CONTENANT
h INDICATION DES PRINCIPAUX DISCOURS ET DES PRINCIPALES OPINIONS DE DANTON
Georges-Jacques Danton naquit à Arcis-sur-Aube, le 2G
'. Il était iils de Jacques Danton, procureur au
bailliage d'Arcis, et de Marie-Madeleine Gamut son épouse.
Nous empruntons les détails suivants sur sa famille à
l'intéressant travail de M.Bougeart4 qui les a recueillis au-
le M. Meniiel-Seurat, propriétaire à Arcis sur-Aube, et
Danton, inspecteur général de l'Université, neveux
du célèbre conventionnel :
a Jacques Danton, procureur au bailliage d'Arcis-sur- Aube, avait épousé Marie-MadelcineGamulen 17Vi, et mourut le Jî février i: i environ 10 ans, laissant sa femme enceinte el quatre enfants eu bas âge. Celte circons- - • et le nombre de quatre entants BOnl
tl<- la
ii. Lu vol. in-8 . 1861, Parti nationale.
attestés par M. Béon, camarade d'école du conventionnel, mais ils ne sont pas confirmés par les deux fils du montagnard dans le Mémoire inédit qu'ils ont laissé sur leur père, Mémoire dont nous parlerons plus tard. Selon toutes les probabilités, Georges Danton avait deux sœurs et un frère. La sœur aînée fut mariée à M. Menuel, l'autre mourut religieuse àTroyes, il y a quelques années ; et le frère est sans doute le père de M Danton, aujourd'huiinspecteur de l'Université. Nous ne savons quelles furent les suites de la grossesse de Marie-Madeleine Gamut, femme de Jacques Danton.
» Marie-Madeleine Gamut (les petits-fils l'appellent Jeanne-Madeleine) épousa en secondes noces, en 1770, Jean Récordain ; elle mourut à Arcis au mois d'octobre
« Georges-Jacques Danton, le conventionnel, se maria deux fois. En juin 1787, il épousa Antoinette-Gabrielle Charpentier, qui mourut le 10 février 1793. Vers le mois de juin de cette même année, il épousa en secondes noces mademoiselle Sophie Gély. Celle-ci, après la mort de Danton, se remaria avec M. Dupin, conseiller à la cour des comptes; elle vivait encore en 1844; elle n'osait avouer, dit-on, son premier mariage. Tant pis pour elle.
« Danton ne laissa que deux fils issus de sa première femme; rainé naquit le 18 juin 1790; l'autre, le 2 février 1792. Nous lisons dans la correspondance de Camille Desmoulins (tome II) : « J'ai nommé mon fils Horace-Camille Desmoulins. Il est allé aussitôt en nourrice à l'Ile-Adam (Seine-et-Oise) avec le petit Danton. » Sa seconde femme était enceinte au moment de sa mort.
« Après la catastrophe du 5 avril 1791, les pauvres orphelins, déshérités de la fortune de leur père, furent recueillis par M. François-Jérôme Charpentier, leur grandpère maternel et leur tuteur. Celui-ci mourut en 1804, sun lils, François-Victor Charpentier, n'abandonna pas les
deux enfante. Mais il muurut aussi en 1810, ce fut alors la bonne grand'mère, madame Récordain, qui prit avec elle pes petits-fils et les aima, comme autrefois elle avait aime
« Les deux Gis de Danton avaient été ramenés à Arcis eu ' ar leur tuteur Victor Charpentier. Ils ne devaient plus quitter cette ville. Ils s'y sont fait estimer comme industriels ; en 1832, ils étaient à la tête d'une filature de coton qu'ils avait ut fondée. L'un d'eux est mort il y a douze ans, l'autre en 1888. » ■
ugeart dit encore :
«Dans les journaux de 1789 et 1790 on trouve quelquefois le nom de famille écrit ainsi : d'Anton, notamment dans le Moniteur et dans les Révolutions de Camille Dcsmoulhis. Aucun autographe n'a pu nous prouver que Danton adhérât à cette prétention nobiliaire ; nous devons ajouter aussi que nous n'avons trouvé aucune réclamation part. Aussi le girondin BriSiOt, devenu l'ennemi du montagnard, écrivait-il plus tard : « Il sera plaisant de i >ir mis en jugement par le républicain Danton qui, il n'y a pas deux ans, se faisait appeler M. d'Anton. » Le républicain ne daigna pas répondre. »
Danton n'entre dans ('histoire qu'en 1789, où on le
trouve à Paris à la tête du district des Cordeliers, lequel
t. dit Préron, « était la terreur de l'aristocratie et le
■ le tous les opprimés (le. la capitale. »
Danton exerçait alors la profession d'avocat au Parlement
u au Conseil d'État. On n'a pas de renseignement précis
i vie antérieure. On sait seulement qu'il avait acheté*
sou office, de M. fluet de Paisy, le 29 mars 1787, et qu'il
'lin de la même année avec mademoi-
Charpentier, fille d'un contrôleur des ferp
i. m. . m iménmni w nmton
(Paris, I ii \ol. in-80), publie II texte de
Danton prit une part active aux journées des 5 et 6 octobre. C'est Camille Desmoulins qui nous l'apprend : «Danton, de son côté, dit-il, sonne le tocsin aux Cordeliers. Le dimanche, ce district immortel affiche son manifeste et dès ce jour faisait avant-garde de l'armée parisienne, et marchait à Versailles, si M. de Crèvecœur, son commandant, n'eût ralenti cette ardeur martiale. On prend les armes, on se répand dans les rues.... » (Révolutions de France et de Brabant.)
