J. B. POCQUELIN DE MOLIÈRE
Rien ne manque à sa gloire , il manquait h la notre.
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me saisit ; le portrait de Fe'nélon , ce bienfaiteur de riiumanite, dont vous allez entendre l'éloge , est exposé à vos regards , et ces regards le loueront mieux que tout ce que nous pourrions j ajouter ; malheur à qui ne s'attendrirait pas en le voyant! Que ne peut-il entendre tout ce que vos cœurs lui diront , et que ne nous est-il permis de laisser faire son éloge à vos applaudissemens , à vos larmes , à votre silence même , plus éloquent en cette occasion que tous nos discours I Puissent au moins les héritiers de son nom et de ses vertus , présens à cette assemblée , recueillir l'expression touchante de vos sentimens pour sa mémoire î
Victime de la persécution pendant sa vie , n'ayant trouvé , oserons-nous le dire, que chez nos ennemis, les hommages que la cour et la nation lui devaient, la mort et le temps, qui font taire enfin la calomnie et la haine, ont rendu à Fénélon sa place ; son nom est devenu si cher à la France , que nous avons craint de nous voir enlever par une autre académie l'honneur de célébrer un si respectable confrère ; nous nous sommes- hâtés de proposer aux talens et à l'émulation de nos orateurs une matière si digne de les exercer.
On va , messieurs , vous faire la lecture du discours qui a remporté le prix d'une voix unanime. Il a paru le mériter par la manière intéressante dont l'auteur a vu son sujet , par la vérité avec laquelle il a caractérisé la personne et les ouvrages de Fénélon, et surtout par un style tout à la fois élégant et noble , et par une sagesse de goût, d'autant plus digne d'être couronnée, qu'elle devient de jour en jour plus rare, et que l'Académie se croit plus obligée à la maintenir. L'auteur est M. La Harpe, qui a déjà remporté deux prix d'éloquence et un prix de poésie , et dont plusieurs autres ouvrages ont été honorés des suffrages du public. Le discours qui a pour devise, Antiqud homo virtuie ac fide , a obtenu l'accessit , et on vous en lira quelques morceaux. L'auteur, M. l'abbé Maury , annonce des talens qui méritent d'être encouragés. Il pense avec finesse , quelquefois avec profondeur, et ordinairement avec justesse ; l'étude des bons modèles , les réflexions et l'usage d'écrire, achèveront de donner à son style la facilité , la rondeur et la précision qu'on peut encore y désirer \ Un troisième discours , qui a pour devise ce mot si connu de Fénélon : J'aime mieux ma famille que moi"
' M. Fabbe Maury a rempli les espérances qu'on avait conçues de ses talens. Son Panégyrique de S. Louis, prononcé, en i'772, devant T Académie Franc-iisc, celui de S. Augustin, prononcé devant l'assemblée du clergé, ses ï^éfle.rions sur les sermons de Bossiiet, enfin son Discours sur l'éloquence de In chaire, ouvrage plein d'une saine littérature, l'ont mis au nombre de nos bons écrivains
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même , etc. , a paru mériter que l'Académie en fit une mention honorable. Ce discours renferme quelques morceaux d'une beauté mâle et vraie ; mais il est si singulièrement inégal, qu'on le croirait de deux mains différentes. L'auteur semble d'ailleurs avoir oublié quelquefois qu'il est des matières délicates auxquelles on ne doit toucher qu'avec beaucoup de circonspection et de sagesse. C'est un point que l'Académie ne saurait trop recommander à ceux qui concourent aux prix, surtout dans un moment critique pour les lettres, oii le talent a tant d'ennemis secrets qui l'attendent , pour ainsi dire , au passage des déjîlés , et qui , comme on l'a déjà dit dans une autre circonstance , se piquent surtout d'entendre finesse , mais non pas à' entendre raison.
