LE PARADIS. CHANT XX
potidit^ pour ne pas me tenir plus longtemps dans Tëton- ' nement :
« Je vois que tu crois ces choses parce que je les dis^ mais tu n'en sais pas le pourquoi; en sorte que pour être crues elles n'en sont pas moins cachées.
1» Tu fais comme celui qui apprend bien la chose par son nom^ mais n'en peut voir l'essence^ si un autre ne l'explique.
» Reçnum eœlorum cède à la violence d'un amour chaud et d'une vive espdrance qui triomphent de la volonté divine.
» Non à la manière dont l'homme maîtrise l'homme; mais ils triomphent, parce qu'elle veut être vaincue; et^ ▼aincue, elle triomphe par sa bonté.
» La première âme du sourcil et la cinquième te font f émerveiller d'en voir ornée la région des anges.
» Elles ne sortirent pas de leurs corps païennes, comme tu crois, mais chrétiennes, ayant fermement foi, Tune^ aux pieds qui devaient souffrir, l'autre' aux pieds qui avaient souffert.
n L'une, sortie de l'enfer d'où l'on ne revient jamais à de bonnes intentions, reprit ses os, et ce fut le prix d'une vive espérance;
» D'une vive espérance qui mit tant de force dans les prières faites à Dieu pour la ressusciter, que sa volonté en put être ébranlée.
D L'âme glorieuse dont je parle , revenue dans la chair oit elle resta peu, crut en celui qui pouvait l'assister;
p Et, croyant, s'embrasa d'un tel feu de véritable amour, qu'à la seconde mort elle fut digne de venir à celte fête ;
1» L'autre , par une gi'âce qui découle d'une fontaine si profonde que jamais créature n'enfonça l'œil au delà de sa surface,
» Mit là-bas tout son amour dans la droiture ; c'est pom*quoi de favem* en faveur Dieu ouvrit ses regards à notre rédemption future;
* Riphcc.
* Trajan.
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9 D'où il crut en elle, et, dès lors, ne soufirit plus llnfection du paganisme; et il reprenait les gens perTors.
» Ces trois femmes^ que tu as Vues à la roue àrcA!^ du char lui tinrent lieu de baptême plus de trois mille ans avant qu'on baptisâL
1» 0 prédestination! comme ta racine est éloignée de ces ^eux qui ne voient pas la cause première total
» Et vous, mortels, soyez retenus dans vos jugements; ciar nous, qui voyons Dieu, nous ne connaissons pas encore tous les élus.
)» Et une telle ignorance nous est douce, parce que notre bonheur s'accroît de ce bonheur, et que nous voulcms ce que Dieu veut, d
Ainsi cette image divine, pour éclairdr ma courte vue; me donna ce doux remède.
Et, comme un bon joueur de cithare fait suivre à un bon chanteur la vibration de la corde, d'où le chant acquiert plus de charme.
Ainsi, tandis qu'elle parlait, je me souviens que je vis les deux lueurs bienheureuses, comme les paupières qui battent en même temps.
Jeter des éclairs au son des paroles.
CHANT XXI
De la sphère d« Jupiter le poète monte à celle de Saturne, septième del. — U, ceux qui s*adonnèrenl & la vie contemplative forment une immense échelle. — Saint Pierre Damien répond à tontes les questions du poète. — Satire de ia mollesse et du luxe du clergé de son dècle.
Mes yeux étaient de nouveau fixés sur le visage de ma Jiame, et mon âme avec eux, et mon attention s'était détournée de tout auti'e objet;
Et elle ne souiiait pas. u Mais si je souriais, me dit-elle,
' Les trois Ver lu s théologales.
LE PARADIS. aUKT UI. S(35
ip deviendraU tel que Sémélé, quand elle ftit mise en cendres;
» Car ma beauté qui^ oonnne tu Tas Tue, sIDumine à noesure que nous montons les degrës du palais étemel,
» Si elle ne se modérait pas, resplendirait tellement, que ta.ibroe mortelle, exposée à ses éclairs, paraîtrait une feuille qjae le tonnerre brise.
» Nous sommes parvenus à la septième splendeur^ qui, sons la poitrine du Lion brûlant, rayonne maintenant avec lui vers la terre, en tempérant son ardeur :
B A la suite de tes regards lance ton esprit, et fais de tes yeux des miroirs pour Timage qui s'y réfléchira. »
Celui qui saurait combien ma -vue se repaissait de ce bienheureux aspect > quand je le remplaçai par un autre objets
Connaîtrait combien il m'était agréable d'obéir à mon câeate pAàe, contre-balançant un bonheur par l'autre.
. Dans cette planète qui, tournant autour du monde, porte le nom de ce roi chéri sous lequel le mal gisait mort.
Je Yis une échelle de la couleur de celles que frappe un rayon de soleil, et si âevée, que mon regard ne pouvait la suivre*.
Je vis ausri par les échelons descendre tant de splendeurs, que je pensai que toutes les lumières qui brillent au ciel étaient répandues là.
Et, comme par une habitude naturelle, les corneilles, au c(»nmenoement du jour, s'agitent ensemble pour réchauffer leurs froides ailes; »
Puis les unes [Murtent sans retour, d'autres reviennent à Tendroit d'où elles se sont envolées, et d'autres tournoient »ur place :
-Ainsi me parurent faire ces dariés qui vinrent ensemble, jusqu'à ce que chacune atteignit un certain échelon.
Et celle' qui s'arrêta le plus près devint si éblouissante,
' Saturne, où sont oma qnl vëcoreDt de la vie cootemplatlva»
' L'échelle qu'avait vae Jaoob.
* Saint Pierre Daniieo, ermite, puis cardinal.
que je disais en moi-même : Je vois bien l'amour que tu m'annonces.
Mais celle dont j'attends Tordre pour parler ou me taire se tient immobile; aussi^ contre mon désir^ fiûs-je bien de ne rien demander.
C'est pourquoi, elle qui voyait mon silence dans la vue de celui qui voit tout, me dit : « Satisfais ton ardent désir. »
Je commençai : a Mon mérite ne me rend pas digne de ta réponse; mais, au nom de celle qui me permet de finterroger,
Y> Ame bienheureuse qui te tiens cachée dans ton allégresse, fais-moi connaître la cause qui te rapproche autant de moi,
» Et dis-moi pourquoi se tait dans cette sphère la douce symphonie du Paradis, qui dans ceUes d'au-dessous résonne si dévotement?
— Tu as Touïe mortelle comme la vue, me réponditelle : on ne chante pas ici pour la même raison que Béatrice ne sourit pas.
» Je ne suis descendue si bas par les degrés de l'échelle sainte que pour te faire fêle avec la parole et avec la lumière qui me revêt ;
» Et ce n'est pas plus d'amour qui m'a rendue plus empressée, car on brûle là-haut de plus et d'autant d'amoiu*. comme l'éclat te le manifeste.
» Mais la haute charité qui fait de nous des servantes attentives à la volonté qui gouverne le monde nous classe ici comme tu remarques. .
— Je vois bien, dis-je, lampe sacrée, qu'un amour libre sufûl dans cette cour pour être serviteur de la Providence éternelle;
» Mais ce qui me paraît dur à comprendre, c'est pour^ quoi seule entre tes compagnes tu as été prédestinée à cet office. »
Je n'étais pas arrivé à la dernière parole, que la lueur (it un centre de son milieu, tournant comme une meule rapide.
Puis l'amour qui était dedans répondit : « La lumière