtes comédien du pape , ia différence n'est que dans*le genre. Le" root de Danooort n était qu'une ii^ure indécente. Celui de M^ de Harlai est me plaisanterie fine et de bon goût.
Ce naême évêque d'Autun , si grand hypocrite , prêchait un jour dans régkse des jésuites le panégyrique de S. Ignace leur fondateur. Tout4 la mosiqQe de TOpéra était à cette cérémonie pour y chanter solennel* lement Toffioe du saint patron de la société. Les jésuites , dit en sortant un des auditeurs , viennent de nous donner deux spectacles en un même jour , /^opéra et le Tartufe.
Yoicâ un trait d'adubtion de ce méprisaUe abbé de Roquette , .que rq>porte Fabbé de Choisy dans ses mémoires , et qui est remarquable par Texcés de la bassesse et de la bêtise tout à la' fois. Un soir que .le prince de Conti , qui était contrefait ,. s'était masqué malgré Fabbé de Gosnac '... qui s'était enhardi à lui dire que de 1^ taille dont il était , il était impossible qu'il se masquât sans être connu ; Fabbé de Roquefte entra dans sa chambre comme il était près d'en sortir avec ceux qu'il avait mis de la partie ; et cet abbé s'adressânt au prince ^ comme s'il eût cm parler à M. de Yardes , qui était de la plus belle figure : Monsieur, lui dit-il , monlrez-moi son altesse; et puis se retirant du coté de Fabbé de Çosnac : Monsieur, continua-t-iL dites-moi lequel de ces masques est Monseigneur? L'abbé de Cosnac impatiente lui dit assez haut pour que le prince l'entendît : Jilez ^ monsieur de Hoquette , vous devriez mourir de honte ; et quand son altesse Jait une mascarade pour se divertir, elle sait bien qi^e la taille de M, de Fardas' et la sienne sont différentes... Ce discours de Fabbé de Cosnac.fut la source de la haine que lui et M. d'Autun ont depuis conservée Fun |>oui^ Faotre et qui fit faire à Guilleragues , ami de Fabt>é à^ Cosnac , les mémoires sur lesquels Molière a fait depuis la comédie du. Faux Dçvo^
Une fausseté si absurde à l'égard des horaoïes ne laissait smfpn dotrtc:, sur celle de Fabbé de Roquette dans sa dévotion , et on aiu*att pu lui Sre , comme à tant d'autres hypocrites de jios jours : A ^uicroyez-i/çus en imposer ? , ^
(2) Parmi plusieurs morceaux de Féloqucncç^la jjlus sublime ou la l^us touchante, que nous pouj^ons citer dai^ ces beacrx «.discours de
■ Depuis éréifac de Valence et archevêque d^Aix. ( Voyc^ les noCes sur Tcloge de i^abbé de Choisy. )
5o NOTES SUR L'ÉLOGE
l'abbë de Boismont , nous rapporterons les deux sulyans lîr^ de Toraison funèbre du dauphin. Dans le premier qui nous paraît digne de Bossuet, Torafeur , après avoir peint de la manière la plus pathétique les rœux de la nation pour la vie de ce prince , s'écrie :
« Vœux inutiles ! peuple présomptueux dans ta douleur , peuple qui » ne niérile rien , et qui ose tout espérer!... Tes propres iniquités se n -sont placées çntre le ciel et toi , comme on nuage d^airain , pour A repousser tes cris et ta prière : Opposuisti tibi nubem , ut non tnmseai » oratio... En efiet , messieurs , le mal devient extrême , et livre bien- M t^t ononseigneur le dauphin aux derniers secours de la rdigion. Ce » joqr d^ pleurs et d'effroi , dont l'appareil étonna Tâine la plus ferme , » attendrit la plus insensible , déchira la mieux préparée, fut le jour » ^e TOtre majesté, seigneur! In Ula die exallabitur Deus solus» «n 0 roi éternel , qui voyez tous les rois s'écouler devant tous avec le » torrent des âges , que vous étiez grand dans ce moment terrible ! » Tout s'abaissa sous vos pieds , trône , sceptre , dignité , puissance ; 9 tous les rangs , tous les degrés disparurent , toute lumière s'édipsà » devant ces lugubres flambeaux , qui n'éclairèrent alors que la fai- » blesse, rhumiliation , le néant; et dans ce palais, tout plein de la » gloire humaine , il ne resta que vous et la yictime. In Ula die exal^ 9 labitur Deus solus. »
