LE PARADIS. CHANT XXVIII
éloigné de la pure étincelle^ par la raison^ je crois^ qu'il s'assimile plus à elle.
Ma Dame, qui me voyait en proie à un violent souci, me dit : « De ce point dépendent le ciel et toute la nature.
» Regarde ce cercle qui est le plus près, et sache que son mouvement est si rapide à cause de Tamoui* enflammé qui le pousse, d
Et moi à elle : « Si le monde était disposé dans Fordre où je vois ces roues, ce qui m'est expliqué m'aurait satisfait.
» Mais, dans le monde sensible, on peut voir les sphères d'autant plus rapides qu'elles sont plus éloignées du centre.
» C'est pourquoi, si mon désir doit être satisfait dans ce temple admirable et angélique qui n'a pour confins que Tamour et la lumière,
» Il faut que j'apprenne encore comment le modèle et la copie ne vont pas de même : car j'y réfléchis en vain.
— Si tes doigts ne sont pas suffisants contre un tel nœud, ce n'est pas merveille, tant il est devenu solide pour n'avoir pas été touché. »
Ainsi ma Dame; puis elle dit : a Saisis ce que je te dirai, si tu veux te satisfaire, et aiguise dessus ton esprit.
» Les cercles matériels sont amples et étroits, selon le plus et le moins de vertu répandues sur toutes leurs parties;
9 Un plus grand mérite produit un plus grand bien, et un plus grand corps contient un plus grand bien, s'il a toutes les parties également parfaites.
i> Donc ce cercle qui entraîne avec lui tout le haut uni« vers correspond à celui qui aime le plus et qui sait le plus^
T» C'est pourquoi, si tu mesures sur leur vertu et non sur leur étendue ces substances qui t'apparaissent en rond,
» Tu verras un rapport admirable du plus au plus et du moins au moins entre chaque del et son intelligence. »
Comme l'hémisphère de Tair reste splendide et serein quand Borée souffle de la joue d'où il est le plus doux,
' Co neuvième ciel ou Premier Mobile corrcsponH au cercle des t^rapbios.
566 LA DtYlNE COMÉDIE.
Parce que se nettoie et se dissout le brouillard qui obscurcissait tout^ si bien que le ciel sourit de toutes ses beautés^
Ainsi fis-je y après que ma Dame m'eut satisfait par sa réponse claire, et la vérité se fit voir conmie Tétoile a« del.
Et, lorsque ses paroles s'arrêtèrent, le fer qui bout n'étincelle pas autrement que les cercles étinc«lèrent.
Chaque étincelle, en s'embrasant, produisaH d'autres étincelles, et elles étaient en telle quantité, qne leur nombre surpassait celui de la multiplication des cases d'un échiquier.
Tentendab chanter Hosanna de chœur en chœur jusqu'au point fixe qui les tient et toujours les tiendra vJbi ils ont toujours été;
Et celle-ci, qui voyait les doutes de mon esprit^ me dit : « Les premiers oerdes t'ont montré les séraphins et les chérubins.
fi Ils suivent avec cette rapidité leur attraction, afin de s'assimiler au point autant quils peuveitt, et ik peuvent selon qu'ils voient de plus haut.
» Les autres amours qui vont autour d'eux s'appellent trônes du regard divin, parce qu'ils terminent le premier ternaire ^,
» Et tu dois savoir qu'ils ont tous autant de joie que leur vue plonge dans la vérité où se repose toute intelligence.
» De là on peut reconnaître que l'état de béatitude se fonde sur Taction de voir, non sur celle d'aimer qui vient en second.
» Et la mesure de voir, c'est la récompense qu'enfauteot la grâce et la bonne volonté ; c'est ainsi qu'on procède de degré en degré.
)) L'autre ternaire qui germe ainsi dans ce printemps étemel que ne dépouille pas le Bélier nocturne*, if) Chante perpétuellement Hosanna avec trois mélodies
' La première des trois hiérarchies, lesquelles renferment chacune trois chœur». * L'Automne, qui dépouille notre printemp* terrestrcb
LE FÀEÀDUI. CHANT ZIIX. 567
qui résonnent dans les trds ordres de joie dont il se compose.
