II
io —
Le Président. — Citoyens, je demande la parole, et je vous prie de m'écouter en silence.
Différentes propositions ont été faites : on avait provoqué une explication sur des faits qui inculpaient des membres de la Convention. Delmas a demandé la nomination d'une commission chargée d'examiner les faits et d'en rendre compte à l'Assemblée. Cette proposition a été adoptée à l'unanimité. Danton s'y était rendu, maintenant il demande la parole pour des explications; je consulte l'Assemblée.
Tocte la partie gauche. — Non, non t il a la parole de droit.
Un grand nombre de membres de l'autre côté réclament avec la môme chaleur le maintien du décret. — (L'Assemblée est longtemps agitée.)
Lasource. — Je demande que Danton soit entendu, et je déclare qu'il n'est entré dans mon procédé aucune passion.
Le Président. — Citoyens, dans cette crise affligeante le vœu de l'Assemblée ne sera pas équivoque. Je vais le prendre.
L'Assemblée consultée accorde la parole à Danton, à une trèsgrande majorité.
danton. - Je dois commencer par vous rendre hommage comme vraiment amis du salut du peuple, citoyens qui êtes placés à cette montagne (se tournant vers l'amphithéâtre de l'extrémité gauche) ; vous avez mieux jugé que moi. J'ai cru longtemps que, quelle que fût l'impétuosité de mon caractère, je devais tempérer les moyens que la nature m'a départis; je devais employer dans les circonstances difficiles où m'a placé ma mission, la modération que m'ont paru commander les événements. Vous m'accusiez de faiblesse, vous aviez raison, je le reconnais devant la France entière. Nous, faits pour dénoncer ceux qui, par impéritie ou K* -, ont constamment voulu que le
tyran échappât au glaive de la loi... (Un très-grand nombre démembres se lèvent en criant : Oui, oui! et en indiquant du geste les membres placés dans la purtic <lr«iu\ —Des rumeurs il nations violentes s'clcucnt dans
cette partie.) Eh bien! ce sont cw mêmes hommes... (Les
murmures continuent à la droite de la tribune. — L'orateur se tournant vers les interrupteurs.) Vous me répondrez, vous me répondrez... Citoyens, ce sont, dis-je, ces mêmes hommes qui prennent aujourd'hui l'attitude insolente de dénonciateurs... [Grangeneuve interrompt. —Les murmures d'une grande partie de l'Assemblée couvrent sa voix.)
Grangeneuve. — Je demande à faire une interpellation à Danton...
Un grand nombre de voix. — Vous n'avez pas la parole... A l'Abbaye!
Danton. — Et d'abord, avant que d'entrer aussi à mon tour dans des rapprochements, je vais répondre. Que vous a dit Lasource? Quelle que soit l'origine de son roman, qu'il soit le fruit de son imagination ou la suggestion d'hommes adroits... {De nouveaux murmures s'élèvent dans la partie de la salle à la droite de la tribune.)
Albitte. — Nous avons tranquillement écouté Lasource, soyez tranquilles à votre tour.
Danton. — Soit que cet homme, dont on s'est emparé plusieurs fois dans l'Assemblée législative, ait voulu préparer, ce que j'aime à ne pas croire, le poison delà calomnie contre moi, pour le faire circuler pendant l'intervalle qui s'écoulera entre sa dénonciation et le rapport général qui doit vous être fait sur cette affaire, je n'examine pas maintenant ses intentions. Mais que vous a-t-il dit? Qu'à mon retour de la Belgique, je ne me suis pas présenté au comité de défense générale; il en a menti : plusieurs de mes collègues m'ont cru arrivé vingt-quatre heures avant mon retour effectif, pensant que j'étais parti le jour même de l'arrêté de la commission ; je ne suis arrivé que le vendredi 29, à huit heures du soir. Fatigué de ma course et du séjour que j'ai fait à l'armée, on ne pouvait exiger que je me transportasse immédiatement au comité. Je sais que les soupçons de l'inculpation m'ont précédé. On a représenté vos commissaires
comme les causes de la désorganisation de l'armée. Nous désorganisateurs! nous, qui avons rallié les soldats français, nous qui avons fait déloger l'ennemi de plusieurs postes importants! Ah! sans doute tel a dit que nous étions venus pour sonner l'alarme, qui, s'il eût été témoin de notre conduite, vous aurait dit que nous étions faits pour braver le canon autrichien, comme nous braverons les complots et les calomnies des ennemis de la liberté.
