‹ Œuvres de d'Alembert (volume 2)Chapitre 39 sur 74 · ÉLOGE DE DU MARSAIS · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE DU MARSAIS

JLiA vie sédentaire et obscure de la plupart des gens de lettres o£fre pour l'ordinaire peu d'ëvënemens , surtout quand leur for^ tune n'a pas répondu à ce qu'ils avaient mérité par leurs travaux. Du Marsais a été de ce nombre ; il a vécu pauvre et presque ignoré dans le sein d'une patrie qu'il avait instruit^ : le détail de sa vie n'occupera donc dans cet éloge que la moindre place , et nous nous attacherons principalement à l'analyse raisonnée de ses ouvrages. Par là nous acquitterons , autant qu'il est en nous , les obligations que l'Encyclopédie et les lettres ont eues à ce philosophe ; nous devons d'autant plus d'honneur à sa mé* moire , que le sort lui en a plus refusé de son vivant , et l'histoire de ses écrits est le plus beau monument que nous puissions lui consacrer. Cette histoire remplira d^ailleurs le principal but que nous nous proposons dans nos éloges , d'en faire un objet d'ins-* truction pour nos lecteurs , et un recueil de mémoires sur l'état présent de la philosophie parmi nous.

César Chesnrau du Maksais ^ avocat au parlement de Paris ^ naquit à Marseille le 17 juillet 1676; il perdit son père au berceau , et resta entre les mains d'une mëre qui laissa dépérir la fortune de ses enfans par un désintéressement romanesque , sen-« timent louable dans son principe , estimable peut-être dans un philosophe isolé, mais blâmable dans un chef de famille. Le jeune du Marsais était d'autant plus à plaindre , qu'il avait aussi perdu en très-bas âge , et peu après la mort de son père f deux oncles d'un mérite distingué, dont l'un, P^icolasChesneau, savant médecin, est auteur de quelques ouvrages. Ces oncles lui avaient laissé une bibliothèque nombreuse et choisie, qui bientôt après leur mort fut vendue presque en entier à un prix très-modique. L'en faut qui n'avait pas encore atteint sa septième année, pleura beaucoup de cette perte , et cachait tous les livres qu'il pouvait sou^ traire. L'excès de son affliction eng^^gea sa mère à mettre à part quelques livres vrares , pour les lui réserver quand il serait en âge de les lire; mais ces livres même furent dissipés peu de temps après : il semblait que la fortune , après Vavoir privé, de son bien , cherchât encore à lui 6ter tous les moyens de s'ms-

truire.

L'ardeur et le talent se fortifièrent en lui par les obstacles ; il fit ses études avec succès chez^les pères de l'Oratoire de Marseille ; il entra même dans cette congrégation ^ une de celles qui ont le 3. 3i

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mieux culli? é les lettres, et la seule qui ait produit un philosophe célèbre , parce qu'on y est moins esclare que dans les autres , et moins obligé de penser comme ses supérieurs. Mais la liberté dont on y jouit n'était pas encore assez grande pour du Marsais. Il en sortit donc bientôt , vint à Paris à l'âge de vingt-cinq ans > s'y maria y et fui reçu avocat le lo janvier 1^04. Il s'attacha k un célèbre avocat au conseil , sous lequel il commençait à travailler avec succès. Des espérances trompeuses qa'on lui donna lui firent quitter celte profession. Il se trouva sans état et sans bien , chargé de famille , et, ce qui était encore plus triste pour lui , accablé de peines domestiques. L'humeur chagrine de sa femme , qui croyait avoir acquis par une, conduite sage le droit d'être insociable , fit repentir plusieurs fois notre p|iilosophe d'avoir pris un engagement indissoluble ; il r^rette à cettf occasion , dans un écrit trouvé après sa mort parmi ses papiers , que notre religion , si attenti\^e aux besoins de Thumcafdté , iCaii pas permis le divorce aux particuliers , comme elle Va quelquefois permis aux princes ; il déplore la condition de l'homme , qui jeté sur la terre au hasard , ignorant les malheurs , les passions et les dangers qui l'attendent , n'acquiert d'expérience que par ses fautes , et meurt sans avoir en le temps d'en profiter.

Du Marsais aimant mieux se priver du nécessaire que du repos , abandonna à sa femme le peu qu'il avait de bien , et par le conseil de ses amis entra chez le président de Maisons » pour veiller à l'éducation de son fils : c'est le même que Voltaire a célébré dans plusieurs endroits de ses œuvres , qui dès Vàge de vingt^sept ans fut reçu dans l'Académie des sciences et dont les connaissances et les lumières faisaient déjà beaucoup d'honneur à son maître lorsqu'il fut enlevé à la fleur de son âge.

Ce fut dans cette maison et à la prière du père de son élève , que du Marsais commença son ouvrage sur les libertés de l'Église gallicane , qu'il acheva ensuite pour le duc de La Feuillade ^ nommé par le roi à l'ambassade de Rome. Il était persuadé que tout Français doit connaître les principes de cette importante matière , généralement adoptés dans le premier âge du christianisme , obscurcis depuis par l'ignorance et la superstition , et que l'Église de France a eu le bonheur de conserver presque seule. Mais cet objet qui nous intéresse de si près , est rarement bien connu de ceux même que leur devoir oblige de s^en occuper. Les savans écrits de MM. Pithou etDupuy sur nos libertés , un peu rebutans par la forme , sont trop peu lus cbet une nation qui compte pour rien le mérite d'instruire , quand il n'est pas accompagné d'agrément , et qui préfère l'ignorance de ses droits à l'ennui de les apprendre. Du Marsais, plein du désir

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d'être utile à sés concitoyens » entreprit de lear donner sur ce iojet un ouvrage précis et méthodique , asst» intéressant par les détails pour attacher la paresse même ; oii |a jurisprudence fût guidée par une philosophie lumineuse , et fût appuyée d'une érudition choisie » répandue sobrement et placée à propos. Tel fut le plan qu'il se forma , et qu'il a eiécuté avec succès , si * néanmoins , dans le siècle ou nous vivons , tant de science et de logique est nécessaire pour prouver que le souverain pontife peut se tromper comme un autre homme ; qne le chef d'une religion de paix et d'humilité ne peut dispenser ni les peuples de ce qu'ils doivent à leurs rois , ni les rois de ce qu'ils dt>ivent à leurs peuples; que tout usage qui va au détriment de l'État est injuste , ' quoique toléré ou même revêtu d'une autorité iipparente ; que le pouvoir des souverains est indépendant des pasteurs ; que les ecclésiastiques enfin doivent donner aux autres citoyens l'exemple de la soumission aux lois.

Le traité de du Marsais , sous le titre A* Exposition de la doc^ irine de F Église Mllictme par rapport aux prétentions de la cour de Rome , est divisé en deux parties. L'auteur établit dans (a première les principes généraux sur lesquels sont fondées les deux puissances , la spirituelle et la temporelle t dans la seconde il fait usage de ces principes pour fixer les bornes en pouvoir du pape , de l'Église et des évêques. Un petit nombre de maximes générales appuyées par la raison, par nos lois et pamos annales, et les conséquences qui résultent de ces maximes , font toute la «abstance de l'ouvrage.

Ceux qui croiront avoir besoin de recourir à Vhistoire eeclé^ siastique pour se prémunir contre l'infaillibilité qne les nltramontains attribuent , sans la croire , aux souverains pontifes , peuvent lire les preuves de la huitième maxime ç ils y verront S. Pierre repris par S. Paul , et reconnaissant ^'il »'était trompé ; le pape Eleuthère approuvant d'abord les prophéties des montanistes , qu'il proscrivit bientôt après ; Victor blâmé par S. Irénée pour avoir excommunié mal à propos les évêques d'Asie ; Libère souscrivant aux formules des ariens ; Honorius anathématisé , comme monothélite , an sixième concile général , et ses écrits brûlés ; Jean XXII an quatorzième siècle condamné -par la Sorbonne sur son opinion de la vision béatifique , ei obligé de se rétracter ; enfin le grand nombre de contraditions qui se trouvent dans les décisions des papes , et l'aveu même que plu*sieurs ont fait de ^'être pas infaillibles , dans on temps oia ûê n'avaient point d'intérêt k le soutenir. Les faits qui peuvent ■servir k combattre des prétentions d'un autre genre sont recueillit dans cet ouvrage avec le même choix et la même etactitude. On

y lit qne Grégoire VII, celui qui a le premier le?ë réieiid«fd de la rébellion contre les rois , se repentit en mourant de cette usurpation , et en demanda pardon à son prince et à toute TÉgUse ; que Ferdinand , si mal h propos nommé le pieux et si digne du nom de traître , enleva la Navarre à la maison de France , sur une simple bulle du pape Jules II ; que la cour de Rome , si on en croit nos jurisconsultes , a évité pour cette raison , autant qu'elle l'a pu , de donner à nos rois le titre de rots de NM^arre , omission , au reste , peu importante en elle-même , et que nos rois ont sans doute regardée comme indifférente à leur grandeur , le nom de rois de France étant le plus beau qu'ils puissent porter. Enfin du Marsais ajoute que les bulles de Sixte V et de Grégoire XIV contre Henri IV furent un des plus grands obstacles que trouva ce prince pour remonter sur le trône de ses pères. Il fait voir encore, ce qui n'est pas difficile, que l'absolution, réelle oii supposée , donnée à la nation française par le pape Zacharie , du serment defidélité qu'elle avait fait aux descendans de Clovis , ne dispensait point la nation de ce serment : d'on il s'ensuit que la race de Hugues Capet a pu légitimement recevoir de cette même nation une couronne que la race de Charlemagne avait enlevée aux héritiers légitimes.

Non-seulement, ajoute l'auteur, les papes n'ont aucun pouvoir sur les Empires , ils ne peuvent même , sans la permission des princes , rien recevoir des sujets , à quelque titre que ce puisse être. Jean XXII ayant entrepris de faire une levée d'argent sur notre clergé , Charles le Bel s'y opposa d'abord avec vigueur ; mais ensuite le pape lui ayant donné la dime des églises pendant deux ans , le roi , pour reconnaître cette condescendance par une autre, lui permit de lever l'argent qu'il voulait. Les chroniquesdeSaint^Denis, citées par du Marsais , racontent cette convention avec la simplicité de ces temps-là : « Le roi , disent- M elles , considérant donnes^en , je t'en donnerai, octroya an » pape de lever ; ainsi , sainte Eglise , quand fun luiiolie, foutre » Vécorche, »»

L'auteur prouve avec la même facilité , par le raisonnement et par l'histoire , les maximes qui ont rapport à la juridiction ecclésiastique des évêques, et qui font une partie si essentielle de nos libertés. Selon l'aveu d'un des plus saints pontifes de l'ancienne Église , les évêques ne tiennent pas feur autorité du pape, mais de Dieu même : ils n'ont donc pas besoin de recourir an saint-siége pour condamner des erreurs , ni , a pins forte raison , poar des points de discipline. Ils ont droit déjuger avant le pape «t après le pape ; ce n'a été qu'à l'occasion de l'affaire de Janseotns, en 1660, qu'ils se sont adressés k Eome, avant que de

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^prononcer eux-mêmes. L'usage des appellations au pape n'a jamais éié reçu en Orient , et ne l'a été que fort tard en Ceci-' dent. L'évéque de Rome n'ayant de juridiction immédiate que dans son diocèse , ne peut excommunier ni nos rois ni leurs sujets; ni mettre le royaume en interdit. Cest par les empereurs , et non par d'autres, que les premiers conciles généraux ont été convoqués ; et le pape même n'y a pas toujours assisté , soit en personne , soit par ses légats. Ces conciles ont besoin d'être autorisés , non par l'approbation du pape , mais par la puissance séculière , pour faire exécuter leurs lois. Enfin c'est aux rois à convoquer lesxonciles de leur nation et à les dissoudre.

