ÉLOGE DU DUC D'ESTRÉES
OON éloge se trouve dans l'histoire de rAcadémie des belles* lettres j dont il était membre. Mais on y a omis un trait qui fait le plus grand honneur à sa mémoire, et que nous avons rapporté dans réloge de Montesquieu * ; c'est le courage avec lequel le maréchal d'Ëstrées défendit et soutint cet illustre ami , en balte t à une cabale sourde et puissante, qui, en voulant lui fermer lés portes de l'Académie Française , travaillait bien plus contre la compagnie que contre ce philosophe célèbre. Puissent l'Académie et les lettres éprouver souvent les effets d'un pareil courage ! Nous en avons des exemples récens, consignés avec reconnaissance dans nos registres/ Nous avons vu deux de nos plus respectables académiciens , le duc de Nivemois et le prince de Beauveau, défendre avec succès auprès du feu roi, deux hosimes de lettres, contre lesquels on lui avait inspiré des préventions peu favorables, dont ce prince reconnut bientôt l'injustice (i). Néanmoins , en applaudissant à des démarches si nobles et si dignes d'être imitées, nous ne voudrions pas assurer avec Voltaire, qu'il se trom^ra toujours en France, malgré la calfate et femne, des âmes nobles et éclairées qui sauront rendre justice aux ta^ lens.... (2). Quoiqu'il n'y ait guère d'homme puissant qu'on n'ait loué de son amour pour les lettres dans quelque épître dédicatoire , comme il n'y a guère de tyran qu'on, n'ait loué pour ses vertus , et de prince imbécile qu'on n'ait loué pour son génie , le nombre de ces prétendus amateurs des lettres est beaucoup moins grand qu'oà ne pense. La plupart ont été en effet très-
■ Victor-Marie d^Estrees, pair, marecbal et Tice-amîral de France, né à Paris, le 3o novembre 1660'; reçu le ^3 mars I7i5, à la place de César, cardinal d'Estrées; mort 1« 98 décembre 1737.
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indifférens au progrès des lomiëres; plusieurs y oiit nui, parce qu'ils le redoutaiem , disait si bien ENicl6s , comme les tolears de nuit redoutent les réyerbères ; plusieurs même ont haï les talens en feignant de les aimer (3). Le maréchal d'Estrées n'était pas de ce nombre. Il aimait les lettres en appai*ence et en effet , et son apologie au sage Montesquieu en est la preuve.
Après avoir rendu au courage Uttéraire de ce digile acadënû^ cien la justice que nous lui devons , il nous sera permît d'ajovter à tout ce qu'on sait de son courage militaire (4) 9 que ce cou* fage ne se bornait pas à braver la mort dans les combab , qu'il se montrait jusque dans les maladies les plus cruelles, et qu'il allait même jusqu'à la gaieté. Le maréchal d'Estrées se fit tailler de la pierre , et fut dans le plus grand danger. Un courtisan dont la vie était très -peu édifiante, mais qui joignait à des mœurs scandaleuses la dévotion d'une âme pusillanime , envoya savoir de ses nouvelles en ajoutant qu'il allait prier Dieu pour lui 9 Qu'il s^en garde bien, répondit le marédbal , ii gâterait tout. Ces sortes de traits ne méritent pas moins cTéire recueilKs dans la vie d'un grand capitaine , que tant d'autres traits de coto— muade et de parade si pompeusement étalés par les histôHéos. Cést 14 ce qu'on cherche et qu'on aime dans les vies de Plttlàrque , bien plus que des récits de sièges et dé batailles.
On fit sur les billets d'enterrementT du maréchal d'EsItéés la même omission dont nous avons déjà parlé à l'article du président de Mésmes ; on y oublia son titre d'académicien : sa respectable fanailte ne montra pas moins d'empressemetit à réparer cette faute, qu'en avait montré celle dé M. de Mesmes; elle assura l'Académie du regret qu'elle avait de l'omissioA d'un titre auquel le maréchal d'Estrées attachait un trhs^grand prix ; et les mines de cet illustre confrère, qui, de son vivant, atait dontté à la compagnie tant de marques d'attachement et d'estime , semblèrent encore nous dire après sa mort » Je suis toujours as^ec vous,
NOTES
(i] MèssibuIis Tabbë DeliOe et Suard ayant été ëliis nàr rAcadémie le 7 mai 177I , à la place de MM. Bignon et Dudos , le roi , prévenu contre ces deux hommes de lettres par des hommes qui ne rétaient guère n jugea à propos de refuser , ou plutôt de lUfiercr son consentement à cette élection. Mais bientôt , mieux informé et déU'onipé entièrement par le duc de Niremois et le prince de Bcauvehu , il rendit u