AV E R T î S S K M E N T
on accuse quelqu'un d'irréligion , c'est souvent ujie caiomnie , et c'est toujours à dessein de lui nuire ; on n'a voulu ni calomnier , ni offenser les pasteurs de Genève , mais les louer au contraire d'être au moins conséquens , s'ils ne sont pas orthodoxes. On se flatte même qu'ils ont bien senti l'intention de l'auteur ; aussi ne sont-ils pas aussi fâchés qu'ils le paraissent. Un seul, le plus coupable d'entre eux, s'ils le sont, a fait beaucoup plus le fâché que les autres. C'est le même dont il est parlé plus bas dans les notes sur la profession de foi des ministres , et qui ayant jugé la révélation nécessaire dans la première édition de son Catéchisnie , ne l'a plus jugée (\\.\ utile dans la seconde : sur quoi un de ses confrères, scandalisé de cet erratum , lui fit ob-^ server , qu'apparemment dans la troisième édition il ne trouverait plus la révélation que commode , dans la quatrième quelque chose de moins , et ainsi de suite à chaque édition. Gomme il est fort accommodant , il a promis de se corriger; et après avoir donné d'abord la révélation pour nécessaire y ensuite pour utile , il s'est engagé à la redonner pour nécessaire dans la troisième édition , si jamais il en fait une. Ge faiseur de catéchismes , où la révélation est traitée avec tant de décence , cet liouime dont la théologie sociuienne est notoirement connue de ses confrères , et qui même a essuyé sur ce sujet les reproches les plus éclatans et les plus inutiles de la part des ministres de Hollande , est par cette raison même celui de tous qui crie le plus haut à l'imposture ; c'est lui qui imprime contre l'auteur de l'article Genwe de petits livres ignorés , qu'il iait paraître sous le nom d'un autre écrivain , assez vil pour prêter son nom à la satire et à la calomnie. Malheureusement pour ce ministre , ses défenses et ses invectives n'ont détrompé personne ; il est resté socinien dans l'esprit de tout le monde , et dans l'esprit des honnêtes gens quelque chose de plus. On ne perdra point ici son temps à relever les faussetés et les inepties répandues dans ses brochures ; qui les a lues , et qui saurait de quoi on veut parler ? Celui qu'on y attaque n'a pu même en soutenir la lecture jusqu'à la fin.
Mais ce qui est vraiment incompréhensible , c'est la conduite des prêtres de rÈglise catholique au sujet de l'article Genève. O Bossuet! où êtes-vous ? il y a quatre-vingts ans'que vous avez prédit que les principes des protestans les conduiraient au socinianisme ; que de remercîmens n'auriez-vous pas fait à l'auteur de l'article , d'avoir attesté à toute l'Europe la vérité de votre prédiction ? Et que penseriez-vous aujourd'hui de ces théologiens catholiques , qui à la vérité ne sont pas des BosiAet , et qui ne sentant pas combien Particle Genève est utile à leur cause , ont eu la simplicité de prendre l'auteur à parti? Est-il étonnant que cette conduite étrange ait en niémc temps fait rire et révolté les gens raisonnables ? On trouvera à lu suite des deux extraits de Rousseau les réflexions faites à ce sujet par un homme d'esprit qui a bien vu le clergé de Genève , et qui paraît bien connaître le notre.
Un philosophe qui s'intéresse au progrès de la tqlérance , a prétendu que l'article Genève, en dévoilant iuiprudemment et mal à proposiez
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opinions des ministres de cette Église , les ferait changer de mal en pis pour démentir l'auteur , el de sociniens tolérans qu'ils sont , les rendrait calvinistes amers et atroces , semblables en un mot au fondateur de leur secte. Vaine frayeur ! scrupule mal fondé ! Si ces ministres se sont inscrits en faux contre l'article Genève , il est clair que c'est seulement pour la forme , et qu'ils ne donnent leur profession de foi que pour ce qu'elle est en effet. Ils continueront d'ailleurs à penser et à parler toujours , soit en particuliei' , soit en public , comme ils faisaient avant cette profession de foi ; c'est de quoi peuvent rendre témoignage tous les Français éclairés qui ont été à Genève depuis cette époque. De ce nombre et à leur tête est l'homme d'esprit dont on vient de parler , et qu'on a cru devoir citer de préférence en cette occasion.
On croit pouvoir ajouter que si l'Église de Genève a pour le présent quelques petits reproches à craindre de la part des autres Eglises protestantes , ces reproches ne seront que passagers , et qu'un jour , qui n'est peut-être pas bien éloigné , elle aura la satisfaction , selon la remarque de Bossuet , de voir ces Eglises réunies avec elle dans une même croyance. Tout concourt à rendre plus que probable la vérité de cette prédiction , pour laquelle on ose ici prendre date , tant on se croit sûr qu'elle n'est pas hasardée.