Il faut, au reste , comme du Marsais l'observe après plusieurs écrivains , distinguer avec soin la cour de Rame , le pape et le saintsiége; on doit toujours conserver l'unité avec celui-ci, quoiqu'on puisse désapprouver les sentimens du pape et l'ambition de la cour de Rome. Il est triste , ajoùte-t-il ^ qu'en France même on n'ait pas toujours su feire cette distinction si essentielle, et que plusieurs ecclésiastiques , et surtout certains ordres religieux , soient encore secrètement attachés parmi nous a m sentimens ul tramon tains , qui ne sont pas même regardés comme de foi dans les pays d'inquisition.

Du Marsais dit à la fin de son livre , qu'il avait eu dessein â^j joindre une dissertation historique qui exposât par quels degrés les papes sont devenus souverains. Cette matière , aussi curieuse que délicate , était bien digne d'être traitée par un philosophe qui sans doute aurait su se garantir également du fiel et de la flatterie; en avouant le mal que quelques papes ont fait pour devenir princes, il n'aurait pas laissé ignorer le bien que plusieurs ont fait après qu'ils le sont devenus : aux entraves funestes que la philosophie a reçues par quelques constitutions apostoliques , il eût opposé la renaissance des arts en Europe , presque uniquement due à la magnificence et au goût des souverains pontifes. Il n'eût pas manqué d'observer qu'aucune liste demonarques ne présente, à nombre égal , autant d'hommes dignes de l'attention de la postérité. Enfin il se fût conformé sur cette matière à la manière de penser du public, qui, malgré sa malignité naturelle, est aujourd'hui trop éclairé sur la religion , pour faire servir d'argumens contre elle les scandales donnés par quelques chefs de l'Eglise. L'indifférence avec laquelle on* recevrait maintenant parmi nous une satire des papes, est nne suite heureuse et nécessaire des progrès de la philosophie dans ce siècle.

Nous savons et nous l'apprenons avec regret au public , que -dn Marsais se proposait encore de joindre à son ouvrage l'examen 'unpartial et pacifique d'une querelle importante , qui tient de

près il nos libertés , ei que Unt d'écrivains ont a^tée dans derniers temps avec plus de chaleur que de logique. L'auteur « en philosophe éclaire et en citoyen sage , avait réduit toute celle querelle aux questions suivantes , que nous nous bornerons sagement à énoncer , sans entreprendre de les résoudre : Si une so^ ciété (Thommes qui croit deiH)ir se goui^emer à certains égards par des lois indépendantes de la puissance temporelle, peut exiger que cette puissance concoure au maintien de ces lois ? Si dans les pays nombreux où F Eglise ne fait avec l'Etat quwi même corps ^ la liberté absolue que les ministres de la religion réclament dans Vextrcice de leur ministère , ne leur donnerais pas un droit qu'ils sont bien éloignés de prétendre sur les prwiléges et sur Vétat des citojrens? En cas que cet inconvénient (à% réel, quel parti les législateurs devraient prendre pour le prévenir : ou de mettre au pouvoir spirituel de TEglise des bornes qu'elle croira toujours devoir franchir, ce qui entretiendra dans l'Etat la division et le trouble ; ou de tracer entre les matières spirituelles et les matières civiles une ligne de séparation inve* riable? Si les principes du christianisme s'opposeraient à cette sépcuration j et si eUe ne 'produirait pas insensiblement et sans ^ort la tolérance civile , que la politique a conseiBée à tant de princes et à tant d'Etats ?

Telles étaient les questions que du Marsais se proposait d'examiner ; éloigné , comme il l'était , de tout fanatisme par son caractère , et de tout |Mré)ugé par ses réflexions , personne n'était plus en état de traiter cet important sujet avec la modération et l'équité qu'il exige. Mais comme ce n'est point par des livres qu'on ramène au vrai des esprits ulcérés ou prévenus , cette mo-^ déraUon et cette équité n'eussent peutnêtre servi qu'à l^i faire des ennemis puissans et implacables. Quoique les matières qu'il a discutées dans son ouvrage soient beaucoup moins délicates que celle-ci , quoiqu'ea traitant ces matières il présente la vérité avec toute la prudence dont elle a besoin pour se faire recevoir, il ne jugea pas à propos de laisser paraître de son vivant ion Exposition des libertés de V Église gMicane. Il craignait, disait^il , des persécutions semblables à celles que M. Dupuj ,' le défenseur de ces libertés dans le dernier siècle , avait eues à souffrir de quelques évéques de France , désavoués sans doute en cela par leurs confrères. La suite de cet éloge fera voir d'ailleurs que du Marsais avait de grands ménagemens à garder aveo l'Ër glise , dont il avait pourtant défendu les droits plus encore qu'il ne les avait bornés. Il se plaint , dans une espèce d'introduction qui est h la tête de son livre , qu'on ne puisse exposer inspuné» ment en France la doctrine du parlement et de la Sorbonne sur

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rindépendance de no» roU , et sur lei droits . de nos évéque» ; tandis que chei les nations imbues des opinions contraires « tout parle publiquement et sans crainte contre la justice et la vérité. Nous ignorons si ces plaintes étiiient fondées dans le temps que du Marsais écrivait ; mais ta France connaît mieu3( aujourd'hui se^ vrais intérêts. Ceux eatre les mains desquels le .manuscrit de Fauteur est tombé après «a mort , moins timides ou plu^ heu-* reuz que lui , en ont fait part au public* Les ouvrages pleins de vérités hardies et utiles, dpnt le genre humain est de temps en temps redevable au courage de quelque homme de lettres , sont aux yeux de la postérité la gloire des gouvernemens qui les pro« tëgent y la censure de ceux qui ne savent pas les encourager , et la honte de ceux qui les proscrivent.

La suppression de ce livre eât été sans doute nne perte pour les citoyens ; mais les philosophes doivent regretter encore plus que du Marsais n'ait pas publié sa Réponse à la crùifue de Vhis^ toire des oraçhs ; pn n'a trouvé dans ses papiers que des fragmens imparfaits de cette réponse , à laquelle ilne parait pas avoir mia la dernière main. Pour la faire connaître en détail , il faut reprendre les choses de plus haut.

Fontanelle avait donné en 1686, d'après le médecin Vandale ,

V Histoire des oracles y un de ses meilleur^ ouvrages , et peut-être

celui de tous auquel le suffrage unanime de la postérité est le

plus assuré. Il y soutient , comme tout le monde satit , que les *

oracles étaient l'ouvrage de la superstition et de la fourberie ,

^t non celui des démons^ et qu'ils n'ont point cessé à la venue

de Jésus-Christ. tA P. Baltus , jésuite , vii^ ans après la pub! «

cation de ce livre 9 crut qu'il était de son devoir d'en prévenir

les e&ts dangereux « et $e propesa de le réfuter* Il soutint » aveo

tout^ Ui modération qu'uu théologien pent se permettre , que

Fonienelle avait attaqué une des principales preuves du chris^

tianisme , pour avoir prétendu que les prêtres païens étaient des

imposteurs ou des dupes. Cependant en avançant une opinion

fi singulière , le critique avait eu l'art de lier son système à la

religion, quoiqu'il y soit réellement contraire par les arme:»

qu'il peut fournir aux incrédules. La cause du philosophe était

juste, mais les dévots étaient soulevés; et s'il répondait, il était

perdu. Il eut donc la sagesse de demeurer dans le silence, et de

s'abstem'r d'une défense facile et dangereuse,, dont le public Ta

dispensé depuis en lisant tous les matins son ouvrage , et en ne

lisant point celui de son adversaire. Du Marsais , jeune encoi*e ,

avide de se signaler , et n'ayant il risquer ni places, ni fortune ,

entreprit de justifier Fontanelle contre les imputations du pèra

Baltus. Il accusait le critique de n*avoir point entendu les Pères

de TEglise , et de ne les avoir pas cîtës exactement : il lui prochait des méprises considérables , et un plagiat m'oins excusable encore du professeur Mœbius , qui avait écrit contre Vandale. Assuré de la bonté de sa cause, le défenseur de Fontenelle ne craignit point de faire part de son ouvrage à quelques confrères du P. Baltus ; il ne voulait par cette démarche que donner des marques de son estime à une société long-temps utile aux lettres , et qui se souvient encore aujourd'hui avec complaisance du crédit et des hommes célèbres qu'elle avait alors. Nous avons peine à nous persuader que dans une matière aussi indifférente en elle-même , cette société se soit crue blessée par l'attaque d'un de ses membres; nous ignorons par qui et comment la confiance de du Marsais fut trompée, mais elle le fut. On travailla efficacement à empêché» l'impression , et même l'examen de l'ouvrage; on accusa faussement l'auteur d'avoir voulu le faire paraître sans approbation ni privilège, quoique son adversaire eût pris la même liberté. 11 représenta en vain que ce livre avait été approuvé par plusieurs personnes savantes et pieuses, et qu'il demandait à le mettre au jour , non par vanité d'auteur, mais pour prouver son innocence : il offrit inutilement de le soumettre à la censure de la Sorbonne , de le faire même approuver par l'inquisition , et imprimer avec la permission des supérieurs dans les terres du pape ; on était résolu de ne rien écouter , et du Marsais eut une défense expresse de faire paraître son livre , soit en France , soit ailleurs. Cet événement de sa vie fat la première époque , et peut-être la source des injustices qu'il essa ja. On n'avait point en de peine à prévenir contre lui un monarque respectable , alors dans sa vieillesse , et d'une délicatesse louable tur tout ce qu'il croyait blesser la religion ; on lui avait inspiré quelques soupçons sur la manière de penser de l'antagoniste du P. Baltus; espèce d'arme? dont on n'abuse que trop sou vent auprès des princes, pour perdre le mérite sans appui y sans kjrpocrisie et sans intrigue. L'auteur abandonna donc entièrement son ouvrage ; et le P. Baltus , libre de la guerre dont il était menacé , entra dans une carrière plus convenable à son état; il avait trop légèrement sacrifié les prémices de sa plume à défendre sans le vouloir les oracles des païens ; il l'employa plus heureusement dans la suite à un objet sur lequel il n'avait point de contradic-* tions à craindre , à la défense des prophéties de la religion chrétienne.

G>mme l'ouvrage de du Marsais sur les oracles n'a point paru, nous tâcherons d'en donner quelque idée à nos lecteurs , d'après les fragmens qui nous ont été remis. La préface contient quelques réflexions générales sur l'abus qu'on peut faire de la religion en

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r^ndaiit à des objets qui ne sont pas de son ressort; on y expose ensuite le dessein et le plan de l'ouvrage , dans lequel il parait qu'on s'est propose' trois objets : de prouver que les démons n'étaient point les auteurs des oracles ; de répondre aux objec«tions du P. Baltus ; d'examiner enfin le temps auquel les oracles ont cessé, et défaire voirqu'ilsont cessé d'une roaniërenaturelle.

Le désir si vif et si inutile de connaître l'avenir donna naissance aux oracles des païens. Quelques boromes adroits etentreprenans mirent à profit la curiosité du peuple pour le tromper : il n'y eut point en cela d'autre magie ; l'imposture avait coni-* mencé l'ouvrage , le fanatisme Tacbeva : car un moyen infaillible 4e faire des fanatiques j c'est de persuader avant que d'instruire: quelquefois même certains prêtres ont pu être la dupe des oracles qu'ils rendaient ou qu'ils faisaient rendre , semblables à cesempyriques dont les uns participent à l'erreur publique qu'ils entretiennent , les autres en profitent sans la partager.