La première fois que le nom de Danton apparaît au Moni-
l'aete de vente à Danton, par M. Huet de Paisy, de sa charge d'avocat, moyennant la somme de soixante-dix-huit mille livres. Celte pièce établit que Danton paya au contrat cinquante-six mille livres en espèces. Il ne laissait due qu'une somme de douze mille livres, et une autre quittance notariée, que publie aussi M. Robinet, nous apprend que Danton la remboursa le 3 décembre de la même année. « Avec quels deniers, dit M. Robinet, Danton avait-il pu consommer le payement de ces soixanle-dix-huit mille livres? D'abord au moyen de ceux provenant de deux obligations, l'une de trente-six mille livres, à demoiselle Duhaultois, et l'autre de quinze mille livres, à sieur François-Jérôme Charpentier, contrôleur des fermes, toutes deux souscrites par Danton avec le cautionnement de ses oncles et tantes d'Arcis, qui s'étaient engagés en sa faveur, par actes notariés, jusqu'à concurrence de quatre-vingt-dix mille livres; ensuite les vingt-sept mille autres sur un patrimoine porté comme caution dans le traité d'achat, et sans doute aussi sur ses profits comme avocat au Parlement. » — M. Robinet publie toutes ces pièces. Il publie aussi le contrat de mariage de Danton avec Mlle Charpentier, duquel il résulte que la future apportait en dot vingt mille livres, dont l'obligation de quinze mille souscrite le 29 mars précédent en faveur de son père par le futur, et qui lui fut remise à la signature du contrat; le reste en espèces sonnantes. Le futur, de son côté, apportait sa charge d'avocat aux conseils, soit une valeur de soixantedix-huit mille livres, et son patrimoine en terres, maisons, etc., montant à douze mille livres; en tout une fortune de quatre-vingtdix mille francs.
novembre 178'), à propos do l'organisation micipalités. « Les membres du district des Cordeliers,
à l'instigation do leur président, y est-il dit, crurent devoir ex iger de Leurs députés à la Commune qu'ils jurassent et promissent de s'opposer à tout ce que les représentants de la Commune pourraient faire de préjudiciable aux droits généraux des citoyens constituants; qu'ils jurassent de se conformer scrupuleusement à tous les mandats particuliers de leurs constituants, qu'ils reconnussent qu'ils sont révocables à la volonté de leurs districts après trois assemblées tenues consécutivement pour cet objet. »
« On sent, observe 11. Bougeait, qu'il ne s'agit ici de rien moins que de la responsabilité des députés, de leur révocabilité, de la nécessité des mandats impératifs. »
■ oniteur du 13 décembre 1780 publie encore l'extrait suivant des délibérations du district des Cordeliers du 7 décembre 1789:
« L'assemblée du district des Cordeliers, vivement affectée de l'étal de Crise où se trouve la capitale, par la cessation presque absolue de son commerce, ce qui réduira un grand
nombre d'ouvriers dans la dernière misère : arrête
que jusqu'au mois d'avril prochain, tous les citoyens du :t seront tenus de payer vingt sols par chaque mois; i libre à tous les citoyens fortunés de se taxer à raison de leurs facull
Signé, Danton, président. »
Le rédacteur du Moniteur, en rapportant cet arrêté, remarque, au sujet de Danton « que si les principes politide ce préside ni nient trop d'un régime pure-
-olnnient inadmissible dans nue
grande ville comme Paris, lis ûremenl peint
"i le bonheur des citoyens
pan y:
Lafayette, dans ses Mémoires, accuse Danton d'avoir été complètement et sciemment dans le parti orléaniste. L'accusation se retrouve dans les Mémoires de madame Roland, et elle est répétée dans plusieurs autres publications contemporaines. On i'a aussi accusé d'avoir reçu de l'argent de Ja Cour.
Ces accusations de vénalité sont généralement articulées à cette époque par les Contemporains et ont été plus facilement encore recueillies par les historiens. Robespierre est à peu prèsle seul que n'ait pas atteint cette manie diffamatoire qui était dans les mœurs du temps. Nouscroyons que, d'une façon générale, il ne faut accueillir les assertions de cette nature qu'avec une très- grande réserve. Pour ce qui est de Danton spécialement, M. Bougeart, M. Robinet et M. Despois (ce dernier dans un article de la Revue de Paris du 1er juillet 1857), ont discuté avec beaucoup de soin toutes les allégations des contemporains et nous paraissent les avoir repoussées victorieusement1. D'ailleurs, c'est aux
1. La principale accusation de vénalité formulée contre Danton se base sur une note des Mémoires de Lafayette, disant que Danton avait reçu cent mille francs pour le remboursement de sa charge d'avocat au Conseil, qui venait d'être supprimée Mais la valeur réelle de la charge, selon la note, n'était que de dix mille francs : le présent du roi fut donc de quatre-vingt-dix mille francs. Les documents publiés par M. Robinet, et que nous avons analysés plus haut, établissent d'une façon irrécusable que la valeur de sa charge d'avocat était beaucoup plus rapprochée de cent mille francs que de dix mille francs. Mais, pour qu'aucun doute ne puisse rester à cet égard, M. Robinet publie encore la Reconnaissance définitive de la liquidation de la charge possédée par Danton et sa Quittance à l'État, qui constatent qu'il avait fait le dépôt de ses titres avant le 20 avril 1791 pour obtenir remboursement, et qu'aux terrffes du décret du 30 octobre 1790, il fut liquidé, le 8 octobre 1791, à soixante-neuf mille trente-et-une livres quatre sous, c'est-à-dire au prix même qu'il avait acheté. « De plus, observe M. Robinet, les documents en question prouvent qu'à la date du 10 octobre de cette même année, aucune
publias des hommes, c'est à leurs paroles publiquement exprimées qu'il faut les juger, et cette publication a
-('ment pour objet de réagir contre les petites discussions étroitement personnelles auxquelles ont trop sacrifié
storiens de cette époque. 11 faut à l'histoire un aliment plus sérieux et plus mâle.