Dans le second morceau, oà l'on retrouve la sensibilité, la philosophie et les gi^âces sihiples de Massillon , l'orateur s'exprime ainsi :
a La •vanité ne réclame rien dans ce triste éloge ; on ne Tons offre » point de ^rapeaux déchirés , de trophées sanglans , de rivaux humi* » liés , de provinces conquises ; la victoire éplorée ne gémit potn^ , lu 9* renommée se tait , la vertu pleure ici toute seule ; elle pleure un 9 prince de trente-six aqs , qui ne connut qu'elle. »
A ces deux morceaux nous joindrons encore le suivant , tiré de l'oraison funèbre de la reine , par le même académicien , et dans lequel Bossuet et Massillon nou^ paraissent se réunir.^
« La nabsance d*un piince n'est aux yeux de la reine qu'un engage*
fe ment et un devoir de plus EUe ne le forme pas au grand art de
9 r^[ner ; hélas ! n le ciel le permet , les exemples de son sang l'instruijit. ront assez. IVlais elle lui apprend qu'au pied du trâne, et bien plus I) cncorç , loin du trône même , sont ses iVères ; qu'il appartient à ce » paune , à ce malheureiïx , dont il n'entend pas les cris ; que les 9 hommage» 1^ pUis flatteurs sont ceux de la misère reconnaissante ; 9 et que les fouronn^ de réternité seront le prix des larmes qu'il )> aura es^u^ées sur U teve... G prince ' ! sur qui nos regards s'ar- 9 rétcnt ai^ nnè esp^anœ si tendre , vous ne recevrez plus ces tou- 9 chantes lecoTis. Çèrc «.Bière , aïeule , |put est enseveli dans le silence » de la mort ; majs Vesprit qui les anima vous parle du fond de leurs
■ * Louis XVI, alors dauphin.
DE ROQUETTE. 5i
» tombes entassées ; une voix respectable etierrible tous crie : €onso~ » lez la terre qui a les yeux sur vous , et regardez le ciel ifui vous
L^oraisoQ funèbre de Louis XY, prononcée par le même orateur , o&e encore un plus grand nombre de traits d'éloquence , de sensibilité , de cette finesse même qui sait toucher légèrement et avec adresse des cordes délicates et difficiles. Nous en citerons quelques morceaux ^ >?ec beaucoup de regret de ne pouvoir en citer im plus grand nombre ; fl faudrait transcrire presque en entier ce discours, pour en faire fflnmafrrc toutes les beauté».
c A celte époque, messieurs (Vépoque du ministère du cardinal 9e Flenry) , on rit sur la terre un peuple heureux tout à la fois «t res* pocté ; et ce peuple était celui que Louis XIV avait comme enseveli dans «es triomphes , peuple détesté de TÈurope coojuviée , déshonoré à Hocbslet, humilié à Gertruidenberg , consterné, fuyant des rives da Rhin jusqu'à celles de TEscaut , rassuré à peine k Denain par rhenrenz génie de Yillars , traînant , après la paix d'Utrecht , les débris d'une puissance que Fenvie ne daignait plus remarquer , sans oommerce , sans vaisseaux , sans crédit... Un homme est choisi pour raniiBer ce peuple abattu. Louis dit au cardinal de Fleury , comme antrefois le Seigneur Dieu au prophète Eîéchiel : Insuffla super ù^erfèetos istos , ut reviviscant (Soufflez sur ces morts, afin qu^ils revivent). Tout à coup un esprit de vie coule dans ces ossemens arides et dessédiés; un mouvement doux, mais^uissant, se comnnmiqne à tous les membres de ce grand corps épuisé ; toutes Tes polies de TËtat se rapprochent et se balancent : Et accesserunt ossa ad os sa , unum quodque ad junetùram suam. L'harmonie se ^ rëCafalit , la confiance renaît , etc. » ' * » "
Rien n'est plus heureux et plus éloquent que^l'upplication dt ce passage de l'Ecriture. C'est ainsi qu'il faut la faire parler dans ' une oraison funèbre, et non pas y entasser, sans choix et sans génie, comme ont fait tant d'autres orateurs^ des milliers de passages <les livres saints : les uns applicables à cei)t autres sujets , les autres appliqués an aorjel d'une manière froide et triviale.