C'est par la foi seule que nous savons qu'il y a des démons ; c'est donc par la foi seule que nous pouvons apprendre ce qu'ils sont capables de faire dans l'ordre surnaturel ; et puisque la révélation ne leur attribue pas les oracles , elle nous permet de croire que ces oracles n'étaient pas leur ouvrage. Lorsque Isaïe défia les dieux des païens de prédire l'avenir , il ne, mit point de restrictions à ce défi , qui n'eût plus été qu'imprudent , si en effet les démons avaient eu le pouvoir de propbétiser. Daniel ne crut pas que le serpent des Babyloniens fût un démon ; // rit en phi^ lûsophe , dit l'Ecriture , de la crédulité du prince et de lafout^ berie des prêtres , et empoisonna le serpent. I^'aillenrs les partisans même des oracles conviennent qu'il y en a eu de faux , et par là ils nous mettent en droit, s'il n'y a pas de preuve évidente du contraire, de les regarder sans exception comme supposés: tout se réduisait à cacber plus ou moins adroitement l'imposture» Enfin les païens même n'ont pas cm généralement que les oracles fussent surnaturels. De grandes sectes de pbilosopbes , entre autres les épicuriens , se vantaient, comme les cbrétiens, de faire taire les oracles et de démasquer les prêtres. Yalère- Maxime et d'autres disent, il est vrai, que des statues ont parlé; mais l'Ecriture dément ce témoignage , en nous apprenant que les statues sont muettes. Les bistoriens profanes, lorsqu'ils racontent sur un simple ouï-dire des faits extraordinaires , sont moins croyables que les bistoriens de la Cbine sur l'antiquité qu'ils donnent au monde. Gisaubon se moque avec raison d'Hérodote , qui rapporte sérieusement plusieurs de ces oracles ridicules de l'antiquité , et d'autres prodiges de la même force.

Si les oracles n'eussent pas été une fourberie, l'idolâtrie n'eût

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plus étë qu'un malheur ncuiabte ; parce que les paient n'aiitaîcoi eu aucun mojen de découvrir leur erreur par la raison j le tral guide qu'ils eussent alors. Quand une fausse religion , ou quelque secte que ce puisse être , vante les prodiges opères en sa faveor, et qu'on ne peut expliquer ces prodiges d'une manière naturelle, il n'y a qu'un parti à prendre » celui de nier les faits. Bien n*est donc plus conforme aux principes et aux intérêts du christianisme, que de regarder le paganisme comme un pur ouvrage des hommes, qui n'a subsisté que par des moyens humains. Aussi l'Ecritiire ne donne à l'idolâtrie qu'une origine toute naturelle, et la plupart des Pères paraissent penser de même. Plusieurs d'entre en oAt expressément traité les oracles d'impostures, et aucun n'a prétendu que ce sentiment offensât la religion. Ceux même qui n'ont pas été éloignés de croire qu'il y avait quelque diose de surnaturel dans les oracles , paraissent n'y avoir été détermine» que par une façon particulière de penser tout-â^fait indépendante des vérités fondamentales du christianisme. Selon la ptor part des païens , ks dieux étaient Us auteurs des ûraelesfa»a^ rabies, et les mawws génies Vêtaient des oracles Jun^ies as trompeurs. Les chrétiens profitèrent de cette opinion pour attri-» buer les oracles aux déptons t ils y trouvaient d'ailleurs un àxsa^ tage ; ils expliquaient par cette supposition le merveilleux apparent qui les end>arrassait dans certains oracles. Un faux principe eii ils étaient servait à les fortifier dans cette idée ; ils croyaient les démons corporels , et S. Augustin s'est expressément rétracté d'avoir donné de semblables explications. Les chrétieBs modernes ont eu des idées plus épurées et plus saines sor la nature des démons ; mais , en rejetant les principes , plusieurs ont retenu la conséquence. Cest donc en vain que certains auteurs ecclésiastiques , qui n'ont pas dans l'Eglise l'autorité des Pères , et qui croyaient que les démons étaient des animaux d'un esprit aérien , nous rapportent de foux oracles dont ils prétendent tirer des argumens en faveur de la religion. Il faut mettre ces bits , et les raisonnemens qui en sont la suite , k cêté des relations de la légende dorée , du corbeau excewununié pour avoir volé Im bague de Vabbé Conrad, et des extravagances que l'imbéctHité a débitées sur les prétendus hommages que les animaux ont rendus à nos redoutables mystères. Rien n'est phis propre à avilir la religion y si quelque chose peut l'avilir , rien n'est du moins plus nuisible auprès des peuf^es à une cause si respectable , que de Isbdéfendre par des preuves faibles ou absurdes ; c'est Osa qui croit que l'arche chancelé , et qui ose y porter la main.

Le P. Baltus abuse évidemment des termes, quand il prétendi que l'opinion qui attribue les oracles a|ix malins esprits, est une

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Write enseignée par la tradition, puisqu'on ne doit regarder comme des vérités de tradition et par conséquent de foi , que celles qui ont été constamment reconnues pour telles par l'Eglise^ Le défenseur des oracles se contredit ensuite lui-même , quand il avoue que V opinion qu'il soutient n'est que de foi humaine , c'est-à-dire du genre des choses qu'on peut se dispenser de croire sans cesser d'être chrétien; mais en cela il tombe dans une antre contradiction , puisque la foi humaine ne peut tomber que sur ce qui est de Tordre naturel , et que les oracles , selon lui, n'en sont pas. Le témoignage des historiens de l'antiquité , ajoute du Mar^s y est formellement contraire k ce que le P. Baltus prétend, que jamais les oracles n'ont été rendus par des statues creuses : mais quand cette prétention serait fondée , elle serait favorable à la caus^de Fontenelle , puisqu'il est encore plus aisé de faire parler un prêtre qu'une statue. H n'est pcfînt vrai , comme le dit encore le critique, que ceux qni réduisent les oracles à des causes naturelles , diminuent par ce moyen la gloire de Jésus- Christ qui les a fait cesser ; ce serait au contraire aflaiblir véritablement cette gloire , que d'attribuer les oracles aux démons c car le P. Baltus prétend lui-même que Julien , à,^n% le quatrième siècle du christianisme , en évoquant efficacement les enfers par la magie et par les enchantemens , en avait obtenu réponse. Les fienoissions particulières que l'écrivain dit avoir été accordées au démon, ne nous donnent pas droit d'en supposer d'autres ; rien n'est plus ridicule dans l'ordre surnaturel que l'argument qui prouve l'existence d'un fait miraculeux par celle d'un fait sem* blable. Ajouter foi trop légèrement aux prodiges , dans un siècle 4>ii ils ne sont plus nécessaires à l'établissement du christianisme, €*est ébranler, sans le vouloir, lesfondemens de la croyance qne l'on doit aux vrais miracles rapportés dans les livres sahits. On ne croit plus de nos jours aux possédés , quoiqu'on croie à œux de l'Ecriture. Jésus-Christ a été transporté par le démon , il l'a permis pour nous instruire ; mais de pareils miracles ne se font plus. La métamorphose de Nabuchodonosor en bête, dont il ne nous est pas permis de douter, n'est arrivée qu'une fois. Enfin SaCil a évoqué l'ombre de Samuel , et l'on n'ajoute plus de foi aux évocations. Le P. Baltus avoue que les prodiges même ra^ contés par les Pères ne sont pas de foi , à plus forte raison les prétendus miracles du paganisme , qu'ils ont quelquefois daigné rapporter* Si le sentiment de ces auteurs, d'ailleurs très-graves, sur des objets étrangers an christianisme , devait être la règle de nos opinions, on pourrait justifier par ce principe le traite^ ment que les inquisiteurs ont fait à Galilée. On aura peine à croire que le P. Baltus ait reproché sérieuse-

ment à Fontenelle d^avoir adopté sur les oracles le sentiment de Fanabaptbte Vandale ; comme si un anabaptiste était condamné à déraisonner en tout , même sur une matière étrangère aux er-* reurs de sa secte. La réponse de du Marsais à cette objection , est que le religieux qui a pris la défense des oracles , a suivi le sentiment du luthérien Mœbius, et qu'hérétique pourbérétiqae, un anabaptiste vaut bien un luthérien.

Ceux qui ont avancé que les oracles avaient «essé à la venue de Jésus-Christ , ne l'ont cru que d'après l'oracle supposé sur l'en— faut hébreu , oracle regardé comme faux par le P. Baltus loi* méme; aussi prétend-il que les oracles n'ont pas fini précisément à la venue du sauveur du monde; mais peu k peu, 'à mesure que Jésus-Christ a été connu et adoré. Cette manière de finir n'a rieo de surprenant^ elle était la suite naturelle de l'établissement d'un nouveau culte. Les faits miraculeux , ou plutôt qu'on veut donner pour tels , diminuent dans une fausse religion , on k mesure qu'elle s'affaiblit, parce qu'ils n'obtiennent plus de croyance. La pauvreté des peuples qui n'avaient plus rien k donner, la fourberie découverte dans plusieurs oracles, et conclue dans les autres , enfin les édits des empereurs chrétiens , voila les causes véritables de la cessation de ce genre d'imposture : des circonstances favorables l'avaient produit , des circonstances contraires l'ont^ fait disparaître ; ainsi les oracles ont été soumis k toute la vicissitude des choses humaines. On se retranche k dire que la naissance de Jésus-Christ est la première époque de leur cessation ; mais pourquoi certains démons ont-ils fui tandis que les ai^tres restaient ? D'ailleurs l'histoire prouve invtndblement que plusieurs oracles avaient été détruits avant la venue du sauveur du monde , par des guerres et par d'autres troubles : tous les oracles brillans de la Grèce n'existaient plus ou presque plus, et quelquefois l'oracle se trottvait interrompu par le silence d'un honnête prêtre qui ne voulait pas tromper le peuple. L'oracle de Delphes , dit Lucain , est demeuré muet depuis que les princes craignent Vavenir; ils ont défendu aux dieux de parler, et les dieux ont obéi. Enfin teut est plein , dans les auteurs profanes, d'oracles qui ont subsisté jusqu'auxquatrième et cinquième siècles et il y en a encore aujourd'hui chez les idolâtres. Cette opiniâtreté incontestable des oracles k subsister encore après la venue de Jésus-Christ , suffirait pour prouver qu'ils n'ont pas été rendos par les démons , comme le remarquent Fontenelle et son défeihseur ; puisqu'il est évident que le fils de Dieu descendant parmi les hommes, devait tout à coup imposer silence aux enfers.

Telle est l'analyse de l'ouvrage de du Marsais sur les oracles. Revenons maintenant k sa personne. Il était destiné k être mal-

DE DU MARSAIS. 4<)î

heureux en tout; M. de Maisons le père ches qui il était entré, et qui eu avait fait son ami , était trop éclairé pour ne pas sentir les obligations qu'il avait à un pareil gouverneur , et trop équi«table pour ne pas les reconnaître ; mais la mort l'enleva dans le temps oii l'éducation de son fils était prête à finir, et oii il se proposait d'assurer à du Ma rsais une retraite honnête , juste fruit de ses travaux et de ses soins. Notre philosophe, sur les espérances qu'on lui donnait de suppléer à ce que le père de son élève n'avait pu faire , resta encore quelque temps dans la maison ; mais le peu de considération qu'on lui marquait , et les dégoûts même qu'il essuya , l'obligèrent enfin d'en sortir, et de renoncer k ce qu'il avait lieu d'attendre d'une famille riche à laquelle il avait sacrifié les douze plus belles années de sa vie. On lui proposa d'entrer chez le fameux Law, pour être auprès de son fils, qui était alors âgé de seize ou dix-sept ans , et du Marsais accepta cette proposition. Quelques amis l'accusèrent injustement d'avoir eu dans cette démarche des vues d'intérêt : toute sa conduite, prouve assez qu'il n'était sur ce point ni fort éclairé , ni fort actif; et il a plusieurs fois assuré qu'il n'eût jamais quitté son premier élève , si par le refus des égards les plus ordinaires on ne lui avait rendu sa situation insupportable.

