‹ Œuvres de Dante Alighieri: La divine comédieChapitre 61 sur 69 · LE PARADIS. CHANT XXV · texte numérisé non relu

LE PARADIS. CHANT XXV

prit> et d'où elle te vient. » Ainsi poursuivit encore la seconde lueur.

Et la femme pieuse qui avait guidé les plumes de mes aUes dans mi si haut vol prévint ainsi ma réponse :

« L'Église militante n'a pas de fils qui espère plus^ comme il est écrit dans le soleil qui rayonne sur toute notre foule :

» Cest pourquoi il lui a été accordé de venir d'Egypte pour voir Jérusalem^ avant d'être libéré du service.

» Les deux autres points que tu as demandés^ non pour les savoir, mais pour qu'il redise combien cette vertu f est chère,

» Je les lui laisse; car ils ne lui seront pas difficiles ni sujets de jactance ; et qu'il réponde à cela, et que la grâce de Dieu le lui permette. »

Gomme un écolier qui répond au maître avec empressement et plaisir sur ce en quoi il est expert, afin que son mérite se révèle,

Je dis : « L'espérance est une attente certaine de la gloire future, que produisent la grâce divine et les mérites antérieurs*;

1» Cette lumière me vient de plusieui^s étoiles; mais celuilà la versa le premier dans mon cœur qui fut le chantre souverain* du souverain Maître.

D Qu'ils espèrent en toi, dit-il dans son cantique, ceux qui savent ton nom : eh ! qui ne le sait pas, s'il a ma foi ?

» Tu m'as tant inondé de son onde dans ton épître, que j'en suis plein, et que je repleus votre pluie sur autrui. »

Tandis que je parlais, au sein vif de cet incendie tremblait une flamme prompte et fréquente comme un éclaii*.

Puis elle me dit : « L'amour dont je brûle encore pour la vertu qui me suivit jusqu'au martyre et jusqu'à l'issue du champ de bataille,

* Est spes certai expectatio futur» beatitudinis v/F-nious ex Dei gratià et mentit praecedentibus. (Pierre Lombard.) 'David : Sperent in te qui noverunt nomen tuum. (Ps. 9.)

554 lA MVD<II tXMBCME.

D Veut que je te paiie^ à toi qi:d la chéris; et il me plaK que tu dises ce que Tespërance te promet, v

Et moi : a Les nouvelles et anciemie« Écrftures déterminent le but des âmes que Dieu a adqpitées^ et oe bift se montre à moi.

isaîe dit que diacune d'elles dans sa patrie sera fêtoe d'un double vêtement, et sa patrie est cette douce vie.

» Et toa frère ^ expose beaucoup plus distincteraeait cette révélalicm là où il traite des robes biaaches. »

Et immédiatement après la te de ces pardes on entendit au-dessus 4t nous SpamU in le, à quoi répon^yrsBt toutes les rondes.

PuiS) parmi eUes, une teeur i^splendit teileoient, que, si le Omcer avait une iélle -ciartë, Thiver aurait un moisdW seul jour.

Et comme se lève, et va, cA entve en éssase une jeune fille joyeuse, seidenent pour Uàie iionnear à la snariée,€l non pour faire aucune faute ;

Ainsi je vis la splendeur Hkunkiée vexnr vers les àeux autres qui tournaient en rond comme il convenait à kv ardent amour.

Elle se mit du diant et de la note ; et ma Dame tint son regard sur elles comme une épouse silencieuse et immobile.

« C'est celui qui reposa sur le sein de notre Pélican *, et qui fut du haut de la croix élu au grand o£ûce K y>

Ainsi ma Dame; et ses regai'ds ne cessèrent pas plus d'être attentifs après qu'avant ses paroles.

Comme celui qui regarde et se ûgure voii- s'éclipser un peu le soleil, et qui, à force de voir, finit par ne plus voir;

Tel je devins devant cette dernière flamme, tandis qu'il était dit ; « Pourquoi l'éblouis-tu pour voir une chose qui n'a pas sa place ici?

