LE PURGATOIRE. CHAT^T VIIK
n vînt vers moi^ et moi j'allai vers lui : noble juge ! ô Nino ^ ! que j'eus de plaisir à voir que tu n'étais point parmi les coupables !
Nous n'oubliâmes entre nous aucune belle salutation. Ensuite il me demanda : « Depuis quand es-tu venu au pied de la montagne à travers les ondes lointaines ?
— Oh ! lui dis-je, c'est par les lieux tristes que je suis 'Venu ce matin ; je n'ai pas encore perdu la première vie, l>ien que j'acquière l'autre en allant par ce chemin. »
Et à peine ma réponse fut-elle entendue , que Sordello et lui reculèrent comme des gens frappés d'im subit étoni:^ement.
L'un se tourna vers Virgile, l'autre vers une âme qui était sissise, et il criait : a Viens, Conrad, viens voir ce que Dieu ^ voulu par sa grâce ! »
Puis il se tourna vers moi : « Par cette reconnaissance particulière que tu dois à celui qui tient si bien cachée sa Source première, qu'il n'est point de gué pour y arriver :
y> Quand tu seras par delà les larges ondes, dis à Jeanne, ma fille, d'intercéder pour moi près du lieu où l'on répond a.ux innocents ^.
» Je ne crois pas que sa mère m'aime encore, puisqu'elle B. quitté les bandeaux blancs ^ que la malheureuse doit un jour regretter.
r> Par elle s'apprend bien aisément combien dans une femme dure le feu d'amour, si l'œil ou le toucher souvent ^€ le rallume.
D La vipère qui est dans Técusson des Milanais ne lui fera I^as une aussi belle sépultm*e que la lui aurait faite le coq ^e Gallura. )>
Il parlait ainsi, et sur tout son extérieur était imprimé le
' Nino, de la maison des Visconti de Pise, juge de Gallura en Sardaigne, était ^ la tète du parti Guelfe.
' Dcus peccatores non audit. (S. Jean.)
* Les voiles de deuil, selon l'usage du temps* Béatrice d'Esté s'était remariée à O aléas des Visconti de Milan
tu LA Divins coMÉDrK.
signa de « xèle droit qui brûle a\cc mesure dUu le ixea.
Mes yeux ivides s'élevaient vers le ciel, là ob les éloild sont plus lentes, comme les pai'ties de la roue les plus ptod» de l'essieu.
Et mon giii''B : « Cher fib, que regardes-tu Is-iuml!'
El moi à lui: s Je regarde ces IroJs ÛambeauxparlesqnA le pôle est là-bas tout ardeul '. »
El lui à moi :« Les quatre brillantes étoiles' que tu as in c« matin sont descendues la-bas, et celleâ-ci sont mosUd où étaient celles-là. »
Comme il me partait, Sordello l'attira à lui, en diaU: D Vois-lu là notre ennemi ?» Et il allongea, le doigt pMi qu'il regardât derrière.
Dans celte partie du petit vallon qui a'a point de cloti» élnit un serpent, peut-être celui qui donna à Eve la aurilure a mère.
A travers l'herbe et les fleurs venait le méchant rcptUe, tournant de temps à autre la tâte vers son dos, se likU comme une bëte qui veut se lisser.
Je ne vis pas, donc je ne puis dire comment se miind les auloui-s célesles, mais je les vb bien l'un et l'autre* mou\ement.
Sentant l'air qui se fendait sous les ailes vertes, le serpo' s'enfuit, et les auges remontèrent à leur place en volant d'un vni égal.
L'oiohre qui s'était rapprochée du juge lorsqu'il l'appelî. ne cessa pas un moment de me regardci- dui'ant tout cet assaut.
B Que le flambeau qui te mène là-haut trouve en ta volonté autant de cire qu'il en faut pour parvenir à la monlagne entaillée, u
Cammen(a-t-clle àdire; a si tu sais quelque nouvelledu Val di Magra ou de la terre voisine, dis-la-moi, car je fus grand dans ce pays.
LB PURGÀTOllB. CHANT IX, 335
• On m'appela Conrad Malaspina ^ ; je ne suis pas Tancien de ce nom^ mais j'en suis descendu. Je portai aux miens un amour qui s'épure id.
— Oh! lui dis-je^ jamais je n'ai parcouru Yotre pays, mais où demeurer dans toute l'Europe que son nom n'y soit airlTé?