La fortune qui semblait l'avoir placé chez Law lui manqua encore ; il avait des actions qu'il voulait convertir en un bien plus solide : on lui conseilla de les garder ; bientôt après tout fut anéanti, et Law obligé de sortir du royaume, et d'aller mourir dans ^obscurité à Venise. Tout le fruit que du Marsais retira d'avoir demeuré dans cette maison, ce fut , comme il l'a écrit lui-même , de pouvoir rendre des services importans à plusieurs personnes d'un rang très-supérieur au sien, qui depuis n'otupas paru s'en souvenir ^ et de connaître, ce sont encore ses propres termes , la bassesse , la servitude et V esprit d* adulation des grands,

* Il avait éprouvé par lui-même combien cette profession si noble et si utile , qui a pour objet l'éducation de la jeunesse , est peu honorée parmi nous , tant nous sommes éclairés sur nos intérêts; mais la situation de ses affaires, et peut-être l'habitude, lui avaient rendu cette ressource indispensable; il rentra donc en- <core dans la même carrière , et toujours avec un égal succès. La justice que nous devons à sa mémoire nous oblige de repousser à cette occasion une calomnie qui n'a été que trop répandue. On a prétendu que du Marsais étani appelé pour présider à l'éduciition de trois frères dans une des premières maisons du royaume.^ avait demandé dans quelle religion on voulait qu'il les élevdl^ Cette question singulière avait été faite à Law , .alors de la re-^

ment à Fontenelle d'avoir adopté sur les oracles le sentiment de Fanabaptiste Vandale ; comme si un anabaptiste était condamné à déraisonner en tout , même sur une matière étrangère aux erreurs de sa secte. La réponse de du Marsais à cette objection , est que le religieux qui a pris la défense des oracles, a suivi le sentiment du luthérien Mœbius, et qu'hérétique pour hérétique, un anabaptiste vaut bien un luthérien.

Ceux qui ont avancé que les oracles avaient «essé à la venue de Jésus-Christ , ne l'ont cru qne d'après l'oracle supposé sur Ten— faut hébreu , oracle regardé comme faux par le P. Baltut lai-> même; aussi prétend-il que les oracles n'ont pas fini précisément à la venue du sauveur du monde; mais peu k peu, 'à mesure qne Jésus-Christ a été connu et adoré. Cette manière de finir n'a rien de surprenant^ elle était la suite naturelle de l'établissement d*un nouveau culte. Les faits miraculeux , ou plutôt qu'on veut donner pour tels , diminuent dans une fausse religion , ou à mesure qu'elle s'affaiblit, parce qu'ils n'obtiennent plus d« croyance. La pauvreté des peuples qui n'avaient plus rien à donner, la fourberie découverte dans plusieurs oracles, et conclue dans les autres y enfin les édits des empereurs chrétiens , voilà les causes véritables de la cessation de ce genre d'imposture : des circonstances favorables l'avaient produit , des circonstances contraires l'ont^ fait disparaître ; ainsi les oracles ont été soumis k toute la vicissitude des choses humaines. On se retranche à dire que la naissance de Jésus-Christ est la première époque de leur cessation ; mais pourquoi certains démons onf-ils fui tandis que les autres restaient ? D'ailleurs l'histoire prouve invindblement que plusieurs oracles avaient été détruits avant la venue du sauveur du monde , par des guerres et par d'autres troubles : tous les oracles brillans de la Grèce n'existaient plus ou presque plus, et quelquefois l'oracle se trouvait interrompu par le silence d'om honnête prêtre qui ne voulait pas tromper le peuple. L'oracle de Delphes, dit Lucain, est demeuré muet depuis que les princes craignent V avenir; ils ont défendu aux dieux de parler, et les dieux ont obéi. Enfin tout est plein, dans les auteurs profanes, d'oracles qui ont subsisté jusqu'aux quatrième et cinquième siècles^ et il y en a encore aujourd'hui chez les idolâtres. Cette opiniA* treté incontestable des oracles à subsister encore après la venue de Jésus-Christ, suffirait pour prouver qu'ils n'ont pas été rendus par les démons , comme le remarquent Fontenelle et son défenseur ; puisqu'il est évident que le fils de Dieu descendant panni les hommes , devait tout à coup imposer silence aux enfers.

Telle est l'analyse de l'ouvrage de du Marsais sur les oracles. Revenoiis maintenant k sa personne. Il était destiné k être mal-

DE DU MARSAIS. ^

heureux en tout; M. de Maisons le père ches qui il était «ntrë, et qui eu avait fait son ami , était trop éclairé pour ne pas sentir les obligations qu'il avait k un pareil gouverneur, et trop équi«table pour ne pas les reconnaître ; mais la mort l'enleva dans le temps oii l'éducation de son fils était prête à finir , et où il se proposait d'assurer à du Ma rsais une retraite honnête , juste fruit de ses travaux et de ses soins. Notre philosophe, sur les espérances qu'on lui donnait de suppléer à ce que le père de son élève n'avait pu faire , resta encore quelque temps dans la maison ; mais le peu de considération qu'on lui marquait, elles dégoûts même qu'il essuya, l'obligèrent enfin d'en sortir, et de renoncer â ce qu'il avait lieu d'attendre d'une famille riche à laquelle il avait sacrifié les douze plus belles années de sa vie. On lui proposa d'entrer chez le fameux Law, pour être auprès de son fils, qui était alors âgé de seize ou dix-sept ans , et du Marsais accepta cette proposition. Quelques amis l'accusèrent injustement d'avoir eu dans cette démarche des vues d'intérêt : toute sa conduite prouve assez qu'il n'était sur ce point ni fort éclairé , ni fort actif; et il a plusieurs fois assuré qu'il n'eût jamais quitté son premier élève > si par le refus des égards les plus ordinaires on ne lui avait rendu sa situation insupportable.

La fortune qui semblait l'avoir placé chez Law lui manqua encore ; il avait des actions qu'il voulait convertir en un bien plus solide : on lui conseilla de les garder; bientôt après tout fut anéanti, et Law obligé de sortir du royaume, et d'aller mounr dans ^obscurité à Venise. Tout le fruit que du Marsais retira d'avoir demeuré dans cette maison^ ce fut, comme il l'a éerit lui-même , de pouvoir rendre des services importans à plusieurs personnes d'un rang très-supérieur au sien, qui depuis n'ont pas paru s'en souvenir ; et de connaître, ce sont encore ses propres termes , la bassesse , la servitude et V esprit d'adulation des grands,

11 avait éprouvé par lui-même combien cette profession si noble et si utile , qui a pour objet l'éducation de la jeunesse , est peu bonorée parmi nous , tant nous sommes éclairés sur nos intérêts; mais la situation de %es affaires, et peut-être l'habitude, lui avaient rendu cette ressource indispensable; il rentra donc encore dans la même carrière , et toujours avec un égal succès. La justice que nous devons à sa mémoire nous oblige de repousser à cette occasion une calomnie qui n'a été que trop répandue. Oa a prétendu que du Marsais étani appelé pour présider à l'éduclition de trois frères dans une des premières maisons du royau^ie.^ avait demandé dans quelle religion on voulait qu'il les él^dt. Celte question singulière avait été faite à Law , .alors de la re-^

ment à Fontenelle d'avoir adopté sur les oracles le sentiment de Fanabaptiste Vandale ; comme si un anabaptiste était condamné à déraisonner en tout , même sur une matière étrangère aux er^ reurs de sa secte. La réponse de du Marsais à cette objection , est que le religieux qui a pris la défense des oracles , a suivi le sentiment du luthérien Mœbins, et qu*hérétique pour hérétique, un anabaptiste vaut bien un luthérien.

Ceux qui ont avancé que les oracles avaient «essé à la venue de Jésus-Christ , ne l'ont cru que d'après l'oracle supposé sur Ten— faut bébreu , oracle regardé comme faux par le P. Baltut lai* méme; aussi prétend-il que les oracles n'ont pas fini précisément à la venue du sauveur du monde; mais peu h peu/à mesure que Jésus-Christ a été connu et adoré. Cette manière de finir n'a rien de surprenant^ elle était la suite naturelle de rétablissement d*un nouveau culte. Les faits miraculeux , ou plutôt qu'on veut donner pour tels , diminuent dans une fausse religion , on à mesure qu'elle s'affaiblit, parce qu'ils n'obtiennent plus d« croyance. La pauvreté des peuples qui n'avaient plus rien à donner, la fourberie découverte dans plusieurs oracles, et conclue dans les autres y enfin les édits des empereurs chrétiens , voilà les causes véritables de la cessation de ce genre d'imposture : des circonstances favorables l'avaient prodoit , des circonstances contraires l'ont^ fait disparaître ; ainsi les oracles ont été soumis k toute la vicissitude des choses humaines. On se retranche k dire que la naissance de Jésus-Christ est la première époque de leur cessation ; mais pourquoi certains démons ont-ils fui tandis que les autres restaient ? D'ailleurs l'histoire prouve invindblement que plusieurs oracles avaient été détruits avant la venue du sauveur du monde , par des guerres et par d'autres troubles : tous les oracles brillans de la Grèce n'existaient plus ou presque plus, et quelquefois l'oracle se trolivait interrompu par le silence d'uB honnête prêtre qui ne voulait pas tromper le peuple. L'oracle de Delphes , dit Lucain , est demeuré muet depuis que les princes craignent V avenir ; ils ont défendu aux d^eux de parler ^ et les dieux ont obéi. Enfin tout est plein, dans les auteurs profanes, d'oracles qui ont subsisté jusqu'aux quatrième et cinquième siècles, et il y en a encore aujourd'hui chez les idolâtres. Cette opiniâtreté incontestable des oracles à subsister encore après la venue de Jésus-Christ , suffirait pour prouver qu'ils n'ont pas étérendos par les démons , comme le remarquent Fontenelle et son défenseur ; puisqu'il est évident que le fils de Dieu descendant parmi les hommes , devait tout à coup imposer silence aux enfers.

Telle est l'analyse de l'ouvrage de du Marsais sur les oracles. Revenoiis maintenant à sa personne. Il était destiné k être mal-

DE DU MARSAIS. 4i)î

heureux en tout; M. de Maisons le përe ches qui il était entre, et qui eu avait fait son ami , était trop éclairé pour ne pas sentir les obligations qu'il avait à un pareil gouverneur , et trop équi«table pour ne pas les reconnaître ; mais la mort l'enleva dans le temps oii l'éducation de son fils était prête à finir , et où il se proposait d'assurer à du Marsais une retraite honnête y juste fruit de ses travaux et de ses soins. Notre philosophe, sur les espérances qu'on lui donnait de suppléer à ce que le përe de son élève n'avait pu faire , resta encore quelque temps dans la maison ; mais le peu de considération qu'on lui marquait , et les dégoûts même qu'il essuya , l'obligèrent enfin d'en sortir, et de renoncer â ce qu'il avait lieu d'attendre d'une famille riche à laquelle il avait sacrifié les douze plus belles années de sa vie. On lui proposa d'entrer chez le fameux Law, pour être auprès de son fils, qui était alors âgé de seize ou dix«-sept ans, et du Marsais accepta cette proposition. Quelques amis l'accusèrent injustement d'avoir eu dans cette démarche des vues d'intérêt : tout« sa conduite prouve assez qu'il n'était sur ce point ni fort éclairé , ni fort actif; et il a plusieurs fois assuré qu'il n'eût jamais quitté son premier élève > si par le refus des égards les plus ordinaires on ne lui avait rendu sa situation insupportable.

