‹ Œuvres de d'Alembert (volume 3)Chapitre 12 sur 61 · EXPLICATION · texte numérisé non relu

EXPLICATION

/noiseur, tanneur , peaussier , etc. ; au travail et a. Remploi de la laine et de la soie, son tirage , son moulinage , \es arts de drapiers, passementiers, galonniers , boutonniers , ouvriers en velours , satins ^ damas , étojfes brochées , lustrines ^ etc. ; au travail et à Tèmploi de la terre, \a poterie de terre y \a faïence, la porcelaine , etc. ; au travail et à l'emploi de la pierre, la partie mécanique de V architecte, du sculpteur, du stuccateur, etc. ; au travail et à l'emploi des bois, la menuiserie , la charpenterie , la marquetterie , la tableterie , etc. , et ainsi de toutes les autres matières et de tous les autres arts , qui sont au nombre de plus de deux cent cinquante. On a vu dans le discours prélimiaaire comment nous nous sommes proposé de traiter de chacun. Yoilà tout Vhistoriqiie de la connaissance huruaine , ce qu'il n faut rapporter à la mémoire, et ce qui doit être la matière première du philosophe.

RAISON, d'où PHILOSOPHIE,

La philosophie, ou la portion de la connaissance humaine qu'il faut rapporter à la raison, est très-étendue. Il n'est presque aucun objet aperçu par les sens , dont la réflexion n'ait fait une science. Mais dans la multitude de ces objets, il y en a quelques uns qui se font remarquer par leur importance , quibus abscinditur injinitum. , et auxquels on peut rapporter toutes les sciences; ces chefs sont Dieu , à la connaissance duquel l'homme s'est élevé par la réflexion sur l'histoire naturelle et sur l'histoire sacrée : V homme , qui est sûr de son existence par conscience ou sens interne; la nature, dont l'homme a appris l'histoire par Fusage des sens extérieurs. Dieu ,Vhomme et la nature nous fourniront donc une distribution générale de la philosophie ou de la science (car ces mots sont synonymes) ; et \a philosophie , ou science , sera science de Dieu , science de Vhomme , et science de la nature.

PHILOSOPHIE OWSCIENCE.

I. Science de Dieu. II. Science de Vhomme, III. Science de la

nature.

Le progrès naturel de l'esprit humain est de s'élever des individus aux espèces, des espèces aux genres, des genres prochains aux genres éloignés , et de former à chaque pas une science ; ou du moins d'ajouter une branche nouvelle à quelque science déjà formée : ainsi la notion d'une intelligence incréée, infinie, etc. , que nous rencontrons dans la nature , et que l'his-

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loire sacrée nous annonce , et celle d'une intelligence crée'e , finie et unie à un corps que nous apercevons dans l'homme , et que nous supposons dans la brute , nous ont conduit à la notion d'une intelligence créée , finie , qui n'aurait point de corps , ek de là à la notion générale de l'esprit. De plus, les propriétés générales des êtres , tant spirituels que corporels , étant Vexis" tence , la.' possibilité , la durée, la substance, V attribut , etc. , on a examiné ces propriétés , et on en a formé V ontologie , ou science de Vétre en général. Nous avons donc eu dans un ordre renversé, d'abord Vontologie, ensuite la science de Vesprit, ou ]a pneumatologie , ou ce qu'on appelle communément métaphysique particulière : et cette science s'est distribuée en science de Dieu, ou théologie naturelle , qu'il a plu à Dieu de rectifier et de sanctifier par la révélation , d'oii religion et théologie proprement dite ; d'oii par abus , superstition. En doctrine des esprits bien et mal-faisans , ou des anges et des démons ; d'oii divination, et la chimère de la magie noire. En science de Vâme qu'on a sous-divisée en science de Vâme raisonnable qui conçoit , et en science de l'dme sensitive, qui se borne aux sensations.

II. Science de l'homme. La distribution de la science de l'homme nous est donnée par celle de ses facultés. Les facultés principales de l'homme sont V entendement et la volonté ; Yen-tendement, qu'il faut diriger à la. vérité; la volonté, qu'il faut plier à la vertu : l'un est le but de la logique , l'autre est celui de la morale.

La logique peut se distribuer en art de penser , en art de retenir ses pensées et en art de les communiquer.