• Saint Jean i'ÉvaogélUie. ' Jésus-ChrisU

* Iste est Jokaunet Evangelista, qni in cœnA Doiuini supra pectus Josu-Chmii recuhiiil, cui Cbristus in eruce pendens, malreni suam virginem virgiai commeiiduvit. (JouANN I 13.)

c< Dans la terre n^n corps est terre et sera tel avec les autres jusqu'à ce que notre nombre égale celui des desseins 4tenids.

» Les deux lueurs qui se sont envolées portent seules les deux vêtements dans ce bienheureux cloître ; et tu le rediras dans votre mooide. »

A ces mots^ la ronde enflammée s'apaisa avec le dom mélange qui se faisait du son des trois voix :

Ainsi que> pour faire cesser la fatigue ou le danger^ les rames^ auparavant frappées sur Teau^ s'arrêtent toutes au soxk d*un sifflet.

Hélas I combien je fus épiu da^s l'&me, quand je me tournai pour voir Béatrice, de ne pouvoir plus la vo^, quoique je f uss^

Prèa d'elle et da^s le monde bienheureux!

CHANT XXVI

S«iai Jean i'BvangëKale axaniae le poëte sur la tvouièœe verta ihéoloiiale,^ soi la charité. — Aux répûjise» satisfaisantes de Dante, les Bienheureux répondent par une hymne. — Ensuite Adam raconte au poète le ten^ de sa fëlieilé et de •es maUiears.

Tandis que j'hésitais à cause de ma vue éblouie, voici que de la flamme éclatante qui l'avait éblouie sortit use voix qui me rendit attentif,

Disant : <c En attendant que tu retrouves la vue que tu as perdue à me regarder, il est bon que tu t'en dédommages en parlant.

» Commence donc et dis à quoi tend ton âme, et crois que la vue en toi est égarée et non morte;

)) Car la femme qui te conduit dans cette divine région a dans le regard la vertu qu'eut la main d'Ananias ^ »

Je dis : « Qu'à son gré et tôt ou tard vienne le remède à

* Elle rendit la Tue à saint Paul.

So6 LA DIYUIE COMÉDIE.

mes yeux^ qui furent les portes par où elle entra avec le feu dont je brûle toujours.

n Le bien qui rend cette coui* contente est ValphA et Vomèga de tout ce que Tamour me dicte ou de facile ou de rude. »

Cette même voix qui m'avait ôté la peur causée par mon éblouissement subit me donna encore l'envie de parler.

Et elle dit : « 11 font que tu te nettoies à un crible plus serre; il faut que tu dises ce qui dirigea ton arc vers un tel but*.»

Et moi : a G*estpar des arguments philosophiques et par l^autorité qui descend d'ici que cet amour a dû se graifer en moi.

» Car le bien^ en tant que bien^ dès qu'on le comprend allume l'amour^ et d'autant plus qu'il contient en lui plus de bonté.

» Or donc^ vers cette essence^ dont l'avantage est tel, que quiconque se trouve en dehors d'elle n'est qu'un rayon de sa lumière^

Y> Doit se porter plus qu'ailleurs avec amour l'esprit de quiconque voit la vérité sur laquelle se fonde cette preuve;

)) Cette vérité est dévoilée à mon intelligence par celui qui me démontre le premier amour de toutes les substances éternelles ;

» Elles me la démontrent aussi les paroles du véridique créateur qui dit à Moïse en parlant de lui-même : Je te ferai voir le bien suprême '.

» Tu me la démontres aussi en commençant rauuonce sublime qui proclame les secrets d'en haut au-dessus de tout autre héraut. »

Et j'entendis ; « Au nom de l'intelligence humaine cl de l'autorité qui est d'accord avec elle, garde pour Dieu le plus puissant de tes amoui^s.