Jusqu'au 10 août 1792, Danton n'apparaît que de loin en loin, mais toujours pour se signaler par des actes d'une Singulière énergie et d'une singulière audace. Bn mars 1790, il s'oppose formellement à l'exécution du
• de prise de corps lancé contre Marat par le Chàtelet. La délibération prise à cette occasion par le district des Coropposition n'existait sur Danton au remboursement de sa charge,
DU peut conclure qu'il n'avait à cette époque aucune dette. • Voici donc un point détonnai* élucidé» et qui explique comment, même usée I7M, il pat acheter à Arcis pour quatreuq mille francs environ de biens immeubles, et il résulta de tous les aulres documents , réunis avec un soin méritoire par MM. Dougeart et Robinet (inventaire, liquidation de sa succession mobilière et immobilière, tutelle de ses fils), que Danton est mort ne
; tnt de foilune que ce <[u'il avait apporté de biens en 17 moment où il entra sur politique. 11 résulte encore de tous
ameute que Danton n'était pas l'homme débauché, prodigue et perd qu'on iup| ilement, mais que c'était au
contraire un homme d'ordre, rangé et éeaaesne. — i peut-on citer It s frstlrtimcis dr Danton? demande M. Despote. On a beaucoup parlé de son b'bertinage, et cependant rien e>esl mieui annateté que su ■ur ses deux femmes; rouf de sa première
fVmiiie, qu'il avai! limée pourtant au point de faire exliuin<
reaeptjoun sort pour faire moulei et pour
lusnbrasser une dernière foi»; ii vie de famille était pour lui un m impérieux, qu'on I marier presque immédiate-
e jeune Bile mmj forhmt : chose bisarre 'lie/ sat homme qu'on nous peinl
ails dont i i I mit féchafand si torturait
en cet inslai : • Ma
deliers, mérite d'être rapportée : c'est un document intéressant pour l'histoire de la liberté individuelle :
« Le district des Cordeliers, persévérant dans les principes de son arrêté du 11 janvier, et ayant délibéré de nouveau sur la matière qui a donné lieu à cet arrêté, considérant que dans ces temps d'orage que produisent nécessairement les efforts du patriotisme luttant contre les ennemis de la Constitution naissante, il est du devoir des bons citoyens, et par conséquent de tous les districts de Paris, qui se sont déjà signalés glorieusement dans la révolution, de veiller à ce qu'aucun individu de la capitale ne soit privé de sa liberté, sans que le décret ou l'ordre en vertu duquel on voudrait se saisir de sa personne n'ait acquis un caractère extraordinaire de vérité capable d'écarter tout soupçon de vexation ou d'autorité absolue ;
» Considérant encore que, sous quelque rapport qu'on
pauvre femme!... Allons, Danton, point de faiblesse ! » Tout cela ne prouve pas une vie Lien désordonnée. Quant aux hôtels somptueux, s'il les a rêvés, il ne les a jamais habités. Ministre un moment, après l le 10 août, il se hâte, au bout de six semaines, à la première séance > de la Convention, de déposer son portefeuille, acte singulier pour un l homme réputé si avide ; car c'était renoncer aux avantages de toute espèce que sa position de ministre semblait lui assurer, et surtout — puisqu'on en fait un fripon — à la puissance qui facilite les gains illicites et permet de les enfouir dans l'ombre. On peut voir encore aujourd'hui le somptueux hôtel qu'habitait Danton en 1788, et qu'il habitait encore le jour où il fut arrêté; c'est la première maison à gauche en entrant dans le passage du Commerce, par la rue de l'Ëcole-de-Médecine (n° 30). Chacun peut s'assurer par ses yeux de la modestie bourgeoise de cette habitation : maison triste, point de porte cochère. Ce point est important, car une habitation modeste suppose qu'on n'a ni nombreux domestiques, ni riche mobilier, ni chevaux, ni voiture, rien enfin de ces grandes dépenses, qui ne sont, on effet, possibles qu'avec un hôtel somptueux. <»
envisage, soit les décrets émanés du Chàtelet (qui n'a été que provisoirement institué juge des criraee de lèse-nation), soit tous les ordres émanés du pouvoir municipal établi provisoirement dans la ville de Paris, on ne doit qu'applaudir aux districts qui soutiennent que ces décrets ou ordres ne doivent pas être exécutés qu'après avoir été visés par des commissaires honorés à cet effet du choix de la véritable Commune, jusqu'à ce que le grand œuvre de la régénération française soit tellement accompli qu'on n'ait plus à craindre de voir les hommes attachés aux principes de l'ancien régime, et imbus des préjugés et dv^ fausses maximes de la vieille magistrature à finance, tenter d'étoulîer la voix rivains patriotes dont le zèle, en le supposant même exagéré, ne peut que contribuer au triomphe de la vérité et à l'affermissement d'une Constitution qui deviendra supérieure à celle de quelques peuples que nous ne regardions comme véritablement libres que parce que nous étions plonians le plus honteux esclavage;
» A arrêté qu'il serait nommé cinq commissaires conservateurs de la liberté, au nombre desquels le président se trouverait de droit, et que nul décret ou ordre, quelqu'en soit la nature, tendaDt à priver un citoyen de sa liberté, ne serait mis à exécution dans le territoire du district, sans qu'il n'eût été revêtu du visa d(^ cinq commissaires qui seront convoqués par le président, et dont les noms seront affichés dans le corps de garde.
» Va l'assemblée ayant procédé à l'élection desdits comson choix est tombé sur MM. Danton, Saintin Cheftel et Labl
» L'assemblées arrêté en outre que le commandant du bataillon du district et tons les Officiers dn poste tiendraient
la main à l'exécution du présent arrêté, qui serait imprimé,
affiché, envoyé a tous 1rs districts, pour les inviter à y accé-
el en outre communiqué aux mandataires provisoires,
a la Ville. g ,!n Chàtelet. au commandant général
de la milice parisienne, et enfin porté par deux commissaires à monsieur le président de l'Assemblée nationale.
