‹ Œuvres de d'Alembert (volume 4)Chapitre 28 sur 165 · TRADUCTION DES PORTRAITS DE TIBERE ET DE SÉJAN · texte numérisé non relu

TRADUCTION DES PORTRAITS DE TIBERE ET DE SÉJAN

PAR VELLÉIUS PAÏERCULUS.

IjES grandes actions de l'empereur , pendant ces seize années, sont encore présentes à tous les esprits et à tous les yeux. Qui pourrait les montrer en détail ? La bonne foi rappelée dans le Forum , la sédition bannie du peuple , la brigue du champ de Mars, la discorde du sénat, la justice, le mérite tirés du mépris et remis en honneur , l'autorité rendue aux magistrats , la grandeur au sénat , la dignité aux jugemens , les factions théâtrales anéanties ; la probité insjDirée aux uns , commandée aux autres ; la vertu honorée , le vice puni ; les petits respectant les grands sans les craindre ; les grands supérieurs aux petits sans les mépriser. Quand la cherté des vivres a-t-elle été moindre? la paix plus heureuse? Respectable paix, qui , s'étendant jusqu'aux bornes de l'Empire, de l'orient à l'occident , et du nord au midi , ne laisse plus aux brigands un seul coin de la terre à dévaster. L'empereur , par sa libéralité , répare les malheurs des citoyens , ceux même des villes ; celles de l'Asie sont relevées; les provinces vengées de l'oppression des magistrats, le* honneurs assurés aux plus dignes ; les forfaits punis tôt ou tard , la faveur cédant à la justice , et l'ambition à la vertu. C'est en faisant le bien , que ce grand prince en donne des leçons ; supérieur à tous comme maître, et encore plus comme modèle.

Il est rare que les hommes supérieurs n'aient pas eu des coopérateurs illustres pour remplir leurs hautes destinées ; car les

grandes affaires exigent de grands ministres Il importe à

l'Etat que les hommes nécessaires soient élevés, et l'utilité appuyée du pouvoir.

C'est par ce principe , que Tibère César a choisi , pour l'aider dans ses travaux, ^lius Séjan, dont le père était chef de l'ordre des chevaliers , et qui tient, par sa mère , aux familles les plus anciennes, les plus décorées et les plus illustres , dont le frère, les cousins , l'oncle ont été consuls ; homme d'une fidélité à toute épreuve, d'un travail infatigable, d'une force de corps égale à celle de son âme , joignant à une douce gravité la gaieté de nos pères , d'une activité oisive en apparence, n'aspirant à rien et obtenant tout, se croyant toujours au-dessous de l'opinion publique, tranquille à l'extérieur , et dont l'esprit veille sans cesse.

Page 1