LE PURGATOIRE. CHANT XI
sTen allaient sous leur fardeau^ tout semblaUe à celui que parfois on croit porter en rêve.
Inégalement chargées, elles cheminaient toutes, pleines cl'angoisses et lasses, le long de la première corniche, afin dte se puriûer des ténèbres du monde.
Si par là on prie toujours pour nous, ici que ne doivent pas dire et l'aire pour ces âmes ceux qui ont une volonté douée de bonnes racines !
n faut les aider à laver les taches qu'elles ont rapportées du monde , afin que, pures et légères , elles puissent s'élever vers les roues étoilées.
« Âh! que la justice et la pitié vous allègent bientôt, pour que vous puissiez mouvoir les stiles qui vous enlèvent selon -votre désir !
» Montrez-nous de quel côté on va le plus promptement ▼ers l'échelle, et, s'il y a plus d'un passage, enseignez-nous celui qui est le moins montant.
» Car celui-ci qui vient avec moi , tout chargé de cette chair d'Adam qui le revêt, est lent à gravir, malgré son bon vouloir. »
Leurs paroles en réponse à celles qu'avait dites celui que je suivais, nous ne pûmes savoir de qui elles vinrent ;
Mais elles furent telles : « Venez avec nous, à main droite , sur la rive , et vous trouverez un passage où peut nionter une personne vivante,
» Et si je n'étais pas empêché par cette pierre qui dompte nnn front orgueilleux, et me force de tenir le visage Laissé ,
» Je regarderais afin de voir si je connais celui-là qui est encore vivant et ne se nomme pas , afin d'exciter sa pitié pour mon supplice.
» Je fus Latin et fils d'un grand Toscan ; Guillaume Aldobrandeschi fut mon père; je ne sais si jamais son nom vous est parvenu.
» L'antique sang et les actions brillantes de mes aïeux me rendirent si arrogant, que, ne pensant plus à la mère commune.
» J'eus tout homme en mépris, et à tel point, que ce mépris causa ma mort^ comme le savent les Siennois, et . comme dans le Campagnatico le sait tout enfant ^.
» Je suis Humbert, et ce n'est pas à moi seulement que ^s Torguell a fait mal , mais aussi à tous mes parents, qu'à a.^ entrsunés dans le malheur;
» Et il faut, à cause de mon péché, que je porte id fardeau, jusqu'à ce que j'aie ainsi satisfait à Dieu. Ce je n'ai point fait parmi les vivants, je le fais parmi morts. »
En l'écoutant je baissai la tête : alors un des esprits^ non celui qui parlait, se tourna sous le poids qui rembar^ rassait,
Et il me vit, et il me reconnut, et il m'appela en tenant avec grand'peinc ses yeux fixés sur moi, qui, tout penché, marchais à côté d'eux.
« Oh! lui dis-je, n'es-tu pas Oderisi, l'honneur d'Agobbio, rhonneur de cet art qu'on appelle à Paris enluminure*?
— Frère, dit-il, on trouve plus riant le papier qu'enlumine Franco Bolognèse ^ : tout Thonncur est maintenant pour lui, et pour moi une bien chétive part.
» Je n'aurais pas été si courtois pendant que je vivais, à cause du grand désh' d'exceller dans Fart auquel s'appliqua mon cœur.
» Ici se paye la peine d'un tel orgueil. Et encore ne se— rais-je pas où je suis, si, pouvant encore pécher, je ne m'étais tourné vers Dieu.
» 0 vaine gloire du pouvoir humain ! plante sans duree^ que le vert reste peu de temps sur sa cime, lorsqu'elle n» touche pas à des temps de baibarie !
' Ce Alt à Campagnatico, dans les Mareramcs, que Ips Sicnnois, IrritÀ de Torgucil (l'Hunibcrt, liront tacr ce Ulsdes comtes de SanlaGora; son père éUit 6«1laume Aldobrandeschi.
* Agobbio ou Gubbio, dans le duché! d'Urbin, patrie d'0derisi| le peintre ea mihialure.
* C'est-à-dire François de Bologne.
LE nniGAToinB. ciamt XI. 347
» Cimabuë ' crut tenir le champ de la peinture^ et maintenant c'est Gigtto* qui a la TOgue, de sorte que la renomniée de l'autre est d^nrcie.