» La gloire qui honore votre maison renomme les seigneurs et renomme la contrée tant^ que celui-là même la cûQoaît qui n'y est pas encore Tenu.
» Et je TOUS jure (puissé-je avec autant de certitude parvenir là-haut ! ) que votre race honorée ne perd point la gkâre due à une hourse libérale et à une forte épée.
> L'hahitude et le bon naturel l'avantagent tellement que, bien que le chef pervers du monde égare les autres hommes, seule eUe marche droit et mépiise le mauvais chemin, m
Et lui : « Maintenant^ va I Avant que le soleiljentre sept fois dans l'espace que le Bélier couvre et enfourche de ses <iu&tre pieds,
» Cette opinion courtoise te sera clouée au milieu de la tête avec des clous plus grands qu'il n'en peut sortir des paroles d'autrui,
» Si le cours de la Providence ne s'arrête point. »
CHANT IX
^ prtte ncoate que Jetant endormi, il eut, vers le matin , «ne Tition. — Ré- ^«iUé, il se traîna en un Heu pins éleyé, près de son gnide Bdèle, |»rès de Tirtlli» ^i le nena jusqu'à la porte dn Purgatoire. — è'Aafe qui gild* cette IHwte û leur onvre avec empressement.
La compagne de l'antique Ti1ii(»i, sortie des bras de son ^^ux ami, déjà paraissait blanche aux rives d'Orient; Son front était reluisant des perles dont la disposition
Seigneur de la Lunigiane.
Qûrad mol, quTmmUS tveti môi Uut Gé ^
d'Adam, me sentant vaincu par le sommeil,
sur l'herbe là où noua étions assis tous les cim
A l'heuri' viiiaiQe du malin où l'hirondcU BPS tristes lais, peut-être en mtSmoire de ses pr leurs';
A l'heure où notre esprit, plus étranger i moins pris des pensers terrestres, est presque dl visions,
Il me semblait voir en songe un aigle suspi ciel, avec.des plumes d'or, les ailes ouvertes e à descendre;
El il nie semblait que j'étais là où les siens donnes par Ganymède quand il fut enlevé pd assemblée.
Je pensais en moi-même ; « Peut-être cet aig bitude de ne chasser qu'en ce lieu, cl peut-être i de poser ailleiu-s sus pieds. »
Ensuite il nie sembla que, tournoyant un j comme la foudre, il descendit et m'enleva jugqi lie feu.
Là, il me sembla que l'aigle et moi nous hv\ embrasement imaginaire était si cuisant, qui mou sommeil se rompit.
Non autremint tressaillit Achille, promenai
LB PUBCATOIRE. GAA^TT IX.
Que, moi, je tressaillis : le sommeil s'eufuit de ma face, et je devins pâle comme quelqu'wi que glace répouvante.
Celui qui me soutient était seul à mon côté. Le soleil s'était déjà levé depuis plus de deux heures, et mon nsage était tourné vers la mer.
a N'aie point de crainte, dit mon maître, montre-toi rassuré, car nous sonmies à bon port; ne restreins pas, mais élargis en toi toute vigueur.
y> Tu es parvenu au Purgatoire ; vois le rempart qui l'entoure et le ferme ; vois l'entrée, vois Tantrée là où le rempart est interrompu.
» Durant Taube qui précède le jour, quand ton âme sommeillait là-bas sur les fleurs, dans ce lieu qui en est éinaillé,
» Une femme est venue, elle a dit : « Je sms Lucie*, Jaissez-moi prendre celui-ci qui d<Nrt ; je le soulageai pendant sa route. »
. )» Sordello resta, et les autres ombres gentilles aussi; die t'enleva, et quand le jour fut clair, elle s'en vint vers la montagne, et moi j'allai sur ses traces.
» Ici elle te posa, après m'avoir montré avec ses beaux yeux cette entrée ouverte; ensuite elle et ton sommeil disparurent ensemble. »
Comme un homme qui se rassure après avoir douté, et qui change sa peur en sécurité lorsque la vérité lui est découverte.
Ainsi je me changeais; et quand mon guide me vit sans inquiétude, il se mit en mouvement Ters le haut rempart, et moi je le suivis vers la hauteur.
Lecteur, tu vois conune j'élève la matière de mes chants; donc ne t'étonnc pas si je la soutiens par un art plus haut.
