LE PARADIS. CHANT XXUI
tournes pas vers le beau jardin qui fleurit sous les rayons du Christ ?
)> Là est la rose ^ dans laquelle le Verbe divin se fit chair^ et là sont les lis* dont l'odeur indique le bon chemin. »
Ainsi Béatrice; et moi^ qui étais tout empressé à suivre ses conseils^ je livrai encore un combat à ma paupière débile.
Comme mes yeux environnés d'ombres virent jadis un pré en fleurs^ sous un pur rayon de soleil qui traversait la nue déchirée^
Ainsi je vis une foule de splendeurs illuminées d'en haut par des rayons ardents, sans voir le principe de leur éclat.
0 bénigne vertu ', qui les éclaires ainsi, tu t'élevas pour laisser la place libre à mes yeux qui étaient trop faibles.
Le nom de la belle fleur * que j'invoque toujours, matin et soir, contraignit tout mon esprit de regarder le plus grand feu ».
Et lorsque mes deux yeux m'eiu*ent dépeint la beauté et rëitendue de la vivante étoile qui triomphe là-haut comme elle triomphe ici-bas.
Du fond du ciel descendit une lueur* ayant la forme d'un cercle comme une couronne, et elle ceignit l'étoile et tomna autour d'elle.
La mélodie qui résonne la plus douce ici-bas, et qui attire à soi le plus Tâme, paraîtra un nuage que déchire le tonnerre.
Comparée au son de cette lyre, qui couronnait le beau saphir dont le ciel le plus clair s'azm'e.
« Je suis l'amour angélique, je tourne autour de la joie sublime, née du ventre qui fut la demem-e de noire désiré;
» Et je tournerai, reine du ciel, pendant que tu suivras
> La Vierge, rota myslica,
* Les apôtres. Florete, Aores, quasi liliuin et date odorcm. [F.cclet., c. xxxix.) ■ Le christ.
* La Vierge.
• la Viergp.
• L*ar' hangp Gabriel.
HB LA QIYINV COOil&DIE.
ton fils et feras plus dîYine la sphère suprême parce cpie ta y entres. »
Ainsi se terminait la mélodie circ^Uirei et toutes les autres lueurs firent résonner le nom de Marte,
Le manteau royal ^ de toutes eee sphères du monde, ce manteau qui s'enflamme et s'anime daYantage sous le souffle de l'influence de Dieu^
Ayait^ au-dessus de nous, son bord intérieur si ék»gné, que son aspect, là où j'étais, ne m'apparaissait pas encore.
C'est pourquoi mes yeui n'eurent pas la force de suivie la flamme couronna qui s'éleva à la suite de sa divine progéniture;
Et, comme le petit enfant qui tend les bras vers sa maman, après qu'il a pris le lait, par l'effet de l'affeclion qui à la fin éclate au dehors.
Chacune de ces lueurs s'allongea par le haut, si bien que la haute tendresse qu'elles avaient pour Marie me M manifeste.
Ensuite eUes restèrent en ma présence, chantant û doucement Regina cœli, que jamais le charme ne s'en elTaoeit en moi.
Oh ! combien est grande l'abondance déposée dans ces coffres si riches qui furent sur la terre de si bons semeurs!
Là on vit et on jouit du trésor amené en pleurant dans l'exil de Babylone •, où on laissa l'or.
Là triomphe de sa victoire sous le haut fils de Dieu et de Marie, et avec l'ancien et le nouveau concile.
Celui qui tient les clefs de cette gloire *.
* Le premier Mobile, oa neavième del.
* Babylone, cVst-à-dire ce monde.
* Saint Pierre atm le* saints de TAocien et du Nouveau Tustaroeal.
LE PARADIS. CBANT XXIY. S47
CHANT XXIV
Béfkiriee, «près f¥«ir pri^ le collège «postoliqne d'itra feToraUe nfi feëte, i^rie vdaX Pifrr« ^e rexaminer sur la Foi. — Le grand apôtre &it à Papte dWerseï qoestions. ~> Sur les réponses qu'il reçoit, le Saint approuve la croyance du po0te.
« 0 compagnie élue à la grande cène de TAgneau béni^ fut Youg nourrit de façon que Yotre volonté est toujours nmplie,
» Si, par la grâce de Dieu^ celui-ci goûte ce qui tombe de yotre table avant que la mort lui en précise le temps,
X» Songez à son ardeur immense^ et rafraichissez-la un peu : vous buvez toujours à la source d'où vient ce qu'il pense! »
. Ainsi Béatrice. Et ces âmes joyeuses se firent sphères sur les pôles fixes, flamboyant vivement à la manière def comètes.
Et comme les roues, dans le mécanisme des horloges, se meuvent de manière qu'il semble, à qui l'observe, que la première est in^mobile et que la dernière vole.
Ainsi ces rondes, dansant différemment, me faisaient juger de la béatitude par leur rapidité ou leur lenteur.
Or de celle en qui j'avais remarqué plus de beauté, je via sortir un feu si heureux, qu'elle n'en laissait aucun d'une plus grande clarté.
Et trois fois elle tourna autour de Béatrice avec un chant d divin, que mon imagination ne le rendit pas.
C'est pourquoi la plume saute et ne l'écrit point; car, pour peindre de tels plis, notre Imaginaifon, ou du moins notre ^ parole, a un coloris trop cru.
a 0 ma sainte sœur ! qui nous pries si dévotement, par ton ardente affection tu me détaches de cette belle sphère *. »
Puis le feu béni, s'étant arrêté, dirigea vers ma Dame son souffle, qui parla ainsi que j'ai dit.
• C'est lalnt Pierre qui perle et ira interroger Daute sur la foi*
Et elle : « 0 lueur éternelle du grand homme à qui Notre-Seigneor a laissé les clefs de cette joie merveilleuse, qu'il avait portées là-bas,
Y> Interroge, comme il te plaira, celui-ci sur les points légers ou graves, relatifs à la foi qui te fit marcher sur la mer!
» S'il aime et s'il espère, et s'il croit bien, tu ne l'ignores pas, puisque tu as le regard là où toute chose se voit peinte;
Y> Mais, puisque ce royaume s'est fait des citoyens par la foi sincère, il est bon, pour le glorifier, que tu viennes en parler à celui-ci. »
Gomme le bachelier s'arme et ne parle pas, pendant que le maître propose la question dont il doit approuver, mais non donner la solution.
Ainsi je m'armais de raisons pendant qu'elle parlait, pour être prêt devant un tel examinateur et à une telle confession,
« Dis, bon chrétien, explique-toi : qu'est-ce que la foi? » Alors je levai le front vers la lueur d'où s*exhalait cette parole.
Puis je me tournai vers Béatrice, et elle me fit promptement signe d'épancher l'eau de ma source intérieure.
« Que la grâce qui me permet de me confesser au grand primipilaireS conimençai-je^ fasse que mes idées soient précises. »
Et je poursuivis : « Comme l'a écrit, père, la plume véridique de ton cher frère* qui mit avec toi Rome en bon chemin,
» La foi est la substance des choses espérées, et l'argument des choses non visibles ; et cela me paraît son essence*. »
Alors j'entendis : « Ton sens est droit , si tu comprends
' Prim pilaire, chef de la première centurie, chez les Romains, ' Saint Paul.
' Eil bdc» s^persuiJaïum subslaatia leruoi. aigumenUim non appareniiiim.
[S. Paul )