Signé : Paré, président,
Fabre d'Églantine, vice-président, Danton, Labiée, secrétaires. »
Cette intervention sauva Marat, mais elle attira l'orage sur la tête de Danton. Un décret de prise de corps fut lancé contre lui pour des propos séditieux tenus dans l'assemblée de son district, précisément à l'occasion des recherches contre Marat: « Eh bien! s'il le faut, aurait dit Danton, nous ferons venir le faubourg Saint- Antoine. » Ce nouvel attentat à la liberté individuelle souleva tout Paris. Les journaux prirent fait et cause pour la liberté de parler persécutée en la personne de Danton : « Trois questions se présentent ici à juger, écrivait notamment Brissot, dans le Patriote français. Des propos peuvent-ils jamais être un délit capital ou digne d'un décret de prise de corps? Des propos tenus dans une assemblée légale peuvent-ils être la matière d'une accusation hors de cette assemblée? Et enfin, M. Danton a-t-il tenu les propos qu'on lui prête? Les deux premières questions tiennent essentiellement à la liberté de penser et de parler, et à la Constitution. Il n'en existerait bientôt plus, s'il était permis de travestir en délits capitaux des discours quels qu'ils soient, lorsqu'ils échappent dans une discussion h'gale *, »
Est-il besoin d'ajouter qu'à une époque où l'opinion était souveraine, le décret lancé contre Danton n'eut guère d'au-
i. On a dit — et c'est une calomnie toute gratuite dont quelques historiens se sont trop crédulement fait l'écho — que le motif réel de ce décret était les dettes du fougueux tribun du peuple. On voit 11*16 coite opinion ne peut être en aucune façon soutenable,
tre conséquence que celle d'accroître considérablement la popularité de celui qu'il prétendait frapper?
Danton, d'ailleurs, ne voulut pas paraître avoir bravé la force légale', et il prit soin de se justifier par la proclamation suivante :
« L'assemblée générale du district des Cordeliers, calomniée i 'incipes par les ennemis de la chose publique, croit se devoir à elle-même de repousser ces attaques de la manière la plus authentique. En conséquence, fidèle au serment civique, qu'elle a prêté solennellement, et qu'elle scellerait même de son sang, elle déclare que son opinion est qu'on « oit regarder comme infâme et traître à la patrie, tout citoyen ou toute assemblée de citoyens qui refuse d'o- 101 décrets de l'Assemblée nationale, ou qui se permet des protestations contre un seul de ses décrets?
i Arrête en outre, que la présente proclamation sera imprimée, aflicliée, et envoyée aux 59 autres districts.
Danton, président. »
- empruntons à Marat, dans Y Ami du peuple, la petite anecdote suivante qui se rapporte à la première fédération, en juillet 1790 : M Les députés de Marseille, au pacte fedératif, désiraient voir Charles IX {tragédie de .1. Chéuier). bue députatioo do district des Cordeliers, dans l'arrondissement duquel se trouve le Théâtre-Français (aujourd'hui demanda la pièce, plusieurs acteurs fixent des difficultés, et finirent par déclarer qu'il» avaient ordre de ne pas
t ordre était émané du maire et du commandant
de la milice pal , , Iris de la cour.
ouvelle dépntatioa des Cordeliers triompha de cette
idant une faction de j Mines gens for dit-mi. par , Moitié (Lal'ayith ) aUXqtlClt il
ribuer des billets d'en! \u
lever de la toile commença le tumulte... Les factieux soudoyés pour faire vacarme contre les patriotes des Gordeliers. n'attendaient qu'un prétexte. Danton, l'énergique Danton, le leur fournit au premier acte, en se couvrant la tête. Gomme aucune loi n'interdit l'usage des chapeaux lorsque les acteurs ne sont point en scène, Danton ne crut pas devoir obéir aux ordres impérieux des automates, qui voulaient perpétuer cet usage servile, reste de l'ancien régime. J'ai vu pendant quelques jours une multitude de citoyens abusés prendre parti contre Danton ; ils le blâmaient hautement d'avoir voulu jouir des droits de l'homme libre; et les raisons qu'ils en donnaient, c'est qu'il faut respecter les usages, et ne pas donner l'exemple de l'insubordination. Juste ciel! si cette funeste maxime eût toujours été suivie, quel peuple eût jamais rompu ses fers, et comment aurionsnous secoué nous-mêmes le joug? Avec ce penchant funeste qu'ont presque tous les hommes à la servitude, que deviendraient les nations, s'il ne se trouvait au milieu d'elles quelques hommes de tête, assez intrépides pour fouler aux pieds les ordres des despotes, lever l'étendard de l'insurrection, attaquer les remparts de la tyrannie, et monter les premiers à l'assaut? »
M. Bougeart cite l'arrêté que prit le bataillon du district des Gordeliers, dont Danton venait d'être nommé commandant, à propos du massacre de Nancy, « arrêté sublime, dit-il, comparable aux plus beaux monuments que l'antiquité nous ait transmis en ce génie : »
« Quelqu'opinion que nous ayons de la valeur de toutes les gardes nationales qui ont eu part à la malheureuse affaire de Nancy, nous ne pouvons manifester d'autre sentiment que celui de la douleur. C'est la réponse du chancelier de l'Hospital, à l'éloge qu'on lui demandait de la Saint-Barthélemi : excidat Ma dies œvo. »
En février 1791, Danton fut nommé administrateur du département de Paris. Préron nous a conservé, clans YCra-
leur du peuple, la lettre qu'il écrivit au corps électoral le lendemain de sa nomination ; elle est adressée à 11. Gérutti, président :
« Monsieur le président,
» Je vous prie d'annoncer à l'assemblée électorale que j'accepte les fonctions auxquelles elle a cru devoir m'appeler.
