ELOGE DE VAUX DE SAINT-CYR
vJ'est un usage ancien et comme sacré pour l'Académie , de recevoir parmi se* membres le précepteur et le sons-précepteur des enfans de France. Le mérite éminf nt des Bossuet , des Féné- Ion , des Fleury , suffit pour justifier cet usage ; il est d'ailleurs naturel de penser que , pour instruire et former l'héritier de la couronne , le monarque choisit ceux qui , par leurs connaissances et leurs lumières , se sont montrés les plus dignes de cette importante place y et l'Académie ne doit pas se piquer d'être plus difficile que son protecteur. Ce fut par ces motif^ qu'elle admit Tabbé de Saint-Cjr, dont la modestie avait ^ dans le silence, eultivé des talens qui n'éefaappërent pas au souverain. L'abbé Batteux , son ami et son successeur ( non dans la place de sonsprécepteur des enfans de France , mais dans celle d'académicien ), nous assure qu'il était trës-versé dans les langues grecque et latine I et qu'il ne négligea rien pour en inspirer le goût à son auguste élève. Si les effets de ses instructions furent .tardifs , il eut du moins la satisfaction d'en jouir. M. le dauphin se plai-* gnait souvent d'avoir été très-mal élevé ; plus il acquérait de lumières, plus il sentait vivement le malheur de ne les avoir pas plus tôt acquises *. Des princes, beaucoup plus bornés , se sont aperçus plus d'une fois qu'ils avaient eu , comme lui , ce malheur si ordinaire à leur état , et ont eu , comme lui , le courage de s'en plaindre , au moins quand ils n'ont pas été tout-à-fait abrutis ou corrompus par leur funeste éducation. Le dauphin , trèsmécontent de la sienne , dans laquelle apparemment l'abbé de Saint-Cyr n'avait pas été secondé par ses coopérateurs , en re* commença une seconde ,' qui lui fut beaucoup plus utile ; et ce qui prouve qu'il n'avait rien à reprocher aux soins que l'abbé de Saint-Gyr avait donnés à son enfance , c'est qii'il l'honora constamment de sa confiance et de son estime , daignant appeler
' Odet-Joseph ide Vaux de Giry de Saînt-Cyr, soas-prc'ceptear de monieii;ncar le dauphin, fils de Louis XV et père du roi rtfgnant, reçu le lo mars 1743, à la place de Melchior , cardinal de Polignac; mort le i4 janvier 1761.
* Non» n'en rapporterons qu^nne prtuTe, qui lait le plus grand honneur à U. mémoire de M. le dauphin. Il avait e'te dangereusement malade; un antre prince du sang Pétait en même temps que lui. Le père de ce prince félicitait M. le dauphin sur son rétablissement , et ajoutait : J'aurais sacrifié la vie même de monfiis poursawer la vôtre,,..» Je le croie hien, répondit M. le dauphin. Dans ]es dernières années de sa rie, il rapportait lui-même cette ré^ ponse, en frémissant (c'étaient ses propres termes) de la détestable édocftlioQ quVm lui ayait donnée. >