Permettez-moi , messieurs , de revenir encore un moment à Fénélon ; vous me pardonnerez aisément d'avoir peine à le quitter. Quelque admiration que doive inspirer son illustre antagoniste le grand Bossuet , et quoiqu'il se soit assuré l'immortalité par des écrits vraiment sublimes, il restera peut-être à nos derniers neveux encore plus d'ouvrages de l'intéressant archevêque de Cambrai, que de l'éloquent évéque de Meaux ; non par l'effet d'une supériorité de talens , sur laquelle nous n'avons garde de prononcer entre ces deux grands hommes , mais par cette raison seule , digne d'être méditée par des philosophes , que Fénélon préférant , comme il le disait lui-même, le genre humain à tout , écrii>it plus de choses utiles à tous les siècles et à tous les lieux ; tandis que Bossuet , plus théologien , et par là plus concentré dans un seul objet, yi/i obligé , soit par les circonstances , soit par son ardeur naturelle, de se dévouer presque entièrement à des querelles de controverse. Or vous savez, messieurs , que ces malheureuses querelles , attachées à la destinée des sectes qui les ont fait naître , sont englouties tôt ou tard avec elles dans ce fleuve de l'oubli, oii se perdent enfin les unes et les autres. Grande leçon pour tous les écrivains , dont la nature avare a fait rarement des Bossuet , de songer moins à étonner la génération présente , qu'à intéresser les générations à venir !
Ne pourrait-on pas ajouter, si l'on osait comparer ensemble deux poètes et deux évêques , que Fénélon fut à quelques égards, par rapport à Bossuet , ce que Quinault fut par rapport à Despréaux. Le redoutable théologien , et le sévère satirique , seraient peut-être étonnés de voir notre siècle placer avec eux sur la même ligne , le philosophe sensible , et le charmant poète lyrique qu'ils ont écrasés de leur vivant. Mais l'équitable postérité , devant laquelle les petits intérêts disparaissent , juge avec
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le même sang-froid et les talens et les passions des hommes ; elle honore le génie de l'écrivain, et plaint Thomme d'avoir été injuste. Elle se plaît même à rapprocher en quelque sorte les taiens les plus disparates et les génies les plus opposés ; et si elle pouvait former quelque jour une galerie de tableaux et une bibliothèque, j'imagine que l'on verrait dans la première Fénélon servir de pendant à Bossuet, Quinanlt à Despréaux, Bourdalouè à Pascal ; et dans la seconde , le Télémaque à côté de V Histoire (Jm\ferselle , \ Art Poétique entre Atis et Armide , et les Lettres Provinciales pour dernier tome aux sermons du jésuite. Mais je crains, messieurs, et je m'en aperçois un peu tard, d'abuser trop long-temps du privilège de parler au nom de l'Académie ; j'oublie insensiblement que ce n'est pas aujourd'hui son jour , mais celui des combattans qu'elle doit couronner, et dont je me reproche de retarder le triomphe.
Aidant la lecture du prix de Poésie,
Il me reste , messieurs, à vous parler du prix de poésie , et du jugementque l'Académie a porté. Elle a proposé durant près de cent ans, pour sujet de ce prix , l'éloge d'un monarque , dont le nom réveille des idées de grandeur , qui a , nous osons le dire , assuré sa gloire en protégeant les letîres, et qui surtout, par les grâces distinguées dont il a honoré cette compagnie , méritait qu'elle s'occupât long-temps du soin de célébrer sa mémoire. Mais après avoir pleinement satisfait à un sentiment si juste, elle a enfin reconnu que le plus digne éloge d'un grand roi , son véritable éloge à perpétuité , est l'histoire de sa vie ; et , persuadée d'ailleurs que les poètes sont une nation indépendante, qui ne vit que de sa liberté, au risque d'en abuser quelquefois , elle a laissé au choix des auteurs le sujet , le genre du poème , et la mesure des vers. Il est vrai qu'elle a vu de temps en temps cette liberté dégénérer en négligence ; elle l'a entre autres éprouvé cette année ; elle en a fait l'aveu avec regret ; une seule pièce , que vous allez entendre , a réuni ses suffrages. L'auteur est le même M. La Harpe , qui vient de recevoir pour la troisième fois le prix d'éloquence, et qui, déjà couronné dans une autre occasion comme poète , a la gloire , presque sans exemple , de remporter aujourd'hui les deux couronnes à la fois. Il avait pour la poésie près de quatre-vingts concurrens ; et à cette occasion , l'Académie croit devoir un éclaircissementau public. Les auteurs peuvent être assurés , quoiqu'on vienne d'imprimer le contraire ' ,
' Un des concurrens a imprimé que sa pièce n'await point été lue, parce qn\\x bout d'un mois , quelques académiciens ne s'en souvenaient plus.