La fortune qui semblait l'avoir placé chez Law lui manqua encore ; il avait des actions qu'il voulait convertir en un bien plus solide : on lui conseilla de les garder; bientôt après tout fut anéanti, et Law obligé de sortir du royaume, et d'aller mounr dans ^obscurité à Venise. Tout le fruit que du Marsais retira d'avoir demeuré dans cette maison, ce fut , comme il l'a éerit lui-même , de pouvoir rendre des services importans à plusieurs personnes d'un rang très-supérieur au sien, qui depuis notit pas paru s* en souvenir y et de connaître , ce sont encore ses propres termes , la bassesse , la servitude et V esprit d^ adulation des grands.

' Il avait éprouvé par lui-même combien cette profession si noble et si utile , qui a pour objet l'éducation de la jeunesse , est peu bonorée parmi nous , tant nous sommes éclairés sur nos intérêts; mais la situation de ses affaires, et peut-être l'habitude, lui avaient rendu cette ressource indispensable; il rentra donc encore dans la même carrière , et toujours avec un égal succès. La justice que nous devons à sa mémoire nous oblige de repousser à cette occasion une calomnie qui n'a été que trop répandue. 0% a prétendu que du Marsais étani appelé pour pr^ider à l'éducli-» tion de trois frères dans une des premières maisons du royauaie<^ avait demandé dans quelle religion on voulait qu'il les ékvdt. Cette question singulière avait été faite à Law , .alors de la te^

ment à FonteneUe d'avoir adopté sur les oracles le sentiment de Fanabaptisie Vandale ; comme si un anabaptiste était condamné â déraisonner en tout , même sur une matière étrangère aux erreurs de sa secte. La réponse de du Marsais à cette objection , est que le religieux qui a pris la défense des oracles , a suivi le sentiment du luthérien Mœbius, et qu*hérétique pour hérétique, un anabaptiste vaut bien un luthérien.

Ceux qui ont avancé que les oracles avaient «essé à la venue de Jésus-Christ , ne l'ont cru qne d'après l'oracle supposé sur Fen— fant hébreu , oracle regardé comme faux par le P. Baltui lai* même; aussi prétend-il que les oracles n'ont pas fini précisément à la venue du sauveur du monde; mais peu h peu, 'à mesure que Jésus-Christ a été connu et adoré. Cette manière de finir n'a rteo de surprenant^ elle était la suite naturelle de l'établissement d*un nouveau culte. Les faits miraculeux , ou plutôt qu'on veut donner pour tels , diminuent dans une fausse religion , oa à mesure qu'elle s'affaiblit, parce qu'ils n'obtiennent plus de croyance. La pauvreté des peuples qui n'avaient plus rien à don» ner, la fourberie découverte dans plusieurs oracles, et conclue dans les autres , enfin les édits des empereurs chrétiens , voilà les causes véritables de la cessation de ce genre d'imposture : des circonstances favorables l'avaient produit , des circonstances contraires l'ont^ fait disparaître ; ainsi les oracles ont été soumis k toute la vicissitude des choses humaines. On se retranche à dire que la naissance de Jésus-Christ est la première époque de leur cessation ; mais pourquoi certains démons ont-ils fui tandis que les autres restaient? D'ailleurs l'histoire prouve invindblement que plusieurs oracles avaient été détruits avant la venue du sauveur du monde , par des guerres et par d'antres troubles : tous les oracles brillans de la Grèce n'existaient plus ou presque plus, et quelquefois l'oracle se trouvait interrompu par le silence d'un honnête prêtre qui ne voulait pas tromper le peuple. L'oracle de Delphes, dit Lucain, est demeuré muet depuis que les princes craignent V avenir; ils ont défendu aux dieux de parler, et les dieux ont obéi» Enfin tout est plein , dans les auteurs profanes, d'oracles qui ont subsisté jusqu'aux quatrième et cinquième siècles, et il y en a encore aujourd'hui chez les idolâtres. Cette opiniâtreté incontestable des oracles à subsister encore après la venue de Jésus-Christ, sufiSrait pour prouver qu'ils n'ont pas étérendos par les démons , comme le remarquent FonteneUe et son défenseur ; puisqu'il est évident que le fils de Dieu descendant parmi les hommes , devait tout à coup imposer silence aux enfers.

Telle est l'analyse de l'ouvrage de du Marsais sur les oracles. Revenons maintenant k sa personne. Il était destiné k être mal-

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heureux en tout; M. de Maisons le përe cbex qui il était «ntré, et. qui eu avait fait son ami , était trop éclairé pour ne pas sentir les obligations qu'il avait à un pareil gouverneur , et trop équi* table pour ne pas les reconnaître ; mais la mort l'enleva dans le temps oii l'éducation de son fils était prête à finir , et où il se proposait d'assurer à du Marsais une retraite bonnéte , juste fruit de ses travaux et de ses soins. Notre pbilosopbe, sur les esp^ rances qu'on lui donnait de suppléer à ce que le përe de son élève n'avait pu faire , resta encore quelque temps dans la maison ; mais le peu de considération qu'on lui marquait , et les dégodts même qu'il essuya, l'obligèrent enfin d'en sortir, et de renoncer k ce qu'il avait lieu d'attendre d'une famille ricbe à laquelle il avait sacrifié les douze plus belles années de sa vie. On lui proposa d'entrer chez le fameux Law, pour être auprès de son fils, qui était alors âgé de seise ou dix-sept ans , et du Marsais accepta cette proposition. Quelques amis l'accusèrent injustement d'avoir eu dans cette démarche des vues d'intérêt : tout« sa conduite, prouve assez qu'il n'était sur ce point ni fort éclairé , ni fort actif; et il a plusieurs fois assuré qu'il n'eût jamais quitté son premier élève ^ si par le refus des égards les plus ordinaires on ne lui avait rendu sa situation insupportable.

La fortune qui semblait l'avoir placé chez Law lui manqua encore ; il avait des actions qu'il voulait convertir en Un bien plus solide : on lui conseilla de les garder; bientôt après tout fut anéanti, et Lavr obligé de sortir du royaume, et d'aller mourir dans ^obscurité à Venise. Tout le fruit que du Marsais retira d'avoir demeuré dans cette maison^ ce fut, comme il l'a écrit lui-même , de pouvoir rendre des services importans à plusieurs personnes d'un rang très-supérieur au sien, qui depuis n'ont pas paru s'en souvenir ; et de connaître , ce sont encore ses propres termes , la bassesse , la servitude et l'esprit d'adulation des grands. .

Il avait éprouvé par lui-même combien cette profession si noble et si utile ^ qui a pour objet l'éducation de la jeunesse , est peu tionorée parmi nous , tant nous sommes éclairés sur nos intérêts; mais la situation de ies affaires, et peut-être l'habitude, lut avaient rendu cette ressource indispensable; il rentra donc encore dans la même carrière , et toujours avec un égal succès. La justice que nous devons à sa mémoire nous oblige de repousser à cette occasion une calomnie qui n'a été que trop répandue. Otk a prétendu que du Marsais étani appelé pour présider à l'éduclition de trois frères dans une des premières maisons du royaume^ avait demandé dans quelle religion on voulait qu'il les éhvdt. Celte question singulière avait été faite à Law j .alors de la re»

ligion anglicane» par un homme d'esprit qui atait ët^ pendant quelque temps auprès de son fils. Du Âfarsaîs avait su le fait, et Tavait simplement raconté : il était absurde de penser qn'ett France, dans le sein d*une ÊEimille catholique , oii personne ne le connaissait encore , et oii il avait intérêt de donner bonne opinion de sa prudence , il eût hasardé un discours si extravagant, et qui pouvait être regardé comme une injnre ; mais on trouva plaisant de le lui attribuer, et par cett^ raison on continuera peut-être à le lui attribuer encore , non-seulement contre la vérité , mais même contre la vraisemblaoce. Cependant nous ne devons pas laisser ignorer à ceuic qui liront cet éloge , que ce conte ridicule , répété et même orné en passant de bou<:^e en bouche , est peut-être ce qui a le plusnui àdaMarsab. Les plai'* sauteries que notre frivolité se permet si légèrement sans en pré*» voir les suites , laissent souvent après elles des plaies profondes; la haine profite de tout ; et qu'il est doux pour cette multitude d'hommes que blesse l'éclat des talens , de trquver le plus léger prétexte pour se dispenser de leur rendre justice !

Cette imputation calomnieuse , et ce que nous avons rapporté au sujet de l'histoire des oracles , ne sont pas les seules persécutions que du Marsais ait ^ssujées. Il nous est tombé entre le» mains un fragment d'une de ses lettres sur la légèreté des soap- ^ns qu'on forme contre les autres en matière de religion : il ne lui était que trop permis de s'en plaindre , puisqu'il en avait été si souvent l'objet et la victime. Nous apprenons par ce fragment que des hommes qui se disaient philosophes , l'avaient accusé d'impiété , pour avoir soutenu Contre les cartésiens que les bêtes n'étaient pas des automates. Ses adversaires donnaient , ponr preuve de cette accusation, l'impossibilité qu'il y avait, selon eux, de concilier l'opinion qui attribue du sentimentaux bêtes , avec les dogmes de la spiritualité et de- l'immortalité de Tàme , de la liberté de l'homme, et de la justice divine dans la distribution des maux ; du Marsais répondait que l'opinion qu'il avait soutenue sur l'âme des bêtes n'était pas la sienne; qu'avant Descartes elle était absolument générale , comme conforme aux premières notions de l'expérience et du sens commun , et même au langage de l'Ecriture ; que depuis Descartes même elle avait toujours prévalu dans la plupart des écoles , qui ne s'en étaient pas crues moins orthodoxes ; enfin que c'était apparemment lé sort de quelque opinion que ce tàt sur l'âme des bêtes , de faire taxer d'irréligion ceux qui la soutenaient, puisque Descaries lui-même en avait été accnsé de son temps , pour avoir prétendu ifa€ les animaux étaient de pures machines. Il en a été de inênae parmi nous, d'abord des partisans des idées innées, et depuia

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peâ de leurs adversinires ; plusieurs opinions semblables ont eu cette singulière destinée , que le pour et le contre ont été succesnvement traites comme impies ; tant le sële ^ aveuglé par l'ignorance» est ingénieux à se forger des sujets de scandale^ et à se tourmenter lui-^méme et les autres.

Du Marsais , après la chute de Law , entra ches le marquis de Beaufremont; le séjour qu'il y fit durant plusieurs années est une des époques les plus remarquables de sa yie , par l'utilité dont il a été pour les autres. Il donna occasion à du Marsais de se dévoiler an public pour ce qu'il était , pour un grammairien profond et philosophe , et pour un esprit créateur dans une matière sur la^ quelle se sont exercés tant d'excellens écrivains. Cest principalement en ce genre qu'il s'est acquis une réputation immortelle , et c^est aussi par ce c6té important que nous allons désormais l'envisager.

