EFFRAYÉ, ÉPOUVANTÉ, ALARMÉ
Ces mots désignent en général l'état d'une personne qui craint et qui témoigne sa crainte par des signes extérieurs.
Épouvanté est ^his fort qu'effrayé, et celui-ci (\[x alarmé. On est alarmé d'un danger qu'on craint , épouvanté d'un danger présent, effrayé à' un danger passé qu'on a couru sans s'en apercevoir. U alarme produit des efforts pour éviter le mal dont on est menacé ; V effroi se borne à un sentiment vif et passager ; V épouvante est plus durable et ôte presque toujours la réflexion.
Ces trois mots désignent en général la disposition d'une âme qui brave ce que les autres craignent. Le premier dit plus que le second , et se prend toujours en mauvaise part ; et le second dit plus que le troisième , et se prend aussi presque toujours en mauvaise part.
L'homme effronté est sans pudeur; l'homme audacieux , sans respect ou sans réflexion ; l'homme hardi, sans crainte.
La hardiesse avec laquelle on doit toujours dire la vérité , ne doit jamais dégénérer en audace , et encore moins en effronterie.
Hardi se ^vend aussi au figuré, une voûte hardie. Effronterie se dit que des personnes ; hardi et audacieux se disent des personnes , des actions et des discours.
ÉGARDS, MÉNAGEMENS, ATT E NTION S , CIRCONS PECT ION.
Ces mots désignent en général la retenue qu'on doit avoir dans ses procédés. Les égards sont l'effet de la justice ; les ménage^
mens , de l'intërét ; les attentions , de la reconnaissance ou de
l'amitié ; la circonspection , de la prudence.
On doit avoir des égards pour les honnêtes gens , des menagemens pour ceux qui en ont besoin, des attentions pour ses parens et ses amis , de la circonspection avec ceux avec qui l'on traite.
Les égards supposent, dans ceux pour qui on les a, des qualités réelles ; les ménagemens ^ de la puissance ou de la faiblesse ; les attentions^ des liens qui les attachent à nous ; îa circonspection , des motifs particuliers ou généraux de s'en défier.
ÉLÈVE, DISGIPLE, ÉCOLIER.
Ces trois mots s'appliquent en général à celui qui prend des leçons de quelqu'un : voici les nuances qui les distinguent.
Un e'/èi^e est celui qui prend des leçons de la bouche même du maître. Un disciple est celui qui en prend des leçons en lisant ses ouvrages , ou qui s'attache à ses sentimens. Écolier ne i>e dit, lorsqu'il est seul, que des enfans qui étudient dans des collèges : il se dit aussi de ceux qui étudient sous un maître un art qui n'est pas mis au nombre des arts libéraux, comme la danse , l'escrime , etc. ; mais alors il doit être joint à quelque autre mot qui désigne l'art ou le maître.
Un maître d'armes a des écoliers; un peintre a des élevés ; Newton et Descartes ont eu des disciples , même après leur mort.
Elevé est du style noble ; disciple Vest moins, surtout en poésie ; écolier ne l'est jamais.
ÉLOCUTIOIV, DICTION, STYLE.
Diction ne se dit proprement que des qualités générales et grammaticales du discours ; et ces qualités sont au nombre de deux , la correction et la clarté. Elles sont indispensables dans quelque ouvrage que ce puisse être , soit d'éloquence , soit de tout autre genre : l'étude de la langue et l'habitude d'écrire les donnent presque infailliblement, quand on cherche de bonne foi à les acquérir.
Stjrle au contraire se dit de qualités du discours plus particulières, plus difficiles et plus rares , qui marquent le génie et le talent de celui qui écrit ou qui parle : telles sont la propriété des termes , l'élégance , la facilité , la précision , l'élévation , la noblesse, l'harmonie, la convenance avec le sujet, etc.
Nous n'ignorons pas néanmoins que les mots stj-le et diction se prennent souvent l'un pour l'autre , surtout par les auteurs {\m ne s'expriment pas sur ce sujet avec une exactitude rigou-
reuse : mais la distinction que nous venons d'établir ne nous paraît pas moins réelle.