» Les suffrages dont m'honorent les véritables amis de la liberté ne peuvent rien ajouter au sentiment de mes devoirs envers la patrie; la servir est une dette qui se renouvelle chaque jour, et qui s'augmente à mesure qu'on trouve l'occasion de la mieux acquitter.
» J'ignore si je me fais illusion, mais j'ai l'assurance d'avance que je ne tromperai point l'espérance de ceux qui ne m'ont pas regardé incapable d'allier aux élans d'un patriotisme bouillant, sans lequel on ne peut pas concourir ni à la conquête ni à raffermissement de la liberté, l'esprit de modération nécessaire pour goûter les fruits de notre heureuse révolution.
» Jaloux d'avoir toujours pour ennemis les derniers par-
du despotisme abattu, je n'aspire point à réduire au
silence la calomnie; je n'ai d'autre ambition que de pouvoir
ajouter à l'estime des citoyens qui m'ont rendu justice, celle
des hommes bien intentionnés que de fausses préventions
h vent pas induire pour toujours en erreur.
» Mais quels que doivent être leflui et le reflux de l'opinion sur ma vie publique, comme je suis convaincu qu'il importe à l'intérêt général que la surveillance des fonctionnaires du peuple soit sans bornes, et son exercice sans danger, même pour ceux qui se permettraient des Inculpations aussi Eau srme dans mes prin-
.«luite, je pren amen! de o'op-
que mes actions elles-mêmes, et
de ne me venger qu'en signalant de plus en plus mon attachement à la nation, à la loi et au roi, et mon dévouement éternel au maintien de la Constitution *.
Signe : Danton.
« C'est à peu près à cette époque, dit M. Bougeart, que nous apercevons pour la première fois Danton aux Jacobins. » Le 19 juin, il combattit très-vivement à cette tribune la proposition émise par Sieyôs, de constituer deux chambres dans la législature : « Le prêtre Sieyès, dit-il, qui a défendu la dime, le prêtre Sieyès qui ne voulait pas que les biens du clergé fussent déclarés nationaux ; le prêtre Sieyès qui a fait un projet de loi pour modérer la liberté de la presse... Et c'est ce même homme tant prôné qui, déserteur de cette société, est l'auteur de ce projet dans un temps de régénération où tout homme qui cherche à morceler un établissement utile à la liberté est un traître. Ils espèrent rester nobles en dépit de l'horreur que la noblesse inspire à toute la France. Ils veulent les deux chambres. Mais non. Il y aura toujours unité de lieu, de temps et d'action et la pièce restera. Mais quoique votre ennemi soit plus qu'à demi battu puisque sa trame est découverte, ne vous endormez pas dans une fausse sécurité. Songez que vous avez à faire au prêtre Sieyès. »
i. « Nous prions le lecteur, observe M. Bougeart, en rapportant celte lettre de ne pas oublier cet engagement; c'est pour n'avoir jamais voulu entretenir le public de détails qui lui fussent personnels, c'est pour n'avoir jamais voulu répondre par des incriminations aux calomnies, que Dan ton a laissé tout dire sur son compte sans daigner rien relever, et ses ennemis ont profité d'autant plus ardemment de cet avantage qu'ils savaient le pouvoir faire impunément. On comprendra dès lors aussi que nous n'ayons cherché à réfuter ces calomnies qu'en y opposant les actes de patriotisme de Danton ; il semblait lui-même nous «m avoir intimé l'ordre, f
A quelques jours de là, à la même tribune, il fit une sortie plus vive encore contre Lafayette qu'il accusait d'avoir favorisé la fuite du roi à Yarennes, dans la nuit du îin. A la nouvelle annoncée par le président, que le maire, le commandant général et les ministres allaient venir : « M. le président, s'était-il écrié, si les traîtresse présentent, je demande à parler. Je consens qu'on dresse deux amis; je consens de périr sur l'un, si je ne lui prouve en face que leur tète doit rouler aux pieds de la nation» contre laquelle elle ira cessé de conspirer. » L'arrivée de Lafayette lui donna la parole. Voici comment il termine ses Interpellations véhémentes : « Vous aviez répondu de la personne du roi sur votre tête. Croyez-vous que vous présenter iii, ce soit avoir payé celle dette? Quel moment attendezvous pour vous réconcilier? Celui où le peuple a acquis le droit de vous exterminer. Ht vous venez vous réfugier ici, dans cet asile que tous vos amis, tous vos journalistes, tOQI vus confidents, vos ttairorneurs n'ont cessé de représenter •OOami lieux, de calomniateurs, de bri-
gands, de régicides. Ces factieux, ces assassins seront plus ous donnent un asile, mais répondez! Vous avez juré que le roi m' partirait pas, vous vous êtes fait sa caution. De deux choses l'une : ou vous êtes un traître qui avez livré votre patrie, ou vous êtes Btupîde d'avoir répondu d'une personne dont vous ne pouviez pas répondre. Dans le plus favorable rlarô incapable de nous
commander. Je des ends de la tribune, j'en ai dit assez pour montrer que, >i je méprise les traîtres, je ne crains pas les assassins '. »
doUbi qui. dans sos MivoluHomt à I . nous a coriMTv.- le I — Quêlqiei
HÊpàébi pai i«'
il.niif,
iolente -iv-