Dans le morceau suivant , l'orateur fait sentir avec d'autant plus d'adresse les reproches q^'on. peut faire au cardinal de Fleury , qi^ a eu Tart de donner à ces reproches la forme de l'éloge...
respectable , je n'ins(|}te point à votft repos ; je sa^ que vous devons ces jours paisibles et billlans que je cetrace ; mais » qo'il me soit perrab de le dire , en Conservant dans votre auguste • élève cet esprit de modération *t de réserve , si vous aviez excité ces M flammes généreuses , ce noble sentllnent de ses forces ^.qu*il méritait » si bien de prendi-e ; si vous iuj aviez appris à ne ]>as se séparer de sa » nation , à la méditer , cette, nation ^^i se donne toulcs les cliauics
52 NOTES SUR UÈLOGE
» qu'on Dc lui montre pas , qui supplée par le .dévouement tout le » pouvoir qu'on ne lui fait pas sentir , qu'il serait honteux d'opprimer y 9 parce qu'on est toujours sûr de la séduire ; si en lui peignant tous les » kommes faux et trompeurs , vous lui eussiez dit que le seul homme 3» de son Empire dont il ne devait pas se défier était lui-même , nous » jouirions encore de la sagesse et de la pureté de vos conseils. H yons a » manqué une ambition dont la France vous eût fait un mérite, celle de' » vous survivre par l'impulsion que vous pouviez donner à l'âme de son » roi : hélas ! votre ministère a péri avec vous. »
Voici un autre moiceau , plein d'éloquence et de finesse tout à la fois , 6«r le caractère , les vertus et les fautes de Louis XY .
« Hélas ! messieurs , par quelle fatalité Louis XY a-i-il exagéré sur le 39 trône deuK vertus si étrangères au trône, lanwdesUe et la défiance de » soi-même ? Etions-nous donc réservés à déplorer dans ce monarque ce » qu'on ne peut trop louer dans les rois? Mais c'est dans le malheur » qu'il sied bien d'être juste. Distinguons les traits de la lumière au » milieu dfts ombres qui l'affiûblissent... Otez ce poids qui l'entraînait ^ irrésistiblement vers la condescendance , l'âme élevée se montrera 39 partoat. A Fontenoj , lorsque tout chancelé , il observera que la 3» redoute d'Anthoin , vainement attaquée , laisse l'espoir de la victoire , 3» et il soutiendra seul son armée par ce coup d'œil digne des Gondé et 39 des Turenne : voilà le général^.. A Bruges , à l'aspect des mausolées 39 de Charles le Hardi, et de Marie de Bourgogne , il s'écriera : Cesi y» Jà le berceau de*toutes nos guerres ; pensée rapide et profonde : » voilà le philosophe. A Versailles , la marche tortueuse de la poli- 3» tique jettef a de l'incertitude et de l'obscurité sur un traité de paix ; ji » ilje réformera seul , et tous les nuages seront dissipés : voilà l'homme 3» d'Êttft.\ . Je ne craindrai pas de le dire : Louis XY, avec iies principes, 39 était plus près de la véritable grandeur , que Louis XIY avec ses » t^ns. Celui-oi fût le héros de la fortune ; celui-là prouve qu'un roi 39 juAe peut se passer d'elle. L'un ne pouvait être arrêté , et la vanité » i'égara ; l'autre méritait d'être soutenu , et sa droiture en eut fait un 31 grand roi : c'est à ce titre qu'il mente nos hommages. »
<• "On trouvera des beautés du même genre dans 'cet endroit de la
seconde partie.
« Une vertu dont l'audace et le crime ont abusé , n'a-t-elle donc
» p|us de droit à nos éloges? Quelle voix s'élèvera pour inculper la
» bonté de Louis ? sera-ce celle de jta religion , dont il respecta toujours
39 les conseik et les privilèges ? celle de ses courtisans , qu'il combla de
39 faveurs , à qui il ne montra jamais que la tristesse obligeante de ces
» refus involontaires qui valent des'^grâces ? celle de ses soldats, qui
1» le vîrei^ p)eui*ant jur 1^ lauriers de Fontenoy , parcourant les hôpi-
» laïuc , consolant les blessés , s'écriaot au milieu de ces tristes victimes
39 de la victoire : Afiglais , Français, ennemis , sujets , que tous soient
» paiement traités , ils sont tou^ des hommes ? Sei^-ce celle du » peuple ? Non , monarqae bien aimé et digne de Tétre , il ne troublera 9 point Tos mânes augustes.». Gémissant, il ne tous nommait poiftt » dans ies larmes , le cri de sa misère ne tous accusa jamais*; cMtait » pour TOUS qu^il avait inventé ce soupir que Toppression lui arracha : » Ah ! si le roi le sapait.. . Votre cendre lui sera aussi précieuse, que » votre nom lui a été cher. »
BAais le morceau le plus sublime peut-être de cette éloquente oraison funèbre est celui où Tabbé de Boismont peint la dernière maladie du roi, et les drconstahces dont sa mort fut accompagnée.