Nous nous approchâmes, et nous vînmes à cette partie où d'abord le rempaii me semblait rompu conune par une fente qui sépare une muraille;
Mais je vis une porte, et au-dessous, pour y monter, trois
' Lucie, emblème de la grâce Ulumioaule.
(UlTéreDU de couleur, et uii portier qui eneoreK
i:.L comme de plus en plus j'ouvrais les yeui, je viî qnT était assis sur le degré supcrieur, et d'un tel aspect, qoc/ ne pus le soutenir.
11 avait en main une épi^ nue qui i¥flë(ail $t vivervf ▼ers nous ses lajons, qu'eu vain j'essayai plusieurs [oii^ diriger ma vue.
« Dite»-le, de là, que vouleï-vous? commença-t-ilàdiif; où est votre guide? Prenei sarde que yotre venue id ne™ nuise.
— Une femme du le de ces choses, lui t^ dit mon inattiv, noui, . i peu de teiups : n AUs^t est la porte, n
— Qu'elle rit le graciens portieri»
oexdoncel •
Nous viiii... narche était d'uD mnfei
blanc si poli et si u.., ^ul e voyais dedans tel qnte
autres je parais.
La seconde, d'une couleur plus sombre que le pen, M formée d'ime pierre calcinée et rude, crevassée en lonji
La troisième et la plus élevfe me semblait d'un pOT(*wB aussi rouge que le sang qui jaillit de la veine.
Celte marche portait les pieds de l'ange de Dieu,l«pd (Hait assis sur le seuil du la porte, seuil forniCj il me fMi d'une pierre de diamant.
Pai- les trois marches où me portait ma bonne volonlé. mon guide m'eniratna en disant : • Demande humblemeBl que la serrure s'ouvre. »
Je me jetai dévotement auï samls pieds; je le priai par miséricorde de m'ouvrir, mais, premièrementj je me doDsfii lïvis oiups dans la poiliiue.
Avec la pointe de son ëpëe, U ute trafa sept fois au tmàt
' Le premier degr^, i;riiibole de 1i lincërll^de b coafeuloi] ; ^ Le Hc.iid,>)v
LE niRGATOIRB. CHANT IX. 330
ia lettre P, et il me dit : <c Fais en sorte, quand tu seras entré, de laver ces taches^ n
La cendre ou la terre desséchée serait d'une couleur pareille à celle de ses vêtements; il en tira deux defs.
Ltme était d'or, et l'autre était d'argent. D'abord avec la blanche^ ensuite avec la jauiie> il essaya d'ouvrir la serrure, et je me sentis content*.
« Quand une de ces clefs, nous dit-il, fait défaut, et ne tourne pas régulièrement dans la serrure, cette entrée ne s'ouvre pas;
. » L'une de ces defs est plus précieuse, mais l'autre veut plus d'art et d'intelligence, parce que c'est elle qui fait détendre le ressort.
» Je les tiens de Pierre, qui me dit de me tromper plutôt pour ouvrir la porte que pour la tenir fermée, pourvu que les pleurs se prosternent à mes pieds', n
Ensuite il poussa en dedans la porte sacrée, en disant :
« Entrez, mais soyez avertis que celui-là est condamné à sortir qui regarde en arrière. »
Alors roulèrent sur leurs gonds les battants de la porte du royaume sacré, lesquels sont d'un métal épais et sonore :
Si fortement et avec tant d'âpreté ne rugit pas la tour Tatpéienne quand on en chassa le bon Métellus, et qu'elle lesta vide de son trésor^.
Je me tournai attentif vers le premier bruit, et il me sembla entendre une voix qui chantait au milieu d'autres SOQI très-doux : Te Deum lauidainui.
Ce que j'entendais me faisait ressentir ce qu'on éprouve
û'ordinaire quand la voix et l'orgue se marient. Tantôt on entend, tantôt on n'entend plus les paroles.
' SymbolM des sept pëoh^j eapiUox.
*Udef d'or figure la science nécessaire an prêtre pour pouvoir jager ; la olef ^^ffm, Vaatoritë qu'a ril^.glise de pouvoir absoudre.
Si Deos benignns, quare sacerdos auslerus? tlbi enim pater^lJuniliu eil laifW, ^"Vssiator non débet esse tenax. (S. GlliTSOeTOMi.)
Tuoo rupes Tarpela sonat, magnoqne redttiia
Testatur slridore fores. ,. jj
(LUGAIN.)