On vient d'apprendre que le roi a été arrêté dans sa fuite. Plusieurs questions s'agitent à ce propos; quelquesuns prétendent que par le fait Louis XVI a abdiqué la royauté. Un membre de la société prétend le contraire. Danton prend la parole : — « L'individu déclaré roi des Français après avoir juré de maintenir la Constitution s'est enfui, et j'entends dire qu'il n'est pas déchu de sa couronne. Mais cet individu, déclaré roi des Français, a signé un écrit par lequel il déclare qu'il va chercher les moyens de détruire la Constitution. L'Assemblée nationale doit déployer toute la force publique pour pourvoir à sa sûreté. 11 faut ensuite qu'elle présente son écrit; s'il l'avoue, certes, il est criminel à moins qu'on ne le répute imbécile. Ce serait un spectacle horrible à présenter à l'univers, si ayant la faculté de trouver ou un roi criminel, ou un roi imbécile, nous ne choisissions pas ce dernier parti. L'individu royal ne peut plus être roi, dès qu'il est imbécile, et ce n'est pas
C'est encore Camille Desmoulins qui rapporte les détails suivants : « On sait que le roi se disposait à se retirer pour quelques jours à Saint-Cloud ; mais la foule s'effraie de ces préparatifs de départ et le retient aux Tuileries. — « Lafayette court au Directoire, le département s'assemble II demande à mains jointes la loi martiale. Garnier et ses pareils la lui accordent. Mais Danton y était. Et Lafayette et Bailly qui la sollicitaient, et Garnier qui l'accordait, sont terrassés par son éloquence victorieuse, par l'empire de la raison et plus encore par l'empire des circonstances, et il fait rejeter le réquisitoire de la loi martiale ; Lafayette offre sa démission : « Il n'y a qu'un lâche, dit Danton, qui puisse déserter son poste dans le péril ; au surplus, ce n'est pas le département qui vous a nommé, allez porter votre démission aux quarante- huit sections qui vous ont fait général. » Le môme jour, le département de Paris présenta au roi une adresse, la première peut-être qui ait été écrite dans le style d'un peuple libre, aussi avait-elle été rédigée par Danton et Kersaint; il lui dit : « Sire, cachant sous un saint voile leur orgueil humilié, les prêtres versent sur la religion des larmes hypocrites... On voit avec peine que vous favorisez les réfractaires, quo vous n'êtes servi presque que par des
un régent qu'il faut, c'est un conseil à l'interdiction, ce conseil ne peut être pris dans le corps législatif. Il faut que
ipartemeots s'assemblent, que chacun d'eux nomme un ('lecteur qui nomme ensuite les dix ou douze membres qui devront composer ce conseil et qui seront changés comme les membres de la législature, tous les deux •H8. »
Le 15 juillet, M. La Clos venait de demander aux Jacobins qu'on fit une pétition signée par tous les citoyens sans distinction, pour décider sur le sort de la royauté: M.Biauzat lit remarquer que la motion du préopinant tombait
-même, puisqu'à l'Assemblée nationale Robespierre avait fait remarquer que puisqu'il existait un décret national qui déclarait le roi inviolable, Louis XVI ne pouvait pas être mis en cause. — «Et moi aussi j'aime la paix, intervient Danton ; mais non la paix de l'esclavage. Je suis bien éloigné d'inculper les intentions du préopinant, mais
ennemis de la Constitution. Sire, les circonstances sont fortes. Une
politique doit répugner à votre caractère, et ne serait bonne à
loignes ilf vous les ennemi* de la Constitution. Annoncez aux
Bâtions étrangères qu'il s'est fait une glorieuse Constitution en Franc,',
que vous êtes maintenant le mi d'un peuple libre, et chargex île
(traction d'un nouveau genre des ministres qui ne soient pas
• if fonction. Le conseil qoe vous oflre le de-
pirtemenl de Paris roui serait donné par les quatre-vingt-trois
ta do royaume, si toua étaient à portée de m faire
eatendr tmptement que n parier en romain, en
,ii.l bomm< cher Danton, combien doivent se
féliciter aujourd'hui les éerivaina patriotes qui ont lutté d'obstination
à ti> loi , calomnie acharnée à te décrier, et t'ont d
minent au\ suffrages «lu peuple. I'ar !«• parallèle de ton élo- ■ tribunitienne, de ton incorruptibilité, de ton m
Bailly, et son ' fait tomber dai
• n echarpe rir de honte tou
me. •
il doit penser, ce me semble, qu'il est impossible d'allier l'amour de la paix avec la faculté d'émettre son opinion. Qu'est-ce que le droit de pétition, sinon le droit d'exprimer sa pensée. Que devons-nous aux décrets? l'obéissance et le respect; mais rien ne peut ôter le droit de montrer dans des pétitions les sentiments qu'on a pour tel ou tel décret. Je passe au fait que nous assure M. Biauzat, que l'Assemblée nationale a déclaré le roi inviolable. Mais elle l'a fait en des termes obscurs et entortillés qui décèlent toujours la turpitude de ceux qui s'en servent. Or, si l'intention est manifeste et la lettre obscure, n'est-ce pas le cas de refaire une pétition. Car je déclare que si l'intention est manifeste pour nous qui avons vu les manœuvres, elle ne l'est pas également pour les citoyens des départements qui n'ont
^pas vu les jeux des ressorts. Si nous avons de l'énergie, montrons-là. Les aristocrates de l'Assembléenationale, ont déclaré positivement qu'ils ne voulaient pas de la Constitution, puisqu'ils ont protesté contre elle. L'Assembléenationale, il est vrai, a conspué cet acte ridicule, mais elle n'a pas sévi contre ses auteurs, elle ne les a pas trouvés coupables pour avoir exprimé leur pensée, elle ne les a pas expulsés de son sein. Pourquoi, serait-on tenté de nous trouver coupables pour oser exprimer notre sentiment d'une manière franche et énergique. Que ceux qui ne se sentent pas le courage de lever le front de l'homme libre, se dispensent de signer notre pétition. N'avons-nous pas besoin d'un scrutin épuratoire? Eh bien, le voilà tout trouvé. ( On applaudit.) »
? A la suite du massacre du Champ-de-Mars qui fut la conséquence de cette pétition, Danton, fortement compromis, se réfugia, pour laisser passer l'orage, à Arcis-sur-Aube.
