‹ Œuvres de d'Alembert (volume 4)Chapitre 30 sur 165 · TRADUCTION DE LA PÉRORAISON DE CICÉRON POUR MILON · texte numérisé non relu

TRADUCTION DE LA PÉRORAISON DE CICÉRON POUR MILON

V oiLA, messieurs, assez de raisons pour la défense de Milon ; peut-être même trop de discours inutiles à sa défense. Que me reste-t-il à dire, qu'à vous supplier instamment d'accorder à ce généreux citoyen une grâce , qu'il ne sollicite pas , je l'avoue , mais que , malgré sa répugnance , je réclame et j'implore pour lui ? Quoique , parmi ces larmes que nous versons tous , vous n'ayez pas vu Milon en répandre une seule, quoique vous remarquiez toujours la même fermeté sur son visage , dans sa voix , dans ses discours , ne lui en soyez pas moins favorables ; peutêtre même en est-il plus digne de vous intéresser ? En effet , si dans les combats des gladiateurs , ces hommes de la condition la plus vile , nous sentons une espèce de haine pour les lâches qui demandent la vie en supplians , tandis que nous voudrions arracher à la mort ceux qui s'y présentent avec courage ; si notre compassion tombe plutôt sur ceux qui ne cherchent pas à l'exciter , que sur ceux qui la sollicitent avec faiblesse , combien la fermeté d'un citoyen respectable doit -elle nous toucher davantage ?

Pour moi , messieurs, je meurs tous les jours de douleur en voyant Miion , et entendant ces paroles de sa bouche : « Adieu , » dit-il, mes chers concitoyens, adieu pour jamais ; soyez tran- » quilles , soyez contens, soyez heureux; puisse long-temps sub- » sister la gloire de cette grande ville , et une patrie qui me sera » toujours chère, de quelque manière que j'en sois traité. Que » l'Etat et mes concitoyens jouissent sans moi de cette paix dont » je ne puis jouir avec eux , quoiqu'ils me la doivent ; je vais » me séparer d'eux pour toujours. Si je ne puis éprouver la » reconnaissance de ma patrie , j'échapperai du moins à son in- » justice , et dès que j'aurai trouvé des peuples vertueux et » libres, je mourrai en repos au milieu d'eux.

)) O ciel ! que de travaux inutiles , de projets vains , d'espé- » rances trompeuses ! Tribun du peuple , voyant l'État opprimé, » je me suis sacrifié pour le sénat qui n'existait Y)resque plus ; » pour les chevaliers romains qui étaient restés sans force; pour

' Je me suis permis (cl c'est peut-être un loprochc à me faite) de retrancher «le cette t'ioquente pcroraison un petit nombre de plirascs qui m'ont paru renfermer (k'ïi détails plus inlercssan'^ pour les Roniains que pour nous,

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