CHANT X
Eoinidinle Fnreilolre, ffehé d'Orgueil. — Ton!
liliitil'BninilIt^. — Pali
Quand noua fùmsg an delà du sâuQ de la porte qwl penchant malin ôes âraes humaines laisse ouvrir si n» ment, parce qu'il fait paraître droite la %'oie tortueuse,
Je connus, au son qu'elle rendit, qu'elle clail refcràà Et, si j'avais lournd les yeui vers elle, quelle exclue 4 été digue d'une telle Tante?
Nous montions entre deus roches fendues dont toi nuosités de part et d'autre iniitaieat l'onde qui fuitet^ revient.
0 Ici, dit mon guide, il faut user d'un peu d'art, ai'i^ procbanl, tantôt par ici tantôt par là, du côté qui a dtifr fonce me nts. n
Et ce soin rendit nos pas lents et si rares, que UIbb. alors décroissante, était rentrée dans sou lit pour se repo»i
Avant que nous fussions hors du sentier étroit. I« quand nous fûmes dégagés et à découvert là où le a rejette en arrière.
Moi fatigué, et tous deux incertains do notre i-oule, m» restâmes sur une plalc-forme plus solitaii-e qu'une route i travers les déserts.
Depuis le bord de l'abîme jusqu'au pied de la haotf chaussée qui va toujours en montant, on n'aui'ait n que trois fois le corps d'un homme;
Et, aussi loin que mes regards pouvaient aller avec leun ailes, du cà\é gauche ou du cflté droit, les ceintures del) plate-forme me semblaient à celle égale distance.
Nos pieds n'avaient pas eiicure monté sur celle voie, quand je reconnus que le calé intèiieur qui, di'oit el à pic, eût été inaccessible,
LE PUAGATOmE, CHANT X. 341
Était de marbre blanc et orné de bas-reliefs, tels que non-seulement Polyclète, mais la nature les amait admirés ^ sa honte.
L'ange qui vint sur terre avec la nouvelle de la paix ap- |ielée durant tant d'années et avec tant de larmes, qui ouvrît le ciel après la longue défense,
Cet ange, sculpté dans une attitude suave, nous apparaissatît avec tant de vérité, qu'il ne semblait pas être une figure silencieuse.
On eût juré qu'il disait Ave, pai^ce que là aussi était représentée celle qui désira les clefs pour ouvrir à Tamour souverain.
Et dans son attitude était exprimée cette réponse : Eeee aneilla Dei, aussi fidèlement qu'une figure laisse son em- I^reinte sur la cire.
« Ne tiens pas ton esprit fixé sur un seul points » dit le doux maître^ qui m'avait près de lui du côté où les honmies ont le cœur.
^avançai donc en regardant, et je vis après Marie, et de ce côté oii j*avais celui qui me faisait avancer.
Une autre histoire sculptée sur le rocher. C'est pourquoi je devançai Virgile et je m'approdiai, afin qu'elle fût bien placée sous mes yeux.
Là, sur le marbre, étaient représentés le char et les bœufs tramant l'arche sainte, si redoutée de quiconque veut remplir uii office que Dieu ne lui a pas commis.
En avant se voyaient quantité de gens; et cette troupe, divisée en sept chœurs, faisait dire à deux de mes sens : Oui, elle chante! non, elle ne chante pas!
De même, devant la fumée de l'encens si bien représentée, mes yeux et mon odorat étaient en désaccord et sur le oui et sur le non.
La robe relevée et dansant, Thumble psalmisle précédait le vase bénit; en ce moment il était plus et moins qu'un roi.
Vis-à-vis, et du faîte d'un grand palais, Michoi le conicinpkût de l'air d'une femme dédaigneuse et triste.
- tA MVINE CPMtlilE. '
j arrachai mes pieds du Heu oii je me tenais , pour nii de pi-Ès une autre histoire qui, plsc^ derrière Mirhnl,tiUi* chissait.
Là ^tait repr^s^ntéo Ih liaule gloire du pnncâ romun fui, par sa grande vertu, excita le pape Grégoire iatii grande victuire'.