« La vérité est donc bien étrangère au trône , puisqu'elle n*en approche pas dans les momens même où tout fuit, où il ne resté qo^^e... Tdle est la destmée de Louis dans ces cruels instans.' Le mystèfe Venvironne , rien ne lui désigne le poison qui le dévore ; la cour , la capitale retentit de Faccablante nouvelle ; Tétonnement , la terreur , une multitude de vobc la répète ; el la vérité n'en trouve pas one pour porter ce triste secret à Toreille du prince... Eh I ^nalheureoz politiques, vous vous méprenez; ce n'çst pas un trône', c*est un lit de mort que vous assiégez ; tots vos déguisemens , tous vo^turtifices sont perdus... Mais vous êtes, dans ce moment, les ministres d un juf^ement terriUe. Telles sont les justes rigueurs de la vérité sur les rois ; méconnue lorsqu'elle est imp<Mtune , elle fuit qumd çUè devient nécessaire... »
Plus bas , l'orateur , après avoir trac4le tableau touchant du repentir du roi , et de la miséricorde divine qui le copsole et le rassure ," ^oute avec la sensibilité la plus profonde :
« Cependaàt , que de rigueurs au milieu de tant de gf âces ! Tremblez , vous que cette indulgence pourrait précipiter dans la'prâomp^ tion ; é*est au ogsor de ce prince malheureux ^e Tibilexible justice a frappé. Ce cosur sensibla^élait coupal^le ; ce coeur sensible* est, la victime à laquéUe la vengeance s'attadte ; elle lui laisse tous les bé-> soins de sa tendresse , et lui en rarit presque tous les objets ; le mal qui s'accroît pèse sur tous les mouvemens de ce cœur déchiré , et les enchahie sans les d'étruire. L'amitié , la piété filiale , veitfent en vain autour de lui ; ili la piété filiale , ni l'amitié n'auront un soupir. Cet af&issement de toutes 4ts puissances, cette présence ^e sa raison , qui lui frit sentii* la douceur d'expirer du moins dans les embrassemens de ses petits-fils , et Tafllreuse nécessité de les écarter ; (pidle pénitence! Il mourra, el il n'it point encore ouvert le sano* tuaire de l*Et&t S son successeur ; il laisse ^ gnindes plaies et de jeunes mams pour les fermer ; il emporte avec lui ces lefans , ces regrets , ces çonseib , que l'éloquence ^tt dernier moment iiend si pénéirans et si r«pectables; ilmomTa, et les ora,cles>wde'sa mort seront perdus comme les demieft exemptes dç s«t vie : qudle péni« tcncc ! n
Nous pe crfiignons point de k dire ; il ne manque A ce discoui*s que d*étre moins moderne , poor être mis par la voix publique à côté de ce <^e nom avons de plus éloquent en ce genre ; et quand le genre même Tiendrait un jour k être proscrit par la sévérité philosophique de nos neveux ; quand cette postérité , devenue inflexible et austère , ne voudrait plus entendre dans k chaire de vérité^ que k vérité toute nue et sans apprêt , elle donnera toujours des éloges k Toraleur qui , dans ce sujet épineux et glissant , et dans un temps où il notait pas permis k la vérité de se présenter sans voile , a su la faire parler avec une délicatesse si noble , et une éloquence si touchante.
L^abbé de Bpisinont a encore ajouté ,Vil est possible , à sa réputation , par son éloquente oraison funèbre de Timpératrice reine de Hongrie , et par k sermon touchant qu'il a prononcé en 178a sur réteUissement d'une maison de charité eu faveur des pativres miHtatres et des pauvres ecclésiastiques. Pour ne point donner à cet article trop d'étendue , nous nous contenterons de citer le beau portrait du roi de Prusse , dans k premier discours, et celui du curé de campagtie dazs le second, sans prétendre nëanmokis préférer ces deux morceaux à beaucoup d^autres qui ne sont pas moins dignes d'élogea. Ceux de nos lecteurs qui pourraient trouver ici ua ti'Off'grand nombre de citations étrangères , aelon eux , à Thistoire de l'Académie , upus les pardonneront sans doute , s'ils pensent oonune noiis } que des traits d'une.éloquence si di^jtinguée , ouvrage <J'un membre de cette tofnpaguie , sont le plus bel ornement de cette histoire.
