ÉLOGE DE MALET
\J H ne lai Toit d'autre titre académique qu'un prix de vers qu'il avait remporté ; encore la lecture de sa pièce donne-t-elle lieu de croire qu'il n'eut pas à vaincre des concurrens bien redoutables : ce fut pourtant cptte victoire faible et unique qui lui valut les honneurs littéraires. On doit supposer, pour la justification des académiciens qui l'adoptèrent alors, ou qu'en ce moment les grands talens étaient rares , et que la compagnie trouvait aussi peu de bons écrivains k recevoir , que de bons poètes à couronner , ou que des raisons particulières empêchaient les talens distingués de se mettre sur le& rangs, ou enfin. que des motifs plus puissans encore ne permettaient pas à l'Académie d'aller au-devant du mérite : car pourquoi ne viendrait*eHe pas ,. quand rien ne s'y oppose , chercher d'^elle«-méme le génie modeste ? Quoi qu'il en soit , l'ode de M. Malet , car c'était une ode comme beaucoup d'autres * , fut envoyée à la reine Anne
' Jean-Roland Malel , gentilhomme ordinaire do roi , reçu le 39 décembre I7<4» ^ 1' place de Jacquet Tourreil^ mort le la arril 1736.
* L'Académie ne se croyait pks alors obligée dMtre fort difficile sur les onvragct qa^on lui envoyait pour le prix; témoin le malheur qu'elle eot. Tannée même de la réception de M. Malet, de couronner de mauvais vert de Pabbé du Jarry, qui arait Voltaire pour concurrent. Voici les premiers vers de la pièce , dont le sujet était le chœur de Notre-Dame ^ commencé par Louis Xlll , «f achevé par LouU XI F".
flnfin le jour paraît où le saint tabernacle D'ornement enrichi nous offre un beau spectacle. La mort ravit nn roi plein d*nn projet si beau , elc.
D dut avouer, au reste» que quand on propose de pareil* snjctf, on ne doit guère s'attendre à de meilleurs vers. 5i les pièces de vers que l'Académie couronne au|ourd1]ui ne sont pas
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d'Angleterre , qui venait de donner la paix k la France, et que le poète avait décorée du nom de Minerve, La reine parla , diton y avec tuhniration de cette ode ; eîle s'y crut obligée , apparemment pour rendre à M. Malet les louanges dont il l'avait comblée. Le suffrage était néanmoins plus brillant que flatteur de la partS'une princesse étrangère, qui sans doute ne se piquait pas de se connaître parfaitement en vers français. Mais elle joignit à ce suffrage une marque de satisfaction plus réelle : elle envoya au poëte une médaille d'or y qui dut augmenter beaucoup à ses yeux le prix de celle que l'Académie lui avait donnée. Ce présent n'était pas si magnifique que celui de. Marie-Sluart , reine d'Ecosse, au poëte Ronsard, à qui elle donna un buffet de deux mille écus , surmonté d'nn Parnasse , au haut duquel était un Pf g2»e avec ce mauvais vers .*
A Ronsard , l'Apollon de la source des Mases.
Mais ce Ronsard , dont le siècle suivant a fait justice , était le dieu du sien ; et M. Malet , qui y'àspirait ni k tant de gloire , ni à de si beaux dons , se contenta modestement de la récompense qu'il avait reçue.
Dans ces circonstances, M. de Tourreil étant venu h mourir , ^elques académiciens qui peut-être avaient besoin de se rendre favorable M. Desmarets , contrôleur-général des finances , allèrent lui proposer la place vacante. Cette démarche semble être nne nouvelle preuve de ce que nous venons d'insinuer, qu'il n'y avait point alors d'honmies de lettres sur qui la compagnie pût décemment jeter les yeux pour l'adopter parmi tes membres. Nous •Oserons assurer néanmoins , malgré cette disette réelle ou sup^ posée , que les ac^déifliciens dont nons parlons firent une telle sollicitation sans l'aveu de la compagnie ; elle a pu désirer ,* il est vrai, dans des temps de stérilité, de voir occuper ses fauteuils par des hommes en place , au défaut de bons écrivains , à condition pourtant que ces hommes en plaqp aimeraient au moins les lettres , s'ils n'avaient pas le lemp»ou le talent de les cultiver; mais nous ne craignons point d'avancer que l'Académie en corps n'a jamais été au-devant d'eux , et que le désir des candidats les plus distingués par leur rang a toujours prévenu son choix.
Quoi qu'il en soit , le contrôleur-général , qui se connaissail mieux en détail d'administration qu'en éloquence et en poésie , mais qui du moins n'avait pas le ridicule de vouloir paraître ce
toutes d^un égal mcrîtc, elles sont an moins, quoi quV'n disent la bainc et Tcnvie, bien supérieures aux anciennes. On peut observer, en passant, que cet abbé du Jarry, si malbcorcux et si décrie coiunie poète, ciait un prédicateur Irès-csliiuc de sou temps , et liéâ-oublic du n<Urc.