LE PURGATOIRE. CHANT XXVII
^^«wrient; or devant moi j'interrompais les rayons du soleil, éjà bas et fatigué.
Et nous avions franchi peu de marches quand mes sages iiides et moi, nous sentîmes, à notre ombre qui s'évanouisiit, que derrière nous se couchait le soleil.
Et avant que, dans toutes ses immenses parties, i'hoizon eût pris le même aspect, que la nuit se fût partout ' jtendue,
' Chacun de nous se fit un lit d*un degré ; car la nature ^1e la montagne nous ôtait la puissance plutôt que le plaisir ' Te monter.
Telles les chèvres qui, avant d'être repues, étaient si inquiètes et si hardies sur la cime des montagnes, demeurent doucement à ruminer.
Et pendant que le soleil flamboie, se tiennent silencieuses à l'ombre, gardées par le pasteur qui s'appuie sur sa bouclette, et, ainsi appuyé, les préserve ;
Et tel le berger qui reste dehors, et la nuit veille autour 'de son troupeau paisible, faisant la garde, de peur qu'une bête féroce ne le disperse,
Tels nous étions alors tous trois, moi comme la chèvre, et eux comme les pasteurs, entoiu'és deçà, delà par la grotte.
On n'y pouvait voir que peu du ciel, mais dans ce peu je voyais les étoiles plus claires et plus grandes qu'à Tordinaire.
Ainsi ruminant et regardant, je fus pris par le sommeil, le sommeil qui souvent, avant que la chose soit, en a des nouvelles.
A l'heure, je croîs, où Cythérée, qui parait toujours brûlante du feu d'amour, lançait de l'orient ses premiers rayons sur la montagne,
n me semblait voir en songe une femme jeune et belle qui s'en allait cueillant des fleurs par la campagne^ et, en chantant, disait :
« Sache, quiconque demande mon nom, que je suis Lia %
' Lia, lilte de Laban, {ireniicre femme de Jacob, ou la Vie aclivc.
418 LA DIYIME COMÉDIE.
et que je vais étendant partout mes belles mains pour me faire une guirlande.
» C'est pour me plaire devant le miroir qu'ici je me pare; mais ma sœur Rachel ^ ne quitte jamais le sien, et reste assise devant lui tout le jour.
» Elle prend plaisir à voir ses beaux yeux comme moi à m'omer de mes mains; elle^ c*est voir; moi^ c'est agir qui me contente. »
Déjà, devant les splendeurs avant-courrières du jour (splendeurs d'autant plus agréables aux pèlerins qu'en retournant ils logent moins loin de leur pays);
Déjà, dis-je, les ténèbres fuyaient de tous côtés, et avec elles mon sommeil. Je me levai donc en voyant mes grands maîtres déjà levés.
(( Ce doux fruit que l'inquiétude des mortels va dle^ chant sur tant de branches, aujourd'hui apaisera ta faim.»
Voilà les paroles dont Virgile se servit en me pelant, et jamais étrennes ne leur furent égales en plaisir.
Tant de désir vint augmenter mon désir d'être là-haut, qu'à chaque pas je sentais croître des ailes pour mon vol.
Lorsqu'au-dessous de nous l'escalier fut entièrement parcouru, et que nous fûmes au degré supérieur, Virgile fixa sur moi ses yeux.
Et me dit : a Le feu qui n'a qu'un temps et le feu étemel, tu les as vus, mon fils, et te voilà venu à un point où par moi-même je ne puis rien voir au delà.
» Je t'ai amené ici par mon intelligence et mon art; prends maintenant ta volonté pour guide; tu es sorti des voies escarpées, tu es sorti des voies étroites.
» Vois le soleil qui reluit sur ton front; vois l'herbe, le? fleurs et les arbrisseaux que cette terre produit d'ellemême.
)) En attendant que viennent, brillants de joie, les beaux yeux qui, en pleurant, me firent venir à toi, tu peax {'asseoir et tu peux aller parmi ces délices.
* Rachcl, aulre fille de LabaD, seconde femme de Jacob, ou la Vie coate» plalive.