Uart de penser a autant de branches que l'entendement a d'opérations principales. Mais on distingue dans l'entendement quatre opérations principales , l'appréhension , le jugement , le raisonnement et la méthode. On peut rapporter à V appréhension la doctrine des idées OM perceptions ; au jugement , celle ^es propositions ; au raisonnement et à la méthode , celle de V induction et de la démonstration. Mais dans la démonstration, ou l'on remonte de la chose à démontrer aux premiers principes , ou l'on descend des premiers principes à la chose à démontrer , d'oii naissent V analyse et la synthèse.

Uart de retenir a deux branches , la science de la mémoire même , et la science des supplémens de la mémoire. La mémoire que nous avons considérée d'abord comme une faculté purement passive , et que nous considérons ici comme une puissance active que la raison peut perfectionner, est ou naturelle, ou artificielle. La mémoire naturelle est une affection des organes , V artificielle consiste dans \a prénotion el dans V emblème ; la prénçtion sans

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laquelle rieu en particulier n'est présent à l'esprit ; Vembîèw.e

par lequel Yimaginatwti est appelée au secours de la mémoire.

Les repiésentationa artifcicUes sont le supplément de la mémoire. V écriture est une de ces représentations^ mais on se sert en écrivant, ou de caractères courans , ou de caractères particuliers. On appelle la collection des premiers Valj?habet; les autres se nomment chiffres : d'oii naissent les arts de lire, d'ecrire, de chiffrer, et la science de Y orthographe.

Uart de trajismcttre se di^,tribue en science de V instrument du discours , et en science des qualités du discours. La science de l'instrument du discours s'appelle ^r«7?27w<7z>e. La science des qualités du discours, rhétorique.

ha gra7i?maire se distribue en science des signes, de \a prohonciation ^ de la construction, et de la sjntaxe. Les signes sont les sons articulés; la prononciation on prosodie , l'art de les articuler; la sj^nta.re, l'art de les appliquer aux différentes vues de l'esprit; et la construction , la connaissance de l'ordre qu'ils doivent avoir dans le discours, fondé sur l'usage et sur la r«^ flexion. Mais il y a d'autres signes de la pensée que les sons articulés, savoir le geste et les caractères. Les caractères sont ou idéaux, ou hiérogljphiques , ou héraldiques. Idéaux, tels que ceux des Indiens qui marquent chacun une idée , et qu'il faut par conséquent multiplier autant qu'il y a d'êtres réels. Hiéroglj phiques , qui sont l'écriture du monde dans son enfance. Héraldiques , qui forment ce que nous appelons la science du blason.

C'est aussi à Vart de transmettre qu'il faut rapporter la critique, \a pédagogique et \a philologie . La critique , qui restitue dans les auteurs les endroits corrompus , donne des éditions, etc. ha pédagogique, qui traite du choix des études et de la manière d'enseigner. La philologie , qui s'occupe de la connaissance de la littérature universelle.

C'est à Y art d'embellir le discours qu'il faut rapporter la versification ou le mécanique de la poésie. Nous omettrons la distribution de la rhétorique, dans ses différentes parties, parce qu'il n'en découle ni science, ni art, si ce n'est peut-être la pantomime du geste ; et du geste et de la voix, la déclamation.

La morale, dont nous avons fait la seconde partie de la science de Vhomine, est ou générale ou particulière. Celle-ci se distribue en jurisprudence naturelle , économique et politique, ha jurisprudence naturelle est la science des devoirs de l'homme seul ; Yéconomique , la science des devoirs de l'homme en famille; la politique, celle des devoirs de l'homme en société. Mais la morale serait incomplète, si ces traités n'étaient précédés de

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celui de la réalité du bien et du mal moral} de la nécessité de remplir ses de^'oirs ^ d'être bon, juste, vertueux., etc.; c'est l'objet delà morale générale.

Si l'on considère que les sociétés ne sont pas moins obligées d'être vertueuses que les particuliers, ou verra naître les devoirs des sociétés, qu'on pourrait appeler jurisprudence natuielle d'une société \ économique d'une ?,oc\éié\ commerce intérieur, extérieur de terre et de mer; et politique d'une société.