» Mais dis encore si tu sens d'autres cordes te tirer vers

' Saint Jean va interroger Dante sur l'Aniunr.

' Dixit lloyses ai Dominum : Ostende mihi gloriam tiiam. — Ego ostendam omM bouum tibi. [Etod.f 33.)

LB PARADIS. CHANT tXVI. SfST

\u\, et déclare de combien de dents cet atnour te mord. »

La sainte intention de Taigle du Christ * ne me fut pas cachée^ et je devinai où il voulait amener ma confession;

C'est pourquoi je repris : a Toutes les morsures qui peuvent tourner le cœur vers Dieu ont concouru à ma charité;

Y> Car l'existence du monde et mon existence, la mort qu'il subit pour que je vécusse et ce qu'espère tout fidèle comme moi,

1» Ainsi que la vive connaissance dont il a été parlé, m'ont tiré dé l'amer du mauvais amour, et m'ont déposé sui* la rive du bon.

» Les feuilles dont se couvre tout le jardin du jai'dinier étemel sont aimées de moi en proportion du bien qu'il leur communique. »

Comme je me taisais, un chant très-doux retentit dans le ciel, et ma Dame disait avec les autres : Saint, Saint, Saint!

Et comme on se réveille à une lumière perçante, à cause du sens de la vue qui court à la clarté allant de membrane en membrane.

Et, réveillé, on a horreur de ce qu'on voit, tant est ignorant le réveil subit jusqu'à ce que le jugement lui vienne en aide.

Ainsi Béatrice chassa tout brouillard de mes yeux avec le rayon des siens qui brillait à plus de mille milles.

Alors je vis plus clair qu'auparavant, et, tout stupéfait, je demandai quelle était une quatrième lueui* que je vis avec nous.

Et ma Dame : « Du milieu de ces rayons la première âme * que la première vertu ait jamais créée contemple avec joie son créateur. »

Conmie le feuillage dont le sommet fléchit au passage du Tent et puis se lève par la propre force qui le redresse.

Ainsi fis-je, en m'cmerveillant, tandis qu'elle disait, et

' Saint Jean.

» Adam.

558 LA VmSE COMÉDIE.

puis je fus rassuré par un désir de parler dont je brûlais;

Et je commençai : « 0 fruit qui seul fus produit mûr ^, ^ antique père^ à qui chaque épouse est fille et bru.

» Aussi dévotement que je peux^ je te supplie de me parler! Tu Tois mon envie, et, pour f entendre plus tôt, je ne te la dis pas. »

Parfois un animal est si fort agité sous sa peau, qu'il fisLut que ses mouvements intérieurs se trahissent par ceux que fait son enveloppe ;

Et pareillement la première âme me faisait paraître à travers la lumière dont elle était revêtue avec quelle joîe elle venait pour me complaire.

Puis elle dit : « Sans que ton euTie ait été exprimée par toi^ je la discerne mieux que tu ne discernes la chose dont tu es le plus certain.

» Car je la vois dans le miroir véridique dont les autres choses sont le parhclie^ et qui n'est le parhélie d'aucune.

» Tu veux savoir depuis quand Dieu me {daça dans k jardin élevé où celle-^ t'a disposé à monter une si longue échelle,

» Et combien de temps il fut cher à mes yeux et la vraie cause du grand courroux, et l'idiome dont je me servis et que je fis.

» Or, mon fils, ce n'est pas d'avoir goûté de l'arbre qui fut eu toi la cause d'un si long exil, mais seulement d'avoir transgressé l'ordre.

)) Là * d'où ta Dame a fait partir Virgile, je désirai ce séjour pendant quatre mille trois cent deux révolutions du soleil;

« Et je le vis revenir à toutes les lumières de sa route neuf cent trente fois, pendant que je fus sur terre.

» La langue que je pai'lai fut tout éteinte avant que los hommes de Nembrod' se fussent appliqués à l'œuvre interminable.