J'en viens à la première inculpation de Lasource. En arrivant, je n'étais pas môme instruit qu'il dût y avoir comité ce jour-là. Me fera-t-on un crime d'avoir été retenu quelques heures chez moi pour réparer mes forces affaiblies par le voyage et par la nécessité de manger? Dès le lendemain, je suis allé au comité; et quand on vous a dit que je n'y ai donné que de faibles détails, on a encore menti. J'adjure tous mes collègues qui étaient présents à cette séance : j'ai dit que Dumouriez regardait la Convention comme un composé de trois cents hommes stupides et de quatre cents scélérats. « Que peut faire pour la République, ai-je ajouté, un homme dont l'imagination est frappée de pareilles idées? Arrachons-le à son armée. » (L'orateur se tournant vers V extrémité gauche de la salle.) N'est-ce pas cela que j'ai dit? {Plusieurs voix. — Oui! oui!)
Il y a plus. Camus, qu'on ne soupçonnera pas d'être mon
in individuel, a fait un récit qui a coupé le mien; et
ici j'adjure encore mes collègues. Il a fait un rapport dont
ails se sont trouvés presque identiques avec le mien.
{Plusieurs voix. — Cela est vrai !)
Ainsi, il en est résulté de ce que nous avons dit en commun an rapport effectif an comité.
krtnge que je sois mté à Paris, tandis
du rappelait dans la Belgique; il cherche Intelligence! entre Delaeroii et moi,
dont Tuii serai! Paris, pour di-
riger a la luis les deux (ils de la conspiration.
Lasource n'est pas de bonne foi; Lasource sait bien que je ne devais partir qu'autant que j'aurais des mesures à porter avec moi; que j'avais demandé et déclaré que je voulais rendre compte à la Convention de ce que je savais. Il n'y a donc dans ma présence ici aucun rapport avec les événements de la Belgique, aucun délit, rien qui puisse faire soupçonner une connivence. Lasource vous a dit : « Danton et Delacroix ont proclamé que si un décret d'accusation était porté contre Dumouriez,, il s'exécuterait, et qu'il suffirait que le décret fût connu par les papiers publics, pour que l'armée l'exécutât elle-même. Gomment donc ces mêmes commissaires n'ont-ils pas fait arrêter Dumouriez?... Je ne nie pas le propos cité par Lasource; mais avions-nous ce décret d'accusation dont j'ai parlé? Pouvions-nous prendre la résolution d'enlever Dumouriez, lorsque nous n'étions à l'armée qae Delacroix et moi, lorsque la commission n'était pas rassemblée? Nous nous sommes rendus vers la commission, et c'est elle qui a exigé que Delacroix retournât vers l'état-major, et qui a jugé qu'il y aurait du danger pour la retraite même de l'armée, à enlever Dumouriez. Gomment se fait-il donc qu'on me reproche, à moi individu, ce qui est du fait de la commission? La correspondance des commissaires prouve qu'ils n'ont pu se saisir de l'individu Dumouriez. Qu'auraient-ils donc fait en notre place, ceux qui nous accusent? eux qui ont signé des taxes, quoiqu'il y eût un décret contraire. (On applaudit dans une grande partie de l'Assemblée.)
Je dois dire un fait qui s'est passé dans le comité même de défense générale. C'est que lorsque je déclarai que je croyais du danger à ce qu'on lût la lettre de Dumouriez, et à s'exposer d'engager un combat au milieu d'une armée en retraite, en présence de l'ennemi, je proposai cependant des mesures pour que l'on parvînt à se saisir du général, au moment où on pourrait le faire sans inconvénient. Je demandai que les amis même de Dumouriez, que Guadet,
Gensonné se rendissent à l'armée; que pour lui ôter toute défiance, les commissaires fussent pris dans les deux partis de la Convention, et que par-là il fût prouvé en même temps que, quelles que soient les passions qui vous divisent, vous êtes unanimes pour ne jamais consentir à recevoir la loi d'un seul homme. (On applaudit.) Ou nous le guérirons momentanément, leur disais-je, ou nous le garrotterons. Je demande si l'homme qui proférait ces paroles peut être accusé d'avoir eu des ménagements pour Dumouriez.