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que toutes les pièces envoyées au concours avant le terme prescrit , sont lues avec l'impartialité la plus exacte , soit en entier, soit au moins fort au-delà de ce qui est nécessaire pour s'assurer de l'impossibilité de les couronner. Mais on ne doit pas s attendre qu'après quinze ou vingt séances , les juges se rappellent en détail une foule d'ouvrages différens , la plupart condamnes sans retour dès la première lecture , et qui, en se précipitant , par une chute rapide , les uns sur les autres, s'entraînent mutuellement dans l'oubli. L'Académie promet aux concurrens la justice^ mais non pas cet effort de mémoire.
Au reste , quoique la pièce de M. La Harpe ait unanimement obtenu l'avantage sur celles de ses concurrens , l'Académie reconnaît avec plaisir qu'il y a , dans plusieurs de ces pièces , de la facilité et des vers heureux. Mais elle aurait désiré moins de monotonie dans les unes , moins d'incorrection dans les autres ; ici, plus de justesse et de propriété dans l'expression; là, des idées moins incohérentes ou moins communes; partout plus d'images et d'harmonie ; en général , une exécution moins faible, et plus au niveau dès sujets intéressans ou piquans que plusieurs auteurs ont choisis; enfin, dans toutes les pièces , une marche moins tramante , plus soutenue et plus décidée. C'est là surtout, messieurs , et nous l'observons depuis long-temps , le défaut presque général des ouvrages de poésie qu'on nous présente pour le concours. Souvent le début est heureux, quelquefois brillant; mais l'auteur s'égare et s'épuise bientôt, faute d'avoir devant les yeux deux mots qu'il ne devrait jamais perdre de vue , d'où, 7)iens~je , et où vais-je ? Aucun genre de poésie n'est affranchi de cette règle. L'ode même , l'Académie en atteste nos maîtres et nos modèles en ce genre , l'ode, malgré la fierté qui la caractérise , est d'autant plus astreinte à une marche ferme et prononcée , que cette marche doit être plus rapide et plus impétueuse ; car, que dirait-on de quelqu'un, qui courrait à perte dlialeine pour n'arriver nulle part ? Un poète est semblable à un homme qui marche sur une corde tendue; cette comparaison ne doit blesser personne , elle est d'Horace ; elle semble n'exprimer que le mérite de la difficulté vaincue ; mais peut-être exprime-t-elle encore l'obligation de ne s'écarter ni à droite ni à gauche , sous peine d'une chute malheureuse. Le versificateur novice, qui chancelé à tout moment sur sa corde , lâche ou tendue , dira que le prosateur parle bien à son aise ; mais le prosateur lui répondra par ce vers si connu :
Il se tue à rimer j que n'e'crit-il en prose î On se plaint que la poésie est discréditée parmi nous , et on en
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accuse à tort et à travers ce siècle philosophe , ainsi nommé en éloge par les uns , et en dénigrement par les autres. Il semble cependant qu'on n'a jamais rendu plus de justice à ces grands hommes du dernier siècle , de qui notre poésie a reçu presque en même temps la naissance et la perfection. Accu§era-t-on le public d'être injuste envers ceux des poètes vivansqui marchent sur les traces de ces grands maîtres ? Cependant, parmi ceux qui m'écoutent , il en est plusieurs qui ont été honorés , messieurs , de vos suffages les plus distingués, et que ces suffrages , toujours faits pour dicter le nôtre , nous ont donnés pour confrères , ou nous désignent pour le devenir. Il en est même qui , aux avantages du rang et de la naissance , ont su joindre ce