Ï.K PARADIS. CHANT XXXI
Je priai ainsi; et elle, qui semblait si lointaine, sourit et nie regarda, puis elle se tourna vers réternelie fontaine.
• Et le saint vieillard : « Afin, me dit-il, que tu accomplisses parfaitement ton voyage, pour lequel une prière et «m amour saint m'ont mandé vers toi,
» Avec tes regards vole par ce jardin, car, en le voyant, ton regard t'inspirera plus de force pour monter vers le rayon divin.
» Et la reine du ciel, pour qui je brûle tout entier d'amour, nous accordera toute grâce, car je suis son fidèle Bernard ^ »
Tel celui qui vient peut-être de la Croatie pour voir notre Véronique*, et, à cause de son antique réputation, ne peut s'en rassasier.
Mais dît dans sa pensée, tant qu'on la lui montre : Mon Seigneur Jésus-Christ, roi véritable, ainsi donc était faite votre face !
Tel j'étais en admirant la vivante charité de celui qui, dans ses contemplations en ce monde, goûta par avance la paix céleste.
« Fils de la grâce, me dit-il, cette existence bienheureuse ne te sera pas connue, si tu tiens par continuité les yeux baissés ,**
» Mais regarde les cercles jusqu'au plus éloigné, jusqu'à ce que tu voies le siège de la Reine à qui ce royaume est soumis et dévoué. »
Je levai les yeux, et de même que le matin la pai'tie orientale de l'horizon surpasse en éclat celle où le soleil décline.
Ainsi, en allant avec mes yeux, comme quelqu'un qui va d'une vallée à une montagne, je vis à l'extrémité un point du cercle qui surpassait en clarté tous les autres;
Et comme là où s'attend le char que guida mal Phaélon,
' Saint Bernard, modèle do la vie coulemplalivr.
' La ('roalip, pour tout pays lointain. — l.o saint suairo dû a sainte Tcroniqnr.
580 LA mVIME COMÉDIE.
le ciel s'enflamme davantage^ tandis que deçà delà la lumiè]*e diminue ;
Ainsi cette oriflamme de paix ^ brillait au milieu^ et de <;haque côté amortissait l'édat des autres flammes.
Et dans ce milieu je vis^ les ailes ouvertes, plus de mUle anges qui lui faisaient fête^ chacun d'eux difBérant de splendeur et de pose;
Là je vis sourire à leurs jeux et à leurs chants une beauté qui était la joie des yeux de tous les autres saints.
Et quand j'aurais pour dire autant de ressources que pour imaginer, je n'oserais redire la nooindre de ses délices.
Bernard, Yoyant mes yeux fixés avec attention sur l'objet de sou ai*dcur, y tourna les dens avec une affection si g]*ande.
Qu'il rendit les miens plus ardents à la contempler.
CHANT XXXII
Eaiiil Bernard fait roiinait n au pocte dans «|nel ordre sont rangé» le« SaiuU d(* l'Anrien el du Nouveau Teslamont. — Surtouti il lui fait contempler la haute gloire do la Vierge bienheureuse.
Tout plongé dans son bonheur, le contemplateur * prit de lui-même roflice de maître et commença par ces paroles saintes :
« La plaie que Marie referma el oignit fut ouverte et aigrie par cette femme si belle qui est à ses pieds '.
» Dans le rang formé par les troisièmes sièges, siègent au-dessous d'elle Rachcl avec Béatrice, comme tu le vois,
» Sara et Rébecca, Judith et la bisaïeule* du chantre qui, dans la douleur de sa faute, dit ; Miserere mei;
» Tu peux les voir ensuite de trône en trône, en desccu-
' La Vicrgp.
' Saint Bernard. ' Eve.
* Unth.