Quels sont ceux qui ont pris constamment des ménagements? Qu'on consulte les canaux de l'opinion, qu'on examine ce qu'on disait partout, par exemple, dans le journal qui s'intitule Patriote français. On y disait que Dumouriez était loin d'associer ses lauriers aux cyprès du 2 septembre. C'est contre moi qu'on excitait Dumouriez. Jamais on n'a eu la pensée de nous associer dans les mêmes complots; nous ne voulions pas prendre sur nous la responsabilité de l'enlèvement de Dumouriez; mais je demande si l'on ne m'a pas vu déjouer constamment la politique de ce général, ses projets de finances, les projets d'ambition qu'il pouvait avoir sur la Belgique; je les ai constamment mis à jour. Je le demande à Cambon, il dira, par exemple, la conduite que j'ai tenue relativement aux 300,000 livres de dépenses qui ont été secrètement faites dans la Belgique
ijounl'hui, parce que j'ai été trop sage et trop cir- CODflpect, parce qu'on a eu l'art de répandre que j'avais an parti, que je voulais être <lirtuieui\ p4T06 que je n'ai pas voulu, en répondant à D : roduire de trop
combats, occasionner des dechirementl dans cette assemblée, on m'accuse de et d'avilir la Cons-
rla Convention! Et qui plus que moi a constamment
pas parlé de mes en une sorte de r<
{Se tournant verslapartie droite.) Je vous interpelle, vous qui m'accusez sans cesse... (Plusieurs voisc. — Tout à l'heure vous venez de prouver votre respect.)
Tout à l'heure, cela est vrai; ce que vous me reprochez est exact; mais pourquoi ai -je abandonné le système du silence et de la modération? parce qu'il est un terme à la prudence, parce que quand on se sent attaqué par ceux-là même qui devraient s'applaudir de ma circonspection, il est permis d'attaquer à son tour et de sortir des limites de la patience. {On applaudit dans une grande partie de V Assemblée.)
Mais comment se fait-il que l'on m'impute à crime la conduite d'un de mes collègues? Oui, sans doute, j'aime Delacroix ; on l'inculpe parce qu'il a eu le bon esprit de ne pas partager, je le dis franchement, je le tiens de lui ; parce qu'il n'a pas voulu partager les vues et les projets de ceux qui ont cherché à sauver le tyran. {De violents murmures s'élèvent dans la partie droite. — Les plus vifs applaudissements éelatent dans une grande partie du côté opposé et dans les tribunes.)
Quelques voix s'élèvent pour demander que Danton soit rappelé à l'ordre.
Duhem. — Oui, c'est vrai, on a conspiré chez Roland, et je connais le nom des conspirateurs.
Maure. — C'est Barbaroux, c'est Brissot, c'est Guadet.
Danton. — Parce que Delacroix s'est écarté du fédéralisme et du système perfide de l'appel au peuple; parce que lorsqu'après l'époque de la mort de Lepelletier, on lui demanda s'il voulait que la Convention quittât Paris, il fit sa profession de foi, en répondant : « J'ai vu qu'on a armé de préventions tous les départements contre Paris, je ne suis pas des vôtres. » On a inculpé Delacroix, parce que, patriote courageux, sa manière de voter dans l'Assemblée a toujours é^ conséquente à la conduite qu'il a tenue daps
la grande affaire du tyran. Ilserpble aujourd'hui que, moi, j'en aie fait mon second en conjuration. Ne sont-ce pas là les conséquences, les aperçus jetés en avant par Lasource? (Plusieurs voix à la droite de la tribune : Oui, oui! Une autre voix. — Ne parlez pas tant, mais répondez!)