» Dans cette hiérarchie sont les hautes déesses^ d'abord les Dominations 9 et puis les Vertus; le troisième ordre est celui des Puissances.
y> Ensuite^ dans les deux avant-demières rondes^ tournent les Principautés et les Archanges. La dernière est consacrée aux jeux des Anges.
D Ces ordres tiennent tous leurs regards d'en haut, et audessous ont une telle influence qu'ils sont tous entraînés et entraînent tons Ters Dieu.
1» Et Denys* se mit avec tant d'ardeur à contempler ces ordres, qu'il les nomma et les distingua comme je fais.
B Mais Grégoire se sépara ensuite de lui : aussi, dès qu'il a ouvert les yeux dans le ciel, il a ri de lui-même.
» Et si un mortel a révélé sui* terre une vérité si secrète, je ne veux pas que tu feu étonnes; car cdui* qui Ta me ici la lui a découverte,
» Avec beaucoup d'autres des vérités de ce cercle. »
CHANT XXIX
Béatrice lustrait Dante sur la création des Anges. — Bnsnite elle bttme les théologiens et les prédJcatears dn temps qui, abandonnant TÉvangile, se plaisent à délMlor des fàkiêt. — Enfin, elle se reprend à parler de la sobstance des Anges.
Quand les deux enfants de Latone, couverts des signes du Bélier et de la Balance, se font ensemble une ceinture de l'horizon'.
Tant que dure le moment où le zénith les équilibre, jusqu'à ce que Tun et l'autre, en changeant d'hémisphère, se délivrent de cette ceinture,
* Saint Grégoire ne décrit pas le ciel comme rient de le faire Dante, mais bien Denys l'Aréopagite.
* Saiot Paul, qui fat ravi an ciel et instruisit saint Denys.
'Le temps où le soleil et la Inné sont Ton à l'orient, Tantre k l'occident.
568 r^A DÎVINE fOMKDîB.
Aussi longtemps Béatrice^ le visage embelli d'un sjuriiV; regarda en silence et fixement le point qui avait vaincu mon regard.
Puis elle commença : « Je te dirai ( et sans te le demander) ce que tu veux entendre, parce que je l'ai vu là où aboutissent tout ubi et tout quando :
» Non pour accroître sa perfection (ce qui ne peut êti'e), mais pour que sa splendeur pût dire en resplendissant : J'existe!
» L'étemel amour s'ouvrit dans son éternité, hors du temps, hors de l'espace, selon qu'il lui plut, et enfanta neuf ordres d'amours.
w Non qu'auparavant il demeurât oisif: car, ni avant ni après, la parole de Dieu ne courut sûr les eaux^.
» La forme et la matière, unies et épurées, sortirent de cet acte exempt d'imperfection, comme d'un arc à trois cordes sortent trois flèches.
» Et comme dans le verre, dans l'ambre ou dans le cristal brille un rayon, si bien que, du moment où il y arrive à celui où il y est tout entier, il n'est point d'intervalle;
» Ainsi cet effet triforme rayonne tout à la fois de son Seigneur et Dieu, sans distinction dans son principe *.
» Lors fut concréé et établi l'ordre de ces substances; el celles-là furent la cime du monde, dans lesquelles l'acte pur se produisit ;
» La pure matière tint la place infériem'c; mais, au milieu, un tel nœud unit la forme et la matière, que jamais il ne se dénoue.
» Jérôn)e a écrit que les anges furent créés une longue suite de siècles avant que l'autre monde fût fait;
» Mais cette vérité, exposée ici devant toi, est écrite en maints passages des écrivains de l'Esprit-Saint , et tu le verras, si tu y regardes bien.
» Et la raison elle-même le voit en pailie; car elle n'ac-
' Spiviiiis Domini fcrebatur super aqiias. [Gen.j 1.)
- Ici tlos remercimuiiU à M. Uaraiaiâ ilolla Rovere, qui, exile comme Danic, rt ))uctc Iui-mî-ni0| a bien voulu plus d'une fois cclairor co travail de ses comciU