DES PASTEURS DE GEINÈYE
Si riiii de nos principes est de ne rien proposer à croire qui heurte In raison^ ce n'est point là, comme on le suppose, un caractère de socinianisme. Ce principe est commun à tous les proteslans ; et ils s'en servent pour rejeter des doctrines absurdes, telles qu'il ne s'en trouve point dans l'Écriture sainte bien entendue. Mais ce principe ne va pas jusqu'à nous faire rejeter tout ce quon appelle mystères , puisque c'est le nom que nous donnons à des vérités d'un ordre surnaturel, que la seule raison humaine ne découvre pas, ou qu'elle ne saurait comprendre parfaitement, qui n'ont pourtant rien d'impossible en ellesmêmes , et que Dieu nous a révélées '. Il sufllt que celte révéla-
con de penser, oiiles invile à s'en expliquer formclleruent; sans quoi il restera toujours à leur tfgard des doutes fâcheux.
' Tout cet article n'est pas clair, et avait d'autant plus besoin de Tètre, que c'est un des points les plus essentiels de la profession de foi qu'on nous présente. Les ministres de Genève conviennent d'abord qu'un de leurs principes est en effi.^t de ne rien proposer a croire qui heurte la raison ; ils se seri'enl, disent-ils, de ce principe, pour rejeter des doctrines absurdes , telles qu'il ne s'en trompe point dans l'Écriture sainte bien entendue. C'est donc par ce principe qu'ils rejettent, par exemple, la présence réelle, comn e une doctrine absurde , comme une doctrine qui heurte la raison, et qui ne se trout^e point dans VÉcriture sainte bien entendue. Or , les autres mystères de la religion chrétienne, ceux delà Trinité , de l'Incarnation , delà Rédemption , etc., ne heurtent pas moins la raison en apparence que le mystère de ia présence réelle, et ce dernier mystère n'est pas énoncé plus obscurément dans l'Écriture que les premiers. Le principe admis par les ministres de Genève va donc à proscrire tous les mystères. Aussi rien n'est-il moins satisfaisant que la définition qu'ils donnent de ce qu'ils entendent par mystères. Ce sont, disent-ils, des ^'érités d'un ordre surnaturel, que la seule raison humaine fie découvre pas , ou quelle ne saurait comprendre parfaitement, qui n'ont pourtant rien d'impossible en elles-mêmes , ef ^i/e Dieu nous a réi^élées. i"^. Il aurait fallu donner des exemples de ces vérités d'un ordre surnaturel , sans quoi Texpression reste vague et équivoque. On demande , par exemple, aux ministres de Genève, si la Trinité, la divinité de Jésus- Clnist, etc. , sont pour eux au nombre de ces vérités d'un ordre surnaturel? •i''. Quand on appelle les mystères des vérités que ,1a seule raison humaine ne découvre pas , ou qu'elle ne saurait comprendre parfaitement , \c mol ou ^al- il disjonciif ou explicatij ? veut-on dire qu'il y a des mystères que lu raison ne découvre pas, et d'autres qu'elle découvre, mais qu'elle ne peut comprendre parfaitement, comme certaines vérités de géométrie ? ou bien veut-on dire que la raison humaine ne découvre pas les mystères en ce sens qu'elle ne peut les comprendre parfaitement ? l'une et l'autre de ces explications est de beaucoup trop faible pour répondre à l'idée qu'on doit attacher au mot mystère. Les mystères de la religion' sont des vérités que la raison "Jmmaine ne saurait ni découvrir, ni comprendre, même imparfaitement, et qui sont absolument et entièrement au-dessus de sa portée. 3°. Les mystères sans doute n'ont rien d'impossible en eux-mêmes , mais ils paraissent impossibles aux yeux de la raison ; et voilà ce qu'il était très-essentiel d'ajonter , surtout quand on a commencé par dire que les mystères ne doivent point heurter la raison. Car rien ne heurte plus la raison que ce qui lui paraît impossible. Mais ce qui heurte la raison n'est pas pour cela contraire à la raison, disent les théologiens j et les mystères sont dans ce cas.
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tion soit certaine clans ses preuves, et précise de ce qu'elle enseigne , pour que nous admettions de telles vérités, conjointement avec celles de la religion naturelle; d'autant mieux qu'elles se lient fort bien entre elles, et que l'heureux assemblage qu'en fait l'Evangile forme un corps de religion admirable et complet.