Danton. — Eh! que voulez-vous que je réponde? J'ai d'abord réfuté pleinement les détails de Lasource : j'ai démontré que j'avais rendu au comité de défense générale le compte que je lui devais, qu'il y avait identité entre mon rapport et celui de Camus, qui n'a été qu'un prolongement du mien ; que si Dumouriez n'a pas été déjà amené pieds et points liés à la Convention, ce ménagement n'est pas de mou fait. J'ai répondu enfin assez pour satisfaire tout homme de bonne foi (plusieurs voix dans l'extrémité gauche : Oui, oui !); et certes, bientôt je tirerai la lumière de ce chaos. Les vérités s'amoncelleront et se dérouleront devant vous. Je ne suis pas en peine de ma justification.
Mais tout en applaudissant à cette commission que vous venez d'instituer, je dirai qu'il est assez étrange que ceux qui ont fait la réunion, contre Dumouriez, qui, tout en rendant hommage à ses talents militaires, ont combattu ses opinions politiques, se trouvent être ceux contre lesquels commission parait être principalement dirigée.
Nous, vouloir un roi! Encore une fois les plus grandes vérités, les plus grandes probabilités morales restent seules pour les nations. 11 n'y a que ceux qui ont eu la stupidité, la lâcheté de vouloir ménager un roi, qui peuvent être soupçonnés de vouloir rétablir un trône; il n'y a, au contraire, iix qui constamment ont cherchée exaspérer Durnou- >>ntre les sociétés populaires et contre la majorité de la Convention ; il n'y a que ceux qui ont présenté notre em- ■ ment a venir demander des BeCOOTI DOOT une armée comme une pusillanimité; il n'y a (pie ct-ux qui ont manifestement vuulu punir l'aris de sun civisme, armer contre lui les départements... [Un yrand nombre de incrn-
bres se levant, et indiquant du geste la partie droite : Oui, oui, ils l'ont voulu !)
Marat. — Et leurs petits soupers !
Danton. — Il nry a que ceux qui ont fait des soupers clandestins avec Dumouriez quand il était à Paris... (On applaudit dans une grande partie de la salle.)
Marat. — Lasource ! Lasource en était Oh! je
dénoncerai tous les traîtres.
Danton. — Oui, eux seuls sont les complices de la conjuration. {De vifs applaudissements s'élèvent à l'extrémité
gauche et dans les tribunes.) Et c'est moi qu'on accuse !
moi ! Je ne crains rien de Dumouriez, ni de tous ceux
avec qui j'ai été en relation. Que Dumouriez produise un seule ligne de moi qui puisse donner lieu à l'ombre d'un inculpation, et je livre ma tête.
Marat. — Il a les lettres de Gensonné... C'est Gensonné qui était en relation intime avec Dumouriez.
Gensonné. — Danton, j'interpelle votre bonne foi. Voui avez dit avoir vu la minute de mes lettres, dites ce qu'elle! contenaient.
Danton. — Je ne parle pas textuellement de vos lettres, je n'ai point parlé de vous; je reviens à ce qui me concerne.
J'ai, rnoi, quelques lettres de Dumouriez : elles prouve ront qu'il a été obligé de me rendre justice; elles prouve ront qu'il n'y avait nulle identité entre son système politique et le mien : c'est à ceux qui ont voulu le fédéralisme..
Plusieurs voix. — Nommez-les !
Marat (se tournant vers les membres de la part: droite). — Non, vous ne parviendrez pas à égorger la patrie !
Danton. — Voulez-vous que je dise quels sont ceux que je désigne?
Un grand nomrre de voix, — Oui, oui ! Danton. — Écoutez !
Marat (se tournant vers la partie droite). — Écoutez ! Danton. — Voulez-vous entendre un mot qui paye pour tous?
mêmes cris s'élèvent. — Oui, oui !
Danton. — Eh bien! je crois qu'il n'est plus de trêve entre la Montagne, entre les patriotesqui ont voulu la mort du tyran et les lâches qui, en voulant le sauver, nous ont calomniés dans la France. (Un grand nombre de membres i partie gauche se lèvent simultanément, et applaut. — Plusieurs voix se font entendre : Xous sauverons la patrie!)