9 Ainsi on Guide * ravit à l'autre Guido^ rhonneur de la langue, et peut-être un troisième est-il né qui chassera l'un St Ftotre de son nid.
w Le bruit du monde n*est qu'un souffle de yent qui Tient tantôt d'ici, tantôt de là, et change de nom en diangeant 9ê cùté.
» Aurais-tu plus grande renommée si tu ne devais te dépouiller que d'une chair minée par Tâge, ou si tu étais mort arant de perdre ton parler enfantin ;
9 Dis, serais-tu plus connu, a\ant que passent trois mille ans ? ce qui est, comparé à Téternité, un temps plus court qn^ni mouvement de cils, comparé à l'astre qui, dans le àel, tourne le plus lentement.
9 Celui qui, devant toi, fait si peu de chemin, tonte la lèscane a proclamé son nom : c'est à peine aujourd'hui si on le murmure à Sienne,
9 Dont il était seigneui- qaand fut détiTiite la rage de Florence •, qui était aussi superbe dans ce temps qu'elle est à cette heure prostituée.
» Votre renommée a la couleur de l'herbe qui vient et passe, et celui qui lui ôte sa couleur est le même qui la fait sortir verte de la terre. )>
Et moi à lui : « Tes paroles pleines de vérité font entrer une bonne humilité dans mon cœur, et ma grande enflure s'abaisse; mais quel est celui dont tu parlais à l'instant?
-^ €'est, répondit-il, Provenzano Salvani. 11 est ici parce qu'il eut la présomption de ne régir Sienne que par ses mains.
» Il a marché et il marche ainsi sans repos depuis qu'il
* Gimabué, mort en 1300.
* Giotio» mort en 1336.
* Gutdo Guinicello» Boete de Bologne.
* Guido, autre poète célèbre, fils de Cavalcante Caralcaiiti.
* Gc fat à la fameuse bataille de Monte-Apcnu (gagnée par les SieonoU.
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1KDI1!.
es! mort ; telle est la monnaie que doit rendre, pom si quitter, Oiluî qui Ui-b&s a trop osé. »
El moi : u Si un esprit qui atlend, avant de se re^at^ la limite de sa vie, demeure au bas de la monlagOËEll monte jusqu'ici,
B ( A moins qu'une prière salutaire dc lui vienne eQiil( qu'aprfei un temps égal à celui qu'il a vécu, ci venue ici lui a-t-elle élii octroyée ?
— Quand il vivait avec le plus dc gloire, raponJilfi» bre, il s'agenouilla volontairement sur lu place de Si en déposant touti
Il Et là, pour
do la peine qu'il îuii*
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> et je sais que mcspM
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CHANT
1» hn»ir. ,„■„■
B jHJoh* rt-Orgm-il. — iIj w
Comme une paire de bœufs qui marchent sous le jo». celle âme chargée et moi, nous allâmes de front, tant f le permit mon doux pédagogue; I
Mais quand il me dit : a Laiâe-le, et marche, car iJ fJ bon ici que, de la vcile et des rames, chacun, autant ipi peut, pousse sa bai'quc, n
Je redressai mou coi-ps ainsi qu'il convient do faire lnnqu'on veut maifhw, Wen que mes pens<.'es rcstassenl courbées et aballucii.
LE PURGATOinE. CaiANT XII. 349
Je m'étais mis en mouvement et je suivais de bon gré l08 pas de mon maitre^ et tous deux nous montrions comme nous étions légers^
Lorsqu'il me dit : « Tourne les yeux en bas, il te sera bon, pour alléger ta route, de voir le sol où tu mets les pieds. »
Comme, aûn que leur mémoii'e demeure, les tombes construites sous le pavé des églises portent le portrait des ensevelis, tels qu'ils étaient jadis.
Si bien qu'on se prend maintes fois à pleurer, tout poigne par ce souvenii*, qui ne fait sentir son aiguillon que dans les cœm^s pieux ;
Ainsi toute ia route entre la montagne et l'abîme m'ap- "parut couverte de figures, mais rendues avec plus de ressemblance à cause de l'ouvrier.
Je voyais d'un côté celui qui fut créé plus noble que --toutes les créatures tomber du ciel conune la foudre;
Je voyais, de l'autre côté, Briarée ^ atteint du trait céleste, gisant à teri*e, et l'attristant de son froid mortel;
Je voyais Tymbrée ', je voyais Pallas et Mars, armés encore autour de leur père, contempler Ijs membres épars des géants ;
Je voyais Nembrod^, au pied de sa grande tour, regai'der, comme égaré, les nations qui furent avec lui dans le Sennaai*.
