SONNET DE GUIDO CAVALCANTI
« Vous avez vu, à mon avis (dans votre songe), tout ce qu'un homme peut sentir et connaître de fort, d'agréable et de bon, si en effet vous avez été mis à pareille épreuve par le puissant Seigneur (Amour) qui gouverne le monde de l'honneur,
» Qui vit* dans une paix tranquille, qui tient dans son esprit compatissant la raison toujours reine, et se montre si agréable
1 Cette circulaire poétique, amoureuse, fut adressée aux fidèles d'Amour, aux diseurs en rimes, à tous ceux enfin qui s'occupaient de poe'sie. Dans ce sonnet, Dante leur expose la vision qu'il a eue, en les engageant à lui en donner l'interprétation ; mais il le fait de manière cependant à laisser douter s'il met la péne» tration de ses confrères à l'essai, ou si effectivement, n'osant s'en Âer à ses pr». D re* lumières, il leur propose un problème à résoudre.
De tous les fidèles d'Amour dont il a pu recevoir réponse, il K f en a que trou dont les sonnets nous aient été conservés ; ce sont ceux de Cino da Pistoia, de Guido Cavalcanti, et enfin de Dante da Maiano, qui, malgré son nom, était r'tran» ger à la famille des Alighieri. Quoique les difficultés que préssnte la traduction de ces trois sonnets soient grandes, j'essayerai de les mettre en français, afin que l'on puisse juger du caractère étrange que portaient ces correspondances lilléraires et amoureuses, et que leur teneur puisse servir d'explication et de commentaire au sonnet même de Dante. [Note du traducteur.)
dans les songes des hommes, qu'il enlève leurs cœurs sans les faire souflïir.
» Il (Amour) emporta votre cœur, voyaut que votre Dame désirait votre mort ; et, dans l'effroi qu'il éprouva de cela, il s'avisa de la nourrir de votre cœur.
» Quand il vous apparut s'en allant tout en pleurs, votre sommeil dut vous paraître doux, car il s'achevait lorsque son contraire (un sommeil pénible) arrivait pour le vaincre. »