Eh ! qui pourrait se dispenser de proférer ces vérités, quand malgré la conduite immobile que j'ai tenue dans ::iblée, quand vous représentez ceux qui ont le plus de sang-froid et de courage, comme des ambitieux ; quand, tout en semblant me caresser, vous me couvrez de calomnies, quand beaucoup d'hommes qui me rendent justice individuellement, me présentent à la France entière vur correspondance, comme voulant ruiner la liberté od pays? Cent projets absurdes de cette nature ne m'ont-ils | -ivemcnt prêtés? Mais jamais la
calomnie n'a été conséquente dans ses systèmes, elle s'est repliée décent façons sur mon compte, cent fois elle s'est contredite. Dèa le commencement de la Révolution, j'avais fait mon devoir, et vous vous rappelez que je fus alors calomnié, j'ai été de quelque utilité à mon pays, lorsqu'à la ition du 10 août. Dnmouriez lui-même reconnaissait apporté du courage dans le conseil, et que je nava i contribué à nos succès. Aujourd'hui les
homélies misérables d'un vieillard rviiteleux, re-oimu tri, ont été Ir text îulpations; et puisqu'on
dire sur liola:
irai lui-n. \n ii-
lard avait tellement perdu la tète, qu'il ne voyait que la
mort; qu'il croyait tous les
qu'il dit un jour, en parlant de son ancien ami, qu'il avait lui-même porté au ministère : Je ne mourrai que de la main de Pache, depuis qu'il se met à la tête des factieux de Paris... Eh bien! quand Paris périra, il n'y aura plus de République. Paris est.le centre constitué et naturel de la France libre. C'est le centre des lumières.
On nous accuse d'être les factieux de Paris : Eh bien ! nous avons déroulé notre vie devant la nation, elle a été celle d'hommes qui ont marché d'un pas ferme vers 1ï révolution. Les projets criminels qu'on m'impute, les épithètes de scélérats, tout a été prodigué contre nous, et l'on espère maintenant nous effrayer! Oh! non. [De vifs applaudissements éclatent dans l'extrémité gauche de la salle; ils sont suivis de .ceux des tribunes. — Plusieurs membres demandent qu'elles soient rappelées au respect qu'elles doivent à V Assemblée.) Eh bien ! les tribunes d( Marseille ont aussi applaudi à la Montagne... J'ai vu depuis la Révolution, depuis que le peuple français a des repréprésentants, j'ai vu se répéter les misérables absurdités que je viens d'entendre débiter ici. Je sais que le peuple n'est pas dansjles tribunes, qu'il ne s'y en trouve qu'une petite portion, que les Maury, les Cazalèset tous les partisans du despotisme, calomniaient aussi les citoyens des tribunes.
Il fut un temps où vous vouliez une garde départementale. (Quelques murmures se font entendre.) On voulait l'opposer aux citoyens égarés parla faction de Paris: Eh bien ! vous avez reconnu que ces mêmes citoyens des départements, que vous appeliez ici, lorsqu'ils ont été à leur tour placés dans les tribunes, n'ont pas manifesté d'autres sentiments que le peuple de Paris, peuple instruit, peuple qui juge bien ceux qui le servent [on applaudit dans les tribunes et dans une très- grande partie de l'Assemblée); peuple qui se compose de citoyens pris dans tous les départements; peuple exercé aussi à discerner quels sont ceux qui prostituent leurs talents; peuple qui voit biei
que qui combat avec la Montagne, ne peut pas servir les projets d'Orléans. {Mîmes applaudissements) Le projet lâche et stupide qu'on avait conçu d'armer la fureur populaire contre les Jacobins, contre vos commissaires, contre moi, parce que j'avais annoncé que Dumouriez avait des talents militaires, et qu'il avait fait un coup de génie en accélérant l'entreprise de la Hollande : ce projet vient sans doute de ceux qui ont voulu faire massacrer les patriotes; car il n'y a que les patriotes qu'on égorge.
Dm grand nombre de voix. — Oui, oui.
Marat. — Lepelletier et Léonard Bourdon.
Danton. — Eh bien! leurs projets seront toujours déçus, le peuple ne s'y méprendra pas. J'attends tranquillement et impassiblement le résultat de cette commission. Je me suis justifié de l'inculpation de n'avoir pas parlé de Dumouriez. J'ai prouvé que j'avais le projet d'envoyer dans la Belgique une commission composée de tous les partis pour se saisir, soit de l'esprit, soit de la personne de Dumouriez.
Marat. — Oui, c'était bon, envoyez-y Lasource!