O Niobé * ! avec quels yeux désolés je te voyais représentée sur la route entre sept et sept enfants morts !
0 Saiil ! comme, percé de ta propre épée, là lu m'appains mort sur le Gelboé qui dès lors ne sentit plus ni la pluie ni la rosée * !
0 folle Aiachné ! je te voyais déjà changée à demi en ai'aignée, triste sur les débris de l'œuvre qui se ûla malheureusement pour toi.
• Briuréc, TiUn.
' Surnom d'Apollon.
* Ncnibrad, uii des constructcars.de la tonr de Babel.
« Fille Je Tantale cl épouse d'Amphion, more de quatorze eufunls, selon le poète. » Montes Gclboe, ncque pluvia, uequo vos vcuianl suppi vos. [Rej.y I. II.)
W I-A DIVINE COUÉDIK. ■
0 Roboam ' ! tes traits ici ne semUenl plus menaçant.-; mais, plein d'époiivanle, tu fenTuis sur uu char avioiip les autres te chaiseat.
Le dur pavd monti-ait encore comment Alcm^on ' fit (ayn cher à sa mbTe sa malheureuse parure.
n monti-ait comment les fils de Sennachérib sejet^' sur ]ui dans le temple, et comment ils le laissèrent nuH
11 montrait la ruiue et le cruel châtiment de Cjn»qmai Tomyiia lui disait : a Tu as eu soif de sang, et je foiiili' de sang. »
Ha monliaient comme s'enfuirent eo déronte bifr syriens, après que fut mort Holopheme, et les testes tkt ca 171 âge.
Je Toyais Troie ' en cendres et en ruines : iJ Ilini" comme les peintures qui se trouvaient là te moQlrà* abattu et avili !
Quel fut le maiti'e du pinceau ou du ciseau quiln|i les ombles et les poses que l'espi-it le plus subtil demi admirer î
Les morts paraissaient morts, et les vivants paraisaitf I vivants. Celui qui vit le fait ne le vit pas mieux que wt, I tout ce que je fuulal aux pieds, tant que je chemiiuincliné.
Or, en orgueilIissez-voHS, marchez d'un air allier, ô d'Eve! et ne baissez pas la tfite afin de voir votre maam sentier !
Diijâ nous avions fait plus de chemin autour de la m tagne, et le soleil était plus avancé dans sa route que w pensait notre esprit ainsi occupé,
Quand celui qui , toujours en avant, s'en allait afteo commença : a Lève la têle! il n'est plus temps de marcha de ce pas lent et distrait.
LE POEGATOIRE. CHANT XU. 35!
i Vds im ange qui s'apprête à venir vers nous; voici iw la sixième servante du jour a fini son service ■.
» Empreins de respect ton visage et toute ta personne, ifio qu'il prenne plaisir de nous envoyer plus haut ; pense <Itt ce jour-ci ne rayonnera plus. »
J'étais bien habitué par ses avis à ne pas perdre de temps, ^ Mite que sur cette matière il ne pouvait me parler un Uqgage obscur.
Vers nous venait la belle créature blanc-vôtue> et dont la %ire scintillait comme Tétoile du matin.
SUe ouvrit les bras , et ensuite elle ouvrit les ailes en disuit : « Venez! il y a ici près des degrés, et, purifié, on himonte aisément. »
A cette invitation bien peu viennent et répondent. 0 race humaine, née pour voler là-haut ! pourquoi au moindre vent tomber ainsi?
L'ange nous mena où la roche était entaillée; là il me )nppa le front de ses ailes \ puis il promit un voyage sûr il tranquille.
De môme qu'à main droite, pour gravir la montagne où st placée Téglise qui domine Florence ', la ville bien gouvttnée, là au-dessus de Rubaconte,
La pente ardue de la montée s'adoucît par des escaliers (escaliers qui furent faits dans le temps où les registres et kt mesures pubhques étaient en sûreté),
De même s'adoucit la pente escarpée qui tombe ici de l^iutre oerde, mais les hautes parois vous serrent à droite (ta gauche.
Cname nos corps tâchaient de s*insinuer dans ce défilé,
fatobc, avec une douceur que le discours ne peut redire,
Atotèrent : Beali pauperes spirilu.
Ah! combien ces sentiers creux sont diiïérents de ceux
^l'enfer! Id l'on entre parmi les chants; là-bas, parmi des
gémissements furieux.
' I* sixième benre.