■ < Adam fut crëë CD l'âge de 30 ans, et en stature parfaite, et avec l'acconplif* •emrnt et la perfection de tous ses sens. » (Grangier.) ' liO Limbes.

* Ncmbrod, petit-Gls de Chani, (|ui éleva la tour de Babel.

LE PARAMS. CHAHT XXVII. ^^9

» Car mil effet rationnel ne ftit à jamais durable, à eause de la Tolonté de Thomme qui se renouvelé sous Viniluence du ciel.

» Que liiernme parle, c'est un acte naturel; mais de telle ou telle manière, c'est ce que la nature yous laisse faire ensuite comme il vous plaît.

i> Avant que je descendisse aux angoisses infernales, on appelait El ^ sur la terre le sourerain bien d'où me Tient la joie qui m'environne.

» On l'appela ensuite Eli; et cela devait être, car les usages des mortels sont comme les feuilles sur la branche qui s'en vont et font place à d'autres.

Tb Sur la montagne ^^ ^'élève le plus au-dessus de Tonde je menai une vie pure, et coupable depuis la première heure jusqu'à (ïelle qui est la seconde,

» Qumi )§ loleil change de quartier à la sixième heure. »

CHANT XXVIl.

Bmportementf de saint Pierre contre les mauvais pcsteurs. — Les Saints sVlèvent et disparaissent. — Dante lai-mème monte avec Béatrioa à la oenvième sphère, appelée le Premier-Mobile. <- La nature et la vertu de cette spbère supérieure loi sfHit dévoilées.

a Gloire au Père, au Fils, au Saint-Esprit, » entonna tout le Paradis avec une telle douceur de chant, qu'elle m'enivrait.

Ce que je voyais me semblait un sourire de l'univers; car mon ivresse entrait par l'ouïe et par la vue.

0 joie ! ô ineffable allégresse ! ô vie entière d'amour et de paix! ô richesse assurée et sans désir !

> Saint Isidore dit dans ses Étymologies : < Primum apud Uebraeos Dei nomen Bl dicitur ; sccundum nomen Eloi est. »

Devant mes yeux les quatre flambeaux^ se tenaient allumés, et celui qui était venu le premier commença à se faire plus brillant.

Et d'aspect devint tel que deviendrait Jupiter, si lui et Mars étaient des oiseaux et échangeaient leur plumage.

La Providence, qui répartit ici les temps et les emplois, avait de toutes parts imposé silence au chœur bienheureux,

Quand j'entendis : a Si je change de couleur, ne t'étonne pas, car, pendant que je parle, tu v^ras tous ceux-ci en changer.

» Celui qui sur terre usurpe ma place, ma place, ma place, qui est vacante devant le Fils de Dieu %

» A fait* de mon cimetière im cloaque de sang et de pourritm e, qui pour le pervers, tombé d'ici, est un soulagement là-bas. »

Alors je vis le ciel entier couvert de cette couleur dont soir et matin le soleil teint les nuages à l'opposite.

Et, comme une femme vertueuse reste sûre d'elle-même, et devient honteuse, rien qu'en écoutant la faute d*un autre.

Ainsi Béatrice changea d'aspect, et je crois qu'une telle éclipse eut lieu dans le ciel pendant la passion de la suprême puissance 3.

Puis il poursuivit en ces termes, d'une voix si changée, que son aspect n'avait pas changé davantage :

(( L'épouse du Christ * ne fut pas nourrie de mon sang, de celui de Lin et de Clet **, pour être habituée à acquérir de For ;

» Mais c'est pour acquérir cette vie heureuse que Sixte et

' Saint Pierre, 8aiul Jacques, saint Jean et Adam; le premier arrivé e'tait $aiQi Pierre.

' Jîcniface VUI, pape en 1800 :

QuegU ch* usurpa iu t^rra il luogo mio, Il luogo mio, il lucgo mio...

* JësU8-Christ.

« L'Église.

