‹ Œuvres de d'Alembert (volume 4)Chapitre 139 sur 165 · DES PASTEURS DE GENÈVE · texte numérisé non relu

DES PASTEURS DE GENÈVE

rjliuinènes, à la Tucc de i'Ëglise. On sait aussi l'usage couliiiuel que nous faisons du symbole des apôtres , comme d'un abrégé de la partie historique et dogmatique de l'Evangile,* également admis de tous les chrétiens. Nos ordonnances ecclésiastiques portent sur les mêmes principes : nos prédications, notre culte^ notre liturgie, nos sacremens , tout est relatif à l'œuvre de notre rédemption par Jésus-Christ^ La même doctrine est enseignée dans les leçons et les thèses de notre académie, dansnos livres de piété, et dans les autres ouvrages que publient nos théologiens, particulièrement contre l'incrédulité, poison funeste, dont nous travaillons sans cesse à préserver notre troupeau. Enfin nous ne craignons pas d'en appeler ici au témoignage des personnes de tout ordr^ , et même des étrangers qui entendent nos instructions ta*\it publiques que particulières, et qui en sont édifiés.

Sur quoi donc a-t-on pu se fonder , pour donner une autre idée de notre doctrine ? ou si l'on veut faire tomber le soupçon sur notre sincérité , comme si nous ne pensions pas ce que nous enseignons et ce que nous professons en public , de quel droit se permet — on un soupçon si odieux? et comment n'a-t- on pas senti, qu'après avoir loué nos mœurs comme exemplaires , c'était se contredire, c'était faire injure à cette même probité , que de nous taxer d'une hypocrisie où ne tombent que des gens peu consciencieux, qui se jouent delà religion?

Il est vrai que nous estimons et que nous cultivons la philosophie. Mais ce n'est point cette philosophie licencieuse et sophistique dont on voit aujourd'hui tant d'écarts. C'est une philosophie solide , qui , loin d'affaiblir la foi , conduit les plus sages à être aussi les plus religieux.

Si nous prêchons beaucoup la morale, nous n'insistons pas moins sur le dogme. Il trouve chaque jour sa place dans nos chaires: nous avons même deux exercices publics par semaine , uniquement destinés à l'explication du catéchisme. D'ailleurs cette morale est la morale chrétienne, toujours liée au dogme , et tirant de là sa principale force, particulièrement des promesses de pardon et de félicité éternelle * que fait l'Evangile à ceux qui s'amendent, comme aussi des menaces d'une condamnation éternelle contre les impies et les impénitens. A cet égard, comme à tout autre, nous croyons qu'il faut s'en tenir

' Il serait 5 souhaitt-r que les pasteurs de Genève eussent explique ici l'idc'e précise qu'ils attachent au uiol éternel. On sait que plusieurs écrivains prot.estans ont entendu par ce mot , non pas ce qui ne finira jamais , mais ce qui doit durer très-long-temps. C'est ainsi qu'ils expliquent les passages de rÉcriture où se trouve k mot éternel. On sent donc combien il était ne'ces- ;-iuiie que les ministres de Genève levassent reqtiivoque. Une ligne aurait su/!i pour cela.

4'2-8 DECLAilATlON

à la saiule EciiLure , qui nous parle , non d'un purgatoire ' , mais du paradis et de i'eni'cr , oii cliacuu recevra sa juste rétribution, selon le Lien ou le mal qu'il aura fait dans cette vie. C'est en prêchant fortement ces grandes vérités que nous tâchons de porter les hommes à la sanctification.

Si on loue en nous un esprit de modération et de tolérance , ou ne doit pas le prendre pour une marque d'indifférence ou de relâchement. Grâces à Dieu, il a un tout autre principe. Cet esprit est celui de l'Évangile, qui s'allie très-Lien avec le zèle. D'un côté la charité chrétienne nous éloigne aLsolument des voiesde contrainte, et nous fait supporter sans peine quelque diversité d'opinions ^ qui n'atteint pas l'essentiel , comme il y en a eu de tout temps dans les églises même les plus jiures : de l'autre, nous ne négligeons aucun soin , aucune voie de^Dersuasion pour étaLlir , pour inculquer , pour défendre les points fondamentaux du christianisme.

Quand il nous arrive de remonter aux principes de la loi naturelle, nous le faisons à l'exemple des auteurs sacrés; et ce n'est point d'une manière qui nous approche des déistes; puisque, en donnant à la théologie naturelle plus de solidité et d'étendue que ne font la plupart d'entre eux, nous y joignons toujours la révélation , comme un secours du ciel très-nécessaire ^ , et sans lequel les hommes ne seraient jamais sortis de l'état de corruption et d'aveuglement où ils étaient tomLés.

■ Si par liasaid il était vrai que l'Eglise de Genève ne crût pas les peines éternelles dans le sens rigoureux de ce mot, alors, suivant cette Éf^lisc, il n'y ;nuait plus proprement d'enfer, mais seulement uii purgatoire, et l'auteur de l'article Genèue aurait raison dans ce qu'il a avance sur ce sujet. La diflerence lies noms ne fait rien au fond de la chose.

* On aurait désire des exemples de celte d'wersiLé d' opinions qui ri atteint j>as l'essentiel. Car cette diversité d'opinions pomrait tomber sur des arlicles t(ui, selon d'autres Eglises, même protestantes, seraient liès-esscnliels h la religion , comme l'e'ternité absolue et rigoureuse des peines de l'enfer, la trinité, l'incarnation, etc.

^ Voilà encore un mot qu'il aurait fallu expliquer ; d'autant qu'il est de notorle'té publique , qu'un des principaux ministres de Genève , qui a joui d'une assez grande considération dans son Église, ayant parlé dans la première édition d'un de ses ouvrages, de la nécessité de.îa.révélalion , a changé ce mot dans les éditions suivantes pour y substituer celui iVutililé. Or la distance est grande de ce qui est nécessaire, h ce qui est simplement utile. Est-ce par ménagement pour leur confrère que les ministres de Genève n'ont pas expressément proscrit en cette occasion le terme dhitilité dont il s'est servi ? mais de pareils niénagcinens doivent-ils avoir lieu , dans nu ('crit où ces ministres ont pour but de lever les soupçons qu'on a voulu répandre sui leur foi? Enfin les ministres de Genève regarderaient-ils les termes de /lécessitc ou d- utilité , comme pouvant être indifféremment employés dans cette matière , et comme un des exemples de celle diversité d'opinions qu'ils supportent sans peine et qui n'atteint pas l'esicnticl? tji ce n'est pas là leur fa-

Page 1