Portrait du roi de Prusse*
« Â.U -milieu de cette foule d'ennemis tnomphans , considérez le lion » du Nord qui s^évefllei; aes regards ardens semblent dévorer la proie » que la fortune Kii marque : géliie impatient de s'of&ir à k renom- <» mée, WiAe,' pénétrant , exalté par le malheur et par ces pressenti- » mens secrets qui dévouent impérieusement 'à la gloire cerlainfl êtres » j)riiÂlégiés qu'elle a chj^isis , je lé vois se précipiter sur ce théAtre » sanglant , avec une puissance, mûrie par de longues «o^inaisona , et » des talens agrandie par la réflaxion et k prévoyance; «oUat et gêné- » rai , conquérant et politique, ministre iCt roi , ne connaissant d'autre » iastoque celui d'une milice nombreuse , seule magniEceoCe digne d'un 9 trdne fondé par les armes. Je le vois , aussi rapide que mesuré 4ana M ses jnouvemens , unir la force de la A sctpliae k k force de l^xemple , m communiquer k tout ce qui l'approche cette vigueur , cette flamme 9 incoiinue au reste de» hommes , que k nature avait cachée dans son » siin ; marcher à d'utiles trfDmphe&s diriger lui-même avec art tous » les coups qu'il porte ^ attaquer ce toonc chancelaiit sur lequel A&uie- » Thérèse est appuyée , en détacher brusquement les rame^mx les plus » féconds ; et s'élevant bientôt 'au-ikisus de l'art même par k fermeté » de oe coup d'œil que rien ne trouble , montrer déjà k secret de ses » ressouifoes qui doivent étonner la victoire même , et tromper k for- » tune , lorsqu'elle lui sera contraire
» Il vil , ce béros que l'art de yaincre rendit si redoutable , et que le seul art de régner , qu'il n'a pas moins connu , pouvait rendre si célèbre. Je vois partout ses lauriers mêlés aux palmes de Marie- Thérèse. Biais n'attendez pas, messieurs, que je vous raconte celle suite de combats dont frémissait rhuroanilé ; ma voix n'est, point destinée à ces récits : ce que je dois vous faire observer, c'est le nouveau genre de force et de courage que Marie-Thérèse oppose à ce noovcao choc. L'inévitable Frédéric est partout , prévoit tout , répare tant y trouve le triompbe où ses généraux n'aperçoivent que Thumihatioii et le désespoir. C'est la foudre qui sillonne lair d'un pâle à l'sfitre, et porte en tous lieux le ravage et l'effroi. Marie^Thérèse ,immobile an fond de son paliAs , prévient , déconcerte , arrête tous les mcniveroeus d'un ennemi qui semble se multTpber et se reproduire : c'est une colonne majestueuse , qui soutient seule un édifice immense , dont quelques morceaux détachés par la ^violence des secousses , n'ébranlent pomt la solidité. Le malheur et la gloire sont pvtagés. » • " ^ '
Portrait du curé de campagne. ^'
a Transportons-nous dans les campagnes , voyons la iiii:K;ru dans son » domaine ; qu'aperce vons-notfs dans ees hajueaux con fuser Acnt épara/ a une solitude momc , une nature tiisfc et languissanf^ , 9cs toits déla- » brés , des nftbons de boue , où la lumiire semble ne pénctrcr' qu'à s r^et ; partout la disette et le besoin sous les formes les plus hideuses » et les plus dégoûtantes...
