CONVERSATION, ENTRETIEN
Ces deux mots désignent en général un discours mutuel entre deux ou plusieurs personnes , avec cette difiérence que conversation se dit en général de quelque discours mutuel que ce puisse être ; au lieu (qu'entretien se dit d'un discours qui roule sur quelque objet déterminé. Ainsi on dit qu'un homme est de bonne conversation , pour dire qu'il parle bien des différens objets sur lesquels on lui donne lieu de parler ; on ne dit jDoint qu'il est de bon entretien. On se sert du mot entretien^ quand le discours roule sur une matière importante ; on dit , par exemple : ces deux princes ont eu ensemble un entretien sur les moyens de faire la paix entre eux. Entretien se dit pour l'ordinaire des conversations imprimées, à moins que le sujet de la conversation ne soit pas sérieux ; on dit les entretiens de Cicéron sur la nature des dieux , et la conversation du P. Canaye avec le maréchal d'Hocquincourt : dialogue est propre aux conversations àrsixnaù'ques , et colloque , aux conversations polémiques et publiques, qui ont pour objet des matières de doctrine, comme le colloque de Poissy. Lorsque plusieurs personnes, surtout au nombre de deux , sont rassemblées et parlent entre elles , on dit qu'elles sont en conversation et non pas en entretien.
SYNOiNYMES. 255
r. O N V I 0 T I O N , PERSUASION.
Quoique ces deux mots s'emploient souvent l'un pour l'autre, ils ont pourtant des nuances qui les distinguent. La conviction tient plus à l'esprit , \di persuasion au cœur ; ainsi l'on dit : l'orateur doit non-seulement convaincre , c'est-à-dire, prouver ce qu'il avance , mais encore persuader , c'est-à-dire , toucher et émouvoir. La conviction suppose des preuves : je ne pouvais croire telle chose ; il m'en a donné tant de preuves qu'il m'en a convaincu, ha persuasion n* en suppose pas toujours : la bonne opinion que j'ai de vous , suffit pour me persuader que vous ne me trompez pas. On se persuade aisément ce qui fait plaisir; on est quelquefois très-fâché d'être convaincu de ce que l'on ne voulait pas croire. On dit : je sms persuadé de votre amitié, et bien convaincu de sa haine.
On persuade à quelqu'un de faire une chose , on le convainc de l'avoir faite; mais, dans ce dernier cas, convaincre ne se prend jamais qu'en mauvaise part : cet assassin a été convaincu de son crime; les scélérats avec qui il vivait, lui avaient /7<?r" suadé de le commettre.