Un des plus grands efforts de Fesprit humain est d'avoir as« tnjéti les langues à des règles ; mats cet eflbrt n'a été fait que peu à peu. Les langues , formées d'abord sans principes , ont été plus l'ouvrage du besoin que de la raison, elles philosophes, réduits à débrouiller ce chaos informe , se sont bomés^à en diminuer le plus qu'il était possible l'irrégularité , et à réparer de leur mieux ce que le peuple avait construit au hasard : car c'est aux philosophes à régler les langues, comme c'est aux bons écrivains à les fixer. La grammaire est donc l'ouvrage des philosophes ; mais ceux qui en ont établi les règles , ont fait comme la plupart des inventeurs dans les sciences : ils n'ont donné que les résultats de leur travail , sans montrer l'esprit qui les avait guidés. Pour bien saisir cet esprit si précieux à connaître , il faut se remettre Sur leurs traces ; mais c'est ce qui n'appartient qu'à des philosophes comme eux. L'étude et l'usage Buffiseitt pour apprendre les ^ègles , et un degré de conception ordinaire pour les appliquer ; •l'esprit philosophique seul peut remonter jusqu'aux principes sur lesquels lés règles sont établies , et distinguer le grammairien de génie du grammairien de mémoire. Cet esprit aperçoit d'abord dans la grammaire de chaque langue les principes généraux qui Bout communs à toutes les autres , et qui forment la grami^aire générale ; il démêle ensuite dans les usages particuliers h chaque langue , ceux qui peuvent être fondés en raison ,, d'avec ceux qui ^e sont que l'ouvrage du hasard ou de là négligence :' il observe l'infinence réciproque que les langues ont eue lés unes sur les autres, et les altérations que ce mélange leur adonnées, sans leur 6ter entièrement leur premier ctractère : il balance leurs avantages et leurs désavantages mutuels; la différence de leur construction , ici libre, hardie et variée , là régulière f timide et

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nniforine; la diversité de leur génie, tatil6t favorable, tant^ contraire à l'expression heureuse et rapide des idées; leur richets« et leur liberté , leur indigence et leur servitude. Le développe— ment de ces différens objets est la vraie métaphysique de la granr maire. Elle ne consiste point, comme cette philosophie ténébreuse qui se perd dans les attributs de Dieu et les facultés de notre âme , à raisonner à perte de vue sur ce qu'on ne connaît pas, ou â prouver laborieusement par des argumens faibles, des vérités dont la foi nous dispense de chercher les preuves. Son objet est plus réel et plus à notre portée; c'est la marche de Tesprit humain dans la génération de ses idées , et dans l'usage qu'il fait des mots pour transmettre ses pensées aux autres hommes. Tous les principes de cette métaphysique appartiennent , pour ainsi dire , à chacun , puisqu'ils sont au dedans de nous ; ii ne faut , pour les y trouver , qu'une analyse exacte et réfléchie ; mais le don de cette analyse n'est pas donné à tous. On peut néanmoins s'assurer si elle est bien faite , par un effet qu'elle doit alors produire infailliblement , celui de frapper d'une lumière vive tous les bons esprits auxquels elle sera représentée : en ce genre c'est presque une marque sûre de n*a voir pas rencontré le vrai, que de trouver des contradicteurs, ou d'en trouver qui le soient long-temps. Aussi du Marsais n'a-t-il essuyé d'attaques que ce qu'il en fallait pour assurer pleinement son triomphe ; avantage rare pour ceux qui portent les premiers le flambeau de la philosophie dans les sujets qu'ils traitent.

Le premier fruit des réflexions de du Marsais sur l'étude des langues fut son Exposition d'une méthode raisonnée pour ap^ prendre la langue latine; elle parut en 1722: il la dédia k MM. de fieaufremont ses élevés qui en avaient fait le plus heureux essai , et dont l'on, commencé dès l'alphabet par son illustre maître, avait fait en moins de trois ans lesjprogrës les plus singuliers et les plus rapides.

La méthode de du Marsais a deux parties , Vusage et la raison* Savoir une langue , c'est en entendre les mots ; et cette connaissance appartient proprement à la mémoire, c'est-à-dire , k cellc^des facultés de notre âme «qui se développe la première ches les enfans , qui est même plus vive k cet âge que dans aucun autre , et qu'on peut appeler Vesprit de renfonce. C'est donc cette faculté qu'il faut exercer seule. Ainsi on fera d'abord apprendre aux enfans , sans les fatiguer , et comme par nunière d'amusement, suivant différens moyens que l'auteur indique, les mots latins les plus ea usage. On donnera ensuite â expliquer nn auteur latin rangé suivant la construction française , et sans inversion. On substituera de plus dans le texte , les mots sou^

DE DtJ MARSAIS. 497

entendus {Mir Fauteur , et on mettra sous chaque mot latin le terme français correspondant : yis-à-vis de ce texte , ainsi dis* pose pour eh faciliter l'intelKgencé , on placera le texte de Tau— teur tel qu'il est ; et à côté du français littéral y Une traductiôil française conforme au génie de notre langues Par ce moyen y Tenant repayant <iiu tette latin altéré au texte véritable , et dé la version interlinéaire à une traduction libre , s'accoutumera insensiblement à connaître par le seul usage lés façdiis déparier propres àr la langue latine et k la langue française. Cette matiidre d'enseigner le latin aux enfans est une imitation exacte de la ûiçoa dont on se rend familières les langues vivantes , que l'usage seul enseigne beaucoup plus vite que toutes les méthodes. C'est d'ailleurs se conformer à la marché dé la nature. Lé langage t'est d'abord* éubli , et la ^ammaii^e n'est vernie qu'à lit stiîte.

A idesnré que la ménioire dès en&ns se remplit , que leur raiton se perfectionne , et que l'Usage dé traduire leur fait >ipércevoir les variétés dans las lemiinaisons dés m(Hî»4atiiis et dans la construction et l'objet de ces variétés , on .leur fait apprétidre pmi à peu les déclinaisons , les conjagai9ons et les premières règles de la syntaxe , et on leur en naontré fappKcatioil datis les auteurs même qu'ils ont tiraduitiit ainsi on les prépare peu à peu, et OMnme par une espèce d'instinct , à rëdeVoir lés principes de la grammaire raisonnée , qui n'est pt'opremént qU'uUe vraie h>giqne y lâais une logiqae qu'on peut mettre à là portée des enfans. C'est alors qu'on leur enseigne le mécanisme de la construction, en leur faisant faire l'anatomiedi^ toutes lés phfasés, et en leur donnant une idée juste de toutes lés parties du discoui^.

Du Marsafs tt'a pas de peine à monti^ lés avantages dé cette méthode sur la méthode ordinaire. Les ihconvéniens de celle-ci sont de parler aux enfans de Cas, de mddes^ de concordance et de régime , tans préparation , et sans qu'ils puissent sentir l'usage de ce qu'on leur fait* apprendre ; de leur donner ensuite des règles de syntaxe trët^omposéés , dent dn lés obligé de fkire Fapplfciitio»*en 'mettant du français en latin ; de vôufoil- fôfcer leur esprit à produire , dans uU temps oîi il n'est destiné qu'à recevoir ; de les fatiguer en- cherchant à les instruire ; et dé leur ibspirer le dégoût de l'étude , dans un âge oit l'on ne doit songer qu'à la rendre agréable. En un mot, dans la méthode ordinaire on enseigne le latin à peu près comme Un homme qui, pour ap* prendre à nn enfsait à parler , Ctomittencerâit par lui montrer lu mécifniqne •des organes de la parole ; du Marsail imite au contraire celui qui enseignerait d'alKnrd à parler, et qui étpliquerait ensuite la mécanique des organes.' Il terminé son ouvrage par utte application du plan<[u'il propose au poëme séculaire â^o^ 3. 3?.

4g6 thOGV.

race : cetexeoiple doil«uffire «^x watores iateUigem, j^our le»

guider d^ns la rouW (jiM lejar efi çuverl^.

Kien n^e parait {dos pbjUo^phi^iie qne ^etlîe «»êlbQde , plut conforme au développcôneat naturel de Tesprit » et pins pcojpfrt à abréger les diii^ciiltëi. Mais elle avait deui^ grands défauta : die éuit nouTclIe ; elle contenait de plu» fme crilique de la manière d'enseigner qu'on pratique encore parmi noua , et que la prévention , la paresse , l'indifiereiM^e pour (e Ue^ public s'obstÂneal a conserver , co^nme elles consacrent ta^ d'autres abtts sous k nom d'usage. Aussi l'ouvrage fiat-il attaqué > «t principalement dans celui de nos joumaux dont les auteurs avaient un imtérÀ direct à le combattre. Ils firent à .du Marsais ^n ^rand nombre d'objections auxqi^lles il satisfit pleinementp Maïs nous ne devons pas publier de remarquer que lorsqu'il se chargea , près de trente ans après, de la partie de la grammaire dans le Dictionnaire encyclopédique , il fut célébré comme un grand maitre, pi presque comme un oracle , dans le même jonmal oii ses premiers ouvrages sur cette matière avaient été si mal accneiUia. Cependant, bien loin 4'avoir changé de principes, â s'était confirmé par l'expérience ejt par les réflexions i jdaoes le peu de cas qu'il faisait de la méthode ordinaire. Mais sa réputation le meè* tait alors au-dç{ssus de l^ critique ; il touchait d'ailleurs à la fin de sa carrière , et il n*j avait plus d'inconvénient à le louer. La

quel leurs décisions soai sujeUpf > ei ta Uberié que ce% oMi leur laisse dH approuver aujoiupd hifir aç qfi'UsàlémaieiÊ^ hitr , et de le bldmer d^ nouveau pQur réfppr^mf^eneùre»

D^ Marsai^r encopragépitr le succès de ce prenrièr essAi, en* treprit de.k ci^velopper dens un euvpajgequi devait avoir ponv titre : JLef, véritable^ prinç^es de If Grammaire ton twweUe Gramrmiire raisoanée^p<mrappnùMke la langue latèm. Il donna en 172g la préface 4^ cet ouvri^e* qui iQontimit nnr. détail pins étendu de sa méthode., plusi^uri^ naiaens qonirelles e^ sa fiMeur, et le ]Jan qu'il se proppsaii de cuivre dans la grammaire gnné^ raie. Il la diviiie ei) six articles ) savoir , la cotm^hsance de la proposition et de la \périodfifif^ font .qu'elles sont composées de mots, Forthcigr^he ^ la prosodie, Vétjrmologie, les prélmU' noires dç la sjrntojçe, et Un sjrr^qxe même. C'tst temi ce qn'il publia pour lori de son ouvrage , inais il, en détacha J'année suivante un mofceau précieux qi|.'it donna aéparément Ha pubKc , et qni devait &ire le dernier objet de sa grammaire générale. Noos voulons parler de son Traité des Trepes, on des diffiirwia

DE DU MÀilSAIS. 499

iens dans letqtœls tin même mot peut être pris éêms une Même langue. JL'aiiteiir expote d'a^rd dans cet outrage » à pen près ceotme i\ l'a fiait dépôts dans TËncyclopëdie ^ an motj^re, ce qui constitue en général le style fignré , et montre combien oe stjle est ordinaire , m»eealement dans les écrits , mais dans la coanrersalion même ; tl lait sentir ce qui dts^ngne \tsjigiites de penêée, communes à tontes left langaes , d'àTOC \m Jigures de mo$s, <pit sont partioaHiëres 4 ohaonne, et qu'on appelle proprement trcpes. Il détaiUe l'nsage des tropes dans le discours , et les abns qu'on peut tm, faire ; il fiât sentir les avantages qu'il j anratt à distâiigiier,'dans les dictionnaires latins^français , le sens propre de chaqoe met d'avec les sens figurés qu'il peut recevoir; U explique la suberdination des tropes ou les différentes classes anqaelles on peut les réduire , et les dîfierens noms qu'on leur a donnés. Enfin, pour rendre son ouvtfttge complet ., il traite encore des autres sens dont un même mot est susceptible , outre le sens figuré ; comme le sens adjectif en substantif , déterminé ou indéterminé , actif, passif on neutre , absohi ou relatif, ccri*lectif ou dtstributif » composé ou divisé , et ainsi des autres. Les observaAioBS et les rë^es sont appuyées partout d'exem|rfes frappans , et d'une logique dotit la clarté et la précision ne laissent rien à désirer.

