I.I-: PARADIS. CHANT XXXII
Que tout ce que j'avais vu auparavant ne m'avait pas saisi d'une telle admiration, et ne m'avait montré de Dieu une telle ressemblance.
Et cet amour * qui le premier descendit en chantant Ave, Maria gratiâ plena, étendit ses ailes devant elle.
Et au divin cantique répondait de toutes parts la cour bienheureuse, si bien que chaque figure en devint plus sereine.
« 0 Saint Père •, qui daignes pour moi te tenir ici-bas, laissant le doux lieu où tu sièges pour l'éternité,
» Quel est cet ange qui, avec tant de joie, regarde dans les yeux de notre reine , et si énamouré qu'il parait de feu ? »
Ainsi je recourus encore aux instructions de celui qui s'embellissait de la splendeur de Marie, comme du soleil l'étoile du matin.
Et lui à moi : « La confiance et la grâce qui peuvent être dans un ange se trouvent en lui; et nous voulons qu'il en soit ainsi.
» Car il est celui qui porta la palme à Marie quand le Fils de Dieu se voulut charger de notre fardeau.
» Mais viens maintenant, et, à mesure que je parlerai, remai'que des yeux les gi-ands patriciens de cet empire trèsjuste et très-pieux.
» Ces deux qui siègent là-haut plus heureux, parce qu'ils sont les plus près de l'auguste femme, sont quasi les deux racines de cette rose.
» Celui qui touche à sa gauche est le père qui, pour avoir goûté avidement du fruit, força l'espèce humaine à goûter de tant d'amertume.
» A sa droite tu vois l'antique père de la sainte Église, à qui le Christ confia les clefs de cette fleur de beauté '.
» Et celui * qui vit, avant de mourir, tous les temps
* L'ange Gabriel.
- Sainl Bernard.
* Saint Pierre.
* Saint Jean rÉvangéii>lf.
o84 LA DlVlPiE COMEDIE.
difficiles où devait passer la belle épouse * qui fut conquise par la lance et par les clous,
» Est assis non loin de lui; et non loin de l'autre se lient ce chef sous lequel vécut de manne la nation ingrate, mobile et opiniâtre.
» Vis-à-vis Pierre lu vois Anne, si heureuse de contempler sa fille, qu'elle ne bouge pas les yeux en chantant Hosanna.
» Et vis-à-vis du grand-père de famille* est assise Lucie *, celle qui t'envoya ta Dame, quand tu fermas tes paupières au bord de l'abîme.
» Mais comme le temps de ton rêve s'enfuît, ici nous ferons une pause, comme un bon tailleur qui, selon ce qu'il a de drap, fait le vêtement.
» Et nous élèverons les yeux vei's le premier amour, afin qu'en regardant vers lui tu pénètres, autant qu'il est possible, dans sa splendeur.
» Cependant, de peur qu'en croyant avancer tu ne recules peut-êt]*e, tout en remuant tes ailes, il faut que lu en obtiennes la grâce par tes prières,
» La grâce de celle qui peut t'aidei" et tu me suivras d*àme et d'intention, si bien que de ma demande ton cœur ue se sépare en lien. »
Et il commença celte sainte oraison.
CHANT XXXIII
Dans une fervente oraison, saint Bernard prie la Vierge Marie d'oblenir au po^le la j;ràco de s't'Icver jiisqn'à la vision même de Dieu. — Après quoi, Dante, illaininë, pénètre du regard la lumière divine et l'auguste Trinité, ou il enlrevuii, danb lu personne du Verbe, iHumanite jointe à la Divinitt*.
« Vierge mère , fille de ton fils, humble et haute plus qu'aucune autre créature, Icrme fixe de la volonté éternelle.
' i; Kl; lise.
-' Adam.
' Syinle l.niif, dr Syrai'u>p, syud»ole de la grâce iihuninantr.