^oor effacer un des P tracés sur le front de Dante, U pMé d'ÛrgneU. l'église de San-Miniato.
Dt'jà nous muntions pai- le saiut escalier, et il me s k moi-nii^ine élre bien plus liSgci- que je ne me trouvjfesi la piainc ;
Aussi je ui'éci'iai: «Maîlrc, ilis-mtii, de quelle litui'dedffll m'a-t-on allégé, que jo ne reç^iis presque aucune fati^nefl marchant? n
11 répondit : a Quand les Prestes sur ton Tront, mail dql presque cllac^a ', auront tous, comme l'un d'entre eai,»- (iËretn^nt disparu.
» Tes pieda seront tellement au service du bomulBi qu'ils ne sentiront plus la fatigue ; ce sera pour eux unj!»* de monter, b
Aldrs je fis comme ceux qui s'en vont portant surUft une chose sans le savoir, sinon quand les signes des uUl la leur font soupçonner;
Aussitôt leur main les aide à s'en assurer ; elle chffltt elle trouve et remplit l'offlœ que l'œil ne pouvait feirt
Ainsi, en étendant les doigts de la main droite, j(i trouvai plus que six des lettres que l'ange porteur de^dd avait marquées sur mon front.
Voyant cela, mon guide se prit à somire.
CHANT XIH.
in 1« ficYii If Emis Lm pm
Nous étions au sommet de l'escalier, où, pour la seani fois, se resserre la montagne sur laquelle les pécheon: purifient en montant.
Là aussi un cercle l'ègue, coumie le premier, autour^
LE PURGATOIRE. CHANT Xin. 353
h hauteur ; seulement son arc est plus prompt à se refeimer.
On n'y trouve ni reliefs ni sculptures au trait ; les bords »nt tout unis, et la route est également nue, la piciTe qui te forme a une couleur livide *.
c Si nous attendons ici quelqu'un pour demander notre d»emin, disait le poète, je crains que notre choix n'éprouve twpde retard. »
Ensuite il dirigea ses yeux fixement sur le soleil; il fit de n jambe droite un ^ntre sur lequel s'appuya son mouve- OKnt, et il tourna la partie gauche de lui-même.
« 0 douce lumière, sous laquelle j'entre avec confiance ÛÊHs le nouveau chemin ! conduis-nous, disait-il, selon qu'il tort nous conduire dans cette enceinte.
» Tu réchauffes le monde, tu l'éclairés ; si quelque autre nison ne vient à l'encontre, tes rayons doivent toujours être DM guides. )»
Ce qui compte ici-bas pour un mille, nous l'avions déjà parcouru en peu de temps, grâce à notre volonté active.
Et vers nous voilà que nous sentîmes voler, car nous ne les limes pas, des esprits qui, en parlant, invitaient courtoisement à la table d'amour.
La première voix qui passa en volant dit fortement : Vinum nmhabent*, et denière nous elle allait le répétant.
Et avant qu'en s'éloignant cette voix eût cessé d'être enteDdœ, une autre passa en criant : « Je suis Oreste, » et^ comme la première, elle ne s'arrêta pas.
1 0 père ! dis-je alors, quelles sont ces voix ? » Et comme le demandais, voici une troisième, disant : « Aimez ceux qui TOQBont fait du mal. »
Le bon maître : a Ce cercle châtie et fouette le péché ftnyie; donc les cordes du fouet sont agitées pai* ramoiw.
» Le frein des pécheurs rend un son tout contraire. Je pense que tu l'entendras avant que d'être arrive au pas où l'on pardonne.
' Comme le teiol des Envieux.
'Ptrolei de la Vierge au Cbrist, aux noo- de Cana.
354 LA DIVIKE COMÉDIE.
» Mais, à travers l'air, attache fixement les regards de ce côté, et tu verras devant nous des gens étendus, et chacun d'eux appuyé le long d'un rocher. »
Alors j'ouvris les yeux plus qu'auparavant ; je regardai devant moi, et je vis des omhres entourées de manteaux de la même couleur que la pierre.
Et lorsque nous fûmes un peu plus avancés, j'entendis crier : « Marie, prie pour nous ! » puis crier : a Michel, Pierre et tous les saints, priez pour nous. »
Je ne crois pas que sur la teiTe marche de nos jours un homme si dur, qull ne fût touché de compassion de ce que je vis ensuite :
Car, lorsque je fus si près de ces esprits, qu'aucun de leurs mouvements ne m'était caché, je sentis par mes yeui une grande douleur s'échapper de moi.
