CHAPITRE XXY
De V Amitié.
Quiconque aime la solitude , a dit un ancien , est un dieu ou une bête sauvage ; j'ajoute qu'il est presque toujours le dernier, car les dieux sont rares.
Souvent on se trouve dans la solitude sans la chercher , et c est lorsqu'on est privé d'amis ; car il ne faut pas croire qu'une compagnie fort nombreuse soit une société ; les hommes qu'on y voit ne sont guère pour nous que comme des statues dans des portiques. Le commerce sans liaison et sans confiance n'est qu'un vain bruit.
On a dit avec raison : Une grande ville est quelquefois une grande solitude.; le monde même sans amis serait un désert. Le meilleur remède aux obstructions du cœur est un ami fidèle, à qui Ton puisse confier ses chagrins , ses plaisirs , ses craintes , ses espérances , ses soupçons , ses inquiétudes , ses desseins , ses faiblesses même.
L'amitié est un bien si nécessaire aux hommes , que les rois même , à qui rien ne paraît manquer , la cherchent et ne la trouvent presque jamais j c'est que l'égalité et la sûreté en sont l'âme : il semble que la nature l'ait accordée aux états inférieurs pour les dédommager.