Enfin , quoique le point capital de notre religion soit d'adorer un smdT)iE\j , l'on ne doit pas dire qu'elle se réduise presque à cela y chez presque tout ce qui n est pas peuple. Les personnes les mieux instruites sont aussi celles qui savent le mieux quel est le prix de l'alliance de grâce, et que la 7)ie éternelle consiste à connaître le seul vrai Dieu , et celui quil a envojé ^ Jésus- Christ .9(9;?^?/^,, en qui a habité corp or ellement toute la plénitude de la Di\nnité % et qui nous a été donné pour sauveur, pour médiateur et pour juge, afin que tous honorent le fils comme ils honorent le père. Par cette raison , le terme de respect pour jÉsvs-CERiSTet pour TEcriture , nous paraissant de beaucouyj trop faible ou trop équivoque, pour exprimer la nature et l'étendue de nos sentimens à cet égard, nous disons que c'est avec foi, avec une vénération religieuse, avec une entière soumission d'esprit et de cœur , qu'il faut écouter ce divin maître et le Saint-Esprit parlant dans les Ecritures. C'est ainsi qu'au lieu de nous appuyer sur la sagesse humaine , si faible et si bornée , nous sommes fondés sur la parole de Dieu , seule capable de 7Î0US rendre véritablement sages à salut , par la foi en itsiis- Christ: ce qui donne à notre religion un principe plus sûr, plus
' Il est très-fac]jcux que les ministres de Genève , pour prouver qu'ils croient la divinité' de Jesus-Christ , se contentent de rapporter un passap;e de l'Ecriture , sans expliquer quel sens précis ils donnent à ce passage. Arius et les autres hérétiques qui niaient la divinité du Verbe, admettaient aussi les expressions de l'Ecriture relatives au Fils de Dieu, mais ils expliquaient ces expressions conformément h leur erreur. On sait même combien peu le lan- Sfage des ariens différait en a^iparence de celui des catholiques. Une seule lettre en faisait la diilerencc j le fils, selon les ariens, e'tait liomnioitsios au père, c'#st-à-dire dPune substance semblable, et selon les catholiques il e'tait honiooiisios , c'est-à-dire consubstcnuiel ou de la même substance. Pourvu qu'on ne forçât pas les ariens à dire que Jesus-Cljrisl était Dieu, égal en tout à son père , ils disaient d'ailleurs tout ce qu'on voulait pour se rapprocher des catholiques. Cependant il est clair qu'on ne croit pas réellement la divinité de Jesus-Christ et l'unité de Dieu, deux points essentiels du christianisme , si ou ne croit pas que Jesus-Chvist est Dieu, consubstantiel et égal à son père , et ne faisant avec lui qu'un seul et même Dieu. Car si le Verbe n'est pas égal en tout à Dieu le père , le Verbe n'est pas Dieu , et le litre de Divinité qu'on lui donne ne serait en ce cas qn'im titre d'honneur et non de realite j et si le Verbe n'est pas consubstantiel au père, et qu'il lui soit égal, il y a plusiems Dieux. On ne saurait donc trop inviter les ministres de Genève à s'expliquer sur cet article important de la religion avec une grande clarté , et sans la plus légère équivoque.
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relevé, et bien plus d'étendue, bien j^lus d'efficace; en un mot , un tout autre caractère que celui sous lequel on s'est plu à la dépeindre.
Tels sont les sentimens unanimes de cette compagnie, qu'elle se fera un devoir de manifester et de soutenir en toute occasion, comme il convient à de fidèles serviteurs de Jésls-Christ. Ce sont aussi les sentimens des ministres de cette Église qui n'ont pas encore cure d'àmes , lesquels étant informés du contenu de la présente déclaration, ont tous demandé d'y être compris. Nous ne craignons pas non plus d'assurer que c'est le sentiment général de notre Eglise; ce qui a bien paru par la sensibilité qu'ont témoignée les personnes de tout ordre de notre troupeau sur l'article du Dictionnaire qui cause ici nos plaintes.
Après ces explications et ces assurances , nous sommes bien dispensés, non-seulement d'entrer dans nn plus grand détail sur les diverses imputations qui nous ont été faites, mais aussi de répondre à ce que l'on pourrait encore écrire dans le même but *. Ce ne serait qu'une contestation inutile , dont notre caractère nous éloigne infiniment.. Il nous sujQit d'avoir mis à couvert l'honneur de notre Eglise et de notre ministère, en montrant que le portrait qu'on a fait de notre religion est infidèle, et que notre attachement pour la saine doctrine évangélique n'est ni moins sincère que celui de nos pères, ni diiBférent de celui des autres Eglises réformées, avec qui nous faisons gloire d'être unis par les liens d'une même foi , et dont nous voyous avec beaucoup de peine qu'on veut nous distinguer.
J. Trembley, secrétaire,
' Cette déclaration a quelque chose de très-singulier, à la suite d'une profession de foi aussi insuffisante que celle-ci. Les ministres de Genève ne doivent pas craindre de rendre aux autres Eglises un compte détaille' de leur foi. On leur demande donc avec confiance ,
i". S'ils croient les peines de l'enfer éternelles , en ce sens qu'elles n'auront jamais de fin.
2°. Quels sont les mystères qu'ils admettent?
3°. S'ils croient que Jesus-Christ est Dieu, égal en tout à son père, et ne faisant avec lui qu'un seul et même Dieu.
Ils doivent se faire d'autant moins de peine de re'pondre à ces questions , qu'elles leur sont faites par un théologien qui ne prend aucun inte'ret à l'article Genèt'e de l'Encyclopédie , et qui dcsire d'ailleurs très-sincèrement d'être détrompe sur l'idée que cet article lui a donne d'eux, et. que la profeS" sion de foi n'a pas détruite.