Ils me semblaient couverts d'un vil cilice, chacun d'eux soutenait l'autre sur son épaule, et tous étaient souteous par le rocher.
Ainsi les aveugles qui manquent de pain se (iennent aux Pardons * où ils quêtent pour lem^ besoin, et l'un appuie sa tête sur celle de l'autre.
Afin que la pitié aille toucher les cœurs, non-seulement par le son des paroles, mais par la vue, qui n'y excite pii moins.
Et comme le soleil ne parvient pas aux aveugles, aioii aux ombres dont je pai'lais la lumière du ciel refuse lei largesses;
Car toutes ont les paupières percées et cousues avec un fil de fer, comme l'épervier sauvage qui n'est pas encart docile*.
En allant, il me semblait faire un outrage de voir autrui sans en être vu ; je me tournai donc vers mon sage conseiller.
11 savait bien ce que, muet, je voulais dire; aussi il n'at-
' Les églises.
Fratiqae de la faucuDueriei avaut l'ioveutiou du cbap«roiu
LE PUBGÀTOnE. OUMT XIO. 35S
odit pas ma demande, mais il me dit : « Parte, el sois nef et sen$ë. »
Virgile cheminait de ce côté de la chaiisgée d*où l'oo peut
paber dans Vabîme, parce qu'eUe n'est Cermée par aucun
«rd;
l>e Taiitre côté étaient ces ombres, «pii souffraient telle-
0iUt de rhorrible couture , qu'elles haignaient leurs joues
I larmes.
Je me tournai Ters elles : « 0 vous, commcnçavje, qui
9S sûres de Yoir la lumière du ciel, le seul sood de votre
Wr!
9 Que la grâce dissipe les écumes de votre oonscieoce, 00 j^ elle le fleuve de votre esprit coûte bientôt pur et ^dr!
« Dites-moi (et ce me sera une chose gradeose et chère) n est parmi vous une âme latine, et peut-être si je la coom, je lui serai utile.
-^— O mon frère ! chacune de nous est citoyenne d'une suie et véritable cité, mais tu veux dire une âme qui ait lit le pèlerinage de sa vie en Italie. »
Cette réponse , il me parut l'entendre un peu (dus avant ne le lieu où j'étais; ainsi je me fis entendre encore plus eee côté.
An milieu des autres ombres j'en vis une qui avait l'air r^itendre, et si quelqu'un demande conunent je m'en iperçus, c'est qu'elle tenait le menton levé à la (açon d'un LYeugte.
« Esprit, lui dis-je, qui pour monter t'abaisses, si tu es yélxd qui m'a répondu, rends-moi instruit de ton pays ou le ton nom.
— Je lus Siennoise, répondit-eUe, et avec ces autres je nirifie en ce lieu ma vie coupable, en pteurant vers celui pii doit se donner à nous.
9 Sage ne fus, bien que Sage {Sapia) je fusse nommée, >t je me sentis plus joyeuse des malheurs des autres que le mon propre bonheur ^
* Savia uoa hii, avegna che Sapia Sotù cbiamala*
n Et pour que tu ne croies pas que je le trompe, hsA si je fus, comme je le dis, folle : déjà je descendais Ixpenk de mes ans,
1 Alors mes conciloyens dtaient près de Colle, en pr&fflBl de leurs adversaires, et je demandais à Bien uue choseqB d^à lui-même il voulait.
n ils Turent rompus et réduits, en ce lieu, au paiur de la Tuite; et moi, en voyant une telle chasse, je fuspi» d'une joie au-dessus de toutes les autres jdies,
B Tant que je levai au ciel ma tête ell'rontée, eu criarti Dieu : Maintenant je ne te crains plus. Ainsi avait failk merle trompé en hiver par quelques jours de beau tei^
» Sur la Bu de ma vie j'ai voulu la pais avec Dieu, ettr core ma di;tle n'eût pas été diminuée par la pénitence,
n Si Pierre Petlîuagno ', que sa charité ënmt de piliépW mes TaMtcs, n'avait eu souvenir de moi dans ses sainV oraisons.
n Sl.iis qui es-tu, loi qui vas t'inrormaol de notre «million, qui tiens, comme je le crois, les jeu»: ouverts, et parti
— Mis veux, lui dis-je, seront aussi cousus ici, mais pu" peu de temps, car U est petit le péché que j'ai fait parte regards d'envie.