Danton — J'ai prouvé, puisqu'on me demande des preuves pour répondre à de simples aperçus de Lasource, que si je suis resté à Paris, ce n'a été en contravention à aucun de vos décrets. J'ai prouvé qu'il est absurde de dire que le séjour prolongé de Delacroix dans la Belgique, était concerté avec ma présence ici, puisque l'un et l'autre nous avons suivi le3 ordres de la totalité de la commission, que si la commission est coupable, il faut s'adresser à elle et la juger sur des pièces après l'avoir entendue; mais qu'il n'y a aucune inculpation individuelle à faire contre moi. J'ai prouvé qu'il était lâche et absurde de dire que moi , Danton, j'ai reçu eetll mille écus pour travailler la BetgtyH pas Dumouriez qui, comme Lasource, m'accuse d'avoir :>re la réunion".' Ce n'esl pas moi qui ai
dépenses qu'a entraînées l'exécution du du 1."; décembre. Ces dépenses ont été nécessitées pour dé-
jouer les prêtres fanatiques qui salariaient le peuple malheureux ; ce n'est pas à moi qu'il faut en demander compte, c'est à Lebrun.
Gàmbon. — Ces cent mille écus sont tout simplement les dépenses indispensablement nécessaires pour l'exécution du décret du 15 décembre.
Danton. — Je prouverai subséquemment que je suis un révolutionnaire immuable, que je résisterai à toutes les atteintes, et je vous prie, citoyens (se tournant vers les membres de la partie gauche), d'en accepter l'augure. J'aurai la satisfaction de voir la nation entière se lever en masse pour combattre les ennemis extérieurs, et en même temps pour adhérer aux mesures que vous avez décrétées sur mes propositions.
A-t-on pu croire un instant, a-t-on eu la stupidité de croire que moi je me sois coalisé avec Dumouriez? Contre qui Dumouriez s'élève-t-il? Contre le tribunal révolutionnaire : c'est moi qui ai provoqué l'établissement de ce tribunal. Dumouriez veut dissoudre la Convention. Quand on a proposé, dans le même objet, la convocation des assemblées primaires, ne m'y suis-je pas pas opposé? Si j'avais été d'accord avec Dumouriez, aurais-je combattu ses projets de finances sur la Belgique ? Aurais-je déjoué son projet de rétablissement des trois États? Les citoyens de Mons, de Liège, de Bruxelles, diront si je n'ai pas été redoutable aux aristocrates, autant exécré par eux qu'ils méritent de l'être: ils vous diront qui servait les projets de Dumouriez, de moi ou de ceux qui le vantaient dans les papiers publics, ou de ceux qui exagéraient les troubles de Paris, et publiaient que des massacres avaient lieu dans la rue des Lombards.
Tous les citoyens vous diront : quel fut son crime? c'est d'avoir défendu Paris.
A qui Dumouriez déclare-t-il le guerre? aux sociétés populaires. Qui de nous a dit que sans les sociétés populaires.
sans le peuple en masse, nous ne pourrions nous sauver? De telles mesures coincident-elles avec celles deDumouriez ou la complicité ne serait-elle pas plutôt de la part de ceux qui ont calomnié à l'avance les commissaires pour faire manquer leur mission? {Applaudissements.) Qui a pressé commissaires? Oui a accéléré, le recrutement, le complètement des armées? C'est moi; moi, je le déclare à toute la France, qui ai le plus puissamment agi sur ce complètement. Ai-je, moi, comme Dumouriez, calomnié les soldats de la liberté qui courent en foule pour recueillir les débris de nos armées? N'ai-je pas dit que j'avais vu ces hommes intrépides porter aux armées le civisme qu'ils avaient puisé dans l'intérieur? N'ai-je pas dit que cette portion de l'armée, qui, depuis qu'elle habitait sur un terre . ne montrait plus la même vigueur, repren-
drait, comme le géant de la fable, en posant le pied sur la terre de la liberté, toute l'énergie républicaine ? Est-ce là le langage de celui qui aurait voulu tout désorganiser? N'ai-je pas montré la conduite d'un citoyen qui voulait vous tenir en mesure contre toute l'Europe?
