DE SEGUY
parler , et que ceux qui emploieraient encore le même moyen ne pourraient que s^exposer à des redites , on leur conseille j ou de passer désormais cet objet sous silence , ou d'oser, en dépit de la calomnie et de Fenvie, proscrire courageusement ce que le plus respectable des bis« toriens de TEglise a si franchement condamné. Si on a rimbécillité dç les accuser de philosophie , qu'ib opposent à cette accusation le ^isr cours de Tabbé Fleury pour toute réponse ; tant pis pour les supérieurs ecclésiastiques qui ne seraient pas satisfaits de cette justification , ou même qui auraient besoin qu'on s*en servît auprès d'eux. Croirait-on qu^il s'en est trouvé de nos jours , et des plus constitués en dignités , à qui cet excellent discours n'était pas connu , et qui ont paru étonnés quand on leur en a appris Texistence ? Leur surprise est du même genre que les clameurs dont tous les couvens de religieuses retentirent , jl y a peu d'années , contre un écrivain célèbre qui , dans son Essai sur r Histoire générale, avait rapporté, quoique très - brièvement , les crimes scandaleux de plusieurs souverains pontifes. On criait à la calomnie et & l'impiété ; le fanatisme ignorant n'en savait pas davantage , et peut-être n'est pas encore détrompé.
Revenons eaacore un moment au panégyrique de S. Louis , et aux difficultés que doit y rencontrer l'orateur , relativement aux lumièref on aux id^ de notre siècle. Si l'on voulait , par exemple , louer ou justifier ce pieux monarque des austérités qu'il pratiquait par l'avis de 3on confesseur , le panégyriste pourrait faire une assez heureuse apr plication à S. Louis , de ce que Thomas , dans son Essai sur les éloges , a si bien observé sur la vie dure que menait l'empereur Julien , si difiërent d'ailleurs de S. Louis à tous égards. « On dira peut-être quç » cette rigide austérité est plutôt la vertu d'un cénobite que d'un » prince ; on se trompe. On ne pense point assez combieii , dans celui » qui gouverne , ime vie austère retranche de passions , de besoins ; » combien elle ajoute au temps, combien elle laisse au peuple , coihbien M elle diminue les moyens de corruption et de faiblesse ; combien ., 3> par l'habitude de se vaincre , elle élève l'âme. »' Cette réflexion augr mente encore de prix « si l'orateur opposait en même temps la bienfaisance du monarque pour ses peuples , à sa sévérité pour lui-même , et embellissait ce contraste de tou^lea omeneas oratoires que fournit un >i touchant parallèle.
(3) Seraitrce par quelque raison d'antipathie entre la prose et les vers , que lés Despréaux , les Rousseau , les La Fontaine ont été de médiocres prosateurs , et que Voltaire est le seul de nos grands poètes dont la prose se lise avec autapt de plaisir que ses vers ? Racine même est pour le moins très-inégal dans sa prose. Son discours à la réception de Thomas Corneille , et ses deux lettres à Port-Royal , sont les seuU puvrages en ce genre qui soient dignes de loi.
r'noSPEB JoLTOT DE Crémlloic naquît k Dijon , le i3 février 1674. La capitale de la Bourgogne , ou il reçut le jour , s'honore d'à* voir vu« naître un grand nombre' d'hommes célèbres dans les lettres , parmi lesquels nous ne citerons que Bossuet , qui dispense de nommer ses autres compatriotes , comme il dispense de nommer les orateurs ses contemporains (i).
Le jeune Crëbillon fît ses études chez les jésuites, qui ont été de même les premiers instituteurs de plusieurs écrivains distingués : nous ne rappellerons ici que les trois plus illostres, ce même Bossuet qu'ils voulurent acquérir et qui lear échappa-, le grand Corneille, qui les aima toujours, et Yoltaife qui les aima long - temps-. On sait trop <:oml>ien l'édacation , telle qu'elle subsiste malheureusepent parmi nous, est peu propre k former de grands hommes; elle le serait bien pins à ëtpnffer le génie d^ son berceau , si la nature qui , dans les contrées sauvages , donne quelquefois la fécondité à la terre , malgré la barbarie des.habitans , n'avait pas* aussi dans les esprits du premier ordre une énergie su^rienre aux plus maovaises leçons. On est convenu cependant, soit par égard, soit par indulgence pour l'amour-propre des maîtres , de leur ac-> corder quelque part dans la gloire que leurs disciples ont su inériter par eux-mêmes , et malgré l'éducation qu'ils ont reçue. £n ce cas , la société des jésuites ^ quelque illustrée qu'elle soit par les hommes célèbres qui lui ont appartenu , aurait encore |>lus à se glorifier de ses élèves que de ses membres (a).
Une anecdote que l'abbé d'Olivet a souvent racontée, et qu'il «avait d'original , nous apprend que G*ébillon annonça dès le xollége les talens qui devaient lui faire un nem , et en mliDe" temps l'amour qu'il a montré jusqu'à la fin de ses jours poor une vie indépendante et libre de toute espèce de contrainte. Les jésuites ses maîtres , qui s'occupaient avec zèle , car c'est une justice qu'il faut leur rendre , de l'éducation de la jeunesse conjBée si long-temps à leurs soins, n'oubliaient pas dans cette éda-» ^ 4cation l'avantage de leur compagnie, toujours présent k leurs
Îreux , espèce de «entiment patriotique dont nous n'aurons pas a dureté de leur faire jm reproche. Dans cette V9ie , ils s'étadiaîent à bien connaître leurs disciples , pour en tirer tont ie
■ R«ço îe- 27- septembre i73i, à la place de Jean-Françoit Lerigetde Lu f aye; mort le 17 jain 1763.