XE PARADIS. CHANT XXII
M La chair des mortels est si délicate^ qu'une bonne institution ne dure pas depuis la naissance du chêne jusqu'à la fornialiou du gland.
p PlciTC commença sans or et sans argent ^, et moi avec la prière et le jeûne, et François fonda son ordre sur l'humilité.
T» £t si tu regardes le principe de chacun, et qu'ensuite tu considères où il est arrivé, tu le verras changé du blanc au noii\
» Cependant le Jourdain reculant et la mer fuyant quand Dieu le voulut, furent plus merveilleux à voir que ne serait le remède à cet abus. »
Ainsi elle me paila, et se retira dans sa troupe; et la troupe se resserra, puis, comme un tourbillon, se leva tout entière.
La douce Damé * me poussa pai* un seul signe à monter den*ière eux siu* cette échelle, tant sa vertu vainquit ma nat(u*e ;
Et jamais ici-bas, où Ton mpnte et descend, il n'y eut natm*ellement mouvement si prompt qui pût s'égaler à mon vol.
Puissé-je retourner, lecteur, à ce pieux triomphe, pour lequel je pleure souvent mes péchés et me frappe la poitrine.
Gomme il est vrai que tu n'aurais pas mis au feu et retiré ton doigt dans le temps qu'il me fallut pour voir le signe qui suit le Taureau et être au dedans de lui '.
0 glorieuses étoiles! ô lumière pleine d'une grande vertu! de qui je reconnais tenir tout mon génie, quel qu'il soit.
Avec vous naissait et se cachait avec vous celui qui est pèi*e de toute vie moilcUe *, quand je sentis poui* la première fois l'air toscan ;
Et puis, quand me fut octroyée la grâce d'entrer dans
■ Ai'gcnluin et aurum non esl milii. [Aet.i 3.)
' Bëalricc.
* Il entre daos la huitième splièic, où sont les ('luilt*» fixes.
« Le soleil.
842 ' LA DIYIIHE COMÉDIE.
la route élevée qui vous fait toutner, votre région me fut ouverte :
Vers vous à présent mon âme dévotement soupire, afin d'acquérir de la vigueur au rude passage qui la tire à lui !
« Tu es Si près du dernier salut, cominença Béatrice, que tu dois avoir les ^eux nets et perçants.
» C'est pom^quoi, avant que tu y pénètres plus avant, regarde en bas, ëi vois combien de monde je t'ai déjà mis sous les pieds,
» Afin que ton cœur se présente aussd réjoui que possible à la foule triomphante qui vient joyeuse par cette voûte éthérée. »
Je retournai du regard à travers toutes les sept sphères, et je vis notre globe tel, que je souris de son vil aspect;.
Et j'approuve comme la meilleure pensée celle qui le prise le moins; et celui qui songea l'autre monde peut s'appeler vraiment homme de bien.
Je vis la fille de Latone ^ enflammée sous cette ombre qui ftfl cause que je l'avais crue-rai'éfiée et dense.
Je soutins id Tasped de ton fils, ô Hypérion* ! et je vis comment se meuvent autour et près de lui Maïa et Dioné'.
De là m'apparut Jupiter tempérant son père et son fils; et de là me furent clairs leurs changements de place.
Et toutes les sept planètes me montrèrent alors quelle est leur grandeur, quelle est leur rapidité, et quelle est leur distance respective.
Ce petit point qui nous rend si orgueilleux, alors que je tournai avec les éternels Gémeaux, m'apparut tout entier des montagnes à la mer;
Puis je reportai mes yeux sur les beaux yeux *.
' La Lune.
' Lo Soleil, fils d'Hypérion.
» Mercure était Hls de Maïa; Vénus fille de Dioiié. Dante parle de toutes le» sphères qu'il a visitées.
* Les veux de Béatrice.
LE PARA^iS. CUAQIT XXIII. 543
CHANT XXIII
lie poëte raconte qu'il y'tt le Christ brilHint comme le soleil aa^dessos des Bieaheoreux. — Ensuite il yit la Yierge Marie portant an agneau qui chantait atec une toIx toute pleine. «W suavité.
Comme Voiseau entre le$ feuilles aimées^ posé près, du nid de ses ch^ers petits^ pendant la nuit qui nous cache tes choses,
Afin de voir ces objets désirés^ et pour trouver la nourriture dont il se repaîtra (travaux pénibles qui lui sont agréables)^
Épie le temps sous le feuillage entr'ouvert^ et avec des souihaits ardents attend le soleil^ regardant fixement si Taube Ta naître;
Ainsi ma Dame se tenait droite et attentive, tournée vers la région où le soleil montre moins de célérité ^;
Si bien que, la voyant en suspens et curieuse, je devins comme celui qui désirant voudrait autre chose, et en espéimnt se calme.
Mais il y eut peu dlntervalle entre les deux instants : je dis celui de mon attente et celui de voir le ciel aller en s'ëclairant de plus en plus.
Et Béatrice dit : « Voilà les légions du triomphe dm Christ, et tout le fruit recueilli du tournoiement de ces chères. »
Il me parut que son visage était tout en flanoune; et elle avait les yeux si pleins de joie, qu'il faut que je passe sans donner d*explication.
Telle que dans les pleines lunes sereines, Phoebé sourit parmi les nymphes ' éternelles qui éclairent le ciel dans toutes ses parties.
Tel je vis par-dessus des milliers de lueurs un soleil qui
> Le midi.
• l<es nymphes, c'est-à-dire les ëtoikt*
les allumait toutes^ comme fait le nôtre des flambeaux célestes;
Et, à travers sa vive lumière, la brillante substance paraissait si claire à mes regards, qu'ils ne la supportaient pas.
« 0 Béatrice, doux et cher guide ! y> Elle me dit : <c Ce qui t'accable est une vertu à laquelle rien ne résiste.
Y> Là est la sagesse et la puissance qui ouvrirent entre le ciel et la terre les voies dont on a eu de si longs désirs. »
Gomme le feu s'échappe de la nue en se dilatant tellement qu'elle ne le contient plus, et, contre sa nature^ se précipite en bas;
Ainsi mon esprit, devenu plus grand au milieu de ces mets, sortit lui-même et ne sait pas se rappeler ce qu'il devint.
a Ouvre les yeux et regarde ce que je suis! Tu as vu des choses qui t'ont rendu capable de supporter mon sourire. »
J'étais comme celui qui se souvient d'une vision oubliée et qui s'efforce en vain de se la ramener à Tesprit,
Lorsque j'entendis cette offre si digne d'être agré^, qui ne s'effacera jamais du livre où se consigne le passé.
Quand toutes ces langues que Polymnie et ses. sœurs engraissèrent de leur lait le plus doux résonneraient maintenant
Pour m'aider, je n'aiTiverais pas au millième de la vérité en chantant ce saint sourire et le pur éclat qu'il donnait à ce saint visage.
Et ainsi, en représentant le Paradis, le poëme sacre doit sauter comme un homme qui trouve son chemin coupé.
Mais celui qui pensera au poids du sujet, et à l'épaiilo mortelle qui s'en charge, ne la blâmera pas si elle trenil»lt' dessous.
Ce n'est pas un chemin pour une petite barque ni poui un nocher qui se ménage , celui que va fendant ma pruiio hardie.
« Pourquoi mon visage le passionnc-t-il tant, que tu ne te