‹ Œuvres de d'Alembert (volume 4)Chapitre 91 sur 165 · DOULEUR , CHAGRIN , TRISTESSE, AFFLICTION, DÉSOLATIOX · texte numérisé non relu

DOULEUR , CHAGRIN , TRISTESSE, AFFLICTION, DÉSOLATIOX

Ces mots désignent en général la situation d'une âme qui soufïre. Douleur se dit également des sensations désagréables du corps , et des peines de l'esprit ou du cœur : les quatre autres ne se disent que de ces dernières. De plus, tristesse diffère de chagrin^ en ce que le chagrin peut être intérieur , et que la tristesse se laisse voir au dehors. La tristesse d'ailleurs peut être dans le caractère ou dans la disposition habituelle, sans aucun objet ; et le chagrin a toujours un sujet particulier.

L'idée à^ affliction ajoute à celle de tristesse) celle de douleur, à celle dJaJfliction ; et celle de désolation , à celle de douleur.

Chagrin , tristesse et affliction ne se disent guère en parlant de la douleur d'un peuple entier, surtout le premier de ces mots. Affliction et désolation ne se disent guère en poésie , quoique affligé et désolé s y disent très-bien. Chagrin^ en poésie , surtout lorsqu'il est au pluriel , signifie plutôt inquiétude et souci , que tristesse apparente ou cachée.

Je ne puis m'empecher, à cette occasion, de rapporter ici un beau passage du quatrième livre des Tusculanes ^ dont l'objet est à peu près le même que celui de cet article.

AEgritudo ( dit Cicéron , chapitre 7 ) est opinio recens mali prœsentis , in quo demitti contrahique animo rectum esse videatur. . . . AEgritudini subjiciuntur . . , . angor , jnœror, luctus , œrufnna, dolor , lanientatio , sollicitudo , molestia ^ afflictatio, desperatio , et siqua sunt sub génère eodem, . . Angor est œgritudo premens ; luctus, œgritudo ex ejus qui carus fuerit interitu acerbor ; mœror, œgritudo flebilis ; aerumna , œgritudo laboriosa ; dolor, œgritudo crucians ; lamentatio , œgritudo cum ejulatu; sollicitudo, œgritudo cum cogitatione y molestia , œgri" tudo permanens ; afflictatio , œgritudo cum vexatione corporis ; desperatio , tie^/vVz/Jo sine ullâ rerum expectatione meliorum. Nous invitons le lecteur à lire tout cet endroit , ce qui le suit , et ce qui le précède; il y verra avec quel soin et quelle précision les anciens ont su définir , quand ils eu ont voulu prendre la peine. Il se convaincra de plus que. si les anciens avaient pris soin

de définir ainsi tous les mots , nous verrions entre ces mots une infinité de nuances qui nous échappent dans une langue morte, et qui doivent nous faire sentir combien le premier des huma-» nistes modernes, morts ou vivans , est éloigné de savoir le latin,

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