n cesse donc de reproduire des fantômes et des chimères qui ne résisteront pas à la lumière et aux explica-
Je demande que la commission se mette sur-le-champ en activité, qu'elle examine la conduite de chaque député l'ouverture de la Convention. Je demande qu'elle ait irtout pour examiner la conduit. i qui,
t pour l'indivisibilité de la République, ont manœvré pour la détruire; de ceux qui, après de leur our l'appel au peuple, nous
ont et] , il a y ici une majorité
ut républicail n fera justice. Je demande
tmine la conduit*' :ui ont i mpriaonoé
l'opinion publique dans tous les departrmei
qui ont été aeses auda-
cieux pour notifier à une administration qu'elle devait arrêter des commissaires de la Convention ; de ces hommes qui ont voulu constituer des citoyens, des administrateurs, juges des députés que vous avez envoyés dans les départements pour y réchauffer l'esprit public et y accélérer le recrutement. On verra quels sont ceux qui, après avoir été assez audacieux pour transiger avec la royauté, après avoir désespéré, comme ils en sont convenus, de l'énergie populaire, ont voulu sauver les débris de la royauté ; car on ne peut trop le répéter, ceux qui ont voulu sauver l'individu, ont par4à même eu intention de donner de grandes espérances au royalisme. (Applaudissements d'une grande partie de V Assemblée.) Tout s'éclaircira ; alors on ne sera plus dupe de ce raisonnement par lequel on cherche à insinuer qu'on n'a voulu détruire un trône que pour en rétablir un autre. Quiconque auprès des rois est convaincu d'avoir voulu frapper un d'eux, est pour tous un ennemi mortel.
Une voix. — Et Cromwell?... (Des murmures s'élèvent dans une partie de l'Assemblée.)
Danton, se tournant vers l'interlocuteur. Vous êtes bien scélérat de me dire que je ressemble à Cromwell. Je vous cite devant la nation. [Un grand nombre de voix s'élèvent simultanément pour demander que V interrupteur soit censuré; d'autres pour qu'il soit envoyé à l'Abbaye.)
Oui, je demande que le vil scélérat qui a eu l'impudeur de dire que je suis un Cromwell soit puni, qu'il soit traduit à l'Abbaye. (On applaudit.) Et si, en dédaignant d'insister sur la justice que j'ai le droit de réclamer, si je poursuis mon raisonement, je dis que quand j'ai posé en principe que quiconque a frappé un roi à la tête, devient l'objet de l'exécration de tous les rois, j'ai établi une vérité qui ne pourrait être contestée. (Plusieurs voix. — C'est vrai !)
Eh bien ! croyez-vous que ce Cromwell dont vous me
parlez ait été l'ami des rois? {Une voix. — 11 a été roi luimême!
Danton. — Il a été craint, parce qu'il a été le plus fort. Ici ceux qui ont frappé le tyran de la France seront craints aussi. Ils seront d'autant plus craints que la liberté s'est engraissée du sang du tyran. Ils seront craints, parce que la Dation est avec eux. Cromwell n'a été souffert par les rois que parce qu'il a travaillé avec eux. Eh bien! je vous interpelle tous. (Se tournant vers les membres de la partie gauche.) Est-ce la terreur, est-ce l'envie d'avoir un roi qui vous a fait proscrire le tyran? {L'Assemblée presque unanime : Non, non !) Si donc ce n'est que le sentiment profond de vos devoirs qui a dicté son arrêt de mort, si vous avez cru sauver le peuple, et faire en cela ce que la nation avait droit d'attendre de ses mandataires, ralliez-vous (s'adressant à la même partie de l'Assemblée), vous qui avez prononcé l'arrêt du tyran contre les lâches (indiquant du geste les membres de la partie droite) qui ont voulu l'épargner {une partie de V Assemblée applaudit); serrez-vous; appelés le peuple à se réunir en armes contre l'ennemi du dehors, r celui du dedans, et confondez, par la vigueur et l'immobilité de votre caractère, tous les scélérats, tous les modérés (l'orateur, s'ad ressaut toujours à la partie gauche, et Indiquant quelquefois du geste les membres du côté opposé); tous ceux qui vous ont calomniés dans les tements. Plus de composition arec eux ! {Vifs apptath >nts d'uiU grande partir , %blét et des tri-
onnaissez-le tous rous qui n'avez jamais su tirer de nation politique dans la nation le |>;irti que vous auriez DU en tirer; qu'enfin justice vous soit rendue. Vous voyez, par la situation oii Je nie trouve en ce moment,
roui M mes, et de déclarer la
re à tous vos ennemis, qui 1> qu'ils soient. [Mm
natif*, [liant former nne phalange indomptable.
