ÉLOGE DE CRÉBIH,ON
parti possible y retativement aux diffërens projets qu'ils poûTaient former sur eux. Us avaient pour cet effet dans chaque collège un registre secret , sur lequel ils écrivaient le nom de chaque écolier, avec urie note en bitia sur ses talens, son esprit et son caractère. Fontenelle , par exemple , qui avait aussi étudié ches eux dans laville de Rouen sa patrie, avait pour note ; Adoles^ cens omnibus numénr absolu tus . et in ter discipulos princeps, (Jeune homme accompli à tous égards , et le modèle de ses condisciples.) La note de Crébillon n'était pas tout- à -fait si honorable; elle portait : Puer ingeniosus, sed insignis nebuh. (Enfant plein d'esprit, mais insigne vaurien). Nous n'aurions osé rapporter une circdnvjtance si futile de l'enfance deCrébiUon, si sa conduite dans tout le cours de sa vie avait justifié l'épithète malhonnête dont on le gratifiait de si bonne heure ; une telle épithète, ■appliquée par un régent de collège à an écolier plein d'esprit et de vivacité , ne signifiait autre chose que Fimpétuosité naturelle d'ud enfant qui se livrait avec ardeur aux plaisirs innocens de son^ge, qui affichait un dégoût bien excusable pour des études rebutantes et par elles-mêmes et par leur forme ; qui montrait dès lors un caractère ferme et décidé , incapable de s'assujétir k des règles minutieuses; enfm qui savait peut^tre déjà démêler dans ses instituteurs ces travers trop fréquens que la maladressîMes maîtres laisse apercevoir à leurs disciples. En effet, et c'est une réflexion que ne font pas assex ceux qui sont chargés d'élever la jeunesse, les enfans, lorsqu'ils passent dans leurs mafns , sortent immé<Matement de celles de la nature, et n'ajant point encore là raison gâtée , comme dit La Fontaine, par les préjugés de l'éducation ou de la société , ont une sagacité bien plus pénétrante et plus redoutable qu'on ne croit pour sentir ce qui est injuste on ricjtcule; ils savent saisir et apprécier l'un et Paulre, avec une justesse de tact qui a plus d'une fois «lé le désespoir de lenrs pédagogues , et qui leur a fait porter sur ces enfans des jugemens trop intéressés pour être équitables. Tel était sans doute le jeune Crébillon , regardé par les jésuites comme un fléau de leur collège. -
Sa famiHe , ancienne et illustrée dans la magistrature du cbU paterhel et maternel , désirait de conserver cette illustratTOn , qui était pour elle un héritage précieux et respecté. En conséquence de ces vues , son père , greffier en chef de la chambre des comptes de Dijon, le destina à la robe, sans consulter ni la volonté de ce fils , ni la nature qui se plaît si souvent à contrarier les projets des pères , et qui malgré eux a fait les Despréaux , les Molière , et tant d'autres. Le jeune homme voulait se consacrer à la littérature , sa vraie et sa seule vocation ; mais ses parens 3. 35