‹ Œuvres de Dante Alighieri: La divine comédieChapitre 54 sur 69 · LE PARADIS. CHANT XIX · texte numérisé non relu

LE PARADIS. CHANT XIX

9 ApalMZ^ en vous exhalant, 1& grand jeûne qui depuis longtemps m'a tenu dans la faim, moi qui ne trouvais sur ^terre aucune nourriture.

. 9 Bien sais-je que si la divine justice est un miroir pour une autre sphère, votre sphère à vous ne la voit pas à travers un voile;

9 Vous savez combien je suis attentif à Fécouter; vous sayez quel est le doute qui est pour moi un jeûne â ancien. D

Conune un faucon, délivré de son chaperon, remue la tête et s'applaudit des ailes en montrant ses désirs et en faisant le beau.

Ainsi ie vis faire à l'aigle, qui était construit des Louanges de la grâce divine; et les chants de ces Louanges, ceux-là les comprennent seuls qui en jouissent là-haut.

Ensuite il conmiença : a Celui qui tourna son compas à rextrémîté du monde, et qui enferma dans Touverture tant de choses occultes et manifestes^

» Ne put pas laisser sur tout l'univers une si forte em- ' preinte de "sa puissance, que son \erbe ne restât pas bien ail delà;

9 Et ceci nous prouve que le premier orgueilleux, qui ët^t la plus élevée de toutes les créatures, tomba avant la maturité que donne la grâce, pour n'avoir pas att^idu la luDcdère.

» 11 mit de là que toute créature au-dessous est on ré- CBpUtde étroit pour contenir ce bien qui est sans fin et qui Be mesure sur lui-même :

9 Donc notre vue (qui n'est qu'un des rayons de resprit dont jUmtes les choses sont pleines)

9 Ne peut de sa nature être tellement puissante, qu'elle ne voie pas son principe bien en deçà de ce qu'il est en effet.

9 La vœ donnée à votre monde pénètre dans la justice étemeUe comme l'œil dans l'intérieur de la mer,

p Lequel, bien que près du rivage il voie le fond, dans

la pleine mer ne le voit pas; et néanmoins le fond eiisté, mais la profondeur le cache.

» U n'y a pas de lumière ^ si elle ne vient pas de ce liea serein qui ne se trouble jamais ; ailleurs ce ne sont que ténèbres^ ombres de la chair, ou son venin.

p Assez maintenant te sont ouverts les voiles qui te cachaient la vivante justice, sur laquelle tu faisais de si fréquentes questions,

» Que tu disais : Un homme naît au rivage de Tlndus, et là nul ne parle du Christ, nul ne lit, nul n'écrit rien sur lui;

» Toutes ses volontés et toutes ses actions sont bonnes; autant que l'humaine raiâon le peut, il est sans péché dans sa vie et dans ses discours;

» Qu'il meure sans baptême et sans foi, où est la justice qui le condamne? où est sa faute si, lui, ne croit pas?

» Or, qui es-tu, toi qui veux siéger sur le tribunal, et pour juger à mille milles avec une vue longue d'un empan?

)» Certes, pour celui qui avec moi subtilise,, il y auraiti si récriture ne brillait pas sur vous, de quoi s'étonner et douter.

» 0 animaux terrestres ! ô esprits grossiers! la première volonté, qui par elle-même est bonne, jamais ne s'est écartée d'elle-même qui est le souverain bien.

ï> Cela seulement est juste qui lui est conforme; nul bien créé ne l'attire à lui; mais elle, en rayonnant, est la cause de ce bien. »

Comme sur son nid se retourne la cigc^ne, après qu'elle a repu ses petits, et comme celui d'entre eux qui s'est repu la regarde.

Ainsi fit (et moi je levai les yeux) l'image bénie qui remuait ses ailes agitées pai- tant d'esprits.

