DU GOUVERNEMENT DE GENEVE
On ne s'aperçoit pas que ce soit un mal , comme on prétend que c'en serait un parmi nous. Peut-être les Genevois et nos politiques ont-ils également raison.
Après l'Angleterre, Genève a reçu la première l'inoculation (le la petite vérole, qui a tant de peine à s'établir en France , et qui pourtant s'y établira, quoique plusieurs de nos médecins la combattent encore, comme leurs prédécesseurs ont conjbattii la circulation du sang, l'émélique , et tant d'autres vérités incontestables ou de pratiques utiles.
Toutes les sciences et presque tous les arts ont été si bien cultivés à Genève, qu'on serait surpris de voir la liste des savans et des artistes en tout genre que cette ville a produits depuis deux siècles. Elle a eu même quelquefois l'avantage de posséder des étrangers célèbres, que sa situation agréable, et la liberté dont on y jouit , ont engagés à s'y retirer ; M. de Voltaire , qui depuis sept ans y a établi son séjour, retrouve chez ces républicains les mêmes marques d'estime et de considération qu'il a reçues de plusieurs monarques.
La fabrique qui fleurit le plus à Genève, est celle de l'horloi^erie ; elle occupe plus de la cinquième partie des citoyens. Les autres arts n'y sont pas négligés , entre autres l'agriculture ; on remédie au peu de fertilité du terroir à force de soin et de travail.
Toutes les maisons sont bâties de pierre, ce qui prévient trèssouvent les incendies, auxquels on apporte d'ailleurs un prompt remède par le bel ordre établi pour les éteindre.
Les hôpitaux ne sont point à Genève , comme ailleurs , une simple retraite pour les pauvres malades et infirmes : on v exerce l'hospitalité envers les pauvres passans ; mais surtout on en tire une multitude de petites pensions qu'on distribue aux pauvres familles , pour les aider à vivre sans se déplacer , et sans renoncer à leur travail. Les hôpitaux dépensent par an plus du triple de leur revenu, tant les aumônes de toute espèce sont abondantes.
II nous reste à parler de la religion de Genève; c'est la partie de cet article qui intéresse peut-être le plus les philosophes. Nous allons donc entrer dans ce détail; mais nous prions nos lecteurs de se souvenir que nous ne sommes ici qu'historiens , et non controversistes , et que raconter n'est pas approuver.
La constitution ecclésiastique de Genève est purement presbytérienne ; point d'évêques , encore moins de chanoines : ce n'est pas qu'on désapprouve l'épiscopat ; mais comme on ne le croit pas de droit divin , on a pensé que des pasteurs moins richei