Ce n'est pas vous, pui- lima les sociétés popu-
laires et le peuple, ce n'est pas vous qui voudrez un roi. (Les applaudissements recommencent. — Non, non 1 s'écriet-on avec force dans la grande majorité de l'Assemblée.) C'est à vous à en ôter l'idée à ceux qui ont machiné pour conserver l'ancien tyran. Je marche à la République ; marchons-y de concert, nous verrons qui de nous ou de nos détracteurs atteindra le but.
Après avoir démontré que loin d'avoir été jamais d'accord avec Dumouriez, il nous accuse textuellement d'avoir fait la réunion à coups de sabre, qu'il a dit publiquement qu'il nous ferait arrêter, qu'il était impossible à Delacroix et à moi, qui ne sommes pas la commission, de l'arracher à son armée ; après avoir répondu à tout; après avoir rempli cette tâche de manière à satisfaire tout homme sensé et de bonne foi, je demande que la commission des six, que vous venez d'instituer, examine non-seulement la conduite de ceux qui vous ont calomniés, qui ont machiné contre l'indivisibilité de la République, mais de ceux encore qui ont cherché à sauver le tyran [nouveaux applaudissements d'une partie de. l'Assemblée et des tribunes), enfin de tous les coupables qui ont voulu ruiner la liberté, et l'on verra si je redoute les accusateurs.
Je me suis retranché dans la citadelle de la raison ; j'en sortirai avec le canon de la vérité, et je pulvériserai les scélérats qui ont voulu m'accuser. (Danton descend de la tribune au milieu des plus vifs applaudissements d'une très grande partie de V Assemblée et des citoyens. Plusieurs membres de l'extrémité gauche se précipitent vers lui pour V embrasser. — Les applaudissements se prolongent.)
SUR LA PEINE DE MORT CONTRE CEUX QUI PROPOSENT DE TRANSIGE R AVEC LES ENNEMIS DE LA RÉPUBLIQUE.
\tiox. — Scmicc du 13 avril 1793.
Il faut bien saisir le véritable objet de la motion qui vient faite, et ne pas lui donner une étendue que n'a pas voulu lui attribuer son auteur. Je demande qu'elle soit ainsi posée : « La peine de mort est décrétée contre quiconque proposerait à la République de transiger avec des ennemis qui, pour préliminaire, ne reconnaîtraient pas la souveraineté du peuple. » Il est temps, citoyens, que la Convention nationale fasse connaître à l'Europe que la France sait allier à la politique'les vertus républicaines. Vous avez rendu, dans on moment d'enthousiasme, un décret dont le motif était beau Bans doute, puisque vous vous êtes obligés à donner protection aux peuples qui voudraient résister à l'op-
'ii de leurs tyrans. Ce décret semblerait vous en. à secourir quelques patriote! qui voudraient faire une révolution en Chine. 11 but, avant tout, songer à la ron-
Monde notn ! fonder la grandeur frai
. et la France, par ses lumières et soi . fera attraction sur tous les peuples.
que votre position a <i' ;;x malgré
ous avons. i. La trahison de Dumou-
l'OCCfJtoB ih> faire un i. rutin épu-
Mtoire de Farinée* LVnuemi va être forcé de reconnaître que
la nation veut absolument la liberté, puisqu'un générai victorieux qui avait promis à nos ennemis de leur livrer et son armée tout entière et une partie de la nation, ne leur a porté que son miserai le individu. Citoyens, c'est le génie de la li~ berté qui a lancé le char de la révolution. Le peuple^out entier le tire, etils'arrêtera aux termes de la raison. Décrétons que nous ne nous mêlerons pas de ce qui se passe chez nos voisins; mais décrétons aussi que la République vivra, et condamnons à mort celui qui proposerait une transaction autre que celle qui aurait pour base les principes de notre liberté. (On applaudit.)