III. Science de la nature. Nous distribuerons la science de la nature en ph/ysique et mathématique. Nous tenons encore cette distribution de la réflexion et de notre penchant à généraliser. Nous avons pris par les sens la connaissance des individus réels : soleil, lune, sirius , etc.; astres : «zr, feu , terre , eau , etc. ; élémens : pluies , neiges , grêles , tonnerres, etc. , météores ; et ainsi du reste de l'histoire naturelle. Nous avons pris en même temps la connaissance des abstraits, couleur, son, sax^eur, odeur, densité, rareté, chaleur , froid , mollesse, dureté , fluidité , solidité, roideur , élasticité , pesanteur, légèreté, etc.; figure , distance, mouvement, repos, durée, étendue, quantité , impénétrabilité.

Nous avons vu par la réflexion que de ces abstraits , les uns convenaient à tous les individus corporels, comme étendue, mouvement, impénétrabilité , etc. Nous en avons fait l'objet de la. phj'sique générale , ou métaphysique des corps ; et ces mêmes propriétés, considérées dans chaque individu en particulier, avec les variétés qui les distinguent , comme la dureté, le re^sort , la fluidité , etc., font l'objet àe la physique particulière.

Une autre propriété plus générale des corps , et que supposent toutes les autres, savoir, la quantité , a formé l'objet des mathématiques. On appelle quantité ou. grandeur , tout ce qui peut être augmenté et diminué.

La quantité , objet des mathématiques , pouvait être considérée, ou seulement et indépendamment des individus réels, et des individus abstraits dont on en tenait la connaissance ; ou dans ces individus réels ou abstraits ; ou dans leurs effets recherchés d'après des causes réelles ou supposées ; et cette seconde vue de la réflexion a distribué les mathématiques en 772^thématiques pures , mathématiques mixtes , pliysico-mathématiques.

La quantité abstraite , objet des mathématiques pures , est ou nombrahle ou étendue. La quantité abstraite nombrable est devenue l'objet de Y arithmé^icpic ; et la quantité abstraite étendue , celui de la géométrie.

U arithmétique se distribue en arithtné tique numérique ou

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par chiffres , et en algèbre ou arithmétique universelle par îet^ très, qui n'est autre chose que le calcul des grandeurs en général , et dont les opérations ne sont proprement que des opérations arithmétiques indiquées d'une manière abrégée; car, à parler exactement , il n'y a calcul que de nombres.

U algèbre est élémentaire ou infinitésimale , selon la nature des quantités auxquelles on l'applique. U infinitésimale est ou différentielle ou intégrale : différentielle , quand il s'agit de descendre de l'expression d'une quantité finie , ou considérée comme telle , à l'expression de son accroissement , ou de sa diminution, instantanée : intégrale^ quand il s'agit de remonter,de cette expression à la quantité finie même.

La géométrie ou a pour objet primitif les propriétés du cercle et de la ligne droite , ou embrasse dans ses spéculations toutes sortes de courbes, ce qui la distribue en élémentaire et en trans' cendante.

Les mathématiques mixtes ont autant de divisions et de sousdivisions, qu'il y a d'êtres réels dans lesquels la quantité peut être considérée. La quantité considérée dans les corps en tant que mobiles , ou tendant à se mouvoir, est l'objet de la mécanique, l^ mécanique a deux branches, la statique et la dynamique. La statique a pour objet la quantité considérée dans le» corps en équilibre et tendant seulement à se mouvoir. La dynamique a pour objet la ^wa/i///e considérée dans les corps actuellement mus. La statique et la dynamique ont chacune deux parties. La statique se distribue en statique proprement dite , qui a pour objet la quantité considérée dans les corps solides ea équilibre, et tendant seulement à se mouvoir , et en hydrostatique , qui a pour objet la quantité considérée dans les corps fluides en équilibre, et tendant seulement à se mouvoir. La dynamique se distribue en dynamique proprement dite, qui a pour objet la quantité consxàérée dans les corps solides actuellement mus ; et en hydrodynamique , qui a pour objet la quantité considérée dans les corps fluides actuellement mus. Mais si l'on considère la quantité dans les eaux actuellement mues, l'hydrodynamique prend alors le nom à'hydaulique. On pourrait rapporter la navigation à l'hydrodynamique, et la ballistique ou le jet des bombes à la mécanique.

La quantité considérée dans les mouvemens des corps célestes donne V astronomie géométrique ; d'oii la cosmographie ou description de V univers , qui se divise en uranographie ou description du ciel ^ en hydrographie ou description des eaux; et en géographie, d'oii encore la thronologie, eilagnomonique ou Yart de construire des cadrans.

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