Le Journal des débats des Jacobins nous apprend qu'il fit sa rentrée à la société le 12 septembre : « M. Danton est entré dans la salle et a été fort applaudi. » On s'occupait des élections pour l'Assemblée législative ;
Danton ne fut point élu, mais il fut en butte à de nouvelles persécutions, et on tenta de l'arrêter dans l'Assemblée électorale. Mais L'huissier chargé d'exécuter le décret de prise de corps fut lui-même mis en état d'arrestation par l'Assemblée électorale, qui se considéra comme outragée par cette violation de la liberté du corps électoral. Après avoir interrogé l'huissier, l'Assemblée arrêta qu'il serait écrit sur-lechamp au ministre de la justice pour l'instruire de ce qui venait de se passer et qu'il serait rédigé une adresse à l'Assemblée nationale pour lui demander réparation de ce crime de lése-souveraineté : ce qui fut fait à l'instant. L'huissier, qui s'appelait Damiens, déféra de son côté son arrestation illégale à l'Assemblée constituante, et malgré Nervations de Robespierre, l'Assemblée, dans saséanee du 17 septembre, improuva par décret la conduite tenue par les électeurs du département de Pari- a L'égard de l'huiset renvoya ledit huissier à se pourvoir devant ipéteols. L'alîaire eu resta là; l'huissier ne jugea pas à propos de poursuivre, et on n'essaya plus de mettre à exécution le décret de prise de corps contre Danton.
An mois de novembre, on renouvela la municipalité de -.Danton l'ut nommé second substitut adjoint du procureur de la commune; il prononça à L'occasion de son installation un remarquable discours qu'on trouvera [dus loin.
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Danton prend une part plus wtiftet plat remarquée aux lacobins.
iOO sur la guerre, il prend un itre l'opinion de Brissol et celle de i: pierre. || veut guerre, mais il veut qu'un surveille
bien Mil* pour n'être pis leur
dupe, car il \ Ire de leur part : i Si la que
lion était de savoir si, en définitif, nous aurons la guerre, je dirais : oui, les clairons de la guerre sonneront; oui, Fange exterminateur dèHa liberté fera tomber ces satellites du despotisme. Ce n'est point contre l'énergie que je viens parler. Mais, messieurs, quand devons-nous avoir la guerre? N'est-ce pas après avoir bien jugé notre situation, après avoir tout pesé; n'est-ce pas surtout après avoir bien scruté les intentions du pouvoir exécutif qui vient nous proposer la guerre. Nous avons à nous prémunir contre cette faction d'hommes qui veulent mettre à profit une guerre générale, qui voudraient, comme je l'ai dit, nous donner la Constitution anglaise dans l'espérance de nous donner bientôt celle de Constantinople. Je veux que nous ayons la guerre, elle est indispensable; nous devons avoir la guerre; mais il faut avant tout épuiser les moyens qui peuvent nous l'épargner. »
On demandait une garde pour l'Assemblée : — « Je suis surpris que cette société s'égare au point de désirer une garde particulière pour l'Assemblée nationale, il viendra un temps où les baïonnettes n'éblouiront point les yeux des citoyens ; car, messieurs, en parcourant l'Angleterre, on ne voit des baïonnettes que dans les lieux qu'habite le pouvoir exécutif de ce pays. Voilà ce que peut la liberté, c'est que tout citoyen puisse commander sans armes au nom de la loi, voilà le terme de la liberté. L'Assemblée nationale ne peut pas avoir une garde particulière, il ne doit entrer dans l'Assemblée nationale aucun corps armé, excepté dans des circonstances de nécessité. »
Une députation de la section des feuillants vient déposer une somme de 1445 livres, produit de la quête faite dans la section des Tuileries, pour les malheureux soldats de Château- Vieux :1a famille royale a contribué pour 110 livres. Le président remercie la députation. Danton de mande la parole pour faire quelques observations qui importent à la justice et à l'honneur de la société : — « Les
toyens sont les dons de la fraternité. Mais est-ce par une aumône que le pouvoir exécutif croit pouvoir récompenst r dea hommes exposés par lui aux baïonnettes du traître Douille. De quel front la famille royale ose-t-elle faire une telle aumône ? Gomment oseriez-vous ratifier cette insoU rmures généraux, quelques applaudisse-
ments.) Quoi, messieurs, la nation entière avait proclamé' l'innocence des soldats de Château-Vieux, la nation entière réclame justice; il a fallu conquérir ce décret dans l'Assemblée et sur le pouvoir exécutif, et il a fallu le réclamer longtemps, et nous applaudirions à une aumône de 1 10 '. » Danton demande que l'on rejette cette somme, alin de manifester que c'était autrement qu'il fallait satisfaire les soldats de Château-Vieux. Mais sa proposition est mal accueillie, et, sur les observations de Robespierre, ià l'ordre du jour.
a propos de cette même affaire, Danton donnait au peuple • conseil. — « M. Danton annonce que le rtement, après avoir tenu une séance de huit heures et avoir pris pli- étés contradictoires relativement
à la fête dis soldats de Chàteau-Vieux, avait décidé de se itcr avec la municipalité; il engage les citoyens, dans où le département s'oublierait au point de porter , lie atteinte a la liberté, de n'opposer a cette résolution
(jiie liuimuabilité du mépris cl la tranquillité qui caracléiiiues libres. .- {Journal des débats de la socièlô lis tic la Constitution.}
juin, Louis Wl renvoie ses trois ministres ServtB, Roland et t; osj ects de républicanisme.Une violente
Jacobins; Danton, quois durât déjà depuis deux jours, monte à la tribune : — «Je propose qoe la discussion soit continuée demain a '.' beui : ter la terreur dans
i 'Util' n'a d u au-
dace (p .noua éle tioj» faible. »
Voici comment le lendemain Danton tint son engage- , ment : — « Après avoir rapporté la loi rendue à Rome après • l'expulsion des Tarquins, par Valerius Publicola, loi qui permettait à tout citoyen de tuer, sans aucune forme judiciaire, tout homme convaincu d'avoir manifesté une opinion contraire à la loi de l'État, avec l'obligation de prouver ensuite le délit de la personne qu'il avait tuée ainsi, M. Danton propose deux mesures pour remédier aux dangers auxquels la chose publique est exposée : — La première est d'asseoir l'impôt d'une manière plus équitable qu'il ne l'est, c'est-à-dire en rejetant sur la classe riche la plus grande partie des contributions supportées par la classe des citoyens moins aisés, de sorte que celle-ci ne payât qu'une excessivement petite portion. — La seconde est que l'Assemblée nationale porte une loi fondée sur le bien de l'État, continuellement opposé à l'intérêt de la maison d'Autriche qui toujours a fait le malheur de la France, loi qui forçât le roi à répudier sa femme et à la renvoyer à Vienne avec tous les égards, les ménagements et la sûreté qui lui sont dus. » [Journal des débats de la société, n° 214.)
