ÉLOGE DE FLEURIAU
son discours, et pria le récipiendaire de s'en charger. Il arriva ce qui est arrive plus d'une fois en pareille conjoncture , que le récipiendaire fit mieux pour le directeur qu'il n'avait fait pour lui-même , parce qu'il avait voulu seulement bien faire en travaillant pour le directeur, et qu'en tâchant pour lui de faire encore mieux, il avait fait plus mal. Le public préféra les expressions simples et nobles du sentiment aux pénÀles efforts de l'art.
L'Académie de Bordeaux avait choisi le comte de Monrilte -pour protecteur. Quoi qu'il en fdt digne par son amour pour les lettres et par ses connaissances, nous ne saurions trop répéter que ce titre est trop grand pour quelque particulier que ce puisse être , et qu'une compagnie de véritables gens de lettres ne doit avoir pour /^ro/ecret/r que le souverain , ou personne.
Él^vé aux plus grandes dignités de l'État, il ne manquait an comte de Morville que de les perdre , pour prouver combien il en était digne. Les circonstances parurent demander qu'il remit tous ses emplois. Il se retira comblé de l'estime et des grâces da monarque. Les lettres et les beaux arts qu'il aimait, firent, non pas la ressource , mais la douceur de sa retraite ; on ne pouvait pas dire , eu voyant la paix dont il jouissait , que la philosophie n'avait été pour lui qu'un asile dans sa disgrâce , et une espèce de pis aller; elle lui fit même goûter tm bonheur qu'il aurait peut-être ignoré dans l'éclat de sa fortune : il coilserva tous ses amis , parce qu'ils l'avaient été de sa personne et non de ses places. Les ministres étrangers , qui avaient connu sa pn^ité et ses lumières, continuèrent à le voir assidûment, comme s'ils avaient eu encore à traiter avec lui ; ils rendirent au sage qu'ils respectaient, les soins qu'ils avaient rendus à l'homme d'état; et l'un d'eux lui donna en mourant la plus grande marque d'estime que puisse donner un étranger à un ministre qui n'est plus rien , il le fit. son exécuteur testamentaire. Réduite ses seules vertus, le comte de Morville eut la satisfaction si douce de jouir plusieurs années de cette considération personnelle , digne et vraie récompense des âmea honnêtes , parce qu'elle ne s'accorde ni au crédit ni aux dignités.