TotU mérite d'être lu dans le Traité des tropes, jusqu'à Ternmm; il contient det réflexion! sur notre oithograpke , sur sef biaaireries , ses înoonséqnences et ses variatieiu% On voit dant ues réflexiens un écrivain judideuic , égâlemenC éloigné de respecter superstitieusement l'usage , et de le heurter en tout par une réforme impraticable.

Cet ouvrage, qu'on peut regarder conune un cbef-d'œuvre en •on genre, fint phts estimé qu'il n'eut un prompt débit ; il lui a fitllu près de trente ans ponr arriver à uùe nouvelle édition , qui n'a paru qu'après la mort de l'auteAr. La matière , quoique traitée d'une manière supérieure^ intéressait trop peu ce grand nombre de lecteurs t>isifii qui ne venlenl qu'être amusés : le titre mêmtt du livre , peu entendu de la multîtmle > contribua k i'indifferenœ du public , et du Marsais nous a rapporté sur cela lutHOiêue une anecdote tingvlière. Quelqu'un voulant un jour lui laire compliment sur cet ouvrage , lut dit qu'il venait d'entendre dire beaucoup de hiem de son Hisunre des Tropes : il prenait les tropes pour un nons de peuple.

Cette lenteur de succès, jointe à des oocupati6ns particulières» et peut-être à un peu de paresiO) aprivé le public de la gramme que l'auteur avait promise ; perte trèsnliiEcile k r^arer dans ce siècle même , oti la grammaire , plus que jamw cnltivé(^

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par des philosophes, commence k être mieux approfondie et mieux connue. Du Marsais se contenta de publier en 1731 Y Abrégé de\ la Fable du P. Jouvenci , dispose suivant sa méthode ; le texte), pur d'abord , ensuite le même texte sans inversion e^sans mots sous-entendus ; au-dessous de ce texte la version interlinëaire , et au-dessous de cette version la vraie traduction en langue française. C'est le dernier ouvrage qu'il a donné au public ; on a trouvé dans ses papiers plusieurs versions de ce genre , qu'il serait facile de mettre au jour si on les jugeait utiles.

II avait composé pour Fusage de ses élèves ou pour le sien , d'autres ouvrages qui n'ont point paru. Nous ne citerons qne sa ho^iqucy ou Réflexions sur les opérations de Vesprii. Ce traité contient sur l'art de raisonner tout ce qu'il est utile d'apprendre, et sur la métaphysique tout ce qu'il est permis de savoir. Cest dire que l'ouvrage est flrës-conrt , et peut-être pourrait-on l'abréger encore.

L'éducation de MM. de Beaufremont finie , du Marsais continua d'exercer le talent rare qu'il avait pour l'éducation de la jeunesse. Il prit une pension au faubourg St.-Yictor, dans laquelle il élevait suivant sa méthode un certain nombre de jeunes gens ; mais des circonstances imprévues le forcèrent d'r renoncer. Il voulut se charger encore de quelques éducations

i)articulières, que son âge avancé ne lui permit pas de conserver ong-temps : obligé enfin de se borner à quelques leçons qu'il faisait pour subsister , sans fortune , sans espérance , et presque sans ressource, il se réduisit & un genre de vie fort étroit. Ce fat alors que nous eûmes le bonheur de l'associer à l'Encyclopédie ; les articles qu'il lui a fournis , et qui sont en grand nombre dans les six premiers volumes , feront à jamais un des principaux ornemens de cet ouvrage , et sont supérieurs à tous nos éloges. La philosophie saine et lumineuse qu'ils contiennent , le savoir que l'auteur y a répandu , la précision des règles et la justesse des applications , ont fait regarder avec raison cette partie de l'Encyclopédie comme une des*mieux traitées. Un succès si général et si jufste ne pouvait augmenter l'estime que les gens de lettres avaient depuis long-temps pour l'auteur , mais le fit connaître d'un grand nombre de gens du monde , dont la plupart ignoraient jusqu'à son nom. , Enhardi et soutenu par les marques les moins- équivoques de l'approbation publique, il crut pouvoir en faire usage pour se procurer le nécessaire qui lui manquait, n écrivit à un philosophe , du petit nombre de cquxqui habitent Versailles , pour le yxiev de Vintéresser en sa faveur auprès des distributeurs des gràces. Ses ouvrages et ses travaux , recommandation trop inutile , étaient la seule qu'il pât faire parler

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pour lui. Il $exom{Mir«j|, daus sa lettre, an paralytique de* trente* ikuit ans , qui attendait en vain que Teau de la piscine fût agitée en sa faveur. Cette lettre touchante eut Tefifet qu'elle devait avoir à la cour , oii les intérêts personnels étouffent. tout autre intérêt, où le mérite a des amis timides qui le servent faiblement , et des^ ennemis ardens, attentifs aux occasions de lui nuire. Les services de du Marsais , sa vieillesse , ses infirmités , les prières de son ami, ne purent rien obtenir. On convint de la justice de ses demandes , on lui témoigna beaucoup d'envie de l'obliger ; ce fut tout le fruit qu'il retira de la bonne volonté apparente qu'on, lui marquait. La plus grande injure que- les gens en place puissent faire à un homme de lettres, ce n'est pas de lui refuser l'appui qu'il a droit d'attendre d'eux , c'est de le laisser dans l'oj^ression ou dans l'oubli , en voulant paraître ses protecteurs. L'inJdifierence pour les talens ne les offense pas- toujours , mais elle les révolte quand elle cherche à se couvrir d'un faux air d'intérêt ; heureusement elle se démasque bientôt elle-même , et les moins clairvoyans n'y sont pas long-temps trompés.

Du Marsais , avec moins de délicatesse et plus de talens pour se faire valoir, e&tpeut-^tre trouvé chez quelques citoyens riches et généreux les secours qu'on lui refusait d'ailleurs. Mais il avait assez vécu poip* apprendre à redouter les bienfaits , quand l'amitié n'en est pas le principe , ou quand on ne peut estimer la main dont ils viennent. Cest parce qu'il était trës-capable de reconnaissance ^ et qu'il en connaissait tous les devoirs , qu'il ne voulait pas placer ce sentiment au hasard. Il racontait à cette occasion , avec une sorte de gaieté que ses malheurs ne lui avaient point fait perdre , un trait que Molière n'eût pas laissé échapper, s'il eût pu le connaître. Du Méirsius/ disait un riche avare ^ est un fort honnête homme ; iljr a quarante ans qu'il est mon ami ; il est piuivre , et il ne WLa joanais rien demandé.

Sur la fin de sa vie il crut pouvoir se promettre des jours un peu plus heureux ; son fils qui avait fait une petite fdrtune au Cap-Français , oh il mourut il y a quelques années > lui donna par la disposition de son testament , l'usufruit du bien qu'il laissait. Peut-être un père a¥ai^-il droit d'en attendre davantage ; mais c'en était assez pour un vieillard et pour un philosophe. Cependant la distance des lieux , et le peu de temps qu'il survécut à son fils , ne lui permirent de toucher qu'une petite partie de ce bien. Dans ces circonstances le comte de Lauraguais , qui a su préférer dans l'Académie des sciences le simple titre ^académicien k celui d'honoraire , eut occasion de voir du Marsais , el fut touché de sa situation. Il lui assura une pension de looo liv. dont il a continué une partie à une personne qui avait eu soin

Sotk ÉLOGE

^e la vieiliessè da philosopha : atlion Ae générosité qui aura paraii nous plus d'éloges que d'imitateurs.

Notre illustre coll^ëgue , quoiqna âgé ie près de quatre-TÎngts ans, paraissait pouvoir se promettre encore quelques années de vie, lorsqu'il toinha malade au mois de juin de l'année 1756. n s'aperçut bientôt du danger oU il était , et demanda les sacre- 99en8, qn'il reçut arec beaucoup de présence d'esprit et de tranquillité : il Tit arriver la mort en sage qui avait appris à ae la point craindre , et en homme qui n'avait pas lien de regretter la vie. La république des lettres le perdit le 1 1 du même mois , après une maladie de trois ou quatre jours.

Les qualités dominantes de son e^nit étaient la nettçfé et la justesse, portées l'une et l'autre au plus haut degré. Son caractère était doux et tranquille , et son âme toujours égale paraissait peu agjtée par. les^ différens événemens de la vie, même par ceux qui semblaient devoir l'affecter le plus. Quoique aecoutomé à receveur <les louanges , il en était très-peu flatté ; fiaûblesse, si c'en est une , pardonnable aux philosophes méine , et bien naturelle à un homme de lettres qui n'avait point recueilli d'antre récompense de ses travaux. Peu jaloux d'en imposer par les dehors souvent grossiers d'une foussemodestie^il laissait entrevoî|r sans peine l'opinion avantageuse qu'il avaîtde ses ouvrages; imâs si son amouiwpropre n'était pas toujours caché , il se montrait sous une forme qui ne pouvait choquer celui- des autres. Son extérieur et ses discours n'annonçaient pas toujours ce qu^ était : il avait l'esprit'plus^sageque brillant , la marche plus sdré que rapide, et plus propre aux matières qui dépendant de le disc^sfi^on et de l'analyse, qu'il celles qui demandent une im* jH*essioB viveet pronqpte. L'habitude qu'il avait prise d^envisager chaque idée par toutes ses faces ^ et la nécessité oh il s'était trouvé de parler presque toute sa vie à des enfans, lui avaient fait con* tracter dans la conversation unedjfïhsionqui passait quelquefois dans- 9es écrits , et qu'on y remarqua surtout à mesure qu'il avança en âge. Souvent dans ses entretiens il faisait précéder ce qu'il avait à dire par des préambules dont on ne voyait pas d'abord le but , mais dont on i^rcevait ensuite le motif, et quelquefois la nécessité. Son peu de connaissance des hommes , son peu d'usage de traiter avec eux , et sa facilité k dire librement.ce. qu'il pensait sur toutes sortes de sujets, lui donnaient une naïveté souvent plaisante, qui eût passé pour simplicité' dans tout autre que lui , et on eût pu l'appeler le La Fontaine des philosophes. Par une suite de ce caractère , il était sensible an nalur^Ly et blessé de tout ce qui s'en éloignait ; aussi , quoiqu'il a'e&tiaucon talent pour le thâtre , on assure qu'il ne contribua

DE DU MARSAIS. 5o3

pM peu par ses coomîIs à faire aofiénr k la célèbre Le Couvreur cette dëclamatioti Ample d'eii déjpewd l'illosioti du spectateur , et sans laquelle les représeotatimiB dramatiques , dénuées d'expression et de vérité , ne sont que des plaisirs d'enfant. Enfin il ét^t y dit Voltaire , du nombre de ces sages obscurs dont Par» est plein , qtâ jugent sainement de tout, qui vivent entre eujt dans la paix et dans la communication de la raison, ignorés dos grands , et très^redoutés de ces charlatans en tout genre qui veulent dominer sur tes esprits. Il se félicitait d'avoir vu deux événetnens qui l'avaient beauiconp instruit , disait-il , sur les maladies épidémiqoea de l'esprit humain , et qui le consolaient de n'avoir pas Wcu sous Alexandre ou sous Auguste. Le premier d« ce» événemena était le fameux système dont il asfait été une des victimes ; système très^utile en lui-même s'il eût étë bien conduit , et si son auteur et le gouvernement n'avaient pa» été- sédmts et entraînés par lé fanatisme du peuple. Le second événement était Fétrange folie des convulsions et des nu-racles qui les ont annoncées ; autre espèce de fanatisme qui aurtiit pu être dangereux s'il n'avait pas été ridicule ; qui a poité le coup mortel aux hommes' parmi lesquds il est né, et qui les aftdt tomber dans un mépris oii ik resteront , si la persecutipil ne les en tire pas.

