ÉLOGE DE VAUX DE SAINT-CYR
son ami celui qui avait été son premier maître. La mort , qui nous a enlevé ce prince , ne nous a pas permis de recueillir lé fruit des vertus que l'abbé.de Saint*Cyr lui avait sans doute enseignées. Un tel instituteur connaissait trop les devoirs d*un souverain pour n'avoir pas appris à son auguste disciple la nécessité d'être humain , bienfaisant et juste , de supporter la faiblesse des hommes , et de laisser même un libre cours k leurs écarts , lorsqu'il ne peut en naître de troubles que par la force que l'autorité leur donne , soit en les appuyant , soit en voulant les réprimer. Il s'était bien gardé surtout (nous devons an moins le présumer pour l'honneur de sa mémoire ) d'inspirer au jeune prince cette haine secrète pour le mérite , plus commune qu'on ne croit dans les courS) et cette aversion sourde pour les lumières^ triste preuve de médiocrité ou de quelque chose de pis dans les monarques qui ouvrent leur âme à un sentiment si méprisable. Enfin ^ il n'avait point fait retentir aux oreilles de son élève ces discours ineptes , mais insidieux , si souvent reprochés aux instituteurs des rois ^ ces déclamations insipides y dont nos oreilles sont si ennuyeusement rebattues, sur l'effroyable danger de la philosophie ; déclamations qui, par leur trivialité , sont devenues, dans nos sermons même, une espèce de formule usée, et qui , infectant aujourd'hui les rapsodies littéraires dont nous somnaes inondés , sont, , dans ces rapsodies , le Cachet infaillible de la jnédiocrité hypocrite et envieuse ; déclamations enfin qu'on peut comparer aux couplets fastidieux contre les abbés et les procureurs, que notre parterre même ne daigne plus écouter dans la farces de Dancourt. L'abbé de Saijat-Cyr dut apprendre à M. le dauphin , que la philosophie , bien loin d'être , comme l'imbécile méchanceté l'en accuse , l'ennemie des rois et des peuples , est au contraire leur sauve-garde la plus assurée , par l'horreur qu'elle inspire pour la tyrannie qui rend les souverains odieux , et pour la superstition qui rend les peuples méprisables ; que sans elle les monarques et les sujets seraient encore aussi malheureux qu'ils l'étaient du temps de Charle»le-Chauve et 'Lon\S'le»Begue ; qu'elle seule affermit les rois sur leiirs trônes', en repoussant les attaques des pontifes ambitieux qui voulaient les en précipiter ; qu'elle seule a fait cesser les flots de sang que le fanatisme a répandus ; et qu'ainsi les gouvefnemens qui la persécuteraient après lui avoir eu tant d'obligations , ressembleraient à ces ingrats agrurulteurs , qui égorgent -les. animaux par qui leurs terres ont été labourées '.
* Si Phumanité n'est pas assc^ heureuse pour que tous les princes reroireot aujourd'hui ces salutaires leçons , il en est an moins quelques uns qui ont ca le bonheur de les entendre , et qui sans doute auront celui de les suirrc. ClWs