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désira qu'on dérogeât à celte loi en faveur de d*Alenibert.
En 1756, Louis XV lui accorda une pension de douze cents livres sur le trésor royal, et T Académie des sciences lui donno en même temps le titre et les droits de pensionnaire surnuméraire, quoiqu'il n*y eût aucune place de pensionnaire vacante : ce qui ne s'était encore fait pour personne.
Cette même année 1756, la reine de Suéde, sœur du roi de Prusse, ayant formé une académie des belles-lettres qui devait s'assembler dans son palais et qu'elle voulait présider ellemême, fit écrire à d'Alembert par M. le baron de Scheffer pour lui offrir dans cette académie une place d'associé étranger, que d'Alembert accepta avec reconnaissance.
A la fin de 1762, l'impératrice de Russie, Catherine II, lui proposa de se charger de l'éducation du grand-duc de Russie son fils ; et lui offrit pour cet objet jusqu'à cent mille livres de rente, par le ministre qu'elle avait alors à Paris, M. de Sotikof. D'Alembert refusa de s'en charger. L'impératrice insista, et le pressa de nouveau par une lettre écrite de sa main * : mais son
* « Monsieur d'Alembert, je viens de lii e la réponse que vous avez écrite au sieur Odar, par laquelle vous refusez de vous transplanter pour contribuer à l'éducation de mon tils. Philosophe comme vous êtes, je comprends qu'il ne vous coûte rien de mépriser ce qu'on appelle grandeurs et honneurs dans ce monde ; à vos yeux, tout cela est peu de chose, et aisément je me range de votre avis. A envisager les choses sur ce pied, je regarderai comme très-petite la conduite de la reine Christine, qu'on a tant louée et souvent blâmée à juste titre ; mais être né ou appelé pour contribuer au bonheur et même à l'instruction d'un peuple entier et y renoncer, c'est refuser, ce me semble, le bien que vous avez à cœur. Votre philosophie est fondée sur l'tiumanité ; permettez-moi de vous dire que de ne point se prêter à la servir tandis qu'on le peut c'est manquer son but. Je vous sais trop honnête homme pour attiibuer vos refus à la vanité; je sais que la cause n'en est que l'amour du repos pour cultiver les lettres et l'amitié. Mais à quoi tient-il? Venez avec tous vos amis; je vous promets, et à eux aussi, tous les agréments et facilités qui peuvent dépendre de moi, et peut-être vous trouverez plus de liberté et de repos que chez vous. Vous ne vous prêtez point aux instances du roi de Prusse et à lu reconnaissance que vous
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attachement pour sa patrie et pour ses amis le fît résister encore à celte seconde tentative.
D'Alembert ayant communiqué cette lettre à T Académie française, cette compagnie arrêta, d'une voix unanime, qu*on Tinséreraitdans les registres, comme un monument honorable à un de ses membres et aux lettres.
En 1765, immédiatement après la conclusion de la paix, il alla, invité par le roi de Prusse, passer quelques mois à la cour de ce prince, qui le logea auprès de lui dans son palais, l'admit tous les jours à sa table, et le combla de marques de bonté, d'estime, et même de confîance.
Cette même année, il reçut aussi Taccueil le plus honorable à la cour de Brunswick-Wolfenbutlel, où il était allé à la suite du roi de Prusse.
Le roi de Prusse fit tout son possible, pendant que d*Alembert était auprès de lui, pour l'engager à accepter la place de président de l'Académie de Berlin, vacante depuis 1759 par la mort de M. de Maupertuis. Les mêmes motifs qui avaient empêché d'Alembert de se rendre aux désirs de Timpératrice de Russie ne lui permirent pas d'accepter les offres de Frédéric, malgré toutes les obligations qu'il avait à ce prince. Il lui représenta d'ailleurs qu'il y avait dans l'Académie de Berlin des hommes du premier mérite, dignes à tous égards de celte place, et qu'il ne voulait ni ne devait en priver; ce qui n'empêcha pas le roi de Prusse d'écrire de sa main â d'Alembert, deux jours avant son départ de Berlin *, qu'il ne nommerait point à la place de président jusqu'à ce qu'il lui- plût de venir la remplir.
lui devez, ni:iis ce prince u'a pas de fils. J'avoue que l'éduculion de ce fils me lient si fort à cœur, et vous m'êtes si nécessaire, que peut-être je vous presse trop. Pardonnez mon indiscrétion en faveur de la cause, et soyez assuré que c'est l'estime qui m'a rendue si intéressée.
« Catherine.