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ÉLOOE

U ivE constitution faible j qui nous a trop tôt privés de cet estimable prélat, et les places importantes qu'il eut à remplir , ne lui permirent pat de cultiver les talens de l'esprit avec autant d'assiduité et de succès que d'autres académiciens d'un rang dis* tangué, qui ont contribué ou qui contribuent encore à la gloire de l'Académie, par des ouvrages pleins de -grâces, de philosophie et de goàt. Mais si le cardinal de Soubise ne put donner que des momens aux lettres , il les^ aima du moins ; il honora ceux qui les cultivent, et qui joignent au don du génie la conduite et les

'Armand, cardinal de Soobiie, grand -anmdnier de France, er^qae at prince de Strasbourg , commandeor de l'ordre da Saint-Esprit , n^ à Paris , le V* décembre 1717; reçu le 3o décembre l'^^i^kla place de Gharles-Ar^ mand-Renc' de La Tremoaille , pair de France ; mort le 3$ juin 1756.

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mœurs; il a entretenu dans nos cœurs , par son attachoment pour la compagnie , la reconnaissance que nous detons.à Ja maison de Rohan , dont le nom , si respectable à tant d'égards, doit nous être à jamais précieux comme celui des plus illustres et des plus constans de nos bienfaiteurs. On peut voir dans YBisioire de.r Académie, par l'abbé d'Olivet, l'obligation signalée que noua e&mes , vers le commencement du siècle, au cardinal de Roban ^ dont l'acquisition flatteuse dédommagea lacomp^guict de l'espèce de dégodt que lui avait causé le refus auquel un graud ma-p ^tr^t paraît £tvoir été forcé par-des conjonctures singulières (i). Ce n'est pas la smile preuve que le cardinal de Eohan ai( donnée à . l'Académie des sentimens qu'il avait pour elle ; d^nt toutes 10S circonstances qui l'exigèrent , ou même qui le permirent ^, il fut auprès du roi Xiouis XIY et de ton successeur, qui l'bonoraient tous deux de leur bienveillance , l'interprète , et , . pour ainsi dire, l'agent de la compagnie ; elle avait en lui à la cour une espèce de résident zélé , quoique sans titre , aussi ardent qu'éclairé , et toujours prêt à soutenir et à faire valoir nos intérêts , même sans avoir été eb«^gé de rien. Bienfaiteur, en quelque sorte , perpétuel de ses confrères y k qui il était cher ^ encore par les grâces de son esprit, par la politesse la plus fran-r che et la plus noble , naç la considération don^ il jouissait, et qu'il faisait, en quelque manière , rejaillir sur eux , il préféra l'honneur de se montrer l^ami des lettres , à la vanité de n'en être que le protecteur,

L*Académienecmtpoi)yoir lui témoigner d'une manière pJos flatteuse les sentimens dont elle était pénétrée pour lai , qu'ei% adoptant ^ -de son vivant mêmf , l's^bbé de yenta4our sep neveu ^ depuis cardinal de Soubise. Par cette adoption , elle dérogeait à l'espèce de loi qu'elle s'est imposée , de ne posséder que trèsrarement ensemble deux académiciens de même nom ; la compagnie qui , en conséquence de cet usage , ne s'est pas même permis d'avoir à la fois les deux Corneilles , crut pouvoir, sans inconvénient, posséder deux Robans, dont elle connaissait le dévouement pour ses intérêts.

Le cardinal de Soubise , quoique enlevé à la fleur de son âge , avait mérité , par ses talens et par ses vertus, toutes les -places dont sa naissance le rendait susceptible, et les remplit en homme qui avait su les mériter. Il «fut même- revêtu d'une dignité qui n'était nullement nécessaire pour illustrer sa personne , mais à laquelle sa personne était nécessaire dans les circonstances oti

* P'^ez , dans Tarticie de La Monnaye , le %h\t et le succès arec lequel le chinai de Hoban dcfçndit cet fcadéroiciei^ , atcaqi^e' et caloiooîd par des fanatiques.

DU CARDINAL DE SOUBISE. 5o5

il ie vit force de l'accepter. Il s'agissait de faire rétracter à l'Université de Paris ^on appel de la àulie Unigemius. Le cardinal de Fleury, dont la solliçitade ministérielle s'étendait jusqu'aux plus petits objets^ et pent-etk'e j mettait quelquefois une importaùce qu'ils n'avaient pas , en attachait beaucoup à cette ré-^ tractation ; il la regardait comme devant être une époque dis-> tinguée dans son ministère^ et comme un événement glorieux à la sagesse d'un homme d'Etat. Dans cette vue , il désira que l'abbé fleVentadour fût élu recteur de l'Université. Jamais tant d'honneur n'avait illustré lé rectorat , réservé jusqu''alors à de simples régens de collèges, honoré quelquefois par le mérite de plusieurs d'entre eux, mais aussi avili , comme il pourra l'être encore , par l'indignité de beaucoup d'autres. Le cardinal de Fleury espérait , et ne se trompait pas , que le nom de Rohan d'un côté , et de l'autre l'esprit de conciliation du jeune rcc-* teur , serviraient à contenir ou à ramener les esprits , et par ce moy^, produiraient tout à la fbis, avec éclat et sans trouble, la grande opération qu'il avait si fort à cœur. L'appel fut en effet rétracté, non pas, à la vérité, sans ré^stance, mais avec beaucoup moins d'obstacles que n'en eût rencontré .quelque recteur obscur et fanatique , que l'Université eût aisément trouvé parmi ses membres. L'abbé de Yentadour n'opposa aux dîffîcifltés qu'il éprouvait, et dpntla religion était le motif ou le prétexte, que Içs principes de soumission à la religion même , et surtout la modération , l'honnêteté , la sage et paisible fermeté de son caractère ; il vint à bout, et même assez promptement, de cette rétractation tant désirée, dont la confiance du gouvernement s'était reposée sur ses soins. Enfin , lorsque le ministère irrité , quoique satisfait, voulut sévii^ contre les opposans , l'abbé de Yeùtadour en préserva plusieurs des coups dont l'autorité les menaçait ; et il obtint, pour les plus coupables ou les plus opiniâtres, des peines plus légères ou plus douces que celles dont «la sévérité du pouvoir absolu voulait les accabler.

iHon-seulement le cardinal de Soubise a servi et respecté les lettres, il les a même défendues publiquement contre des imputations absurdes et calomnieuses. Le su|et de son discours pour la clôture ies Sorbonîques , en 1739, était : Quant ufji régi et rcipubUcœ prodçst scientia in subditis ( Combien il est avantageux aux rois et aux gouvernemens que les peuples soient éclairés) ; vérité si frappante et si essentielle au bonheur des nali^ns , qu'on s'étonnerait qu'elle pût trouver des contradic-r teurs, si le despotisme d^une part, et la superstition de l'autre, ces deux fléaux du genre humain, n'avaient pas un intérêt pressant de la combattre et de Tétouffer ; yènii qu'un écrîv^ii\

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de nos jours , plus éloquent que philosophe, a tâche d'ébranler ou d'obscurcir , par une bisarrerie aussi ëtran^ qu'affligeante , et par un amour efirëné du paradoxe. Ignorant ou feignant d'ignorer que le premier principe dé la morale et de la^poKtiqiie, celui qui est le pins propre à assurer la paii^ entré les sociétés , et l'union entre leurs membres, est fondé sur là connaissance réfléchie de nos plus chers et de nos plus* solides intél<éts , et que plus les hojnmes auront de lumiëi^s , plus ils verront qu'ils n'ont rien de mieux à faire pour leur avantage , qoe d'être jostes , vertueux, fidèles aux lois', à la patrie dont elles sont la sauvegarde, et au prince chargé de les maintenir : Les scélérats^ a dit un sage, craignent la justice , et les honnêtes gené^ craignent les juges*

NOTE

(x) Yoici les ciroonstances de Feutrée du cardinal de Rohan dans l^Académie, telles à peu pr& que Fabbé d'Olivet les raconte. L'abbé de Chaulieu, recommandé par feu M. le duc , et plus encore par ses ouvrages , se présenta pour succéder à Charles Perrault. Plusieurs académiciens , entre autres M. de TourreQ , alors directeur, étaient fort opposés au choix de Fabbé de Chaulieu , et craignaient d'ailleurs que la vie un peu épicurienne de ce poëte aimable et philosophe ne lui attirât Fexdusion du roi. En conséquence , le jour même de Félection , M. de Tournai , pour écarter le candidat , qui avait en sa faveur un parti considérable , déclara que le président de Lamoiguon se mettait sur les rangs; et à ce seul nom , dit Fabbé d'Olivet , toutes les voix se réonttrent* Nous ne voyons pas trop par quel motif les amis de Fabbé de GhauBcu Fabandonnèrent en cette circonstance, ni pourquoi le nom d'un excellent poëte devait céder à œhn de Lamoiguon , tout respectable qu'il est. Quoi qu'il en soit , M. le duc, pour faire reparaître FéUié de Chaulieu sur les rangs , pria M* de Lamoiguon de refuser, et n'eut pas de peîoe à, l'obtenir. Louis XIV, qui ne voulait point de Fabbé de Chaulieu , aurtit souhaité pourtant-, par égard pour ses protecteurs , de n'être pas forcé de l'exclure avant ou après le choix de F Académie ; il désirait surtout de voir la compagnie dédommagée « au moins par un grand nom , du petit dégoût que le refus de M. de Lamoiguon venait de lui faire essuyer. Ce prince ordonna donc au cardinal de Rohan , qui allait partir pour Stras* bourg , de retarder son départ de quelques jours, et de se mettre sur les rangs. L'académie fut encore plus empressée à Fadmettre , qu'elle ne l'avait été à nommer M. de Lamoiguon; et en même temps elle arrêta, pour se mettre désormais à Fabri des refus , que personne ne pourrait dorénavant être proposé au roi , si quelque acadÀniden ne répondait que le sujet ^u accepterait la pkce.

DU CARDINAL DE SOUBISE. So;

Il semble pourtant assez avërë , par des lettres qu'ëcri?irent alors à M. de;Laraoi|fiMlii ^dqaes aoadénucieiis , et qui ont été consenrées par là famille ',,qua MideTourreil, en proposant ce magistrat, avait répondu' de sonacoeptation , conjointement avec Tabbé Boileau et Régnier Desmaraisy alocs secrétaire de la compagnie. S'étaient-ils imprudem* meziC aTancéfl, ou avaient-^ls en effet tiré de ce magistrat une promesse qu'il n'osa tenir ensuite , pour ne pas désobliger deux princes du sang ( car le prince de Gonti était le second ) qui s'intéressaient vivement au succès de l'abbé de Ghaulieu ? c'est ce que nous ignorons , et ce qu'il est aujourd'hui assez peu important d'édaircir. Nous sevoses seulement que Tabbé Testu de Belval' , un des académiciens qui intriguèrent le plus vivement dans cette affiiire , désirait , quoique attaché à M. de Lamoignon , de voir entrer dans la compagnie l*abbé de Ghaulieu , et qu'il exhortait, par ses lettres^ le magistrat à persévérer dans son refus. Tonrreil, j^our s'en venger, fit une éjpigramme dans laquelle, après avoir peint l'abbé Testu sous des couleurs peu favorables , on supposait q«e M. de Lamoignon disitt & cet abbé \

Tires-moi de souci ^

De cette Académie en étes-vons anssi ?

— Si j'en sais, moi? sans dotite , et j'y re'gente eh mdtre.

-^Snffity dit Lamoignon, je n'eo veos dèiicplas être.

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