ENVOI A L'IMPÉRATRICE DE RUSSIE
J^J.ADAM£, quelles délices m'offre le gouvernement français ! l'intégrité de ses juges tire toute sa force et sa vigueur du zële de la justice : sans ce zële un juge pourra bien faire son devoir, mais il le fera mollement : il voit l'iniquité sans en être ému ; il dit ce qu'il faut , mais sans lui donner le poids et la force que mérite la vérité; mais lorsqu'il a du zële et de l'ardeur pour la justice , il est attentif à tout de qui peut la faire connaître ; il emploie tout ce qui peut la défendre ; il s'afflige amërement quand elle est abandonnée. Du zële résulte la fermeté; car le ^e\e est un amour ardent , et l'amour a du courage à proportion de son ardeur. Il affermit le cœur oii il domine , contre les solliritations , les insinuations, les espérances, les craintes, les menaces, les dangers, les derniëres extrémités: il résiste au torrent et au mauvais exemple ; il ne s'occupe point des inconvéniens , mais de son obligation; il est respectueux, mais invincible. Tels sont les caractères admirables qui ont frappé d'élonnement l'Europe dans les derniëres disgrâces des parlemens de la France : en périssant , ils se sont couverts d'une gloire immortelle , qui passera sans altération à la postérité la plus reculée : .
A LA CORRESPONDAîîCE PARTICXJLIÈRE. 477 Ailles faibles et pusillanimes ! le moindre intérêt découvre le fond de votre cœur, les moindres périls vous alarment , Tamour de la justice disparaît de vos cœurs, parce qu'il est étouffé par un autre amour plus dominant , celui de votre intérêt personnel . et il en sera toujours ainsi , jusqu'à ce que le cœur n'obéisse qu a un seul maître , et que l'amour-propre soit pleinement soumis
à celui de la justice
Ecoutez la voix de ce monarque auguste. Si vous aviez à bra-* ver les menaces et les craintes d'un despote , vous devriez détourner les coups redoublés d'un tonnerre foudroyant 2 mais sa justice , sa bonté et sa clémence furent toujours son apanage Étouffez pour jamais tout intérêt personnel. Sans
ces heureuses dispositions , les services que vous rendrez à l'état seront peu importans et auront tous le caractère des actions les plus lâches, et l'empreinte du mépris le plus souverain pour les lois.