« P. S. Dans toute cette lettre, je n'ai employé que les sentiments que j'ai trouvés dans vos ouvrages : vous ne voudriez pas vous contredire. »
* « Je suis fâché de voir approcher le moment de votre départ» et je
iG MEMOIRE
D'Alembert est auteur d'un livre intitulé : de la Destruction des jésuites en France, par un auteur désintéressé. Cet ouvrage, le seul qui ait été écrit avec impartialité sur cette affaire, produisit son effet naturel ; il mécontenta les deux partis. Il parut au commencement de 4765; et, peu de temps après, la mort de M. Clairaut ayant laissé vacante dans T Académie une pension à laquelle d'Alembert avait plus de droits qu'aucun autre de ses confrères, et par son ancienneté et par ses travaux, le ministre Saint-Florentin refusa constamment, pendant six mois, de mettre d'Alembert en possession de cette pension, quoique TAcadémie Teût demandée pour lui dès le lendemain de la mort de M. Clairaut, et Teut redemandée ensuite à diflërentes reprises. Le ministre céda enfin, grâce aux remontrances de cet illustre corps, au cri public, et on peut môme ajouter à celui de tous les savants de TEurope, qui, indignés de la manière dont leur confrère était traité, s'en expliquaient ouvertement. Le roi de Trusse fit en celte circonstance plus d'elTorls que jamais pour attirer d'Alembert auprès de lui, mais, quelque forte que fût la tentation, il eut encore le courage de résister. Ce prince, loin d'être offensé dun refus si constant et presque si opiniâtre, re-
n'oublierai point le plaisir que j'ai eu de voir un vrai philosophe. J'ai été plus heureux que Diogène, car j'ai trouvé l'homme qu'il a clierchci si longtemps; mais il part, il s'en va. Cependant je conserverai la place de président de l'Académie, qui ne peut être remplie que par lui. Un certain pressentiment m'avertit que cela arrivera, nrais qu'il faut attendre jusqu à ce que son heure soit venue. Je suis tenté quelquefois de faire des vœux pour que la persécution des élus redouble en certains pays ; je sais que ce vœu est en quelque sorte criminel, puisque c'est désirer le renouvellement xle l'intolérance, de la tyrannie et de ce qui tend à abrutir Tespèce humaine. Voilà où j'en suis... Vous pouvez mettre fin, quand vous le voudrez, à ces souhaits coupables qui blessent la délicatesse de mes sentiments. Je ne vous presse point, je ne vous importunerai pas, et j'attendrai en silence le moment où l'ingratitude vous obligera de prendre pour patrie un pays où vous êtes déjà naturalisé dans l'esprit de ceux qui pensent et qui ont assez de connaissancie pour apprécier votre mérite.
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doubla pour d'Âlembert de bontés et d'intérêt, et l'aurait consolé par là, s'il avait eu besoin de l'être, de la manière dont on le traitait en France.
D'Alembert avait été mieux traité par le comte d'Argenson, prédécesseur de Saint-Florentin dans le département des académies. C'est à ce ministre qu'il fut redevable de la pension de douze cents livres que le roi lui accorda en 1756 sur le trésor royal; il lui en témoigna publiquement sa reconnaissance en 1758» en dédiant à ce ministre la seconde édition du Traité de dynamique^ un an après sa retraite du ministère, et lorsqu'il n'y avait plus de grâces à en attendre. D'Alembert a toujours été plus jaloux de se montrer reconnaissant des bienfaits obtenus qu'empressé d'en obtenir; il n'a dédié ses ouvrages qu'au roi de Prusse, son bienfaiteur, et à deux ministres disgraciés, dont le second était le marquis d'Argenson, frère du comte, et qui houurait aussi d'Alembert de ses bontés.
D'Alembert a donné, en 1767, un Supplément à son ouvrage sur la destruction des jésuites. Ce supplément consiste en deux lettres : dans la première, l'orateur reclifle quelques méprises légères qui lui étaient échappées; il répond à quelques critiques qu'on avait faites de son ouvrage dans des brochures jansénistes, et, à cette occasion, il peint les fanatiques de ce parti avec les couleurs qu'ils méritent : dans la seconde lettre, d'Alembert parle de l'édit du roi d'Espagne qui a expulsé les jésuites de ce royaume, et fait à ce sujet des rélîexions dictées par l'humanité et par la philosophie; il y rappelle un beau trait d'une letlre qu'il avait reçue du roi de Prusse. « Quoique invité, dit ce prince, par l'exemple des autres souverains, je ne chasse point les jésuites, parce qu ils sont malheureux; je ne leur ferai point de m.al, étant bien sûr d'empêcher qu'ils n'en fassent; et je ne les opprime point, parce que je saurai les contenir. »
En 1 768, d'Alembert ayant prononce à l'Académie des sciences, en présence du roi de Danemark, un discours qui a été imprimé dans le volume de l'Académie pour l'année 1768, et dans différents journaux, l'infant, duc de Parme, en Gt une traduc-
iS MEMOIRE DE D'ALEMBERT.
lion italienne qu'il envoya écrite de sa main à d*Alembert; il y joignit peu de temps après une lettre, aussi écrite de sa main et pleine de témoignages d*estime pour les lettres en général et pour d'Alembert en particulier.
D*Alembert a reçu aussi plusieurs lettres écrites de la main de rimpératrice Catherine, du roi de Danemark, du prince royal de Prusse et des princes de Brunswick. Le roi de Prusse lui a beaucoup écrit de lettres qui feraient le plus grand honneur aux lumières, aux connaissances, à la philosophie et à la « bonté du monarque, si le respect eût permis à d'Alembert de les rendre publiques.
Ce prince donna encore une nouvelle preuve de générosité à d'Alembert. Ce savant ayant résolu d'aller en Italie pour rétablir sa santé, et n'ayant pas assez de fortune pour faire ce voyage à ses frais, s'adressa au roi de Prusse, qui avait eu la bonté de lui faire souvent des offres à ce sujet, et qui ordonna à son banquier de lui faire toucher six mille livres. Des raisons particulières ne lui ayant permis d'aller que jusqu'en Languedoc et en Provence, il remit à son retour à Paris, au banquier du roi de Prusse, environ quatre mille livres qui lui restaient, et qu'il n'avait pas dépensées. Le roi de Prusse fit écrire à son banquier de remettre ces quatre mille livres à d'Alembert, qui ne les accepta que sous les ordres réitérés du roi.
Outre les ouvrages de philosophie et de littérature publiés par d'Alembert, il a donné quinze volumes in-4° sur les mathématiques. Il a revu toute la partie de mathématiques et de physique générale de V Encyclopédie. D'Alembert a donné en outre à VEncyclopédie un nombre assez considérable d'articles de littérature ou de philosophie.