‹ Œuvres de Danton, recueillies et annotéesChapitre 38 sur 40 · PAR SAINT-JUST · texte numérisé non relu

PAR SAINT-JUST

Danton vécut avec Lafayotte et avec les Lamelli; il eut à Mirabeau une obligation bien remarquable : celui-ci lui lit rembourser sa charge d'avocat au conseil ; on assure même que le prix lui en a été payé deux fois. Le fait du rembourit est facile à prouver. (C'est parla protection de Mirabeau que Danton fut nommé administrateur du département de Paria, en 1790, dans le temps où l'Assemblée électorale était décidément royaliste.)

amis de Mirabeau se vantaient bâillement d'avoir fermé la bouche à Danton; et, tant qu'a vécu ce personnage, Danton resta muet.

e rappelle une anecdote à laquelle j'attachais dans le temps trop peu d'importance : dans le> premiers mois de la révolution, me trouvant à diner avec Danton, Danton me reprocha de gâter la bonne catUO, en m'érartant de la li<zne où marchaient ! t Lameth, qui alors commençaient

à dévier d^< pri

Danton tâchait d'imiter le talent de l'abre ! mail

16 le prouvent les etl'orts Impi I ridicules

qu'il fit pour pleurer, d'abord a la tribun èioa

le « Ikv. moi.

Il y a un trait qui prouve une âme ingrate et noire : il avait hautement préconisé les dernières productions de Desmoulins : il avait osé aux Jacobins, réclamer en leur faveur la liberté de la presse, lorsque je proposais pour elles les honneurs de la brûlure. Dans la dernière visite dont je parle, il me parla de Desmoulins avec mépris : il attribua ses écarts à un vice privé et honteux, mais absolument étranger à la révolution. Laignelot était témoin. La contenance de Laignelot m'a paru équivoque : il a gardé obstinément le silence. Cet homme a pour principe de briser luimême les instruments dont il s'est servi, quand ils sont décrédités; il n'a jamais défendu un seul-patriote, jamais attaqué un seul conspirateur; mais il a fait le panégyrique de Fabre à l'assemblée électorale dernière; il a prétendu que les liaisons de Fabre avec les aristocrates, et ses longues éclipses sur l'horizon révolutionnaire étaient un espionnage concerté entre eux pour connaître les projets de l'aristocratie.

Pendant son court ministère, il a fait présent à Fabre, qu'il avait choisi pour son secrétaire du sceau et pour son secrétaire intime, des sommes considérables puisées dans le trésor public. 11 a lui-même avancé 10,000 francs. Je l'ai entendu avouer les escroqueries et les vois de Fabre, tels que des souliers appartenant à l'armée, dont il avait chez lui magasin.

Il ne donna point asile à Adrien Duport comme il est dit dans le rapport; mais Adrien Duport qui, le 10 août, concertait avec la cour le massacre du peuple, ayant été arrêté et détenu assez longtemps dans les prisons de Melun, fut mis en liberté par ordre du ministre de la justice, Danton... Danton rejeta hautement toutes les propositions que je lui lis d'écraser la conspiration et d'empêcher Brissot de renouer ses trames, sous le prétexte qu'il ne fallait s'occuper que de la guerre.

Au mois de septembre, il envoya Fabre en ambassade

s do Dumouriez. Il prétendit que l'objet de sa ml

était de réconcilier Dumouriez et Kellermann qu'il supposait brouillés. Or, Dumouriez et Kellermann n'écrivaient jamais à la Convention nationale sans parler de leur intime amitié. Dumouriez, lorsqu'il parut à la barre, appela Kellermann son intime ami; et le résultat de cette union l'ut le salut du roi de Prusse et de son armée. Or, quel conciliateur que Fabre pour deux généraux orgueilleux qui prétendaient faire les destinées de la France.

t en vain que dés lors on se plaignait à Danton et à Fabre de la faction girondine; ils soutenaient qu'il n'y avait point là de faction, et que tout était le résultat de la vanité et des animosités personnelles. Dans le même temps, chez Pétion, OU j'eus une explication sur les projets de ftrissot, Fabre et Danton se réunirent à Pétion pour attester l'innocence de leurs vues.

Quand je montrais à Danton le système de calomnie de Roland et des Brissotins, développé dans tous- les papiers publics, Danton me répondait : Qne m'importe! l'opinion publique est une putain, la postérité une sottise. Le mot de vertu faisait rire Danton : il n'y avait pas de vertu plus solide, disait-il plaisamment, que celle qu'il déployait toutes les nuits avec sa femme. Comment un homme a qui toute idée morale était étrangère, pouvait-il être le défenseur de Il liberté? lue autre maxime de Danton t tait qu'il fallait vir de* fripons: aussi était il entouré (k^ intrigants us impare. Il | pour le fice une tolérance qui

t lui donner autant de pailisans qu'il y a d'hommes corrompus dans le monde. C'était sans dont t de sa

politique qu'il révéla lui-même par un mot remarquable:

ce qui rend no' faible, disait-il à un vrai patriote,

pu feignant de partager mea prini I que la sévérité

de Dos principe! effarouche beau monde.