Je parle de l'empereur Trajan. Au frein de son (W ëtait une veuve en larmes, désuli^e;
Autour de lui on distinguait une foule abundanle ie* laliers, et au-dessus de sa tète les aigles d'or s'agitaieiU Tcnt.
la malheui-euse, au milieu de tous, semblait dire ;
H Mailro, donne-mol vengeance pour mon fils qd K mori; mon cœur est navre, d
Et il seroLlait lui répoudi'c : <• Atlcnds que je revieiiKi Et elle, comme une personne que pousse la douleur :
■ 0 mon seigneur! si tu ne reviens pas! n Et lui : <(t lui qui sera oii je suis faccoi-dcra vengeance ! n Et di a Que te Bervira le bien fait par un autre, si le bien qmtt dois faire lu le mets en oubli? b
Lui enfin ; a Tlassurc-loi, il faut que je m'ai^quîtledemoc devoir avant d'avancer. La justice le veut, et la pitié ni retient, r.
Celui qui ne vit jamais une chose nouvelle * produisit paroles visibles, nouvelles pour nous, car il ne s'en tronn pas de telles sur la lerre.
Tandis que je me délectais à regarder ces tableaux il grande humilllë, et si pr^cieui h voir quand on en sait l'oovrier.
Le poète murmurait ; « Voici par là bien des âmes, maif
LE PORGATOIRE. CBANT X. 348
illes Tiennent lentement. Elles nous mèneroni yers les de- $1^ supérieurs. »
Mes yeux , qui étaient tout attentifs à regarder les noureautës dont ils sont ayides, ne furent point lents à se tourler Ters lui.
Je ne veux pas, lecteur, que tu t'écartes des bonnes dispositions pour entendre comment Dieu veut que les dettes se payent.
Ne fais pas attention à la forme du martyre , pense à ce |iii le suit; pense qu'au pire il ne peut aUer au delà du grand jugement.
le conmiençai : a Maître, ce que je vois se mouvoir vers nous ne me semble pas êlre des personnes , et j'ignore ce que c'est, tant à cette vue je me trouble. »
Et lui à moi : a La pesante condition de leur tourment les oourbe tellement vers la terre, que mes yeux ont premièrement douté;
» liais regarde fixement, et avec tes yeux redresse ce qui s'en vient sous ces loiu'des pierres. Déjà tu peux juger comme chacun d'eux est tourmenté. »
0 chrétiens superbes, misérables et faibles, qui, perclus des yeux de l'entendement, vous fiez à vos pas qui vous font rétrograder!
Ne vous apercevez-vous pas que nous sommes des verii nés pour former le papillon angélique ^ qui vole sans dé- Dense à la justice de Dieu?
Pourquoi votre esprit se dresse*t-il comme le coq? vous n'êtes que des insectes défectueux^ des vers dont la forma- Hmi est avortée.
Gomme pour soutenir une solive ou un toit, souvent on ▼oit le long de l'entablement une figure joindre les genoux à la poitrine.
Laquelle fait naître, d'un mal non véritable» une véritar ble souffrance en celui qui la voit; ainsi je vis ces âmes, quand j'appliquai mon soin à les examiner.
3** LA DIVINE COHËDIB.
H est vrai qu'elles étaient plus on mcâns conlraclècs, ie- Ion qu'elles aïnicnt plus ou moins sur le dos; el celle <fi «ïajl plus de patience dans soa tourment
Seoiblail diie, en se plaignant : m Je n'eu pais plus, i
CHANT XI
et Orgofillrai. — Titgilo luii jEnmDdH quel watier Ml le t>tai M
« 0 notre Père qui es dans les cieiix, non diconacrila eui, mais par un amour plus grand pour Jus premiers*!) qui sont là-haut,
B Loués soient ton nom et ton pouvoir par toute créatWj de même qu'on doit rendre grâce s ta douce sagesse.
» Que la paix de Ion règne nous arrive, car si elle» vient à nous, nous ne pouvons aller à elle, malgi'é nott intelligence.
1) Comme les anges te font le sacrifice de leur volonléa chantant Hosanna, ainsi puissent faire les hommes!
» Donne-nous aujoiud'hui la mamie quotidienne, an! laquelle, dans cet âpre désert, celui-là va en arrière qui * travaille le plus pour avancer.
V Et comme nous pardonnons à chacun le mal que noos avons souffert, toi aussi, bienfaisant, pardonne et ne l'egîi* pas à notre mérite.
» Notre vertu, qui si aisément succombe , ne réprouis pas contre l'antique adversaire, mais délivre-la de lui qui latente si fort.
n Celle dernière prière, ô Seigneur chéri ! déjà nous ne la faisons plus pour nous, qui n'en avons plus besoin, uiai; pour ceuï qui derrière nous sont restés. «
Ainsi, tout en priant pour elles et poui' nous, ces àmcf