ÉLOGE DE BOISSY
ATAiiT fait en provmce ses premières études , il vint à Paris à Vàge de vingt ans , sans fertane , et pressé de vivre. Le besoin impërienr de subsister , et la ressource , malheureusement unique , que m plume hii ofiaH pour satisfaire à ce besoin , lui fit embrasser le genre d'écrire qui pcmyttit le plus aisément lui proeurer des lecteurs , mm qui devaôt plus sAreoMut encore lui attirer beaucoup d'ennemis. Il se fit ii la fisis connaître et haïr par quelques satires imprimées , oii il attaquait , sans ménage-
' Voyes là yie de ilf. U premier président de Lamoignon , par M. Grailkrd , de l?Aoadémie Française et de celle des belles-lettres , p. 4^ et aniv. Cette vie , intéressante et bien écrite , a été imprimée d'abord à la tête d*nne édition noorelley et publiée en 1781, du Recueil de Jorispmdence connu son» le nom d^ Arrêtée de Lamoignon^ et depuis à la suite de VMistoire de Charhmmgne^ du même auteor.
* ^o^-ex son article.
^ Loais de Boissy, ne à Vie en Aurergne^ le q6 novembre 1694; ^^ ^^ 35 août 1754 f à la place de Philippe Nericault Destonches ; mort le ig avril 17^8.
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ment et sans distinction , tout ce que la littérature avait alor« de plus célèbre; il portait ses coups jusqu'à l'Académie prise en corps , et fut en cela moins avisé que l'avait été Despréaux luimême, malgré son talent et son goût pour la satire. Cet illustre écrivain , n'étant pas encore membre de la compagnie , avait eu dessein de finir Je premier cbant de son Art poétique -ç^v ces deux vers, qui devaient terminer le portrait d'un mauvais poète :
Et dans l'Acadëmie , orne d*on noureta Instre , Il fournira bientât un quarantième illustre.
Mais il eut la prudence de les retrancher à l'impression , pour ne pas déplaire à un corps oii il ^vait la secrète envie d'entrer tôt ou tard ; car, en l'attaquant même , il était bien loin de le m^riser, et désirait encore plus d'être* le confrère de Bossuet , de G>meille et de Racine, qu'il ne craignait d'être celui de Chapelain, de Cotin et de Cassagne. Boissy.ne fut pas aussi sage, et s'aliéna , par son imprudence , tous ceux qu'il avait besoin de ménager. C'est ainsi qu'ont débuté plusieilrs écrivains, qui, par ce fatal essai de leurs talens, se sont perdus à l'entrée de leur course. Celui dont nous parlons en fit long-temps la triste épreuve. Il a fallu qu'il vieillit dans le repentir, et qu'il expiât, par de longs chagrins , les torts de sa jeunesse , pour parvem'r à les faire oublier , et pour recueillir de ses travaux quelques fruits tardifs, dont il n'aurait tenu qu'à lui de jouir beaucoup plus tôt.
On ne saurait trop répéter aux jeunes gens qui , nés avec quelques dispositions, entrent dans la carrière des lettres, que souvent le bonheur de leur vie tient encore moins au succès de leurs premier» ouvrages qu'à la nature de ces ouvrages même ; et que la satire surtout est le genre le plus fâcheux par lequel ils puissent s'annoncer. Il est vrai qu'un auteur qui déchire ses confrères , est à peu près assuré , quelque grossièrement qu'il les déchire , d'être lu et quelquefois goAté pour un moment , parce que la sati^a'ction de voir \^ mérite outragé , est le premier besoin de la méchanceté oisive et jalouse ; mais l'imprudent écrivain qui se charge d'apprêter les poisons dont elle se nourrit, est encore plus sûr d'être promptement oublié , qu'il ne l'était d'être applaudi quelques instans ; on ne peut échapper à cet oubli, qu'en joignant à la rage si commune de médire , le talent très-rare de médire avec grâce et avec finesse. D'ailleurs , si cette triste et vile occupation fournit quelques secours passagers à la misérable existence de ceux qui s'y livrent , elle ne leur fait pas un ami parmi ceux qui les lisent , et même qui les encouragent : en vain le jeune et ardent satirique se pare de la protection sourde de quelques ennemis des lettres, dont le nom lui parait fait