talent aimable , et qui en ont souvent fait jouir cette assemblée. Mais lî'aurais-je pas, messieurs, à essuyer vos reproches, si je gardais le silence sur celui que tous nos poètes , et ceux même qui ne le sontpas, nommeront avec moi par acclamation ; qui a su réunir en lui seul le Tasse et l'Arioste , Yirgile et Catulle ; que nous allons tous les jours admirer au théâtre; qui fait parler avec une égale vérité, le sentiment , l'imagination ,\ la gaieté, et partout la philosophie^ dont les vers toujours faciles , quelque caractère qu'ils prennent , semblent, si je puis m'exprimer delà sorte, plutôt des vers nés que des vers faits , et , ce qui est le plus grand éloge d'un poète, sont à tout moment dans notre bouche ; cet homme enfin , dont il ne nous manque ici que la présence , pour vous voir , messieurs , payer de vos applaudissemens redoublés le plaisir qu'il vous a donné tant de fois , et confondre ceux qui vous accusent de ne pas rendre aux poètes vraiment dignes de ce nom, tout l'hommage qu'ils méritent? Je dirai plus, messieurs; notre siècle, tout philosophe qu'il est, ou plutôt parce qu'il est jjhilosophe , rend peut-être aux grands poètes qui nous ont yjrécédés, un hommage encore plus éclairé que n'a fait leur siècle même ; il semble surtout que le mérite de Racine , de ce modèle de la versification française , n'a jamais été ni si vivement senti , ni si finement apprécié. Le progrès des lumières , et par conséquent du goût, fait que l'art en tout genre est mieux connu ; et plus l'art sera connu , plus les talens distingués y gagneront d'estime ; mais aussi plus on traitera avec sévérité les poètes médiocres. Laissons-les s'en consoler en criant qu'on en veut à la poésie , lorsqu'on la plaint au contraire d'être dégradée et livrée aux profanes. Il serait très-injuste de donner ce nom à ceux des concurrens dont les efforts , moins heureux dans cette circonstance , annoncent des talens pour qui la gloire n'est que différée ; ils reliront leurs ouvrages dans le silence de V amour-propre ; ils reconnaîtront que l'Académie a
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été juste ; ils mériteront qu'elle le soit de nouveau à' leur égard , mais avec plus de satisfaction pour eux et pour elle; et pleins de cette louable confiance qu'inspire le sentiment de ses forces, ils imiteront un grand prince de nos jours , qui , après avoir perdu une bataille , écrivait, nous ferons mieux une autre fois y et a tenu parole. A l'égard de ceux qui paraissent destinés à combattre toujours et à ne vaincre jamais , l'Académie s'attend à leurs plaintes , sans espoir de les faire cesser. Cette classe de versificateurs est pour elle une pépinière assurée d'ennemis , que le concours au prix de poésie lui entretient constamment , et quelle voit tranquillement se perpétuer. Elle ne leur enviera point la triste consolation à laquelle plusieurs ont recours, celle de faire louer leurs ouvrages dans quelque magasin périodique d'éloges et de satires également estimables. Ils ne devraient pourtant pas ignorer que la voix publique , plus forte que tous les bourdonnemens de la médiocrité ou de l'envie, sait apprécier et les oui^rages et les proneurs , et les Zoiles ; que tel auteur , plus célébré dans vingt journaux que celui de la Henriade , appelle en vain la Renommée ; tandis que tel autre, en butte à un retour réglé d'injures, y répond par des succès réitérés; en un mot , que tout écrivain se fait à lui-même sa place , sans qu'il soit au pouvoir de tout autre que de lui seul de le faire monter ou descendre.