Tout en tournoyant, elle chantait et disait : « Telles sont mes notes pour toi qui ne les comprends pas ! Telle est la justice éternelle pour vous mortels. »

Puis ces brillantes aideiu*s du Saint-Esprit se reposèrent

LE PARADIS. tBASn m. S29

moore dans le signe ^ qui rendit les Romains redoutables iu monde;

Et l'aigle recommença : « Dans ce royaume ne monta amais celui qui ne crut pas au Christ, arant ou après (u'il fut cloué sur le bois.

1» Mais vois^ beaucoup crient : Chust! Cnusr! qoî au ugement seront moins près de lui que tel qui ne eonout las le Christ '.

» Et de tels chrétiens, FÉthiopieD les oondanmera quand es deux collèges se sépareront, Tun éternellement rfeiie^ !t Tautre pauvre.

» Que pourront dire les Persans à vos rois, loraqn'ilf verront ouvert ce volume dans lequel toutes les turpitudies le ces rois sont écrites ?

9 Là, on verra parmi les œuvres d'Albert celle qui bientdl ancera l'aigle sous laquelle le royaume de Prague ne doit lins être qu'un désert.

» Là,on verra la douleur qu'exdle sur k Seine, en falsîtant la monnaie, celui qui mourra blessé par un sanglier ^.

9 lÂ, on verra l'orgueil insatiable qui rend fous l'Écossais t rAnglais,à ce point qu'ils ne peuvent se renfermer dans lurs Unîtes.

» Là, on verra la luxure et la vie molle de ce roi d'Es- Rgne et de ce roi de BohêmeS qui ne connut ni ne voulut LUiais la valeur.

w Ony verra, marquée avec un I, la bonté du Boiteui de Srusalem*, tandis que le contraire de il bonté sera marqué ir unM.

» On y verra Tavarice et la vilenie de celui qui possède de de feu*, où Andûse finit sa longue carrière. » Et pour donner à entendre comme il vaut peu, son

• L'aigle. — Voir M Pandii, chaat n, llibtoir» de l'aifie

• Moo omaii q«i dldlDoaiM, Dooiioe, iutrabii in ngimm «tàtnm» (MATa., m.)

* Philippe le BeL

* Alpbonso et Veneeilas.

* Clurli**, roi de Poaille et de lérufalcm.

• Fivil' rir, roi Ao Sirili*} eUr.

écriteau sera en lettres trcmquées^ qui contiendront beaucoup de choses dans un petit espace.

» £t à chacun apparaîtront les oeuYres honteuses de l'oncle et du frère, qui ont avili une si brave nation et deux couronnes.

» Et là seront ccmnus le roi de Portugal et celui de Norwëge, et celui de Rascio qui altéra les coins de Venise.

» 0 heureuse Hongrie, si elle ne se laisse plus malmener! 6 heureuse Navarre, si elle s'arme des montagnes qui l'entourent!

» Et chacun doit croire que déjà, pour Tappel de cette vengeance, Nicosie et Famagoi^ste se lamentent et crient à cause de la bête qui les mène ^;

» Bête qui ne s'éloigne pas des traces des autres brutes. »

CHANT XX

Le poëte aperçoit dani l'Aigle oéletia les Anes de différenU rois qui imiiqnèitat la justice et la verta. — Comme il s'étonne de trourer dans le ciel deox peno»> nages qui n'avaient pas eu la Toi chrétienne, l'Aigle loi explique comoMut ees esprits furent sauvés.

Quand celui qui illumine le monde entier descend de notre hémisphère, et que le jour s'éteint de toutes parts,

Le ciel, qu'il éclairait seul d'abord, reparaît soudain parsemé de lumières dans lesquelles une seule resplendit.

Et cet élal du ciel me vint à l'esprit, quand le signe du monde et de ses chefs referma son bec béni.

Car toutes ces vives lueurs reluisant beaucoup plus recommencèrent des chants écoulés et disparus de ma njémoire.

0 doux Amour, qui te revêts de soutire, combien tu me paraissais ardent au milieu de ces splendeurs qui ne respiraient que de saintes pensées !

> Dctii. villes du royaume de Chypre, soumis à Henri IL

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