• Lin et Ciel, papes de? promicr> temps.

LE PARADIS. CHANT XKVII. 56 f

Pk^ Galixte et Urbain^ versèrent leur sang après beaucouf) de pleurs.

n Ce ne fut pas notre intention qu'une partie du peuple chrétien s'assit à la droite de nos successeurs^ et une partie à la gauche;

« Ni que les clefs qui me furent confiées devinssent un signe sur Fétendard levé contre les baptisés;

» Ni que je fusse une empreinte de cachet sur des privilèges vendus .et menteurs dont souvent je rougis et m'enflamme.

n Sous rhabit du pasteur on voit ici des loups rapaces dans tous les pâturages : ô justice de Dieu ! pourquoi sommeilles-tu * ?

» Les gens de Gahors et de la Gascogne * s'apprêtent à boire de notre sang : ô bon commencement^ à quelle fin faut-il que tu tombes ?

V Mais la haute providence qui^ avec Scipion, défendit à Rome la gloire du monde ^ le secourra bientôt comme j'imagine.

1» Et toi^ mon fils^ que le poids mortel ramènera là-bas^ ouvre la bouche et ne cache pas ce que je ne cache pas. n

Gomme des vapeurs gelées floconnent du haut de notre air, quand la corne de la Ghèvre du ciel touche le soleil.

Ainsi je vis en haut Téther se parer et floconner de vapem's triomphantes qui s'étaient arrêtées là avec nous.

Ma vue suivait leurs formes, et les suivit jusqu'au milieu où la distance lui interdit d'aller plus avant.

G'est pom*quoi ma Dame, qui vit que j'avais cessé de regarder en haut, me dit : a Baisse la vue et regarde combien tu as tourné. »

Depuis rinstant où j'avais regardé pour la première fois, je vis que j'avais parcouru tout l'arc > qui fait du milieu à la fin le premier climat.

Si bien que je voyais au delà de Gadix le passage insensé

' Exsurge, qaare oMormis^ Domioe ? (Ps. 43.)

* Jean XXII était de Cahon, et Clément V, de Gascogne.

* Vers le tropique do Cancer» selon Pldénée.

562 LA BiYlNE COHÉME.

d'Ulysse, et, en deçà, plus près, le rivage sur lequel Europt devint un si doux fardeau.

Et j'aurab découvert un peu plus de ce coin de terre; mai sle soleil s'avançait sous mes pieds, éloigné d'un signe et plus.

Mon esprit amoureux , qui courtise toujours ma Dame, brûlait plus que jamais de ramener les yeux sur elle.

Et si la nature et Tart firent des appâts pour prendre l'âme par les yeux, en chair humaine ou en peinture.

Tous réunis ne paraîtraient rien auprès du plaisir divin qui m'illumina quand je me tom^nai vers son visage souriant.

Et la force que me départit son regard m'arracha du beau nid de Léda ^, et m'emporta dans le ciel le plus rapide.

Ses parties élevées et les plus rapides sont si uniformes, que je ne saurais dire celle que Béatrice me choisit pour place.

Mais elle, qui voyait mon désir, se mit à parler avec un si joyeux sourire, que Dieu semblait se réjouir en elle.

« La nature du monde qui arrête le milieu et fait mouvoir tout le reste autour, commence d'ici comme de sa limite.

» Et ce ciel n'a pas d'autre espace que Tesprit divin auquel s'allume l'amour qui le fait tourner et la vertu qui le fait pleuvoir.

» La lumière et Tamour l'entourent d'un cercle, comme lui les autres; et cette enceinte, celui qui la forme la comprend seul.

» Son mouvement n'est déterminé par aucun autre, mais celui des autres se mesure sur celui-ci, ainsi que dix sm* sa moitié et sur son cinquième.

» Et à présent tu peux comprendre comment le temps a ses racines dans ce vase, et son feuillage dans les autres.