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Lu à l'Académie, le 25 août 1772, à l'ouverture de la séance*
iVIessieurs, les prix que l'Académie propose tous les ans, sont un des objets qui l'intéressent le plus. Ils excitent l'émulation des jeunes littérateurs ; ils ont commencé la réputation de plusieurs d'entre eux , et leur ont fait sentir les premiers aiguillons de la gloire, de cet appât si nécessaire au génie, et trop souvent son unique récompense. Ils ont même ouvert aux plus distingués des vainqueurs les portes de l'Académie , et ont été pour eux , si je puis parler ainsi, une espèce ^'ovation qui les a menés aux honneurs du triomphe. Enfin , messieurs , ce qui est plus touchant encore pour cette compagnie, les prix qu'elle distribue ont servi plus d'une fois à consoler et à ranimer les talens , opprimés par l'intrigue et déchirés par la satire. Les cou-
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ronnes académiques, accumulées sur la télé d'un écrivain digne de les porter, sont la plus noble réponse qu'il puisse opposer à ses méprisables ennemis , et feraient rougir l'envie , si l'envie était digne de rougir.
L'Académie éprouve donc le regret le plus sensible , lorsqu'elle se voit privée de la satisfaction de distribuer ces couronnes si précieuses pour elle. Amie de tous les gens de lettres , qui ont tant d'intérêt d'être unis , elle voudrait n'en contrister aucun , quoiqu'elle ne puisse éviter , malheureusement po-ur elle, d'en mortifier tous les ans un grand nombre , soit qu'elle donne , soit qu'elle remette le prix ; elle voudrait au moins ne pas affliger ceux des concurrens dont les pièces lui annoncent des talens vraiment faits pour l'intéresser. Mais ce n'est pas seulement aux gens de lettres ses concitoyens , qu'elle doit compte de ses jugemens , elle en doit répondre à ce public qui a les yeux sur elle, qui peut-être ne serait pas fâché d'avoir des leçons à lui donner, et qui l'avertit de temps en temps d'être aussi difficile que lui. On a plus d'une fois reproché à l'Académie d'être trop indulgente , rarement d'être trop sévère. Mais sévère ou indulgente , suivant que les circonstances lui ont paru l'exiger, ses vues ont toujours été droites , et ses intentions pures. Elle pense qu'un corps littéraire , qui propose des récompenses à l'émulation des gens de lettres , doit avoir des alternatives d'indulgence et de sévérité, nécessaires pour donner aux vrais talens toute l'énergie dont ils sont capables. V indulgence prévient en eux le dégoût , et la ^eV^rzVe prévient le sommeil.
C'est d'après ces motifs que l'Académie s'est crue obligée de suspendre le prix de poésie qu'elle devait distribuer cette année, et de le remettre à l'année prochaine. Le concours de l'année dernière , quoique très-nombreux, était assez faible ; elle avait eu soin d'en avertir les concurrens ; elle les avait exhortés à de nouveaux efforts , et leur avait même indiqué en général les défauts les plus essentiels qu'elle avait remarqués dans les meilleures pièces. Cet avis n'a pas produit toiit l'effet qu'elle devait naturellement en attendre. Le concours de cette année , aussi nombreux que celui de l'année dernière , a paru plus faible encore. Deux pièces seules, parmi le grand nombre , ont surnagé dans le naufrage général. La première, dont l'objet est également intéressant pour un poëte et pour un philosophe , et qui a pour devise.: Quomodb ohscuratum est aurum? a paru supérieure à toutes les autres , par la régularité de sa marche , par la sagesse avec laquelle elle est écrite , et par quelques beaux morceaux qu'elle renferme ; mais l'Académie, dont je ne suis ici que l'interprète , aurait désiré que l'auteur eût mis dans son ouvrage plus