Il lie faut pas oublier les (lies de Uoherl, ou d'ililéai sait lui-même le punch, on Fabre, Danton et Wimpïei.

taicnt. C'était là qu'on cherchait à attirer le plus grand nombre des députés delà Montagne qu'il était possible, pour les séduire ou pour les compromettre.

Dans le temps de l'assemblée électorale, je m'opposai de toutes mes forces à la nomination de d'Orléans; je voulus en vain persuader mon opinion à Danton : il me répondit que la nomination d'un prince du sang rendrait la Convention nationale plus imposante aux yeux des rois de l'Europe, surtout s'il était nommé le dernier de la députation. Je répliquai qu'elle serait donc bien plus imposante encore s'il n'était nommé que le dernier suppléant; je ne persuadai point : la doctrine de Fabre d'Églantine était la même que celle du maître ou du disciciple, je ne sais trop lequel...

Analysez maintenant toute la conduite politique de Danton : vous verrez que la réputation de civisme qu'on lui a faite était l'ouvrage de l'intrigue et qu'il n'y a pas une mesure liberticide qu'il n'ait adoptée.

On le voit dans les premiers jours de la révolution montrer à la cour un front menaçant et parler avec véhémence dans le club des Cordeliers; mais bientôt il se lie avec les Lameth et transige avec eux; il se laisse séduire par Mirabeau et se montre aux yeux observateurs l'ennemi des principes sévères. Qn n'entend plus parler de Danton jusqu'à l'époque des massacres du Champ-de-Mars; il avait beaucoup appuyé aux Jacobins la motion de La Clos qui fut le prétexte de ce désastre et à laquelle je m'opposai. Il fut nommé le rédacteur de la pétition avec Brissot. Deux mille patriotes sans armes furent assassinés par les satellites de Lafayelte. D'autres furent jetés dans les fers. Danton se retira à Arcis sur-Aube, son pays, où il resta plusieurs mois, et il y vécut tranquille. On a remarqué, comme un indice de la complicité de Brissot, que, depuis la journée du Champ-dc- Mars, il avait continué de se promener paisiblement dans Paris ; mais la tranquillité dont Danton jouissait à Arcis-sur- Aube était-elle moins étonnante? Si l'on ne suppose pas un

concordat lacitc entre lui etLafayelle, était-il plus difficile de l'atteindre là qu'à Paris, s'il eut été alors pour les tyrans un objet de haine ou de terreur?

patriotes se souvinrent longtemps de ce lâche abandon de la cause publique; on remarqua ensuite que, dans toutes les crises, il prenait le parti de la retraite.

Tant que dura l'Assemblée législative il se tut. Il demeure neutre dans la lutte pénible des Jacobins contre Dris contre la faction girondine. Il appuya d'abord leur opinion sur la déclaration de guerre. Ensuite, pressé par le reproclie des patriotes dont il ne voulait pas perdre la confiance usurpée, il eut Pair de dire un mot pour madéfen annonça qu'il observait attentivement les deux partirenferma dans le silence. C'est dans ce temps-là que, me voyant seul, en butte aux calomnies et aux persécutions de cette faction toute-puissante, il dit à ses amis : « Puisqu'il veut se perdre, qu'il se perde! nous ne devons point parta-

■n soit. » Legendre lui-môme me rapporta ce propos qu'il avait entendu. Tandis que la cour conspirait contre le peuple, et les patriotes contre la cour, dans les longues agitations qui préparèrent la journée du 10 août, Danton était a Areis-sur-Aube : les patrioli fraient de le re-

voir. Cependant, pressé par leurs reproches, il fut contraint

•outrer et arriva la veille du 10 août; mais, dans cette nuit fatale, il voulait se coucher, si ceux qui l'entouraient ne l'avai ou où une portion du bataillon de Marseille était rassemblée. Il y parla •; l'insurrection était dé inévitable.

Pendant ce temps- la Fabre parlementait avec la cour. Danton H lui ont prétendu qu'il n'était là que pour tromper la cour. j'ai ti;e é qu< I i-i - i lits irt minis: Quelle a i luite durant la Convention? Riant fut

■ïï de la faction du i ôté di.at. Il COmn

par déclarer qu'il n'aimait point tester

qu'il était isole et qu'il BC séparait de ceux il

que la calomnie poursuivait ; et il lit son propre éloge ou sa propre apologie.

Robespierre fut accusé : il ne dit pas un seul mot, si ce n'est pour s'isoler de lui.

La Montagne fut accusée chaque jour; il garda le silence. Il fut attaqué lui-même, il pardonna; il se montra sans cesse aux conspirateurs comme un conciliateur tolérant ; il se lit un mérite publiquement de n'avoir jamais dénoncé ni Brissot, ni Guadet, ni Gensonné, ni aucun ennemi de la liberté ! Il lui tendait sans cesse la palme de l'olivier et le gage d'une alliance contre les républicains sévères. La seule fois qu'il parla avec énergie, ce fut la Montagne qui l'y força; et il ne parla que de lui-même. Lorsque Ducos lui reprocha de n'avoir pas rendu ses comptes, il menaça le côté droit de la foudre populaire comme d'un instrument dont il pouvait disposer, et termina son discours par des propositions de paix. Pendant le cours des orageux débats de la liberté et de la tyrannie, les patriotes de la Montagne s'indignaient de son absence; ses amis et lui en cherchaient l'excuse dans sa paresse, dans son embonpoint, dans son tempérament. Il savait bien sortir de son engourdissement lorsqu'il s'agissait de défendre Dumouriez et les généraux, ses complices, de faire l'éloge de Beurnonville que les intrigues de Fabre avaient porté au ministère.

