LE PARADIS. CHANT XII
divine se darde sur moi^ pénétrant par celle dont je m'enveloppe ;
« Sa vertu, jointe à ma vue, m'élève tant, que je vois l'essence suprême où elle est puisée.
» De là vient l'allégresse dont je rayonne, parce que, à la clarté de ma vue, j'égale la claiié de mes rayons.
» Mais l'âme qui s*éclaircit le plus dans le ciel, le séraphin qui a le plus enfoncé l'œU en Dieu, ne satisfera pas à ta demande,
» Attendu que ce que tu demandes s'avance tellement dans l'abîme du décret étemel, que cela est interdit à toute -vue créée;
» Et quand tu retom*neras dans le monde mortel, rapporte cela, afin qu'on ne présume pas davantage marcher dans un tel but.
» L*esprit qui est lumière ici est fumée sur terre; vois donc comment il peut là-bas ce qu'ici il ne peut pas, bien que le ciel l'élève, m
Ses paroles me retinrent tellement, que je laissai la question, et me bornai à demander humblement à cette lueur qui elle était.
a Entre les deux rivages d'Italie, et pas très-loin de ta patrie S des rochers s'élèvent si haut que souvent la foudre gronde au-dessous ;
n Ils forment un mamelon qui s'appelle Catria, au pied duquel est un ermitage uniquement consacré au cuUe de latrie. »
Ainsi l'âme me répondit pour la troisième fois; puis continuant, elle dit : « Là je m'affermis tant au service de Dieu,
D Que, rien qu'avec des mets assaisonnés avec la liqueur de l'olive, je passais doucement les chaleurs et les froids, heureux dans mes pensées contemplatives.
» Ce cloître produisait abondanunent pour cette partie des deux; et maintenant i) est devenu si vide, qu'Û faut que cela se révèle bientôt.
* Dan:! le duché d'Urbin*
538 LÀ DiVIKE COMÉDIE.
» Dans ce lieu je fus Pierre Damien^ et je Tas Pierre le pêcheur dans le couvent de Notre-Dame sur le riyage de rÀdriati(}tie.
» Peu de vie mortelle m'était restée^ quand je fîis appdë et obligé de receydr ce chapeau qui ne se transmet que de mal en pis.
» GéphasYint^etvint le vase d'élection* dn Saint-Esprit, tous deux maigres et pieds nus^ prenant de toutes inains leur nourriture.
» Maintenant tes pasteurs modernes veulent qu'on les soutienne par ici et par là^ et qu'on les mène^ et qu'on les soulève par derrière, tant ils sont lourds.
» Ils couvrent de manteaux leurs palefrois, si bien que deux bêtes vont sous une seule peau *. 0 patience, qui en tolères tant ! )>
A cette parole, je vis plusieurs lueurs descendre et courir d'échelon en échelon, et chaque tour les rendait plus belles.
Elles vinrent et s'arrêtèrent autour de celle-ci, et poussèrent un cri si retentissant, quil ne pourrait être comparé à rien d'ici-bas,
Et je ne le compris pas, tant le bruit m'anéantit.
CHANT XXII
Sphère de Saturne. — Saint Benoît raconte au po6te comment il porta le nom te Jésus-Cbrist sur le mont Cassiu. — De là Dante monte avec Béatrice rers le signe de* Gémeaux, on la huitième sphère.
Accablé de stupeur, je me tournai vers mon guide comme un petit enfant qui se réfugie toujours là où il a le plus de confiance.
Et celle-ci, comme une mère qui soudain secourt son fils pâle et tremblant, avec une voix qui a coutume de le la»surer,
> Saint Paul.
' Dicton norentin.
LB PÂBiMS. cmàsn uif. 539
Me dit : « Ne sais-tu pas que tu et dans k del, ci ne sais-tu pas que le ciel est toute sûreté, et que œqoi iTy fait Tient d'un bon zèle?
9 Maintenant tu peux penser eombien f amaient changé le chant des lumières et mon sourire, puisque le cri t'a tairtëmu.
» Si tu aTais compris les prières qnll renlieniie, àêyt le aérait connue la vengeance que tu verras avant ta mort.
a'L'épée d'en haut ne frappe jamais à la bâte ni tardivement, au gré de celui qui l'attend avec désir ou craiole,
i*1ius à présent retourne-toi d'un autre côté, et tu verras beaucoup d*esprits illustres si tu ramènes ton regard eoimiie je dis. » '^
' le dirigeai mes yem selon qotl lui avait phi, et Je vis cent petites sphères qui ensemble s'embellissaient de ieun rayons matads;
Je me tenais comme celui qui réprime en soi la pointe dn déshr, et ne se hasarde à rien demander, tant il craint d'aller trop Idn.
Et la plus grande et la plus brillante de ces perles s'avança pour contentor ma auîosité;
Puis j'entendis au dedans d'elle ^ : « Si tu voyais connue moi la* charité qui brûle en nous, tes pensées seraient exprimées;
» Mais, pour qu'en attendant tu n'arrives pas trc^ tard au but sublime, je ferai d'avance réponse à la pensée contre laquelle tu te tiens si fort en garde.
p Ce mont sur le penchant duquel est Gassin fut fréquenté autrefois à son sommet par des gens égarés et pervers *;
9 Et c'est moi qui y portai le premier le nom de celui qui amena sur la terre la vérité qui nous élève tant ici;
» Et la grâce reluit tant sur moi, que j'arrachai les villes environnantes au culte impie qui avait séduit le monde.
» Ces autres feux furent tous des hommes contemplatifs,
' Celte liiuur qui parlu cet naiot Bouoil, sous Joslinieii, au iixième liécl*. * Un 7 VU) Mit uu lumpic il'Apollutt.
embrasés de cette ardeur qui fait naître les fleurs et les fruits saints.
» Ici est Macaire ^ et ici Romuald; ici sont mes frères qui s'enfermèrent dans les cloîtres et gardèrent un cœur persévérant. »
Et moi à elle : a L'affection que tu montres en me parlant^ et la bienyeillance que je vois et remarque dans toutes Tos lueurs,
» A tellement épanoui ma confiance, conune le soleil foit la rose, quand elle s'ouvre autant qu'elle en a la force,
» Que je te prie, père, de m'apprendre si je puis acquérir assez de grâce pour te voir à face découverte. »
Là-dessus, lui : « Frère, tes sublimes désirs s'accompliront en haut dans la dernière sphère oii s'accomplissent tous les autres et les miens.
» Là tout vœu est parfait, mûr et entier; dans celle-là seule toute partie est oii elle fut toujours;
» Parce qu'elle n'est pas dans un lieu et ne tourne pas entre les pôles ; et notre échelle va jusqu'à elle : ce qd fut qu'elle se dérobe à ta vue.
» Le patriarche Jacob la vit avancer jusque là-haut sa partie supérieure, quand elle lui apparut si chargée d'auges.
» Mais, pour la gravir, pei^sonne maintenant ne retire ses pieds de la terre; et ma règle ne sert plus là-bas qu'à gâter du papier. ^
» Les murs qui étaient une abbaye sont devenus des cavernes, et les capuchons sont des sacs pleins de mauvaise farine *.
Mais la plus lourde usure ne se soulève pas contre la volonté de Dieu, autant que le fait le fruit des richesses, qui rend le cœur des moines si insensé.
» Tout ce que TÉgiise épargne est à ceux qui demandent au nom de Dieu et non à des parents ni à d'autres plus infâmes.
' li y eut deux Macaire ; Romuald fuiida les Caïualdules ea 9i2. * Foci5tiâ iliam ?peliiDcain latromim. [MATTa., 2Q.)