Un membre dénonce la lettre adressée à l'Assemblée nationale par Lafayette, dans laquelle il donne des conseils qui ressemblent à des lois, et injurie l'Assemblée en parlant de la manière la plus indécente des trois ministres qu'elle a cru devoir honorer en déclarant qu'ils emportent les regrets de la nation. « C'est un beau jour, s'écrie Danton, que celui où Lafayette est venu se dévoiler à la France entière. Lafayette réduit à un visage ne peut plus être aussi dangereux. (Applaudissements.) »
Le 30 juillet, Danton faisait prendre parles Gordeliers l'arrêté suivant : — « La section du Théâtre- Français déclare que, la patrie étant en danger, tous les hommes français sont de l'ail appelés à la défendre ; qu'il n'existe plus ce que les aristocrates appelaient des citoyens passifs, que ceux qui portaient cette injuste dénomination sont appelés
tant dans le service de la garde nationale que dans les seclions et dans les assemblées primaires pour y délibérer.
Signé : Danton, président. »
Danton fut un des principaux instigateurs du mouvement du Kl août. Nommé ministre de la justice par l'insurrection victorieuse, voici en quels termes il prête, à la tribune de l'Assemblée législative, le serment d'usage : u Citoyens, la nation française, lasse du despotisme, avait fait une révolution ; mais trop généreuse elle a transigé avec les tyrans. L'expérience lui a prouvé qu'il n'est aucun retour à espérer des anciens oppresseurs du peuple. Elle va rentrer dans ses droits... Mais dans tous les temps, et surtout dans les débats particuliers, là où commence l'action de la justice, là doivent cesser les vengeances popu-
Je prends devant l'Assemblée nationale l'engagement de protéger les hommes qui sont dans son enceinte : je marcherai a leur tête, et je réponds d'eux. [On applaudit.) »
On lit dans le compte-rendu de la séance du 20 août, au Moniteur : — « Le ministre de la justice annonce que depuis le 10 il a expédié cent quatre-vingt-trois décrets ; que les retards d'un jour ou de deux que peuvent éprouver ceux qui sont les plus volumineux, ne proviennent que des lenteurs inévitables du tirage. »
M Danton vient proposer à l'Assemblée les me-
que requiert le salut de la patrie en danger1; le 1er sept' mine il lui soumet le complément de ces mesures
i. « I ' 1792, dit Bftrèrt iani ICI I Danton, ini-
dc la justice, voulait l'attan r des ùrâhridii qu'il regardait
r.itlailicuit'iit U roi il. chu tf prisonnier, vin '!<•-
domiciivn,- s. un étail tJm 00 pleins révolution, U
. an milieu les plus dangereuses, se croyaient oblifës de demanda l'inienrentiou
et il termine par ces paroles célèbres : « Pour vaincre les ennemis de la patrie, il nous faut de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace, et la France est sauvée. >»
Pendant que Danton parlait ainsi à la tribune de l'Assemblée législative, les massacres commençaient dans les prisons. Faut-il imputer à Danton la responsabilité de ces sanglantes exécutions? Il est, aux époques de révolutions, des actes de violence populaire qui éclatent comme la foudre : ceux à qui semble devoir en revenir la responsabilité légale n'ont pu ni les prévenir, ni les empêcher, et ils ne peuvent ensuite ni les désavouer, ni les sanctionner. De cette nature sont les massacres de septembre, et si on ne peut en justifier absolument Danton, on ne pourrait non plus sans injustice les lui imputer *.
du législateur pour pénétrer dans le domicile des citoyens. La liberté civile était respectée par le pouvoir au point qu'il ne se croyait pas en droit d'y porter momentanément atteinte autrement que par une loi qui servit du moins d'avertissement aux citoyens. »
1. On peut lire dans le Mémoire de M. Robinet une intéressante Réponse aux imputations relatives aux massacres de septembre. « Bien qu'il n'ait pris aucune mesure collective directe contre les massacres, dit M. Robinet, rien n'indique qu'il les ait approuvés ou excités, ni qu'il aurait pu les éviter ; rien ne prouve surtout que Danton y ait opiné dans un sens fàcbeux. » Comme indice de la situation et aussi des sentiments de Danton, on peut citer sa lettre à Real, accusateur public prés le tribunal extraordinaire, institué à Paris le 17 août 1792 pour juger des actes de contre-révolution relatifs à la journée du 10, en date du 17 septembre, dans laquelle on remarque celte phrase : « J'ai lieu de croire que ce peuple outragé, dont l'indignation est soutenue contre ceux qui ont attenté à la liberté, et qui annonce un caractère digne enfin d'une éternelle liberté, ne sera pas réduit à se faire justice lui-même, mais l'obtiendra de ses représentants et de ses magistrats. » — On a produit des faits particuliers, et la plupart des écrivains ont rapporté, d'après les Mémoires de M"ie Roland et de Bertrand de Molleville, que la circulaire adressée le 3 septembre par le Comité de surveillance de la commune de Paris aux départements,