1» 0 cupidité, qui enfonces tellement les mortels sous

' Le signe des Gémeaux, d'où le regard de Béatrice l'emporte au Premier Mobile, ou neuvième sphère, qui ne doU son mouvement à aucun autre, mais le communique.

LE PAIUBIS. CHAMT XXVIll. 563

toi^ fa^àociiti n^ le pouvoir d'élever les yeiui hors de tes

OBEQOB !

)» La volonté fleurit bien dans les hommes^ mais la pluie oofitinuelle diange en prunelles les vraies prunes.

9 La foi et l'innocence ne se trouvent que chez les petits enfants^ puis chacune s'enfuit avant que les joues soient eouvertes de duvet.

» Tel jeûne^ bégayant encore, qui ensuite, la langue déliée, dévore toute nourriture sous toute lune;

» Et tel, bégayant, aime et écoute sa mère, qui, parlant tout à fait, désire ensnite de la voir ensevelie.

D Ainsi de blanche au premier aspect devient noire la peau de la belle fille ^ de celui qui apporte le matin et laisse ksoir.

>» Toi, pour que tu ne t'en étonnes pas, sache que sur teire il n'est plus personne qui gouverne : aussi la famille Minaine dévie.

» Mais avant que janvier tout entier sorte de l'hiver, à cause du centième qui est négligé là-bas, les cercles supérieurs tourneront de telle sorte,

n Que la fortune, qui est si fort attendue, tournera les poupes où sont les proues, si bien que la flotte voguera droit;

D Et le vrai fruit viendra après la flem:. »

CHANT XXVIII

Le poSte annonee qoHl loi a ëté donne de voir l'Easeiice dhrine. — 0 aperçoit on point rayonnant de la pins vive lumière, autour duquel tonraaieiit neof cercles. — Alora Béatrice loi explique comment les neof cercles de ce monde inintelligible coirespondaient aux neuf spbères du monde sensible ; puis elle loi parle de la Uérarchie des Anges.

Lorsque celle qui guide mon âme dans le Paradis m'eut dévoilé la vérité sur la vie présente des mallieureux mortels,

' L'espèce hnmaioe, fiUe da SoieiL

Comme dans un miroir la flamme d'un flambeau est vae de celui derrière qui elle s'allume, avant qu'il voie le flambeau ou qu'il y pense ;

Et comme il se retourne pour voir si la glace dit la vérité, et voit qu'elles sont d'accord, comme la note avec les paroles;

Ainsi ma mémoire se souvint que je fis, en regardant dans les beaux yeux avec lesquels l'amour forma le lien qui m'a pris.

Et lorsque je me retournai et que les miens furent frappés de ce qui apparaît dans le ciel, cbaque fois qu'on en observe l'étendue.

Je vis un point ' qui rayonnait d'une clailé si perçante, que, brûlé par elle, le regard doit se fermer à son trancbant aigu.

Et l'étoile qui d'ici parait la plus petite paraîtrait une lune placée auprès de lui, comme une étoile auprès d'une étoile.

Autant peut-être que paraît distante de son cercle la lumière qui le trace, quand la couronne de vapeur est la plus épaisse,

A la même distance, autour du point, un cercle de feu tournait si vite qu'il aurait dépassé le mouvement le plus prom[»t à faire le tour du monde.

Et il était entouré d'un autre, et celui-ci d'un troisième, et puis le troisième d'un quatrième, le quatrième d'un cinquième, et puis le cinquième d'un sixième.

Au-dessus d'eux tournait le septième, d'une si grande étendue, que la messagère de Junon serait trop étroite pour le contenir tout entier.

Ainsi du buitième et du neuvième*; et chacun d'eux avait un mouvement plus lent selon que son chiffre était plus cloigné du premier,

Et celui-là avait la flamme la plus limpide, qui était plus

• Le-î iiPiil fil I m-^ dos aiiptv, qui iMiximiuKol iour point central ou Dieu.

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