V Bien plus forte est ma peur quand mon âme rcfléd) au supplice qu'on endure ci-dessous. Déjà le fardeau qn'o î porte me pèse, n
— El elle à moi : ■< Qui donc t'a conJuit ici haut parm nous, si tu crois retourner là-t>asî » Et moi : h C'est celo qui esl avec moi et qui ne dit mot.
» Je suis vivant; doue apprL'iiiJs-moi, esprit élu, si ta vBUï que là-bas je fasse encore pour toi mouvoir mes pie* moiiels,
— Ah! ceci est une chose si nouvelle â entendre, r^pondil-eile , que c'esl un grand signe que Dieu t'aime; aina aide-moi de tes prières.
Li ruÂGAïuiaL. VMA^. xr. ZT
w EAjeit regiiki^ pa: cr ont il iieaiv> i -; uul . f': iatun-
Conles la terrf- (k Tiibcau*. . a*. Imq 2*aBiin! Jib: •'
■ parmi me^ prtfdifib.
9 T& leci >erni^ paniL cetu nauuL vjnit-. qui
moKÈE^ son eq»ac. e'. qu: y varniL iiuir ôtffH!: ^'i:
r Im Diana*:
» llû lis anùxBin y faôrai'.
CEAin XH'.
«: MmBf £jiiici Ut.
ft {>ufil es: ceiu^^ qu. i«a i- luts' (i- Mm- iih^éw^;»! onl gitfr k mer: ul ea: amnt* a Met-. . «. i|t . «^«^ . ^
— Jt ne ScÙF qiL L ^f: lutii • mu t^*''! r.<- ^ mau
douceir pou* qi "î : '-»-.m« i^ ♦• j^*r C'est ains qu* oeuz %*:"i ' u: ov* :«tuvi'. .«fi^ .« .«u^ {maniât àt luo, c lum ui m»^ «ttHU*- i:s *^^^^r. ^c¥
mpij l'oi vitf \sn it ^ji: yt" fa«tnk ^9«M(Mu<-iA,M« . ^r
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j» D'où tu -«isie et qu it '^ sa* f'xiibi^- i«ft«««- ^«i » ts npoe ncnft nsuc ^nmr^^âià»- «tfuifi i^i*'. j*. kva «ci*bofie qui jamae r'fc ^ >
Et SDKM : 1 Pa; k miicn. o^. jk 'Sta^iu»* ^wp*. mi ^ia<
* Bjwr gi'uL diMii. «MMer jmb: » rjM, «; ,
fleure qui rort h Fallerona ', et qu'un cours de cent nùte I ne peul rassasier.
» C'est près de ce fleuve que j'ai reju ma personoein* I telle. Dire qui je suis sérail parler en vain , car mon rm I ne résonne pas encore lieaucoup.
— Si, par mon cspril, je pénètre bien l'inlantlon deH 1 discours, me répondit alors l'Ame qui ni'aTBÎl queetionBJh I première, tu pai'les de l'Amo. n
Et l'autre lui dit : u Pourquoi a-t-il cacht! le nom deeelfe | rivière comme on fait des choses horribles? n
El l'ombre, qui était interrogée sur ce sujet, s'uajtH 1 ainsi : o 3e ne sais, mais il est bien juste que le nom d'ffl" telle vallée piïriâse,
» Car, dès sa source [là où s'élève si haut ce rnoot B vage dont a été détaché Pcloro5,qH'en peu de lieux lachsi» 1 moutueuse dépasse celte hauteur),
» Jusqu'au point où le fleuve se rend pour réparer toi I ce que le ciel a tire de la nier, a laquelle les fleu?csd»- 1 vent à leur tour toute l'eau qui chemine avec eux,
n La vertu est évitée de tous comme un serpent ennemi. 1 Boil par un malheur de te pays, soit par une mauvaise hî bituile qui les enti-aine.
B Les haiitanls de cette misérable vallée ont tellemMl 1 perverli leur naturel, qu'il semble que Circé les ait nounii [ dans ses pâturages.
» C'est au milieu de sales pourceaux', plus dignes de se nourrir de glands que d'autres aliments faits h l'usage dei 1 hommes, que ce fleuve fraye d'abord son maîyre a
n 11 trouve ensuite, en descendant, des roqucis plus iai- | (jneux que ne le demande lem- force*; aussi il leur tourne | avec dédain le museau;
» Il va plus rapide, et plus il grossit, le fleuve maudil et ' inalheureuï, plus il tj'ouve de chiens qui se font loups'.