Lorsque quelque trahison nouvelle dans l'armée donnait aux patriotes le prétexte de provoquer quelques mesures rigoureuses contre les conspirateurs du dedans et contre les traîtres de la Convention, il avait soin de les faire oublier ou de les altérer, en tournant exclusivement l'attention de l'Assemblée vers des nouvelles levées d'homme3.

Jl ne voulait pas la mort du tyran; il voulait qu'on se contentât de le bannir, comme Dumouriez qui était venu à Paris avec Westermann, le messager de Dumouriez auprès de Gensonné, et tous les généraux ses complices, pour égorger les patriotes et sauver Louis XVI. La force de l'opi-

nion publique détermina la sienne, et il vota contre son premier avis, ainsi que Lacroix, conspirateur Récrié, avec lequel il ne put s'unir dans la Belgique que par le crime. Ce qui le prouve le plus, c'est le bizarre motif qu'il donna à cette union : ce motif était la conversion de Lacroix qu'il prétendait avoir déterminé à voter la mort du tyran. Comment aurait-il fait les fondions de missionnaire auprès d'un pécheur aussi endurci,, pour l'attirer à une doctrine qu'il réprouvait lui-même ?

Il a vu avec douleur la révolution du 31 mai; il a cherché à la faire avorter ou à la tourner contre la liberté en demandant la tête du général Henriot, sous prétexte qu'il avait gêné la liberté des membres de la Convention par une consigne, nécessaire pour parvenir au but de l'insurrection, qui était l'arrestation des conspirateurs.

Ensuite, pendant l'indigne procession qui eut lieu dans les Tuileries, Hérault, Lacroix et lui voulurent faire arrêter Henriot, et lui tirent ensuite un crime du mouvement qu'il lit pour se soustraire à un acte d'oppression qui devait assurer le triomphe de la tyrannie. C'est ainsi que Danton déploya toute sa perfidie. N'ayant pu consommer son crime, trda Henriot en riant et lui dit : » N'aie pas peur; va toujours ton train î » Voulant lui faire entendre qu'il avait eu l'air de le bià-ner par bienséance et par politique, mais qu'au fond il était de son avis. Qu moment après, il aborda le général a la buvette, et lui présenta nu verre d'un aillant, en lui disant, « Trinquons et point de rancune ! »

dant le lendemain, irrité .-ans doute du déuonment

ui de l'insurrection, il - ennier de la manière

la plus atroce à la tribune, et dit entre auti

avait voulu l'assassiner, lui et quelques-uns de ses col-

i. Hérault et Lacroii i ger la

■ calomnie contre al que l'eu voulait im-

entendu ! ' Danton dire : « Il faut que b:

passe une heure sur les planches à cause de son faux passe- 1 port... »

Danton fit tous ses eiïbris pour sauver Brissot et ses complices. Il s'opposa à leur punition ; il voulait qu'on envoyât I des otages à Bordeaux. Il envoya un ambassadeur à Wimpfen dans le Calvados.

Danton et Lacroix voulaient dissoudre la Convention nationale et établir la Constitution du 24 juin 1793.

Danton m'a dit un jour : « Il est fâcheux qu'on ne puisse pas proposer de céder nos colonies aux Américains : ce se- I rait un moyen de faire alliance avec eux. » Danton et Lacroix ont depuis fait passer un décret dont le résultat vraisemblable était la perte de nos colonies.

Leurs vues furent de tout temps semblables à celles des Brissotins. Le 8 mars, on voulait exciter une fausse insurrection, pour donner à Dumouriez le prétexte qu'il cherchait de marcher sur Paris, non avec le rôle défavorable • de rebelle et de royaliste, mais avec Fair d'un vengeur de la Convention. Desfieux en donna le signal aux Jacobins : un attroupement se porta au club des Cordeliers, de là à la Commune. Fabre s'agitait beaucoup dans le même temps, pour exciter ce mouvement, dont les Brissotins tirèrent un si grand avantage. On m'a assuré que Danton avait été chez Pache, qu'il avait proposé d'insurger, en disant que, s'il fallait de l'argent, il mettrait la main dans la caisse de la Belgique.

Danton voulait une amnistie pour tous les coupables; il s'en est expliqué ouvertement, il voulait donc la contrerévolution. Il voulait la dissolution delà Convention, ensuite la destruction du gouvernement : il voulait donc la contre-révolution.

BULLETIN DU TRIBUNAL RÉY0LUT10NNA1RK.

Audience du 13 germinal, an II de la République française.

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