‹ Œuvres de d'Alembert (volume 2)Chapitre 20 sur 74 · DU DUC D'ESTRÉES · texte numérisé non relu

DU DUC D'ESTRÉES

i'Âeadënne , au bout de six semâmes , la liberté de les ëHre/M. Suard toulait marquer publiquement sa reconoaissaiice à ses d^euseurs , dans M>n discours de réception à TAcadémie ; leur modestie lut a fermé la bouche, et Ta forcé de renfermer ses sentimens au fond de son coeur. Nous acquittons ici, i la Térité bien faiblement, la dette qu*il n*a pu leur payer.

(2) YojeK la lettre de Voltaire au maréchal de Riehalieu, imprimée 4 k tête de la tragédie des Lois de Minoê. Cette lettre contient des traits renuutinables. « A qui appartient-il plus qa*à tous , dît ce céldbre

écriirain , d'être le soutien din gens de lettres ?... G*esl un deroir attaché à TOtre nom... Quelles autres mains ^pie les TÔtres sont faites pour écarter du trdne la calomnie qui s*eo rapprodie tetifours , quoique toujours chassée?... et quelle gloire serait-ce pour tous , dans un âge o rambttion est assouTie , et où les Tains phdnrs ont disparu comme un songe , d'être , dans un loisir honorable , le père de vos confrères? Tâme du grand Armand s*applaudirait alors plus que jamais d'aToir fondé FAcadémie Française. » Voltaire écriTait cette lettre en 1773 , un an aTant la mort du roi , et un an après Texclusion momentanée de MBL Delille et Suard , À laquelle on accusait quelques personnes de la cour d'aToir contribué par leurs délations.

(3) Quelque tristes que ces reflétions puissent être , et quelque utile qu^il fât de les présenter dans un plus grand détail , nous sommes bien éloignés de nous permettre ici aucune application, ne Toulant faire la satire ni des TÎvans ni des morts ; nous aTOuerons cependant que parmi les hommes de notre siècle qui ont été crus ou appelés Mécènes , nous en snrons connu deux , sans prétendre exclure les autres , qui ont vériUh' biemeni atmé les lettres^ et qui tous deux n'existent plus ; car nous ne Toulons , encore uue foû , nommer aucun TiTant , dans la crainte d'offenser , contre notre intention , ceux que nous ne nommerions pas. Ces deux hommes , dont La mémoire doit être chère aux lettres par l'intérêt réel qu'ils y ont pris , sont le chancelier d'Aguesseau et Turgot.

U ne manqua rien à Turgot de tout ce que les lettres peuvent désirer dans un homme en place ; lumières étendues , savoir profond , esprit supérieur , probité sévère , mépris des préjugés de toute espèce , zèle actif pour ravanceinent des connaissances en tout genre , surtout pour le progrès des lumières. Mais les lettres, la nation et l'humanité n*ont joui qu'un moment d'un homme si rare et si digne de tous leurs regrets.

Les talens , si souvent persécutés par la haine , sont trop souvent dans le cas de s^ppliquer le mot de Tacite : Per amicos oppressi (opprimés par leurs amis même); et la philosophie, tantôt vexée, tantôt mal servie , le plus souvent négligée , est presque toujours réduite à prendre pour sa devise cette triste maxime de la fable , ou plutôt de la raison et de l'expérience :

No t^attonds qa'à toi seul.

aoo NOTES SUR L'ÉLOGE DÛ DUC D'ESTRÉES.

(4) On peut voir dans Téloge du marédial d*Estrées (Histoire de PJcadémie des belies-ietlres ^ année 1737) le détail intéressant des exploits militaires de cet académiden ; détail qui n*est point de notre sujet , mais auquel nous ne prenons pas moins d'intérêt comme Français et citoyens. Le maréchal d'Éstrées était aussi de FAcadémie des sciences^ et nous sommes surpris de ne point trouver son éloge dans rhistoire de cette compagnie. Fontenelle , il est vrai , 8*est quelquefois dispensé de cette tÂche , mais pour des académiciens beaucoup moins louables que celui-ci. La mémoire du maréchal d'Estrées et Thistoire de rAcadémic ont presque également perdu & cette réticence. En eflfet , qud sujet plus digne de la plume du philosophe Fontenelle, que le taUeau qu'il avait à faire , dans le maréd^ d'Estrées , du courtisan noble et généreux, du guerrier brillant , et de ramateur éclairé des lettres !

Page 1