» Ah ! du moins dans ces temples rustiques , décorés par 1;^ seule » présence de la divinité qui les remplit , ces cœurs désolés irouveUf des » frères, des malheureux qui leur ressemblent!... Que dis-je ! ils X troavetft plus , ils y trouvent un père. Ce pasteur sur lequel la poli- » tique peut-être oe daigne pas abaisser ses regards , ca ministre relé- » gué dans la poussière ^t l'obscurité d«s campagnes , voilà Uhomme de » Dieu qui les éclaire , et l'homme de l'Etat qui les calme ; sinqile comme » eux , pauvre avec eux , parce que son nécessaire mé^^ie devient leur » patrimoine , il les élève au-dessus de l'empire du temps « pour ne leur » laisser ni le désy* de ses trompeuses promesses , Tii le regret Je ses » fragiles féUcil^ ; à sa TOix ^ d'Autres ci^x^ d'autres trésor» sk>uvngnt » pour eux; è^ sa iFvix, ib cQprent en fbule au^ pieds de œ dfeu quf » compte leurs larmes, «ce dieu, leur é^mcl héritage, qui doit les 3i venger de celte exhérédation civile à laquelle une providence qu'on -» leur apprend ù bénir les a dévoués. Les subsides , les impotf^ les lois 3» fiscales , les élémens même , fatiguent leur triste existence ; dociles « à cette voix paternelle qui les rassemble , qui les ranime , ils tolèretit , B ils supportent , ils oublient tout ; je ne sais quelle onctiou puissante » s'échappe de nos tabernacles ; le sentiment toujours actif de cette autre M %ie qui les attend , adoucit toutes les amertumes de la vie présente : » ah ! la foi n*a point de malheureux ! ces mystères de miséricorde dont
56 NOl'ES SUR L'ÉLOGE DE ROQUETTE.
» on les eDreloppe , ces ombres , ces figures , ce traité de protection et » de paix qui se renouvelle dans la prière publique entre le ciel et lat a terre, tout les remue, tout les attendrit dans nos temples; ils gé~ il missent , mais ils espèrent , et ils en sortent consolés.
» Cp n*est pas tout. Garant des promesses divines , ce pasteur , cet » ange tutélaire les réalise en quelque sorte dès cette vie, par les secours» . », par les soins les plus généreux , les plus constans. Je dis les soins , et » peut-^lre ,• hommes superbes , n^avez-vous jamais bien compris lat n force ^t retendue de cette expression. Peignez-vous les ravages d'un » mal épidëraique , ou plutôt placez-#ous dans ces cabanes infectes , - ^ habitées par la mort seule , incertaine sur le choix de ses victimes : » hélas ! rpbjet le moins affireux qui frappe vos regards , est Le mourant » lui-même ;'épou^e , enfans , tout ce qui Tenvironne semble être sorti » du cercueil pour y rentrer péle-méle avec lui : si Thorreur du der— » nier moment est si pénétrante au milieu des pompes de la vanité , 3» sous lé dais de Topulenoe qui couvre encore de son faste Torgueil- » Ifcuse proie que la mort lui Wrache , quelle impression doit-eUe pro->. n duire da^s des lieux où toutes les misères et toutes les horreurs sont » ra&semblées ! voilà ce que bravent le zèle et le courage pastoral. La j» nature , Tamitié , les ressources de Tart , le ministre de la religion » remplace tout ; seul au milieu des gémissemens et des pleurs , livré 3»* lui-mèmç à Ta^vité du poison^qui dévore tout à ses yeux, il Taffiôblit, » il le détourne ; ce qu'il ne peut sauver , il le console , il le porte » jusque dantr le sein de Dieu ; iiuls témoins , nuls spectateurs , rien ne » le soutient , ni la gloire, ni le préjugé , ni Tamour de la renommée « » ces arandes faiblesses de la nature , auxquelles on doit tant de vertus. » Son âme , 5es principes , le del qui Tobserve , voilà sa force et sa » r^mpense. L'Etat , cet higrat qu'il faut plaindre et servir , ne le ji connaît pas ; s'occupe-t-il , hélas ! d'un citoyen utile qui n'a d'autre » mérite que celui 4e vivre dans l'habitude d'un héroïsme ignoré ' ? »
* l^oA Moyons devoir nous p^snettre ici une gbtervatioii. A la mort de Louis XIV f r Académie ne fit point faire d^oraison funèbre ; mais La Motte prononça f danf une séance puÛique, IVloge dn premier roi protectenr. Dana d^Autres ch-consisnces , TAcadcmie^vait préfe're' tantôt Une Qrsfisau- funèbre , taot^i an clogc, cspè9 dibanumige qui peut être plus convenable h un corps l^'uremeat liiteraictf , qui doit parler plutôt au nom de la liaison qu*an nom de Diaa. D^illenrt , en te rctfcrjant la liberté de choisir entre œs deux genres , TAcadémiç s^atftore Tavantage d'avoir à choisir entre un pins grand nombre de talens , et celui de n'être pas condamnée ^ la monotonie 'd^ un genre nécessairement Crèft-borné, et souvent exposée à douner au public des tours de forcQ au lieu de bons oi^rages.